‹ Sermons et discours inédits (volume 2)Chapitre 49 sur 51 · SACRE · texte numérisé non relu

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des effets sans cause. Par là sont confondus tous ces nouveaux faiseurs de codes , qui , séparant toujours la justice de la terre de la justice éternelle du ciel , et la peosée de l'homme de la pensée de Dieu, sont assez aveugles pour ne pas voir que ce n'est pas la loi qui fait la morale , mais la morale qui fait la loi , et que toute loi qui la blesse n'est pas même une loi et n'est pas digne de ce nom. Inconséquens et insensés , qui veulent que la loi soit sacrée et qui ne reconnoissent rien de sacré j qui soumettent la loi au serment et qui ôtent au serment son témoin et son juge , sans 5e douter que là où l'opinion est tout , la conscience n'est rien ; ce qui fait dire au prophète que les lois des peuples sont vaines (jerem. x, 3.) .• vaines pour le cœur où elles ne pénètrent pas ; Taines pour se faire respecter , puisque , sans la foi divine , il n'y a plus de foi sociale ; de sorte que le plu^ grand malheur dont puisse être frappé un empire , c'est de laisser , comme le font nos athées politiques , le suprême législateur en dehors de la loi, et de précipiter ainsi sa propre chute , par cette double dégradation où tour à tour les mœurs sont corrompues par les lois et les lois par les mœurs.

Les partisans de la démocratie s'écrieront peut* être que nous voudrions ressusciter la théocratie* Nous croyons qu'en effet la seule idée d'un gouverpement où Dieu préside fait frissonner les grandjs politiques du jour j mais ils savent fort biea que nous sommes loin d'avoir l'intention de ramener

la société aux premiers jours du mondeVNon, nous ne voulons pas de gouvernement théocratique , mais nous ne voulons pas non plus de celui duquel Dieu seroit- exilé , comme un être fictif et idéal qui n'est plus digne d'être nommé dans notre code ; mais nous repoussons avec horreur cet athéisme politique et constitutionnel , non moins funeste à un État que l'athéisme systématique* Au reste, cette théocratie ne doit pas. tant eâfaroucher ces grands penseurs qui élaborent nos constitutions ou nos lois avec tant d'art et d'industrie. Numa étoit aussi partisan de la théo-» cratie , lui qui vouloit faire croire aux Romains que ses lois étoient descendues du ciel; le sage Plutarque étoit aussi partisan de la théocratie , lui qui dit que la religion et la politique se fondent ensemble, et qu'on distingue à peine le législateur du prêtre (i) ; le sage Platon étoit aussi partisan de la théocratie ,. lui qui dit, dans sa République , que , dans tout Étal bien constitué j les premiers soins doivent se tourner ^ers la religion véritable , et non vers une religion quelconque : arrêt qui sans doute paroîtra » dur à tous ces ardens partisans de la tolérance, eux qui ne se tournent plus que vers une religion quelconque j et même vers un Dieu quelconque m Les Romains, les Grecs , les Égyptiens et tous les peuples de la terre étoient partisans de la théocratie, puisque leurs religions étoient natio-

(i) Vie de Numa.

n;ile^ , et qu aucun deux ne reconnoissbit les dieux ttr^n^rs : ce qui fait dire à Bossnet que « tous

> k$ peuples ont voulu donner à leurs lois une

> cr^;:ù^ dirine , et que ceux qui ne l'ont pas

> eue oui feint de lavoir (i). » Ainsi la religion ^ H^^^t;!! ont toujours marché ensemble , et rien ^1^ peut les séparer que pour la perte des nations v^l p^Hir lu ruine des empires.

Ou nous dira peut-être encore que cette polîlique céleste et cette morale divine nous mènent di\Hl sia gouvernement absolu : oui^ absolu comme )» loi, qui ne connoît rien au-dessus d'elle et qui c\^iiimande en souveraine à celui qui l'a faite ; nbâolu comme la paternité , également descendue du ciel et aussi ancienne que le monde , absolu comme la vérité et la justice , qui ont raison , parce qu'elles ne peuvent avoir d'autre contrepoids qu'elles-mêmes ; absolu , dit l'apôtre (i petr. II j i3. ) , pour la récompense des bonnes actions et la punition des maus^aises ; absolu dans le sens de saint Louis , qui léguoit à son fils ces belles paroles : Maintiens les libertés et franchises de ton peuple; plus il sera riche et puissant, plus tes ennemis douteront de t'affoiblir : enfin absolu et non arbitraire, le sacre de nos rois n'étant luimême qu'une solennelle protestation contre le despotisme, et qu'une suite de promesses, à la face du ciel et de la terre , de gous>erner suis>ant les lois , de conserver les anciens privilèges, et

(i) Politique sacrée, liv. I, art. iv, vu.* propos.

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et être' principalement le défenseur des pauvres et des malheureux ; ce qui nous montre l'immense supériorité de la charte religieuse , qui fait passer les pauvres avant tout, et met au rang des premiers citoyens les orphelins et les pupilles, ainsi que ceux qui s'en déclarent les tuteurs et les pères.

Rien n'est donc plus opposé que le gouvernement religieux au gouvernement absolu, si on entend par ce mot un gouvernement despotique. Tous les siècles se lèvent à la fois pour attester que jamais les franchises et les libertés publiques n'ont été plus respectées que sous les bons princes , et que jamais il n'y a eu de bons princes que ceux qui ont fondé leur empire sur celui de la religion , de même que jamais il n'y a eu de tyrans que les rois impies. Et qui pourroît donc retenir celui auquel le maître du tonnerre n'en impose point? De là cette belle parole de l'apôtre, qu'on n'est jamais plus a^ran^ chi que quand on est esclave de la justice ( rom. vr, i8. ); et cette autre de l'historien sacré, que celui qui gouverne les hommes doit être gouverné lui-même par la crainte de Dieu (II reg. xxni, 3.), vrai contre-poids de la puissance, et seul moyen de donner un maître à celui auquel les lois n'en donnent point.

. Ici , mes Frères , nous croyons à propos de rappeler cette maxime aussi ancienne que la monarchie, et si chère à nos ancêtres: Une foi ^ une loi ^ un roi; maxime où l'on trouve plus de sagesse , de bon sens et de vraie politique , que dans tout l'é-

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talage et le mécanisme savant de nos machines sociales. Une foi ^ comme il n'y a qu'une vérité; principe sacré , sans lequel tout s'écroule dans la religion comme dan^f^l'Etat , le nier, c'est dire qu'aux yeux de l'Éternel tout est égal , le culte le plus insensé comme le plus sage \ c'est ouvrir la porte à toutes les superstitions ainsi qu'à tous les fanatismes. Une foi y parce que rien n'est plus propre que l'unité religieuse pour ramener à l'unité sociale , but invariable auquel tend tout gouvernement qui connoît ses vrais intérêts; parce que l'unité de religion n'est pas moins nécessaire que l'unité de pouvoir , et que la multiplicité des professions de foi ne peut qu'énerver le lien politique en énervant le lien moral. Une foi , indulgente , il est vrai, comme la charité, mais exclusive comme la vérité. Une foi y parce qu'une religion n'est jamais plus salutaire ni plus efficace, qu'elle n'inspire jamais au peuple une plus grande vénération , et n'obtient jamais un plus grand ascendant sur les coeurs et sur les esprits , que quand elle est une , et que par là elle fortifie et rapproche , tandis que la pluralité désunit et décompose. Une foi y pa^^ce qu'un Etat qui admet , protège et honore indistinctement toutes les religions , n'admet , à proprement parler , aucune religion , qu'il les méprise toutes , et donne ainsi le fatal exemple d'une neutralité funeste aux mœurs publiques et d'une indifférence mortelle qui frappe au cœur les nations. Enfin une foi y mais une religion nationale, la religion catholique, qui est celle de nos rois et de nos ancêtres, celle de .la

presque totalitë de la nation , la religion qui a fondé la monarchie, qui a planté le» lis, et que la monarchie ne sauroit abandonner, sans se trahir et s'abandonner elle-même.'*

Une loi, qui nous vienne d*une source unique , pour que l'action en soit plus forte et l'application , plus rapiclp; une loi, qui soit la force du foible contre le puissant, et devant laquelle tout plie, les grands comme les petits , les riches comme les pauvres; unè-l&l^ au préjudice de laquellcrien ne puisse se faire, ni par faveur, ni par le crédit, et à laquelle le monarque lui-même soit tenu d'obéir; une loi, parce que le monarque peut avoir des caprices et des passions que la loi ne connoit point, et que si le monarque peut être séduit, la loi est impassible; une loi qui punisse quand le prince ne àauroit punir; une loi, qui ne meure jamais, quand même le législateur meurt, et qui soit immortelle comme la vérité et la justice.

Un roi, comme il n'y a qu'un chef dans la famille et une tête dans le corps humain; un roi y avec une autorité sans rivalité, pour qu'il puisse faire le bien sans obstacle; un roi, et non plusieurs, et non un peuple-roi ni une. foule de souverains, vrais rois de théâtre, qui n'en imposent ni par leur nom , ni par leur rang , ni par les habitudes de leur vie ; un roi, père de son peuple , et non un peuple tuteur de son roi; un roi de France par la grâce de Dieu , et non un roi des Français par la grâce du peuple et révocable à volonté , ainsi que l'avoient établi , il y a plus de trente ans , des

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insensés qui regardoient comme une conquête chaque lambeau qu'ils enlevoient à la pourpre royale , aaDS se douter que les Français ne sont forts que de leur roi , et qu'ils ne peuvent rien lui ôter qu'ils ne $e l'ôtent à eux-mêmes ; enfin un roi, dont la race est plus antique qu'aucune autre race du monde , qui, non moins grand par ses aïeux que par luimême, n'a besoin d'autre gloire que de celle de la paix , d'autre triomphe que de Tamour de ses sujets, et dont la couronne, qu'il tient tout à la fois de Dieu et du temps, et hors de toute atteinte et de toute rivalité. Une foi, une loi, un roi.

Les grands publicistes du jour ne manqueront pas de nous dire que ce n'est point là une coq* stitutiou , puisqu'on n'y trouve ni balancemens , ■ni rouages , ni contre-poids , ni toutes ces formes imaginées par les publicistes modernes , et nous avouons sans peine que nous ne sommes pas assez à la hauteur du siècle , pour décider si ces conceptions nouvelles étoient impérieusement nécesr saires à notre bonheur. Nous observerons seulement que, si la maxime que nous avons mise en avant n'est pas constitutionelle , elle est fondamentale , et que , de quelque côté qu'on le prenne , un État retranché derrière une pareille citadelle est inattaquable : nous dirons que la monarchie , appuyée sur ces trois unités , a duré plus de quatorze siècles , et que nul de nous ne pourroit dire qu'appuyée sur l'équilibre des trois pouvoirs , elle poussera aussi loin sa carrière : enfin nous n'hésitons nullement d'assurer qu'une pareille décla-

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ration de droits mérite d'être inscrite en lettres d'or au haut de tous les trônes et sur le frontispice de tous les temples : Une foi ^ une Ici y un roi.

En vain voudroit-on nous opposer ici la liberté des cultes. Nous laissons encore à la politique le soin de résoudre cette grande question , et de nous dire jusqu'à quel point cette liberté doit s^tendre , et quelles sont les bornes aux(][uelles elle doit s'arrêter. Pour nous , renfermés dans le cercle de notre ministère et dans l'esprit de ce discours , et nous bornant aux grandes leçons que nous donne cette auguste solennité toute catholique , et exclusivement catholique , nous ne voyons ici et nous n'y devons voir que la protection spéciale et- l'assistance toute particulière que la religion a droit d'attendre de la part du monarque qu'elle consacre , dont elle bénit la couronne , qu'elle proclame son fils aîné , et qui , non moins en viens! de plaire à Dieu que de faire le bonheur de ses peuples , trouve dans ce nom le plus beau litre de sa gloire.

Et certes quel seroit notre aveuglement et notre ingratitude , si jamais nous pouvions oublier le droit sacré et toul particulier qu'a cette religion* à notre amour et à notre reconhoissance , et ne pas voir que chaque atteinte qu'on lui porte ne peut que retomber sur la nation entière et sur son Roi légitime! car elle aussi a parmi nous sa légitimité et son hérédité, à laquelle on ne peut pas plus toucher qu'à celle du trône. De même que méconnoître la légitimité royale , ce seroit

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livrer TÉtat à la fureur des partis et à lempirede la force , méconnoître la légitimité de notre religion et la confondre avec toutes les autres , ce seroit s'exposer à des troubles sans fin , à des convulsions sans remède, et ne faisant plus qu'un chaos de toutes les croyances et de toutes les opinions. Comme la France n'ejst pas libre de prendre un aulre roi, elle n'est pas libre de prendre une autre religion , sous peine de se détruire elle-même j et comme le roi légitime peut dire seul : Je règne par mon droit , la seule religion catliolique peut dire : Je subsiste par la vertu divine ' ie n'ai pas été établie par les hommes , i'ai précédé tous les établissemens ; c'est moi qui ai nourri, élevé , agrandi , afifranchi les Français, et QUI veille encore à leur prospérité et à leur ' gloire, comme une bonne mère. veille à l'éducation et au bonheur de ses enfans ; ^//oj* enutrwi^ et exaltasfi (isat. i, 3») Il est donc vrai de dire que si les Bourbons sont les pères de la patrie , les catholiques seuls sont les fils aînés de la maison, et que , par une heureuse réciprocité , ils sont cathohques parce qu'ils sont Français , et Français parce qu'ils sont catholiques. Il suit encore de là que personne n'a le pouvoir de les dépouiller des privilèges de leur primogéoiture , d'effacer ce contrat solennel entre la religion et les peuples , ni de rompre les liens qui doivent les unir à jamais ; Jilios enutrivi, et exaltavL

Quelle éternelle reconnoissance ne doivent donc pas les souverains à une religion aus^i

magnifique en bienfaits , et comment ne feroiient-ils pas tout pour elle, alors qu^elle fait tout pour eux? N'en doutons pas , cette vive reconnoîssance ne s'effacera jamais du cœur de notre sage et pieux monarque. Il n'oubliera point que la religion est encore plus nécessaire à l'État, que l'État ne lui est nécessaire , et qu'elle doit en être la première dette , puisqu'elle en est le premier besoin. Il la protégera , puisque la religion est la première loi de rÉtat, la première condition de son existence, et que la protéger ce n'est pas une grâce, mais un devoir , mais une nécessité à laquelle est assujetti tout prince qui veut gouverner , comme tcj^ut État qui veut vivre. Il la protégera , non en la tolérant, non en la confondant avec toutes les autres , mais en ^l'honorant comme la seule véritable , mais en la plaçant avec lui sur le trône , et en demandant au ciel , comme Salomou , de l'avoir pour conseil , pour amie et pour assistante (sAP. IX, 4«). Il la protégera, mais efficacement et généreusement , et avec toute la droiture de son cœur et toute Ji'éminence de sa rare piété j mais en bon prince , lequel , dit saint Ambroise (i), est dans l'Église et non au-dessus d'elle, qui s'en dit l'enfant et non le père , le disciple et non le maître, la brebis et non le pasteur; mais en lui rendant , comme à la religion de l'État , tout ce qui est dû à la prééminence et la sainteté de son culte] mais en rendant à ses ministres leur con-

(i) Serm. contra Âuxeot. u^ 36, post Epist. xxu

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