SUR L^AUMÔNE
vraie charité est industrieuse, que dans ses mains tout paroît se multiplier: ayez un cœur sensible , TOUS dit'ont-elles , et bientôt vous aurez du superflu*
Vous n'ayez pas de superflu! sans doute que vous voulez nous dire que les dépenses inséparables de votre rang et de votre naissance vous rendent nécessaire tout ce que vous possédez. Mais d^abord ne confondez-vous point les bienséances de la grandeur avec la vanité du grand , et la dignité de letat avec le faste de la personne? D'ailleurs le frivole intérêt d'une décence toute mondaine seroit-il donc assez puissant pour vous rendre insensibles aux cris redoublés de la douleur et de la misère ? Grandeur j dignité, naissance, vains noms! osera- t-on vous prononcer auprès d'ua membre de Jésus-Christ souffrant? verra-t-oft sans rougir cet homme ra* cheté au prix du sang d^un Dieu, immolé cruel* lement à la chimère de la condition? et ce qu'il y a de plus sacré aux yeux de la foi sera-t-il donc la vfctime d'un misérable fantôme? Providence adorable! quelle ressource restera-t-il aux pauvres^ si ceux que vous n'avez faits grands que pour les secourir ont le droit de les abandonner, ^ leur élévation devient elle-n^éme un obstacle à vos vues^ s'ils deviennent plus insensibles parce qu^ils sont plus opulens, et s'il leur e^ permis d'acheter avec leur grandeur le privilège d'être barbares?
Je le sais 9, mes Frères, et puisque les préjugés le veulent ainsi ^ nous sommes bien forcés d'eji convenir ; il faut à la naissance des dehors qui la distinguent, et à la digaité une décence qui U
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soutienne ; mais ces dehors doivent être modestes ,' car vous êtes chrétiens , et alors le superflu se trouve ; mais cette décence ne doit pas être un luxe , et alors lejfpauvre n'en souffre pas. Et quand même vous dédaigneriez cette décoration , le pensez-vous, mes Frères, en seriez-vous moins grands? Faites-en Fessai, retranchez une 'partie de ce vain cortège, et à la place de tout ce triste et pénible emh^rras , inutile à votre bonheur autant qu'à votre gloire, substituez cette noble simplicité qui fit le partage de vos respectables aïeux j sortez un instant de cette brillante enveloppe, pour vous environner uniquement de votre charité et de vos largesses: l'en atteste mon siècle , tout frivole qu'il est ; on vous applaudira, le libertinage interdit honorera votre vertu , et vous serez l'admiration et le modèle de vos concitoyens. Ne vous abusez point, ce faste imposant n'est point la grandeur, ce n'en est que le fantôme. Cet homme vain qui représente ne fait que mendier nos respects, tandis que nos respects vont chercher l'homme charitable* Cette foule de pauvres qui béniront votre nom , toutes ces mains levées vers le ciel, tous ces accens de la reconnois^ sànce , ces larmes de la joie , tout ce spectacle attendrissant répandra sur votre personne plus de pompe réelle , que le fastueux" attirail dont se pare la vanité. On ne vous respectera plus , vous. serez adoré j il faudra même que vous mettiez des bornes aux hommages du peuple ; son amour seroit un culte , ses transports une idolâtrie : non , vous ne serez plus un riche , un grand j vous serez un monarque , un ange envoyé du ciel , un dieu.