TR LA PROVIDENCE
«de peines faites pour ^ous aigrir 3 que ce sont nos passions, et non le sort, qui nous persécutent} vous y verrez enfin que, si nous sommes malheureux , c'est des maux de notre folie, non de ceux de notre nature.
Mais si tous ce« désordres, dont la terre est troublée , sont visiblement notre ouvrage , il en est un sans doute , et le plus grand de tous , qui ne peut nous être imputé , le bonheur du méchant et les larmes du juste* Ici , Chrétiens , chacun, de vous m'attend comme à l'endroit le plus périlleux de mon discours, impatient de savoir comment je justifierai à vos yeux la Providence de ce nouveau désordre. Comment, Chrétiens? en vous montrant que ce désordre qui vous scandalise le plus est celui qui existe le moins j qu^à proprement parler le bonheur est toujours pour l'homme juste, et jamais pour le méchant, et que dès ce monde même la vertu reçoit sa récompense , et le vice sa punition.
Vérité consolante et en même temps la plus palpable. Dieu discerne ici-bas les bons et les médians; il change pour les Égyptiens les eaux du Nil ea sang, et pour les Israélites il tire l'eau d'un rocher; et ce miracle , qui n'est arrivé qu'une fois, n'en est pas moins l'image sensible de ce discernement que la divine Providenee opère chaque jour. Il n'en est pas moins vrai qu'il n'est point de sort sur la terre , quelque triste qu'on le suppose , que l'innocence et le contentement de 3oi ne puissent rendre supportable; et point de destinée, quelque lieureuse £u elle paroisse , qui ne soit flétrie par le crime ;
an SUR LA PROVIDENCE,
que tous sont heureux par la pratique des devoirs , ou que tous au moins peuvent l'être. Il n'en est pas moins vrai que la vertu tient lieu de tout , et que rien en ce monde ne peut la remplacer; que si elle ne garantit pas des mau^ de 1^ vie, et n'en procure pas les biens y elle aide au moins à profiter des uns et à se passer des autres ; que toujours le parti le plus sûr qu'on puisse prendre sur la terre est de se conformer à Tordre , à la beauté de la justice j que s'il est en ce monde un exemple de bonheur, il ne se trouve que dans l'homme de bien , et qu'à tout prendre enfin , toutes les folles joies dont a'enivre le vice ne valent pas les larmes mêmes de Ja vertu.
Le juste, dites-vous, est souvent malheureux; piais qu'appelez-vous son malheur! Sont-ce les calomnies de ses ennemis? mais en lui ôtant sa réputation, réussit-on à lui ôter l'estime de luirmême? Est-ce Vingratitude des hommes? mais H-t-il donc jamais compté sur eux, et les a-t-îl jamais servis dans l'espérance du retour? Sont-ce les infirmités qui affligent son corps? mais en est-il d'assez cruelles que la confiance en Dieu , le courage d'esprit et la santé de l'ame ne puissent adoucir? Est-ce la privation des plaisirs? ah 5 qu'importe la joie au dehors, à qui la porte dans son cœur? Est-ce la pauvreté? mais commept pourroit-il s'en plaindre , puisque presque toujours il lui doit sa vertu? Le vrai bien, dit saint Augustin , est celui qiii nous rend plus grands, plus forts , plus saints; les honneurs, la fortune, le crédit ^ ne ispnt (JoqiQ pas le bien de Tborome juste.