LA RESSEMBLANCE DU CHRÉTIEN AVEC
Faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nos^ tram.
Faisons Thomine à notre image et à notre ressemblance.;
iJuE signifié cet auguste conseil? que nous annonce ce langage extraordinaire? pourquoi tant de précautions et de réserve? et comment le Créateur, qui , pour ainsi parler , laisse tomber de ses mains les astres avec profusion , qui sème en se jouant les mondes dans Tespace; comment suspend-il ici l'action de son pouvoir , agit-il avec poids et mesure , et semble-t-il , en quelque sorte, douter de sa puissance? N'en soyons pas surpris, mes Frères; ce n'est pas que la création de l'homme lui coûte davantage que celle du plus vil des insectes : non ^ mais il veut, par cette apparente circonspection ,
SUR LÀ llESSEMfiLANCB , etC. 100
nous montrer l'importance de Touvrage qu'il entçe«> prend, le rendre respectable aux générations futures et leur faire sentir l'énorme distance qui se trouve entre ce nouvel être et toutes les autres productions pompeuses qui décorent l'univers. Je vois l'homme : il sort tout brillant des mains de son auteur; ces mains divines, qui avoient dédaigné d'arranger les cieux et de placer les astres , pétrissent ellesmêmes la boue qui doit former son corps ; un souffle immortel anime cet argile , l'éclat du soleil disparoît devant la gloire qui l'environne , son ame est la vive expression de la Divinité , qui a fait rejaillir sur lui une partie de sa grandeur; il vit comme Dieu par l'intelligence, il agit comme Dieu avec liberté , il est heureux- comme Dieu par l'amour ; et l'Éternel, frappé lui-même de ce nouveau chefd'œuvre, s'admire dans son propre ouvrage, s'ea applaudit et s'y contemple avec complaisance.
Hélas! tant de g^ndeur devoit donc disparoitre en un instant : un seul péché efface cette auguste image ; cet or si pur est obscurci; de si beaux dons se changent en opprobre ; à la sérénité de Tinnocence succèdent les longs orages des passions; cet homme rayonnant de bonheur et d'espérance , la douleur le presse , le plaisir le fuit ; une nuit sombre l'environne , la chair le subjugue , les sens l'enchaînent, la honte le flétrit , le remords l'accable , la mort en fera sa victime ; et celui qui a voulu s'élever jusqu'à Dieu descend même jusqu'au dessous de l'homme.
Mais la miséricorde s'élève au-dessus du jugement^