PREMIÈRE PARTIE
Vous me prévenez sans doute , Chrétiens , et il est inutile de vous dire ici que ce n'est point aux téméraires et aux impies que s'adresse ce discours. Je viens encourager les timides , et non enhardir les audacieux : en prêchant la miséricorde , je la présente comme un soutien dans votre pénitence , et non comme un asile dans vos désordres, comme la consolation de votre repentir, et non comme le garant de votre impunité. Loin donc ces libertins présomptueux qui s'applaudissent dans leur sécurité, et quij au lieu de demander grâce, ont l'audace de l'exiger. Pourroient - ils ignorer que le Dieu d'Israël n'est bon que pour ceux qui le craignent, qui pleurent amèrement après l'avoir perdu, et qui pleurent encore après l'avoir trouvé j qu'à eux seuls il est permis d'espérer le pardon, et qu'il n'est rien en Dieu qui ne soit propre à ranimer leur confiance, soit qu'ils le considèrent avec les jeux, de la raison , soit qu'ils en jugent d'après les touchantes idées que nous en donne l'Evangile?
Et d'abord que nous dit la raison? que plus Dieu est compatissant, plus il est adorable; que le bien souverain ne cherche qu'à se communiquer et à se répandre ; que toutes ses opérations vont aboutir et
46 SUn LA UISÉniCOHDE DE DIEU.
se confondre dans l'amour j que sa colère n'est que soQ amour qui menace , &ea cliâtimens son amour qui éprouve, sa providence son amour qui veille, sa aainte jalousie son amour qui s'irrite j qu'il n'est juste que par emprunt , dit TertulUen ; que tout ce qu'il a de bienfaisant vient de lui, et tout ce qu'il a de rigoureux lui vient de nous: ce qui fait dire encore à Isaïe que la justice n'est en Dieu qu'un ouvrage étranger à lui-même , peregrinum opûs abeo{iSÂÏ. xxvui, ai-)/ 1"^ c'est pour signaler sa gloire autant que sa bonté , qu'il prodigue envers nous ses bienfaits et ses grâces, suivant cette belle parole : C'est pour moi que j'oublie les crimes, et que j'efface les iniquités, deleo iniquitates propter me (lem. xlui, a5.); qu'ainsi nos fausses craintes l'outragent autant que nos rébellions, et que s'il est indigné contre l'impie qui méconnoit son existence, il a droit d'être irrité contre le pécheur pusillanime qui se méfie de sa bonté.
Telles sont, mes Frères, les premières notions que nous donnent de Dieu nos lumières naturelles. Elles n'ont jamais varié sur le grand attribut de la miséricorde : c'est la foi de tous les peuples , et le dogme, dû genre bumain. I^a raison a pu s'égarer au point de contester à Dieu sa prescience, sa liberté, et même sa puissance; elle n'osa jamais lui disputer l'infinie bonté, La première idée qui naît en nous à la vue de l'Être suprême, c'est celle de sa miséricorde: c'est la seule de ses perfections qui suit à notre portée, la seule que nous concevions clairement. Bon Dieu! c'est le premier mot que '
l'enfant hégaie , c'est le premier crî de sa raison. Demandez-lui s'il n'est pas vrai que Dieu nous aime , qu'il nous aime jusqu'à l'infini 5 et nous- mêmes , Chrétiens, ne réprouvons- nous pas chaque jour? A qui sommes-nous d'abord tentés d'avoir recours dans nos souffrances? vers quel consolateur notre ame affligée aime-t-elle à se tourner? quel nom prononçons-nous alors avec plus d'émotion? quel est alors notre meilleur aiïii , le plus cher confident de nos peines? Une seule larme versée dans le sein de Dieu ne nous soulage-t-elle pas mille fois davan-^ tage que toutes les froides consolations des hommes? 0 mon Dieu ! ô mon père ! que de choses vous dites à mon cœur dans ces momens de peine et de chagrin où le monde me désespère par le vide de ses ressources! que vous m'êtes précieux dans cette triste solitude où me jette alors le néant de tout ce qui m'environne! Ah ! celui qui peut tout pour adoucir mes peines, n'est pas sans doute moins puissant pom* effacer mon crime ; et pourquoi l'asile des affligés ne seroit-il pas l'asile des pécheurs pénitens? pourquoi seroit-il plus touché de me voir malheureux qu'infidèle , plus propice à mes vœux quand je pleure mon infortune que quand je pleure mon péché? Non, mon Dieu, et dèsqu/s j'ai tourné un seul regard vers vQus , puis-je dire avec le prophète, je sens renaître en moi le calme et l'espérance , parce qu'alors je vois mon juge dans mou consolateur, le vengeur de mes fautes dans le soutien de ma foihlesse , l'arbitre de mon sort dans l'ami de mon cœur; memor/ui Dei^ et delectatus sum (ps. lxxvi, 3.).
Que faîs-je donc ici , mes Frères? vîens-je affoîblir la crainte et le respect que nous devons au Dieu puissant? ai- je perdu de vue sa majesté et sa grandeur suprême? ai-je donc oublié que je parle du Dieu qui veut , et la terre s'ébranle j qui regarde , et le feu s'allume; qui souffle, et tout se confond? non, sans doute. Mais Dieu^ pour être grand, auroit-il donc besoin d'esclaves ? une crainte pusillanime riîonore-t-elle plus qu'un amour tendre et pur? ne pourrions-nous donc pas imiter les Se* raphins? Ils se prosternent devant l'Agneau , et sans cesse ils entonnent des hymnes et des cantiques , ils se couvrent de leurs aîles , et brûlent d'un feu divin. Ah! bien loin d'oublier sa majesté et sa puissance^ nous en faisons ici le fondement de sa bonté. Nous disons : Dieu est souverainement grand, il est donc souverainement bon ; inaccessible à nos misères, il n'en connoît que mieux l'argile dont nous sommes formés; plus la puissance l'enviroime, plus notre néant l'intéresse; nous lui sommes d'autant plus chers, qu'il s'est joué en nous formant; et telle est sa gloire suprême, que tout ce que les hommes donnent à sa tendresse , ils l'ajoutent à sa grandeur.
En effet , dit le Sage , c'est parce que Dieu est tout-puissant qu'il a pitié de tous , misereris om^ nium, quia omnia potes (sap. xi, 24.). Pouvoir tout est souvent , dans les hommes , un titre pAur n'avoir pitié de personne, ou plutôt les hommes ne sont ordinairement sévères et inflexibles que parce qu'ils ne peuvent pas tout. Ouvrons les histoires, et nous verrons que c'est toujours une puissance
précaire , ou mal alFërmie , qui a formé tùm les lyrans; D'où vient que la cléixience a toujours été la première viertu de nos rois? c'est qu'ils sont assis sur un trône inébranlable j et que leut* puissance n'a d'autres bornes que les lois. Nous dirions donc ici, si les comparaisons étoient permises quand il s'agit de Dieu, que c^est préciséïiient parce que sa grandeur et son autorité n'ont point de bornes , 'que sa miséricorde et sa patience doivent être infinies; que plus il est souverainement fort, plus il doit avoir pitié de notre foiblesse ; que nous aurions bien plus à craindre, s'il pouyoit moins. Oui, mes Frères, supposons un instant qu'on 6 te à Dieu un seul degré de sa puissance , qu'il cesse d^étre infiniment grand 3 et alors tremblez , la crainte , la défiance , le désespoir, yoas sont permis.
Il faut cependant l'avouer: la raison toute seule nous porte à espérer l'infinie miséricorde , bien mieux qu'elle ne la prouve. Dieu est bon , voilà sans doute ce que nous disent nos lumières naturelles : mais comment, mais jusqu'à quel point , mais de quelle manière peut-on se le rendre propice? c'est ici qu'elles s'arrêtent. Aussi , Chrétiens , avant que l'Évangile nous eût fait luire son flambeau, quel spectacle m'offre le monde? Une crainte rampante a glacé tous les cœurs j que d'esclaves qui se prosternent! que de barbares expiations! que d'autels gémissans sous le poids des hécatombes! tout tremble. Disons-le hautement : il nous falloit le Dieu de l'Évangile pour calmar nos fraye\irs et dissiper nos défiances 5 lui seul est le Dieu des pécheurs. Quel
Tom. 3. 4
$Ùi 3tn LA MISER ICORDB Dfi DIÉt?.
BieUi mes Frères! et qui me donaera 4Wvrir à vos yeux 3oa cœur adorable, de me perdre avec TOUS dans cet océan -sans rives et sans fond, dans ces immenses dimensions , dans la largeur , la Ion-* gueur , la hauteur , et la profondeur de cet abîme qui surpasse toute connoissance? Parlez donc à ma place , sacres organes de la Divinité j peintres subli** mes que dirigea réternelle sagesse , prêtez-moi vos traits brûlans et vos images ravissantes j et vous, Esprit vivifiant, souffle immortel de Dieu même, fondez la glace de mon cœur , et que mes paroles toutes de feu , comme celles d'Élie , portent dans l'ame de mes auditeurs la douce paix'de la confiance avec la flamme du sentiment.
Eh! qui ne peut pas la sentir celte divine flamme,^ à la vue d'un Dieu qui donne à son amour des traits aussi touchans, des caractères aussi aimables? Les soins empressés de Tamour : il nous garde oommje la prunelle de son œil , il nous visite dè$ l'aurore } il est avec nous , soit que nous passions les mers , soit que nous ayons à^craindre le feu ou la tempête j il connoit toutes ses brebis , il les appelle chacune par leur nom , il marche, toujours devant elles , ante eas n)adU (joan. Xj 4*)* ^^^ doux reprochies de l'amour : que pouvois-je faire de plus à ma vigne ( isAi. V , 4.)*'^ Jérusalem , combien de fois ai-je voula rassembler tes eufans , comme une poule rassemble &es poussins soûs ses ailes (matth. xxui, 37.)? J'ai nourri des enfa\is , je les ai élevés au comble de la gloire, et ils m'ont méprisé (isAÏ^ i, 2.)} j'étends mes bras tous les jours vers un peuple contredisant
et rebelle (isâÏ. lxv, 2.). La constance de l'amour : je suis à la porte de voire cœur, et je frappe (Apoc.iir, ùo.): il ne se rebute pas, il frappe j vous faites la sourde oreille , n'importe , il frappe toujours malgré vos résistances. Que les hommes s'offensent d'un refus, il ne connoît pas ce faux point d'honneur; vos rigueurs pourront l'affliger, elles ne l'arrêteront pas : plus vous vous obstinez , plus il persistera , et il vous fera souvent douter , à force d'importunités , s'il ne seroit pas plus doux de lui ouvrir que de lui résister. Les larmes de l'amour: il pourroit lancer la foudre , le tonnerre n'attend qu'un seul de ses regards pour servir ses vengeances j et il s'attendrit sur notre sort , et il déplore la perte du pécheur , ainsi que celle de Jérusalem , et il laisse couler ses. pleurs, dussions-nous les regarder comme les preuves de sa foiblesse ou le désespoir de sa toute-puissance ; Jlevit super illam (l€ç. xix^ 4'*)* -"^^ prévenances de l'amour : voyez comme il reçoit cet enfant coupable , que la nécessité bien plus que le remords traîne vers la maison paternelle. L'attendre, ahl c'est trop peu pour son coeur impatient; il faut voler à sa rencontre , il faut lui épargner la honte du retour. Loin de ce tendre père ces calculs d'une dignité qui craindroit de se compromettre. Ce fils ingrat n'a pas encore ouvert la bouche , et son père l'a entendu J il n'a pas encore manifesté son repentir , et il est absous ; il devroit être aux pieds de l'auteur de ses ^ours, et il est déjà dans ses bras. Les artifices de l'amour : que ne fera-t-ril point pour conquérir nos cœiurs! il prendra tous les langages^
52 S€A LÀ MlSÉRICOnûE DE DIEC^
il empruntera toutes les formes 3 insensibles , il nous attendrit 5 rebelles , il nous épouvante ; timides , il nous encourage : il oublie nos injures pour ne se plaindre que de nos maUieurs ^ il ne nous parle de nos crimes que sous le nom de nos misères. Faut-il s'accommoder à nos pencbans, descendre même jusqu'à nos foiblesses? il se montrera parmi nous comme Tùn de nous , pauvre , infirme , foible , souffrant ; semblable à ce pasteur ingénieux qui se couvre de la toison de ses brebis , pour les attirer plus sûrement à lui. Le désintéressement de l'amour : il s'oublie lui-même , il ne cherche que nous ; il a bien moins à cœur ce que nous lui devons que ce que nous nous devons à nous-mêmes. Goûtez et voyez , nous dit-il ( ps. xxxiii , 8.) , combien le Sei* gneur est doux, pourquoi vous rebuter? essayez au moins mon fardeau , avant que de vous plaindre. Vous me quittez, ingrats! et pour qui? pour le monde ! Servez-le , j'y consens , s'il peut jamais vous rendre heureux : oubliez ma grandeur , oubliez ma puissance ; fuyez-moi , si mon joug n'est pas doux et léger ; mais si sans moi la joie n'est qu'une erreur j le bonheur qu'un mensonge , mon fils, donnez-moi votre cœur. Les transports de l'amour : enfin il l'a trouvée cette brebis chérie j qu'il lui en a coûté de peines! enfin il Fa trouvée! O moment, ô bonheur! qui pourra le dépeindre? ce n'est plus de la |oie, c'est une ivresse. Parens, voisins, amis, accoui^z , venez tous pour le congratuler j son cœur trop plein de sa félicité cherche partout des com^ pagnons qui la partagent 3 congratulamini mihi
(i.TJC. XV, 6.). Enfin l'excès, l'héroïsme de l'amour: les doux noms de défenseur , d'ami , d'époux , de père même, n'expriment point encore assez tout ce que sent son cœur. Craignant toujours de. ne pas rassurer entièrement, il veut encore se montrer à nous rempli de la tendresse d'une mère... Une mère ! ô vous , qui portez ce nom vénérable , ditesnous* ce que c'est que le cœur d'une mère , vous seules pouvez le définir. Expliquez- no us , s'il est possible^ quels furent vos ravissemens, lorsque l'enfant de vos douleurs vous sourit pour la première fois. Avec quelles extases vous contempliez ses attraits purs et ses grâces naïves! aveq quels transports vous reçûtes ses premières caresses! avec quelles palpitations vous le pressiez sur votre sein! Racontez-nous encore comme vous vous plaisiez à bégayer avec lui , comme vous descendiez jusqu'à ses moindres amasemens, comme vous saviez faire de ses jeux enfantins vos plus chères délices. Dites-nous de quels yeux le voyez-vous maintenant croître , s'embellir chaque jour, et retracer d'une manière plus sensible vos traits et votre image j comment vous partagez et ses succès et ses disgrâces , comment enfin tous vos désirs et toutes vos passions vont s'absorber et se confondre dans ce cher et unique objet. Ah! le cœur d'une mère, c'est le chef-d'œuvre, c'est le miraclie de la nature : hé bien! tel est le cœur de Dieu. En est-ce assez? non , Chrétiens , quand même une mère oublieroit son enfant, moi, je ncTvôus oublierai jamais (isAÏ.xux, i5.). Pécheurs , qui ne voyez entre les mains de Dieu que le glaive et la
foudre, serez-v.ous donc enfin satisfaits? Que dësirezvous davantage? comment auriez-vous donc voulu que Dieu s'expliquât? que pouvoit-il faire de plus pour calmer vos alarmes? Trouvez, s'il est possible, des images plus douces , des expressions plus tendres j et s'il vous eût été permis de faire Dieu à votre gré, auriez-vous pu le rendre et plus touchant et plus aimable ?
Que conclure de tout ceci, Chrétiens? c'est que, Dieu ayant pour nous les sentimens d'une mère, BOUS devons donc avoir ppur lui les sentimens d'un fils. Or , quels sont les véritables traits du caractère filial? c'est l'amour, c'est la confiance. Voyez- vous cet enfant? le moindre péril l'avertit qu'il a une mère , il ne connoit point d'autre asile. Que son sommeil est doux , qu'il est profond quand il repose dans le sein de sa mère! Craintif et timide partout ailleurs , qu'il est fort qu'il est puissant , quand il la serre entre ses bras! De là, comme d'un rempart, il défie tous ses ennemis, il a oublié sa foiblesse 3 il ne redoute , il ne soupçonne aucun danger j ce frêle et tendre roseau paroît braver les vents et la tempête. Pécheurs lâches etméfians, voilà votre modèle. O que le prophète avoit bien saisi cette idée, quand il disoit dans une tendre efi'usion ds son ame : J'irai me reposer avec délices dans le sein, de mon créateur, j'irai me jeter dans ses bras : loin de la crainte et de la défiance , j'y coulerai des jours sereins et calmes, j'y dormirai dans une paix profonde, et ma sécurité sera inaltérable, comme mon espoir sera sans bornes; in pace in idipsum dormiam, et requiescam (ps. iv, 9.).
«tJR LA MISÉRICORDE DE DtEU. 55
O TOUS qui regardez votre Dieu comme un înaitre inflexible , dont l'implacable sévérité exige ce qu'il n'a pas donné , et moissonne ce qu'il n'a pas semé ^ ^uels anroient été vos sentimens , si vous l'eussiez vu dans l'établi de Bethléem , sous la forme la plus douce et la plus aimable , sous les traits d'un enfant pauvre qui intéresse par ses pleurs , ses charmes et sa fo'iblèsse; si vous eussiez perdu l'auguste obscurité de sa vie privée ; pour Tadmirer dans un humble atelier aux pieds de Marie et de Joseph ; si vous l'eussiez suivi dans les fonctions laborieuses de son ministère , dans ses courses pénibles , tout couvert de sueur, épuisé de fatigues, cillant de ville eu ville pour évangélîser les pauvres , et y porter la concorde et là paix ; si vous aviez contemplé de vos propres yeux ce charitable Samaritain , devenu l'ami de tous les af&igés , l'appui de tous les foibles, ne faisant usage de sa puissance que pour guérir les infirmes, apaiser les flots , et calmer la tempête ; si vous aviez vu ce bon pasteur ^ dont la bouche distilloit le lait et le miel, dont l'onction pénétrante s'insinuoit si bien dans les cœur^; ce père aimable ^ simple dans ses manières comme dans ses vertus, entouré d'une foule de jeunes enfans qu'il bénit et qu'il embrasse , indulgent pour les plus grands pécheurs, jusqu'à rendre .sa sainteté suspecte, ne dédaignant pas de visitier les Publicains, et de se prêter même à la gaîté de leurs repas, agréant les parfums de la femme pécheresse , ne craignant pas de paroître enfreindre la loi du Sabbat, dès qu'il â'agit de se montrer compa lissant et charitable j si
56 SUR JuK MISÉRICORDE DE DIEU.
VOUS aviez été du nombre de ses disciples à qui il répétoit sans cesse: Mes petits enfans, aimez- vous les uns les autres ( joan. xui , 33 , 340 î pe^'i* troupeau , ne craignez rien (lug. xii , 32.) ; je vous aime comme mon Père m'a aimé (joan. xv, g.)l Chrétiens, répondez-moi : vous eût-il inspiré la crainte et la défiance? auriez-vous pu douter de sa miséricorde ? Ah ! un charme irrésistible vous eût entraînés malgré vous. Avec quel empressement l'auriez-vous abordé! avec quel zèle lui auriez vous dit : Maître , je vous suivrai, partout ou vous irez (mattq, vni,9.)! avec quels transports vous seriez- vous écrié : Jésus, fils de David, ayez pitié de .moi (luc. xviii, 38.)! avec quelle confiance auriez-vous touché le bord de sa robe! comme ses regards tendres auroient ranimé votre espérance! comme ses paroles divines auroient porté dans votre ame le calme et la consolation! comme vous auriez passé rapidement'du remords au repentir, du repentir aux larmes, des larmes à la joie , de la joie à Tamour ! Hommes de peu de foi, pourquoi douter encore? Ce même Dieu, qui , bien loin de vous alarmer, auroit été votre unique asile, ce médecin consolateur, qui auroit mis sur toutes vos blessures un baume salutaire, vous tend encore les bras; du haut des cieux qu'il habite, il vous dit encore aujourd'hui : Venez à moi , et je vous soulagerai ( matth. xi , 28.); maison d'Israël, pourquoi mourriez-vous (ézech» xviii, 3i.)?. Il a toujours les mêmes entrailles; il est toujours vivant, afin d'intercéder pour vous (hebr. vu, 25.) i il est tout aussi bon^ tout aussi
6Cn LÀ MISÉRICORDE DE DIEU. 5^
père dans la splendeur des saints que dans les humiliations de sa vie mortelle ; et si du sein de l'immortalité , si du centre de sa puissance , il pourvoit jamais oublier combien nous lui fûmes chers , ses plaies le lui rappeleroient bientôt et crieroient miséricorde , plus haut que nos péchés ne crieroient vengeance.
Hélas! qu'ai- je donc dit? qu ai-je parlé de gloire, de majesté et de puissance ? et pourquoi donc placer Jésus si loin de nous? Ne fait-il pas encore ses délices d'habiter parmi les enfans des hommes ( prov. tiii , 3i.)? Tournez vos regards vers Tautel : le voilà, cet Agneau de Dieu , plus simple et plus touchant encore qu'il n'étoit durant le cours de sa mission j voilà ce Jésus , le médiateur de la nouvelle alliance , voilà ce sang de l'aspersion qui parle plus favorablementque celuid'Abel (hebr. xn, 240* Approchez sans effroi; je ne vous conduis point à la tempête et à Tobscurité : plus- de montagnes inaccessibles^ plus d'éclairs , plus de foudres qui retentissent au loin 3 ce Jésus ne vous demande ici que l'amour, et l'amour, dit saint Jean^ chasse la crainte (I jo an. iv, i8.). Écoutez en silence; que dit à votre cœur tout l'appareil de ce sanctuaire , ces voiles mystérieux qui couvrent le Saint des saints, ce jpropitiatoire qui s'ouvre au gré dé' vos désirs, cette table sacrée d'où personne n'est exclu , et où le père de famille vous, force même de vous asiseoir? Mes Frères, pourquoi seriez- vous donc défians et timides , quid timidi estis (matth. vui, 26.)? Vous êtes dans ce temple comme^ investis de la miséricorde , tout
TOUS annonce le pardon, tout vous inspire la con- £an€e« Ici^c^est une eau salutaire qui met en fuite ' ,TOs ennemis, là une eau plus salutaire encore qui TOUS régénère et vous sanctifie. Ici c'est un baume précieux pour vous fortifier et guérir vos blessures^ là des tribunaux favorables où votre juge devient lui-inéme votre avocat j à côté , ces portes saintes qui , comme celles du ciel, s'ouvrent sans distinction de places et de rangs; sur vos têtes, une voûte sacrée qui ne semble placée entre vous et le ciel que pour en repousser la foudre; partout des autels, des prêtres , des oblation3j le sang de Jésus-Christ qui coule à grands flots , qui ruisselle et qui vous inonde. O mes Frères , encore, une fois , pourquoi donc êtes vous timides, quid timidi estis? . Écoutez ici ce que vous dit la religion : Eh quoi! Chrétiens , vous enfans de la femme libre , vous qui n'êtes plus appelés les esclaves mais. les amis, vous les amis! m'offrirez- vous toujours un hommage avili par la défiance? Tendre et sensible nourrice, aurbis-je toujours la douleur de vous voir dédaigner mes caresses , et repousser les soins empressés que je vous offre ? Moi qui vous fournis à chaque instant des secours aussi multipliés que vos besoins,' aussi grands que vos misères, aussi prompts que vos désirs ; moi qui ne suis qu'un supplément à la foi-^ blesse humaine , le refuge du pécheur pénitent contre les poursuites de la divine justice ; moi la fidèle dépositaire des promesses, des sermens que Dieu a faits de pardonner au repentir sincère, je oaurois donc jamais la consolation de jouir de votre
SUR LA MISÉRICORDE DE DIEC. 5q
confiance. Me ferez*Yous toujours l'outrage de me confondre avec cette marâtre cruelle qui faisoit trembler sous sa main une foule de mercenaires? O mes fils , mes chers fils, oui, je vous parle comme à mes fils, tanquam Jiliis dico (II cor. yi, i3.)y unique objet de ma sollicitude , ne Toubliez jamais, le véritable esprit, la perfection de mes préceptes, c'est la confiance : plus elle vive , plus elle est digne de moi; plus votre hommage est noble, plus votre encens est pur ; et je proscris tous ces cœurs d'autant plus foibles dans leur foi, qu'ils le sont dans leur espérance.
Tout nous invite donc à espérer en Dieu. Faisons voir miaintenant qu'aucun prétexte ne p^ut autoriser dans une ame chrétienne le découragement et la défiance : c'est mon second point«
SECONDE PARTIE
Dieu est infiniment juste : mon crime est trop grand pour en obtenir le pardon ; il faut , pour me sauver, un miracle de la grâce: telles sont, Ghré* tiens , les raisons spécieuses dont la fausse crainte se sert pour nous décourager , et dont la réfutation va servir de nouvel aiguillon à notre confiance, et de nouveau triomphe à la miséricorde de Dieu.
Dieu est infiniment juste! Oui, sans doute, mes Frères, venez l'apprendre de Job. Si l'on compare lliomme à Dieu , nous dit-il , il sera toujours trouvé coupable] quand la vertu habiteroit en moi, je
6o SCK LA MISÉRICORDE DE DIEU.
prîeroîs encore mon juge de me pardonner j quand mes mains seroient aussi brillantes que le soleil , votre lumière, Seigneur, les feroit paroître impures (joB. IV, 17; IX, i5, 3o.). Ah! iln'ignoroit donc pas que Dieu est infiniment juste 3' mais que conclut-il de tout ce qu'il vient de nous apprendre ? que quand même il seroit écrasé sous la main du Tout-Puissant, il espéreroit toujours en luij etianisi ^cciderit me, ùi Ipso sperabo ( job. xiu , i5.).
Dieu est inGniment juste ! Oui , * sans doute , entendez encore le prophète : Si vous observez mes iniquités, qui pourra, ô mon Dieu, se soutenir devant "vous? J'ai craint à la vue de vos jugemens} ils sont pour moi un abîme impénétrable (psAL. cxxix , 3 j cxvm , 120 ; xxxv , 7.)» -^l^î il n'ignoroit donc pas que Dieu est infiniment juste : cependant, qui eut jamais plus de confiance? avec quel attendrissement lève-t-il les yeux vers la montagne d'où lui vient son secours! avec quel magnî-' ficence ne cliante-t-il pas la multitude des divines miséricordes j et dans quels sublimes transports ne fait-il pas retentir ces paroles si tendres, ô mou Dieu ! ô ma miséricorde , Peus meus, misericordia mea ( ps. cxx , i , lvui , 1 8.) /
Dieu est infiniment juste! Et voilà pourquoi vous devez craindre , mais non pas désespérer; et voilà pourquoi je vous exhorte à vous humilier sous sa main puissante , et non à méconnoître sa main miséricordieuse et paternelle j et voilà ce qui doit vous rendre actifs et vîgilans, et non lâches et pusillanimes. Redoublez donc vos jeûnes , vos prières et
S€R Li MISERICOEDE DE DIEU, 6l
y OS aumônes; que vos soupirs n'en soient que plus ardens et vos larmes plus abondantes : mais ne vous méfiez pas ; espérez même d'autant plus , que vous craignez davantage, puisque la crainte est un don de Dieu , le commencement de la sagesse , et qu'elle devient ainsi et le gage de votre pardon , et le motif de votre espérance.
Dieu est infiniment juste! Mais, Chrétiens, s'il est juste, il est aussi sauveur, justus et sahator (zACH^ IX, 9.). Nouveau Melcliisédecli , s'il est roi de justice , il e^ aussi roi de paix. D où vient donc , mes Frères, cette tristesse qui va jusqu'à la mort? Voudriez-vous donc nous dire que vous ne sauriez accorder l'excès de sa miséricorde avec sa sainteté et sa justice? Vaine sollicitude! inquiétude superflue! laissez à Dieu le soin de concilier ces deux attributs , travaillez à fléchir et non à expliquer sa justice. C'est à lui à soutenir ses droits, c'est à vous à implorer ses grâces. Insensés! supposez-^vous condamnés à la mort , et près d'aller périr dans un affreux supplice. Le prince , touché de votre sort , consent à vous absoudre , et révoque la sentence : que feriez-vous alors»* et quel nom devroit-on vous donner, si, au lieu de bénir votre Ubérateur, et d'arroser ses pieds des larmes de la joie et de la reconnoissance , vous osiez discuter froidement s'il a pu ou dû vous faire grâcç?
Mais mon crime est trop grand pour en obtenir le pardon! Ah! sans doute, il est trop grand^ et il l'est mille fois plus que vous ne sauriez vous le dépeindre. Il a osé attaquer l'Éternel jusque sur son
trône) il a contristé l'Esprit saint ^ il a crucifié de nouveau le Roi de gloire. Sans doute , il est trop grand , il a coûté le sang d'un Dieu , il le profane , il le rend chaque jour inutile 3 sans doute, ilest trop grand , et si Dieu n'eût regardé la face de son Christ , ce péché eût resté éternellement sur vos têtes. Mais puisque le ciel est désarmé, mais puisque Dieu s'est fait péché pour nous, nous opposerons sans cesse le sang d'un Dieu à la grandeur de nos forfaits, les mérites d'un Dieu à l'indignité de l'homme , les souffrances d^'un Dieu à la foiblesse de nos expiations } et nous dirons toujours anathème à rinsensé qui croira que Dieu n'a pas été aussi fort pour nous sauver , que nous le sommes pour nous perdre. Votre crime est trop grand, pour en obtenir le pardon! Ah! mes Frères, vous dites encore plus vrai que vous ne pensez. Il est d'autant plus grand que vous ne le connoissez pas , d'autant plus grand qu'il est la source de tous les autres , d'autant plus grand qu'il vous ferme l'entrée du cœur de Dieu , et qu'il tarit la source de ses grâces. Ce crime, ne l'oubliez jamais, c'est la défiance. Oui, sans doute, s'il est un crime irrémissible , c'est celui-là. Ce ne fut pas après son fratricide , que Gaïn pouvoit dire : Mon crime est trop grand , mais quand il eut désespéré de la bonté de Dieu. Eh quoi! mes Frères , seriezvous donc plus coupables que Dieu n'est bon ? se^ riez-vous donc plus misérables que Dieif n'est riche? La foi ne vous dît-elle pas que la grâce abonde là où le péché avoit abondé 3 que Dieu compte bien moins vos crimes que vos efforts pour retourner à
lui ; que plus vos pAéchés sont grands , plus Os ajou^ teat au triomphe de sa miséricorde; qu'il faut alors vous écrier, avec le prophète : Pour la gloire de votre nom , ô Dieu , soyez propice à mon péché , car il est énorme , multumest enini (ps. xxiv iii*)?
D'ailleurs , mes Frères , voudriez-vous donc être plus juste et plus sévères que Dieu même? ne seroitce point ici un raffinement d'amour-propre? ou bien, voudriez-'^vous nous apprendre que vous êtes indignes des grâces du ciel , et que Dieu , pour vous sauver, doit faire en quelque sorte violence à sa justice? Ah! nous l'avouons avec vous; mais nous savons en même temps , avec le sage , que la miséricorde de Dieu est aussi grande que son essence (eccles. xi, 33*)» Nous savons, avec Isaïe, que la terre s'usera comme un vêtement, que les montagnes s'écrouleront, et que sa miséricorde sera toujours la même (isaÏ. liv, io»). Nous savons, avec Mi«chée, que, si nous retournons sincèrement à lui, il jetera nos crimes dans la profondeur de la mer (mich. vu, 19- )• Nous savons avec Joël , que sa bonté est au-dessus de notre malice , prœstabilis super malitid (joel. ii, i3.)* Nous savons enfin, avec Jésus-Christ , que celui qui croit en lui , fut-il mort, vivra et ne mourra jamais, non monetur in œtemum (ioân. xi, a6. )•
Et quel est donc , mes Frères , ce crime si énorme qui vous épouvante? LlM>micideP mais il fut pardonnée à David ; l'idolâtrie? elle fut pardonnée à Manassès ; l'injuste détention du bien d'autrui ? ce crime fut remis à Achab 3 la persécution des pro-
pbètes? mais saint Paul (Revient un vase d'élection; l'adultère ? mais la femme de rÉvarigîle fut renvoyée absoute ; les concussions et les rapines? mais Zachée reçut dans sa maison sa grâce et son salut ; le parjure? mais saint Pierre l'effaça par ses larmes; le scandale d'une vie toute licencieuse ? mais la Samaritaine , mais Magdeleine , trouvèrent dans Jésus- Christ un médecin et un père.
Mais il faut, pour me convertir, un miracle de la grâce! Mes Frères , cela peut êti'e : hé ! pour qui donc sont les miracles de la grâce , s'ils ne sont pas pour les paralytiques de trente ans? seront- ils donc pour les parfaits et pour les justes? Les miracles de la grâce ne coûtent rien à Dieu , dès qu'ils ont pour objet notre salut. Il ne fait presque point de miracles pour sa gloire, ils sont tous pour les intérêts de nos âmes. Mais ce miracle , il faut au moins le mériter par la confiance : Croyez- vous que je puisse vous guérir, disoit Jésus- Christ (ma.tth. IX, 38.) aux aveugles qui se présentèrent à lui? Nous le croyons, répondirent -ils. Hé bien! qu'il vous soit fait selon votre foi ; et ils furent guéris. Mais.ce miracle deviendroit inutile, il seroit même impossible , si vous n'avez une confiance entière. Dieu , tout puissant qu'il est , ne pourra vous sauver, si vous n'espérez pas en lui j votre défiance lui lie les mains , et c'est elle qui borne le pouvoir du Saint d'Israël ( isài. xxxi , i • ) •
Il faut un miracle de la grâce ! Ah ! mes Frères , votre état est donc douteux , votre salut bien incertain , votre conversion bien difficile ; et puisqu'il
SXSK LA MISÉRICORDE DE D1EU« ÇS
faut que vous Tayouiez , il est donc bien à craindre que la mesure ne soit comblée , que tous n'ayez passé ce terme épouvantable où finit la clémence; et je n'hésite point à m'écrier ici: Malheur à celui qui attend son salut d'un miracle de la grâce! Mais je dirai toujours: Heureux celui qui met son espérance clans le Seigneur (psal. xxxix, 5.); je vous inviterai toujours à espérer contre toute espérance , et à vous écrier , avec le prophète : Dieu de puissances, Dieu de miracles, convertissez-nous (psal*
UKXIX, 20 )•
Ah! mes Frères, ne nous dites donc point : H n'y a plus d'espérance. Hé quoi ! le bras du Seigneur s'est-U donc raccourci pour vous sauver , et sou x)reille seroit-elle appesantie pour ne pas vous entendre (is\i. Lix, 1.)? n'auroit-il. donc qu'une seule bénédiction à donner? n'a-t-il pas appelé des ouvriers à la onzième heure? et pourquoi vous souf« fre-t-il encore sur la terre ? pourquoi vous permetil de venir encore dans ce temple ? 'pourquoi cet autel toujours fumant du sang de la victime ? Seroitil donc possible que toutes ces condescendances ne fussent qu'un vain jeu de sa part , ou qu'un mena-* gement cruel pour mieuj vous perdre ? se plairoit-il à nous abuser, et à vous offrir à chaque instant des moyens illusoires j semblable à un ami perfide j ne vous tendroit-il les bras que pour vous trahir plus sûrement? Ah! s'il étoit vrai que ce Dieu n'eût plus sur vous aucun dessein de paix et de miséricorde, il n'aurait qu'à retirer sa main, et vous seriez perdus.
Tom. 2. 5 *
G6 -Kca LA. mSÉUCOBDB DE DIEU.
11 n'y a pltu d'errance ! Mes Frères , td /ut iDtréfiNS le langage des Israélites,' quand Le prophète Jërémie les ioviloit de la part de Dieo à latre pénitence. Nons sommes désespérés , lui àirent-ilSf desperavimus ; et ils en conclurent qu'il ùlloit que chacun d'eux vécût an gré de ses désirs, et suivit les penchans de son cœur , et unasquisfjue pravîtatem cordit sut mali /aciemus (jEREis. xriti, 13.]. Prenez garde, Chrétiens; ne seroit-ce point ici par hasard la conséquence favorite que tous Tondriez tirer? Est-ce donc l'espérance qui vous manque j ou l'ascendant de vos passions qui vous entraioe? Ne voudriez-vous pas dire qu'il est trop difficile de briser vos chaînes , trop pénible de renoncer à des plaisirs si doux P ne confbndriez-voua pas le désespoir de votre salut avec la peine de quitter le monde , avec la crainte de sacrifier yos goûts les plus chéris ? Êtes-vous sans espoir , ou bien sans force et sans courage? Sondez hien votre cœur; quelle est donc l'idée fatale qui vous désespère? Seroit-ce le regret d'avoir perdu Dieu, ou la crainte de le retrouver? Croyez-vous siucèrement que tout chemin vers lui vous soit fermé , ou ne tremblezvous pas que la voie ne soit trop étroite ? pleurez- T0U8 le mal que tous avez fait , ou celui que vous avez mérité ? Non , ce n'est pas la justice de Dieu qui vous alarme , mais la pénitence qui vous coûte. Si le repentir n'avoît aucune suite, j'en appelle à votre témoignage, diriez-vous : Il n'y a plus d'espérance?
11 a y a plus d'espérance! Ifon, Chrétiens, roui
fiUa LA MISÉRICORDE DS DIEU. Ôl
ne le croyez pas ; un cri puissant s'élève en ce moment au fond de vos coeurs , et condamue bien plus éloquemment que toutes nos raisoDS, ce sentiment funeste. Je suppose, mes Frères, que l'enfer s'ou- Trît en ce moment sous vos pieds, et que ses flammes dévorantes vinssent chercher dans cet auditoire les coupables qui désespèrent de la bonté de Dieu. Je le demande ici : quels seroient alors vos sentimens? quelle impression feroit sur vous un si grand danger? Iriez -vous, en furieux, vous précipiter dans l'abime? Ah! il me semble vous voir courir dans ce sanctuaire, vous prosterner au pied de cet autel , embrasser tendrement cette croix adorable , investir tous nos tribunaux ; je vous entends appeler à grands cris sur vos têtes le sang de Jésus-Christ, implorer avec larmes ses anciennes miséricordes , et lui dire : 0 mon père , par vos opprobres , par votre croix , grâce , grâce ; voudriez- vous perdre lenfant de vos douleurs, le prix de vos souffrances? mon père , mon père , pater mi, pater mi (matth. xxvi , 3g.) Hé quoi! Cln*étiens, pourquoi donc ne pas faire maintenant ce que vous feriez alors? pourquoi votre confiance sera-t-elle moins vive , parce que le danger est plus loin de vous? Par quelle inconséquence faut-il que vos vaines terreurs augmentent, . à mesure que vous avez plus de temps pour vous sauver? et puisque vous vous sentiriez, alors plus &rts que toutes les puissances de l'enfer, pourquoi donc êtes vous maintenant moins forts que vousmêmes?
11 n'y a plus d'espérance! Mais que fais -je îd,
68 9CK LA MlSéRlCORDE DE DtE0.
mes Frères? peut-être voulez- vous que |e porte encore plus loin les divines miséricordes , peut-être exiges- vous que je promette le lendemain aupécbeur impénitent, peut-être demandez-vous à être couronnés sans avoir combattu , peut-être voulez-vous que je vous garantisse que Dieu ne viendra point vous surprendre pendant la nuit, peut-être attendei^vous que je vous dise que votre conversion est l'ouvrage d'un moment, ou que la grâce guérira toute seule vos plaies invétérées. Ah! Chrétiens auditeurs , si tels étoient vos sentimens , nous vous livrerions sans ménagement à votre désespoir , et nous dirions ici , et nous répéterions sans cesse , et nous nous écrierions mille fois plus haut que vous : Non , non , il n'y a plus d'espérance.
Mais pourquoi donc est-il besoin de discussions , quand nous pouvons , par des faits évidens , célébrer la bonté divine, et confondre à jamais vos vaines objections? Depuis long-temps la voix de nos iniquités s'est élevée jusqu'aux cieux. Le débordement est si grand, que Dieu semble nous demander, comme autrefois par son prophète Jérémie , quel est donc parmi vous celui qui peut encore mériter ma clémence 3 super quo propitius tibi esse potero (jEREM. V, 7*)? Oui, dit le prophète, le Seigneur a regardé du haut des cieux , pour voir s'il y auroit encore quelqu'un sur la terre qui eût le don d'intelligence , et qui recherchât son Dieu : Dominas de cœlo prospexit ( ps. xiii , 2.) y et il y a vu la vertu , depuis long-temps errante et fugitive, chercher vainement , parmi un déluge de crimes , quelque
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henreux asile où elle pût , comme la colombe de i'arche , se reposer en paix j et il y a vu les hommes endormis dans une pesante léthargie , tous devenus inutiles à la patrie et à leurs frères, pas un seul qui fasse le bien ; et il y a vu un oubli général de Dieu et de ses lois, de leternité et de ses suites , les scandales devenus si communs dans la société , tous les crimeS' justifiés par leur succès, toutes les injustices consacrées par leur grandeur, l'intérêt dessécher et avilir toutes les âmes, la fortune devenir le seul et unique Dieu, le luxe corrompre tout à la fois et le riche qui létale , et le pauvre qui le désire ; la religion même n'être plus pour les uns qu'une politique , pour les autres qu'un jeu , presque pour tous qu'une habitude. Le Seigneur a regardé du haut des cieux , Dominas de cœlo prospexiû; et il a vu dans cette reine orgueilleuse des cités ce peuple brillant et frivole, plus jaloux de ses modes que de ses principes , qui croit avoir des mœurs parce qu'il a des agrémens , et qui supplée à l'indigence de ses vertus par le faste de ses paroles; ce peuple qui aspire à la réputation de franchise , et qui met toute l'humanité en étiquette, tous les devoirs en cérémonies , toute la morale en problême ; ce peuple doux et barbare , toujours riche pour les spectacles et avare pour les malheureux ; ce peuple poli et licencieux, pour qui l'homme d'honneur n'est pas l'homme de bien , et chez qui la jeunesse montre une perversité ^précoce , et se joue de bonne heure avec tous les vices; ce peuple charmant et abomî- «lable ^ dont les excès ne çont que des raifinemem
cœur, et je sens que le spectacle des bontés divines^ bien loin 4^ nous rendre rebelles , nous rendra pénitens. Grand Dieu! je ne cesserai donc jamais de publier l'immensité de vos miséricordes, et je xn^applique ici ces paroles de saint Paul : Malheur à moi, si je n'aant)nçois pas TÉyangile; vœ mihi, si non evangelizavero ( I cor. ix , i6.) / Et qu'est-ce donc, ô mon Dieu , qu'annoncer l'Évangile? n'est-ce pas prêcher l'année d'indulgence , le temps fayorable, le jour du salut? n'est-ce pas consoler ceux qui pleurent, guérir ceux qui ont le cœur brisé? n'est-ce pas annoncer au monde la paix que yous lui avez laissée ? Oui , mes Frères , la paix : non ce repos léthargique qui retardoit notre course, non ce sommeil de la conscience qui n'est pas loin de la mort ; mais ce calme précieux que l'on goûte dans les larmes d'un repentir sincère 3 mais cette joie du Seigneur, fruit consolant de la conversion; mais cette douce paix des enfans de Dieu qui ne se soutient que par l'amour et ne vit que par l'espé* rance. Ainsi soit^iU
SERMON
3VÉ ]L*ilVia<DStl
Claudi ambulant f leprosi mundantur, pauperes ei^angc^ lizantur.
Les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les pauyres^ sont ëyangëlisés. Mattb. xi , 5.
V oiLA , mes Frères , le vrai triomphe de la mîssioa de Jésus-Christ } juste appréciateur de la grandeur et de la gloire , il la y oit moins dans Téclat que dans Futilité des prodiges : partout il cherche plus à toucher qu'à éblouir, plus à consoler qu'à surpren* dre. Suivez-le dans le cours de son ministère, il ne déploie jamais sa puissance que pour faire briller sa miséricorde ; il ne fait point descendre le feu du ciel comme Élie j il n'arrête point le soleil dans sa course comme Josué : chaque action de sa yie est une preuve de sa tendresse , chaque prodige est un bienfait. Toujours au-dessus de la douleur, supérieur aux outrages , on croiroit sa grande ame inyulné* rable ', si on ne la yojoit s'ouvrir à chaque instant à la compassion et à la pitié. Voyez-le comme il s'attendrit sur le sort des infortunés qui l'entourent ,
n^ SVK l'aCMONE.
comme îl verse des larmes sur la mort de Lazare et sur la ruine de Jérusalem , comme il va chercher les infirmes, comme îl attire à lui les pauvres, les évangélise avec bonté , et leur donne toujours , sur le reste des hommes, une honorable préférence. Ce n'est plus le juge de la terre, le dominateur des nations, l'arbitre de leurs destinées, c'est un père, un pasteur, un ami, un médecin ; il ne travaille , il ne respire , il n'est puissant que pour les malheureux,; et Ton diroit en quelque ^orte que plus il se voit Dieu, plus il veut être humain.
Tels sont, mes Frères, les exemples touchans et les grandes leçons de miséricorde que nous donne le Sauveur du monde. Riches du siècle , voilà votre modèle ; reconnoissez ici l'esprit €t le vrai caractère de votre religion. Semblable à son divin auteur, elle n'est qu'amour et charité; elle cimente , elle resserre les liens de la fraternité en les rendant plus respec-* tables et plus saints; elle condamne ces stériles contemplatifs, qui se serviroient du prétexte de l'amour de Dieu pour oublier les hommes; elle nous dît que l'Évangile n'est descendu du ciel que pour faire le bonheur de la terre; que plus on est chrétien, plus on est sensible; que la miséricorde est plus agréable à l'Éternel que le sacrifice ; qu'on ne l'honore jamais davantage qu'en soulageant les malheureux , et que le christianisme ne nous élève au-dessus de la nature que pour nous en rendre les devoirs et plus faciles et plus doux.
Ministres de cette religion sainte , nous ne sommes donc jamais plus dignes d'être ses interprètes qu'e»
SCR L AUMONE* «jS
plaidant en son nom la cause des misérables , et c'est à nous sans doute, bien mieux qu'aux vains so<phistes de ce siècle , de faire retentir ces mots si souvent et si froidement célébrés, de bienfaisance et dliumanité.
Efforçons^nous donc aujourd'hui de faire parler en faveur des pauvres le sentiment et la raison , rÉvangile et la nature ; renversons tous les prétextes de la cupidité ^ faisons rougir , s'il se peut , ces riches mondains qui n'éprouvent jamais ni le plaisir d'être humains , ni la honte d'être insensibles ; réclamons , avec une sainte liberté , les droits sacrés de Tindi* gence, en vous faisant sentir, Chrétiens, que dans le refus de l'aumône vous êtes également injustes et cruels : c^est tout le partage de ce discours, Ave, Maria.