SUR LA PROVIDENCE
faveur d'an ordre évident et sensible ; et an lien de dire : Il y a visiblement un but et une proportion dans les ouvrages du Créateur , donc il y a une Providence qui les régit et les gouverne , il trouve plus beau d'avouer que tout est livré au hasard , parce qu'il est un point où la Providence est obscure. O hommes! quel est donc notre aveuglement? un seul nuage nous rend impies et censeurs de la Providence , et toutes les preuves qui l'attestent ne peuvent nous rendre fidèles; et tandis que d'une part vous croyez au livre de quelque obscur blasphémateur, vous refusez de lire dans le livre éclatant de toute la nature! Vous êtes entraînés par les sophismes de quelques insensés, et vous êtes sourds à la voix de votre propre cœur! Quoi donc! est-il plus sur de vous nourrir des difiîcultés que de vous attacher à l'évidence des principes? ou bien est-il plus consolant de puiser dans les mystères de la Providence des motifs d'incrédulité que dans la foule de ses bienfaits des titres de reconnoissance? Quoi! suffira-t-il, quand il s'agit de Dieu, que sa conduite vous paroisse quelquefois obscure, pour la croire douteuse? sera-ce assez que l'ordre ne soit pas aperçu partout, pour assurer qu'il n'existe nulle part? Faites-vous plus, d'honneur à la Divinité, de croire alors que c'est elle , et non votre raison , qui se trouve en défaut? ou bien pensez-vous que Dieu soit obligé de nous développer le plan entier de son gouvernement pour satisfaire notre folle curiosité, et de faire à chaque instant des miracles nouveaux pour apaispr nos vains murmures?
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Laissons donc aux cœurs arides et froids le mi* sërable soin de censurer la Providence; pour nous, mes Frères, bénissons -la dans ce qu'elle nous caciie conime dans ce qu'elle nous montre. Soyons plus attentifs, mais non pas plus rebelles à ses ineffables secrets 5 faisons- nous de ses mystères des titres pour Tadorer, et non des droits pour la conti^edire : songeons que nous n'ayons ici tant de raison que parce que nous manquons d'amour ; que le plus sûr moyen de comprendre sa sagesse , c'est de nous y soumettre 3 et que méconnoître ses règles admirables pour quelques exceptions que l'on ne conçoit pas, c'est de tous les égaremens le plus criminel, si ce n'est pas le plus stupide.
Tous les désordres dont nous sommes scandalisés ne prouvent donc rien contre la Providence j ils prouveront encore moins, si nous considérons que ces désordres sont notre propre crime , et non l'ouvrage de la Providence.
Car remontons au premier plan de son gouver* nement : tout y étoit fait avec poids et mesure; tout, pour le plus grand bien , avoit une destination marquée. Elle avoit resserré par le besoin tous les liens de la société; elle avoit assigné à cliaque homme son poste, à chaque état ses devoirs, à chaque condition ses bornes ; elle avoit donné aux monarques la puissance, et la majesté , pour être sur la terre ses images visibles; elle avoit fait les grands pour protéger, les petits pour servir, les pauvres pour travailler, et les riches pour secourir. Sous soa emphe, on de voit yoir des maîtres, mais
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point de tyrans j des inférieurs, mais point d'escla* Tes ; des foibles , mais point d'opprimés} des besoins , mais point de misères: et comme du choc des élémens, elle avoit fait sortir l'harmonie du monde; de l'inégalité des biens et des rangs , et de l'opposition des intérêts divers , elle devoit tirer l'intérêt général et la félicité commune.
Tel et plus merveilleux encore avoit été l'arrangement d'une Providence propice. Gomment Tin si bel ordre s'est-il donc perverti, et qui a pu dénaturer cet admirable ouvrage? Chrétiens, ose* rons-nous le demander, tandis qu'ici tout nous accuse? Le plan de la Providence n'offre visiblement que proportion , sagesse et harmonie 3 pourquoi le monde n'est-il plus qu'un lieu de confusion , où habite une horreur éternelle? Où est ce fonds sur lequel étoient assignées la vie et la subsistance des malheureux? Qui les a donc déshérités? quest devenu leur patrimoine? qui a dilapidé le fruit de leurs travaux? Riches injustes, répondez; la Providence vous le demande. Est-ce donc elle qui a fait cet odieux partage? est-ce elle qui a mis tout d'un côté, et rien de l'autre? est-ce elle qui a inventé ce luxe destructeur, inépuisable source de misères pour eux , et de vices pour vous , de scandales pour tous? D'où viennent donc ces cris de l'innocent et ces pleurs de la veuve? Juges des peuples et organes des lois, répondez; la Providence vous le demande. Est-ce donc elle qui vous a dit de faire acception du riche , de trafiquer de la justice, de recevoir ces perfides présens qui vous aveuglent
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et VOUS corrompent, de profaner la sainteté de vos fonctions, et d'immoler au nom des lois cette même foiblesse qu'elles doivent protéger et défendre? Pourquoi et ces provinces ravagées, et ces villes en cendres, et ces fleuves de sang qui coulent depuis tant de siècles? Princes ambitieux, insa-^ ti^bles conquérans , qu'on appelle héros , et qu'on .devroit plutôt nommer brigands insensés et fléaux de la terre, répondez; la Providence vous le demande. Est-ce donc elle qui a créé cet art meurtrier et destructeur, qui donne des principes à la dévastation et des règles à Thomicide? est-ce donc elle qui vous a dit de n^étre forts que pour abattre , et puissans que pour renverser? Pourquoi tant de récompenses sans talens, tant de grands emplois sans nïérite? Dépositaires de la faveur et distributeurs des grâces , répondez ; la Providence vous le demande. Est-ce donc elle qui ^ous a dit de confier la course à celui qui va le moins vite , les affaires aux moins sages, et foulant aux pieds la loi sacrée du plus digne , d'honorer la bassesse et d'enrichir l'intrigue? Pourquoi tant de dignités sans fonctions, et tant de titres sans travail? Dieux de la terre , répondez'; la Providence vous le demande. Est-ce donc elle qui vous a dit de n'être plus que des idoles inanimées? est-ce donc pour languir au sein de la grandeur , qu elle vous a associés à son gouvernement? est-ce sa faute si ceux qu'elle a faits grands pour la représenter ne se montrent jamais qu'avides de plaisirs et fatigués d'affaires, et sises premiers députés, ses miaistres augustes, au lieu de
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soutenir un si grand nom par de grands bienfaits ^ le prostituent si souvent à de vains caprices et à des passions insensées? Faut-il s'en prendre à elle, si les génies qu'elle a créés pour éclairer la terre la corrompent; si les arts, destinés à nos nécessités, ne servent plus que pour nos vices; si les épreuves, destinées à réveiller l'émulation , répandues au hasard, la découragent et l'éteignent?
Et pour entrer , Chrétiens , dans un détail qui vous soit encore plus personnel , la Providence avoit confié à chacun de vous le bonheur de vos semblables ; pourquoi vous êtes-vous donc crus libres à cet égard, et en vous séparant vous-mêmes, avezvous dit, comme Gain (gènes, iv, 9.) : Suis-je le gardien de mon frère? Elle avoit ordonné que tous les états de la société humaine eussent quelque chose de sacré, et qu'on ne pût s'y engager sans l'avoir consultée; pourquoi, dans le choix d'un état, n'écoutez -vous d'autre conseil que l'ambition, d'autre règle que le caprice? Elle nous avoit faitsbien plus pour les devoirs que pour les connoissances , pour les œuvres utiles que pour les vaines spéculations; pourquoi préférez- vous des rêves savans aux laborieuses fonctions de la société , et rhonneur facile de penser à la gloire si rare d'agir? Trouvez-vous plus beau de n'être dans son sein qu^un fainéant lettré et un dissertateur stérile , que de devenir par vos soins un citoyen zélé, un époux vertueux et un bon père de famille? Dans le corps humain , dît saint Paul (I cor. xii , i5 , etc.), l'œil regarde , l'oreille écoute , le pied marche , la main