‹ Sermons et discours inéditsChapitre 11 sur 63 · S13R LA CHARITÉ FRATERNELLE · texte numérisé non relu

S13R LA CHARITÉ FRATERNELLE

la fraternité chrétienne ? Écoutez-le , mes Frères , Jésus-Christ va vous l'apprendre* Il aùroit pu i>ous dire simplement que nous sommes membres d'un même corps ; et alors qui de nous n'auroit pas dû se rappeler ces paroles de saint Paul (I cor. xii, 26.), que quand une partie de notre corps souffre, toutes les autres compatissent à sa souffrance? Il auroit pu se borner à nous apprendre que nous sommes tous des soldats enrôlés sous le même étendard; et alors qui de nous n'auroit pas dû craindre de troubler l'harmonie de la sainte milice? Il auroit pu sans doute s'en tenir au grand précepte qu'il nous a fait de nous aimer comme il nous a aimés luimême (jOAN. xm, 340 > ^^ alors qui de noiis auroit donc pu ne pas sentir que la plus foible atteinte à la sainte fraternité est un vrai sacrilège? Mais tant de comparaisons sensibles ne lui suffisent pas , il faut qu'il cherche dans le ciel ce modèle de charité qu'il veut établir sur la terre; il s'adresse à son père, il lui demande... quoi, mes Frères? que l'abondance de la paix s^élèye sous son règne ? non , ce n'est point assez; quoi? que nous soyons unis comme les Séraphins le sont entre eux dans la Je* rusalem céleste? non, c'est trop peu encore. Ah! que celui qui a des oreilles écoulée, et que celui qui a de l'intelligence comprenne. Il lui demande que nous soyons unis , ou plutôt que nous soyons un comme il est un avec lui : ut sint ununiy sicut et nos unum sumus (joan. xvn, 122. ). O saiote union! ô sainte unité des fidèles! ô ineffable charité de la loi chrétienne, qui nous dira donc maintenant

SUR LA CHARITÉ FRATERNELLE, 3c

toute la perfection dont tu portes Tauguste em* preinte ! Charité surémînente , dont la véritable mesure est de n'avoir point de mesure , assez active pour n'être rebutée par aucun obstacle , assez solide pour n'être affpiblie par aucun prétexte, assez étendue pour n'exclure personne , assez scrupuleuse pour s'abstenir de la pensée même du mal, assez généreuse pour supporter également les affronts et l'ingratitude , assez magnanime pour se dévouer à tous les sacrifices; enfin assez héroïque pour aimer nos sembls&les , non-seulement sans intérêt , mais contre notre intérêt 3 non-seulement ceux qui nous aiment, mais encore ceux qui ne nous aiment pas; non-seulement par inclination , mais contre notre inclination; enfin pour les aimer non pour nous, mais comme nous, non pour eux, mais pour Dieu et en Dieu.

Car voilà , mes Frères , la vraie gloire du christianisme : à lui seul étoit réservé ce privilège unique, d'avoir donné à la fraternité un motif tout divin et une fin toute céleste; lui seul a agrandi nos affec*tions en élevant nos cœurs jusqu'au foyer brûlant de la charité par essence, pour y puiser une étincelle de ce sublime feu qui ranime tout ce qui languit, qui féconde tx)ut ce qui est stérile ; lui seul a dilaté nos sentimens en nous faisant remonter jusqu'à ca centre inépuisable de dilection , d'où notre ame descend ensuite pour donner de sa plénitude, et s'épancher avec surabondance sur l'humanité toute entière* Et comment aimer nos frères comme nous, fii nous n'aimons Dieu pas plus que nous? quelle

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seroit donc cette concorde, cette fraternité dont Dieu ne seroit pas la source et le mobile ? Dieu seul peut former la parfaite union des âmes, l'intime nœud des affections ; Dieu seul peut être le lien de riiarmonie morale , comme il est le fondement de l'harmonie physique. Sans Dieu tout languit, tout est mort dans les âmes, comme tout est muet dans le spectacle de l'univers ; sans ce premier anneau, toute la chaîne des rapports qui doivent nous unir se dissout et se brise , tous les sentimens se concentrent, et tous les cœurs flétris s'affaisseok tristement sur ce froid égoïsme.

Nous déclamons sans cesse contre la vanité et Tinconstance des amitiés humaines, c'est le sort nécessaire de toutes celles dont Dieu n'est pas l'objet; et pourquoi donc ser oient- elles plus durables , ou que l'intérêt du moment qui les forme, ou que l'aveugle sympathie qui les produit , ou que l'enthousiasme passager qui les enfante? Il faut le dire ici, car nous avons besoin de vérités humiliantes; rien n'est moins digne que l'homme d'être aimé , si on le détache de Dieu : c'est l'indigence naturelle de tout être créé , c'est ce grand mensonge de toutes, les vertus qui fait l'apologie de notre inconstance dans nos attachemens. S'il est encore en nous quelques vestiges de notre première grandeur, c'est ce dégoût inévitable , ce vide nécessaire qu'entraînent après elles toutes les affections humaines ; vide précieux qui nous démontre que rien de créé ne sauroit être aimé pour lui-même; cri sublime d'un cœur qui a besoin de Dieu pour s'attacher à l'homme, qui

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