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un vaste édifice qu'il faut élever à grands frais j nous le demandons avec inquiétude à tous les objets qui nous environnent, nous en faisons une étude sérieuse, nous interrogeons les morts , nous dévorons avec avidité leurs productions volumineuses , nous nous épions sans cesse comme pour nous arracher mutuellement le secret d'être heureux } que nous somijaes à plaindre de ne pas sentir que pour trouver , pour ainsi dire , le bonheur en soi-même , il faut le porter chez autrui ; que nous l'avons sous la main , et que ce n'est qu'en faisant des heureux que nous mériterons d'être heureux nous-mêmesi! L'aumône seule nous en oflfre un moyen toujours présent, toujours facile j te|le est sa consolante prérogative : vous avez cru souvent, en la faisant, ne soulager qu'un misérable , et vous avez encore fait un heureux.
Quoi de plus consolant? sans retrancher un seul de mes plaisirs, la plus légère aumône, qui ne nuira pas même à mon faste ni à mon luxe , sufi^t ppur mettre la joie dans une famille honnête etyertueuse. Il me semble l'entendre ; tous prononcent mon nom avec transport, ils me bénissent, ib lèvent leurs mains pures vers le ciel pour solliciter en ma faveur } l'image de la sérénité brille sur tous •les fronts 3 tous les cœurs , serrés auparavant par la misère et le désespoir, se dilatent et palpitent d'aUégresse. Ah! je les 'vois , la mère presse sur son sein des enfans dont elle étoit forcée de repousser les caresses , les enfans sourient à leur mère , le père se retrouve avec joie au milieu de cette famille si chère qu'il étoit obligé de fuir avec amertume j il
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goûte en ce moment le bonhear d'être père : mal-heur à Famé froide qui ne se sentiroit pas émue par UQ si touchant tableau!
Ah! s'il étoit quelqu'un dans cet auditoire qui ne me répondît pas au fond de son cœur; s'il y avoit un barbare qui n'eut jamais éprouvé le besoin de soulager un misérable , je lui dirois ici , en l'arrosant de mes larmes : Mon cher frère, que faites-vous donc de votre cœur? c'est donc inutilenient que Dieu l'a fait sensible? c'est donc en vain qu'il palpite? pour qui réservez-vous ses émotions, ses élans et ses transports ?•».. Je vous entends; c'est-à dire que vous le livrez à la fougue des désirs , àTagitation du crime , au remords , au repentir , à toutes les agitations d'une vie tumultueuse, à toutes les fureurs des passions. Connoissez mieux sa véritable destination; vous la trompez en le prostituant à de si viles idoles; vous croyez alors être sensible , et vous n'êtes que corrompu : hâtez-vous donc , dit Isaïe ( isai. lviii, 9, y.), de décharger le pauvre de son fardeau, de partager avec lui votre pain , et vous saurez alors que vous avez un cœur» Oui , l'aumône seule peut vous l'apprendre , puisque non-seulement vous résistez sans elle au sentiment le. plus doux , mais encore au spectacle le plus touchant.
lyattendez pas ici , mes Frères , que , donnant à mon imagination une libre carrière , je vienne vous attendrir par des peintures chimériques ; j'écbapperois mon but , et ce seroit même manquer d'art, que de s'en servir dans une matière où l'on est toujours éloquent par la seule vérité. Jetez les yeux de
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toutes parts, quels objets se présentent à tou:S? de^ hommes qui ne parroissent avoir reçu un corps que pour la peine , et une ame que pour les privations , des hommes dont l'aspect flétrit le cœur en même temps qu'il déshonore l'humanité , des malheureux dont les tristes lambeaux déposent contre notre luxe et dont les larmes accusent nos folles joies , des orphelins sans appui, desLazares couverts. d'ulcères. Sont-ce desspectres ou des hommes? quels lugubres accens! quelles images déchirantes! Tantôt c'est un vieillard infortuné que sa misère et sa yertu rendent encore plus vénérable que ses années, sans autre ressource que des membres usés et des mains inutiles , faisant sans cesse au ciel des vœux meurtriers pour être bientôt délivré du pesant fardeau de la vie , et accusant la lenteur de la nature comme d'un crime à son égard. Tantôt c'est une mère désolée , entourée d^une foule de jeunes . en.fans, qui, mêlant au pathétique de leurs génoissemens les attraits purs et touchans d'un âge tendre, lèvent vers elle leurs mains innocentes , et lui de-r mandent inutilement du pain. Ici c'est une veuve abandonnée dont les larmes, comme celle que nous dépeint le Sage (eccli. xxxiv 19*)) n^ontent sans cesse vers le ciel, poursuivie par l'image toujours présente d'un époux qui n'est plus, ne trouvant pas un cœur qui entende le sien , n'ayant pas même la triste consolation d'être rassasiée d'un pain d'à* mertume; toujours obsédée par la faim, qui^ comme un spectre menaçant, l'arrache au doux sommeil 3 forcée de s'éveiller en regardant avec
douleur les premiers rayons du soleil, et de maudire le retour d'un astre qui réjouit toute là nature : là une jeune personne luttant sans cesse contre les horreurs de la misère et les pièges de la séduction , et placée dans la triste alternative de succomber, ou aux rigueurs du besoin , ou aux perfides douceurs des ennemis qui l'assiègent.
Voilà , mes Frères , le spectacle touchant et les scènes attendrissantes dont nous sommes chaque pur les spectateurs tranquilles. Cruels , nous les con« templons Tœil sec et le cœur froid ; nous célébrons nos fêtes et nos jeux parmi un peuple de misérables; îb viennent se mêler au son des instrumens , les cris lamentables de ces infortunés, et jamais leurs importunités n'ont pu suspendre un seul de nos plaisirs. Sensibles au sort d'un héros de théâtre , nous honorons de nos larmes des infortunes simulées , et nous sommes insensibles aux plaintes énergiques et Traies de l'humanité souffrante : les scènes frivoles , les vaines contorsions de l'art ont plus d'empire sur notre ame que les cris doulojureux du désespoir et de la misère. Nation douce et brillante, peuple spirituel et poli, vous qui connoissez si bien l'art d embellir la vie } vous dont l'ame flexible s'ouvre si aisément aux idées de gloire et de grandeur ; vous qui saisissez comme par instinct tout ce qui flatte le cœur, tout ce qui remue l'esprit, comment avezvous néanmoins pour les pauvres je ne sais quelle insensibilité? Quelle étonnante contradiction dans nos mœurs! Quoi! une dureté si farouche dans le sein des plaisirs et de la politesse ! Ah ! transportons-
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BOUS chez ces peuples grossiers , si dégrades dans notre opinion, et ils nous apprendront à respecter rhumanité ; nous verrons encore chez eux Fantique etyénérahle hospitalité , une prévenance mutuelle, un vif empressement d'épargner aux misérables, si toutefois il en est parmi eux , je ne dis pas la honte , notre vanité seule la connoît , mais l'embarras de pourvoir eux-mêmes à leur soulagement: et voilà cependant des hommes qu'avec un air de
triomphe nous appelons barbares Barbares!
seroit-ce donc parce qu'ils n'ont pas nos arts ingénieux et nos modes changeantes ; qu'ils ne connoissent ni nos vices couverts de beaux dehors , ni nos savantes intrigues, ni nos aimables impostures? Barbares! et qui mérite plus ce titre , ou cet homme sans loi qui compatit à l'indigence de son frère , ou cet homme poli qui voit tranquillement son concitoyen , son semblable expirer à ses pieds de douleiir et de faim ?
Et que nous importent, mes Frères, ce vain dehors d'urbanité dont nous faisons parade, ces fausses démonstrations de bienveillance que nous appelons politesse, si nous ne sommes^ du moins envers nos frères , ni plus humains ni plus sensibles? Ce qui fait mon malheur, pourroit se dire à lui-même l'infortuné que la misère accable , ce qui fait moâ malheur , c'est de n'être pas né dans ces pays sauvages que notre orgueil dédaigne } je ne serois point alors humilié parla présence des riches, je n'aurois point à rougir de ma pauvreté, je. ne serois plus opprimç au nom des lois : mon bonheur seroit , pour
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ainsi dire , sous la garde de la nature , et mes sem« blables ne seroient point mes tyrans. Hélas! c'est parce que je suis né parmi ces peuples cruellement civilisés, où l'on raffine tant sur la sensibilité, où l'on ne parle que de bienfaisance , que je me vois forcé de maudire mon existence.
Rendons-nous justice , mes Frères , et nous sentîron&que ce reproche seroit aussi vrai qu'humiliant pour nous. Pardonnez-moi , Chrétiens , puis-je vous dire avec l'apôtre , et supportez le mouvement de zèle qui m'entraîne : sed et supportate me ( II cor% XI, I.). Nous avons dégradé la nature à force de ^analyser; nos vains raisonnemens ont rétréci nos. âmes , les sentimens ont disparu devant les mots ; une triste et calculante philosophie a corrompu ho^ plus douces inclinations , toute la sève de la sensi^ bilité s'est évaporée. en systèmes. Oisifs laborieux, stériles penseurs, nous construisons intrépidement de vastes plans sur le bonheur de l'État , et nous en dédaignons les membres ; nous disertons éloquemment sur la population, et nous ne songeons pointa nourrir ceux qui vivent; nous travaillons à grands frais pour prévenir des maux où nous ne pouvons rien, et nous négligeons ce bien facile et journalier qui dépend de nous ; nous faisons des milliers de volumes en faveur de la bienfaisance, et nous n'avons jamais essuyé une seule larme. Notre luxe , nos goûts légers , nos plaisirs bruyans , nos besoins factices, n'ont fait de la compasion qu'un sentiment triste et pénible qui pèse sur notre cœur. Disons tout en un mot: nous avons une raison brillante et une
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cupiditë barbare , des lois douces et des procédés ty^ ranDÎques , des manières engageantes et des âmes dures , des visages affables et des cœurs d'airain , des mœurs paisibles , mais à peine humaines. Riches du siècle , vous croyez peut-être ici que je vous outrage ; non , mais je vous plains, mais je voudrois vous inspirer une honte salutaire, mais je ne fais que vous rappeler ce que vous devez aux pauvres en vous rappelant ce que vous vous devez à vous-mêmes. Ah ! que l'on voie enfin chez nous moins de systèmes et plus d'actions j moins de projets et plus d'aumônes , moins de faste dans les paroles et plus d'humanité dans les effets. Ici s'élèvent de nouveaux prétextes. On attaque tout à la fois les mœurs et les besoins des pauvres. Ce sont, disent les uns^ des imposteurs qui affectent des besoins qu'ils n'ont pas : les pauvres sont méchans , disent les autres , ils sont indignes de notre compassion. Ce sont des imposteurs qui affectent des besoins qu'ils n'ont pas ! mais croyez-vous bien , mes Frères , qu'on s'expose , sans une urgente nécessité , à la honte de tendre la main , et qu'on s'abaisse de gaité de cœur jusqu'à jouer un rôle si triste et si humiliant. Ils affectent des besoins qu'ils n'ont pas! si cela est , leur feintes et notre crime , elle suppose notre inflexible dureté ; si le simple exposé de leurs misères pouvoit nous attendrir, ils n^auroient point recours au mensonge. Hélas! ne voulez-vous donc pas qu'ils usent d'artifice , quand ils ne trouvent point en vousles sentimens de la nature? Us affectent des besoins qu'ils n'ont pas ! que signifie ce langage ? voulez*vous dire qu'ils peuvent encore exister sans
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le secours qu'ils sollicitent? Quoi! faudra-t-il donc attendre qu'ils expirent k vos pieds pour vous convaincre de leurs besoins? prétendez-vous ne leur faire l'aumône que lorsqu'ils n'auront plus ni le temps ni la force de la recevoir? Cœurs inhumains , voudriez-vous calculer froidement toutes les gouttes de sang qui leur restent , avant que de les secourir? Ils affectent des besoins qu'ils n'ont pas! mais la véritable charité est-élle donc si réservée? pèset-elle avec tant de sévérité les misères des pauvres ? suit-elle avec lenteur tous les conseils de la circon-» spection défiante et timide ? attend>t-elle , pour se déterminer, l'extrémité des besoins ?Non, mes Frères, c'est l'insensibilité qui examinent qui discute ; impatient de se soulager lui-même en soula* ^eant les pauvres , un homme vraiment miséri-^ cordieux préfère d'êtr^e imprudemment charitable plu tôt que méthodiquement cruel j et s'il arrive que , séduit par une honorable crédulité, il répande quelquefois des largesses inutiles, il s'applaudit encore et regarde avec joie ceux qui les ont reçus, en s'écriant dans un divin transport: J'ai ajouté à leur bien-être. Ils affectent des besoins qu'ils n'ont pas! et moi, je dis que quelquefois ils diminuent ceux qu'ils ont ; que plus souvent encore ils rougissent de les manifester 3 que c'est un art pour les pasteurs que le secret de savoir percer les ténèbres que la honte oppose à leur charité , que , victimes d'un préjugé cruel , les pauvres cachent leurs misères comme s'ils cachoie n t des remords, placés presque toujours «ntre cette désespérante alternative, ou de
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mourir de faim , ou de vivre dans l'humiliation. Mais vous ne connoissez pas la misère, si vous ne la jugez que par les malheureux qui vous importunent j il faut la sonder dans toute son étendue; il faut, avec le prophète , percer le mur de ces sanctuaires impénétra hies où elle recèle , pour ainsi dire , les plus tristes et les plus désolans mystères. Et comment d'ailleurs savez-vous si leurs besoins sont supposés? est-ce doac du sein de vos plaisirs et du milieu de vos festins, qu'il vous convient de prononcer hardiment sur les misères des pauvres? Ali! si du moins vous aviez le noble courage de vous en éclairr cir par vous-mêmes!
Quoi! vous n'avez jamais quitté vos jardins enchantés ,' vos superbes demeures , et vous calomniez sans remords des misérables que vous ne daignez pas même écouter! Âh! si vous souffriez que je vous en ûsse sortir un instant pour vous conduire dans ces réduits obscurs où tant d'infortunés dérobent à la lumière leur désespoir et leur honte , vous y verriez, non pas simplement des besoins réels , mais une détresse épouvantable et des misères qu'il n'est pas même donné à Timagination de concevoir et de feindre. Si vous craignez tant de vous tromper en assistant les pauvres , jetez les yeux sur ces sombres murailles où gissent de tristes captifs ; ouvrez les portes fatales de ces cachots affreux, de ces antres effrayans que Ton prendroit pour des tom-r beaux , si des cris lamentables ne nous avertissoient que le désespoir y respire , et que la douleur y vit «ncore. Voyez ces ombres pâles , meurtries de leur»
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fers , se renvoyant mutuellement le souffle de la mort comme celui du crime , rongées toutes vivantes des mêmes insectes, qui bientôt vont les ronger dans le sépulcre : passez de là dans ces tristes asiles de Hiumanité souffrante , entrez dans ces nouveaux séjours de désolation; et si les larmes, les plaintes ou le silence de la douleur , si l^ppareil effrayant de toutes lesinfirmités humaines, si une odeur in* iecte , si de longs et sourds gémissemens , si toutes les scènes de la mort, en vous glaçant le cœur, ne vous font pas reculer d'effroi , découvrez-y vos semblables sous des traits défigurés ; voyez-les trai-> nant à peine les restes affreux d'un cadavre vivant, forcés par leur état de compter parmi leurs souffrances leurs propres soulagemens, et dites alors, si vous l'osez , que , pour toucher vos coeurs , ils ont recours à Fimposture.
Les pauvres sont méchans, ils sont indignes de notre compassion! Hé quoi! voudrions-nous donc qu'ils n'eussent point de vices , que seuls ils fussent parfaits ? ne sont-ils pas des hommes? Mais que peuvent donc avoir de commun leurs mœurs et leurs besoins? où est il dit qu'il faille des vertus pour mériter vos aumônes? leut faut-il pour cela d'autres titres que leurs misères? et quand même leurs vices les rendroient indignes de votre compassion , nous vous dirions : Donnez encore , donnez toujours, l'or pur de votre charité ne sera point rouillé par cet alliage immonde ; semblables alors à votre Père céleste , vous ferez miséricorde à ceux qui ne k méritent pas* D ailleurs, combien sca
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trouve-l-il de respectables par leurs vertus et par leurs qualités personoellesl combien dont l'ame droite et élevée n'étoit point faite pour l'abjection! combien dont la sévère probité a toujours triomphé des écueils de l'indigence! avons-nous néanmoins pour ceux-là plus d'humanité et d'indulgence?
Les pauvres sont méchans! Hé bien! mes Frères, c'est de leurs vices que nous sommes responsables ; ce sont les refus dédaigneux qu'ils essuient de notre part qui les irritent j c'est l'abus criant que nous faisons de nos biens qui les indigne j c'est cette pompe odieuse , ce faste révoltant dont nous sommes environnés, qui les outrage et leur fait sentir plus TÎvement tout le poids de leur infortune. Hé ! comment ne seroient-ils pas durs envers les autres, quand ils ne voient partout que des hommes impitoyables? pourront-ils regarder la patrie comme une mère tendre , s'ils sont traités plus durement ■que des esclaves? quel respect auront-ils pour la société , toujours distraite sur leurs maux ; pour les principes de l'honneur, dont la voix est trop souvent étouffée par le cri de la faim; pour l'autorité ea6n, qui ne sert presque toujours qu'à protéger leurs tyrans?
Les pauvres sont méchans ! Nous 'ne prétendons ■ans doute ici ni plaider la cause de ces pauvres pervers , qui prostituent à la dissolution ce qui n'est donné qu'à la misère; ni excuser ces fléaux de la société qui se font un art de leur bassesse Importune et un mérite de leur criminelle oisiveté comme un jeu de leura mensonges 3 et tous ces fainéam errans ,
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couverts de lambeaux et d'opprobre : mais qui vous assure que celui qui se présente à vous n'est pas peut-être ce vrai chrétien , cet homme droit et simple que lé ciel contemple avec complaisance? L'idée seule de mépriser ce qu'il y a de plus grand et de plus divin sur la terre , la vertu malheureuse, ne doit-elle pas vous faire trembler? Âh! dans la crainte de laisser sans secours un homme vertueux , exposez--vous plutôt à rendre heureux mille coupables.
Les pauvres sont méchans! disons plutôt que ce sont les riches. C'est une triste et dure vérité à révéler ici 3 mais il faut cependant que les riches l'entendent. Sybarites efféminés , qui , avec de vastes domaines , avez presqne toujours des âmes rétrécies; publicains scandaleux, qui raffinez sur tous les plaisirs , et qui portez écrits sur votre front , comme la femme de l'Apocalypse (apoc. xvii ,5.), tous les mystères de la dissolution , c'est donc vous qui censurez austèrement des infortunés à qui le désespoir arrache quelque légers emportemens ou quelques plaintes amères. Assis à vos tables somp* tueuses , il vous est facile d'exercer une censure qui fait avec votre mollesse un contraste aussi affreux que ridicule. Mais voudriez-vous bien savoir ce que c'est qu'un méchant? Le méchant, c'est cet avare insatiable , tranquille spectateur des misères publi*ques , dont les coffres sont autant de gouffres ou tout s'engloutit et d'où jamais rien ne sort; le méchant, c'est ce dissipateur, ce père , cet époux étranger à fa propre famille ,~ qui fait entrer le nombre de ses
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dettes dans le cortège de sa grandeur , et qui paie plus cher un plaisir d'un instant , que ne pourroient gagner en plusieurs jours les artisans d'une yille entière; le méchant, c'est ce riche inhumain qui détourne sa sensibilité de dessus les pauvres , pour la porter toute entière sur des animaux domestiques; le méchant , c'est ce. riche voluptueux qui dévore dans un seul repas de quoi nourrir vingt familles qui manquent de pain: je le répète encore, mes Frères, voilà le méchant, le ^véritable méchant.
Que je m'estimerois heureux si favois été assez éloquent pour faire passer dans vos cœurs les seor timens qui m'animent ! si je pouvois me dire à moimême : Aujourd'hui , dans un instant , au sortir de ce temple, les pauvres de Jésus-Christ verront avec surprise qu'on prévient même leurs importunités. Frappées de ce nouveau prodige , les mères attendries s'empresseront d'en faire part à lenirs enfans: Réjouissons-nous , leur diront-elles , la charité n'est pas encore éteinte sur la terre. Et quand nous flatterons-nous donc de triompher des cœurs , si ce n'est en prêchant le devoir touchant de l'aumône? Que vous ne nous entendiez pas lorsque nous vous parlons de la mort des passions, du renoncement des sens, et de la violence qui doit ravir le ciel, nous le concevons sans peine ; mais que nous déployions en vain toute Tautorité de la sainte parole pour obtenir les miettes dédaignées qui tombent de vos tables, voilà ce qui tout à la fois et nous attriste et nous confond.
Mais quelle douce illusioa vient ici me séduire l
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peut-être un jour viendra où tous les riches s'uniront pour le bonheur commun du genre humain ; peut-être que , lassés de leurs fades plaisirs et de leur pompe vaine , ils se rappelleront enfin qu'il y a des pauvres sur la terre , et que ligués , pour ainsi dire, par une sainte et honorable confédération, ils oseront prendre le généreux dessein de bannir pour jamais du monde le fléau de l'indigence. Idée consolante ! ne seriez-vous donc qu'un vain songe ? j'aime du moins à m'en entretenir. Alors le ciel descendroit sur la terre , elle offriroit aux yeux de l'Éternel un spectacle digne de ses regards; alors les larmes ne seroientplus que pour le crime et la honte pour les remords. Tous frères , tous amis j ' tous heureux , nous coulerions tranquillement les jours de notre exil dans les chastes douceurs de la miséricorde, en attendant que nous allions jouir un jour des transports et des extases de la charité consommée. Ainsi soit-il.
SERMON
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