‹ Sermons et discours inéditsChapitre 30 sur 63 · BU CHRÉTIEN AVEC DIEU, T · texte numérisé non relu

BU CHRÉTIEN AVEC DIEU, T

, Et voîlà sans doute le trait le plus brillant de la ressemblance que les lumières du clu*ëtien ont avec celles de Dieu même. C'est ici que la créature se montre au-dessus délie -même, et que les idées d'inconstance et de fragilité , attachées à la nature humaine, s'eflfacent et disparoissent. Tout grand qu'est le chrétien , il laisse néanmoins entrevoir en lui un reste de foiblesse qui le rappelle à sa caducité et l'instruit de son néant : ici rien ne décèle l'homme, tout est divin , tout est surnaturel. Oui , si jamais l'idolâtrie avoit pu, je ne dis pas justifier, mais du moins colorer aux yeux de l'univers son épouvan* table délire, c'eût été sans doute en élevant aux honneurs de l'apothéose ces héros étonnans, qui, par leur magnanimité , semblent faire oublier qu'ils sont hommes; ces généreux athlètes; qui, sur la parole d'un Dieu , sont prêts à faire à la vérité les plus grands sacrifices; ces sublimes mortels, qui, par l'immutabilité de leurs lumières j s'assimilent si glorieusement à la raison souveraine , imperturbables comme elle dans leurs principes et leurs idées, indépendans comme «elle et des temps et des lieux , inaccessibles comme elle aux caprices d'une fausse sagesse , et qui par conséquent expriment dans leur personne, d'une manière si frappante la vérité de ces paroles ; Faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram.

Mais le tableau n'est encore qu'ébauché ; pressons davantage le parallèle , et montrons que le chrétien n'est pas moins l'image de Dieu par l'éclat de sa sainteté que par celui de ses lumières: c'est moa second point.

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SECONDE PARTIE

C'est par le cœur que nous sommes tout ce que nous sommes , dit saint Augustin ; c'est lui qui nous rend libres ou esclaves , nobles ou rampans , justes ou impies; lui seul enfin est tout Tbomme. Nos lumières nous sont en quelque sorte étrangères; elles n'ont qu'un rapport imparfait avec notre grandeur, et ne décorent que la surface de notre être. Les sentimens seub nous appartiennent , et ce n'est que par eux qu'on peut nous définir. C'est donc au cœur qu'il faut avoir recours pour juger dignement de la ressemblance qui se trouve entre lliomme et Dieu. Lui seul peut animer le tableau : sans lui la ressemblance est morte, l'image est froide, elle languit sans couleur et sans vie.

Combien le christianisme élève l'homme , et que son cœur est grand quand il en suit les règles et les principes! Le voyez-vous cet être si foible, cet enfant de la poussière , cet atome égaré dans Tespace? hé bien! il va vous étonner par le spectacle de ses forces. Porté sur les ailes de sa religion , il quitte la terre, il prend un essor sublime et touche à la hauteur des cieux ; il y contemple la vertu dans sa source , et se forme sur ce modèle auguste. .0 moa Créateur, ô mon Père , s'écrie- t-il dans une sainte et noble confiance , puisque c'est dans votre sein que vous avez puisé la substance et le germe du cœur que je possède, il faut donc que je vous

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ressemble. Si je ne puis franchir par la raison le vaste abîme qui nous sépare, je puis du moins me rapprocher de vous par la sainteté: elle seule peut enrichir mon ame, et la rendre digne de vos regards: quelle haute destinée pour une créature, que de mériter les regards de son Dieu! Pénétré d'un si grand sentiment, il s'élance vers le Dieu trois fois saint , il le voit pur dans sa sainteté , imioiense dans sa sainteté , immuable dans sa sainteté ; la sienne, autant que pourra le permettre son infirmité, aura donc ces trois caractères : elle sera pure, immense , immuable comme celle de Dieu 3 pure dans ses motifs, immense dans son objet, immuable dans sa durée : Faciamus hominem ad ima^inem et similitudinem nostranié

Soyez saints j parce que je suis saint (lév. xr, 440-" ^^1 ^^'5 ™^^ Frères, le motif sublime qui détermine le chrétien , et le noble ressort qui le fait agir. Avec ce grand principe , ses vertus sont d'autant plus pures, qu'elles ne sont pas de son choix. Tous ses goûts sont anéantis dans cet ordre suprême, il s'oublie dans ses devoirs et n'aperçoit que celui qui les impose. Chacune de ses actions est un hommage qu'il rend à la souveraine volonté; et n'aimât*il la vertu que par instinct, il se conserveroit encore le mérite du sacrifice par son obéis^ sance«

Soyez saints , parce que je suis saint. Ce n'est donc plus le caractère ni le tempérament qui décide de «es vertus ; il ne se fait pas une passion du re* noncement même de ses passions. Bien différent de

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CCS faux sages, qui, pour parler avec le grand ëyêque de Meaux, définissoient la vertu par le plaisir, il se l'aime jamais davantage que lorsqu'elle est plus péniblej et plus la nature y trouve d'obstacles , plus sa foi y découvre d'attraits.

Soyez saints, parce que je suis saint. Le clu-étien ne cherche donc dans la sainteté que la sainteté même. Il redoute comme un écueil ces brillantes actions qui ôtent à la vertu tout ce qu'elles donnent à l'amour-propre j il fuit tous ces devoirs de représeiltation qui dédommagent par leur éclat des privations qu'ils exigent. Plus une action est simple, plus elle lui est chère. Il s'enveloppe dans une sainte obscurité ; il est mort , dit saint Paul(coLOSs. m, 3.), et sa vie est cachée en Dieu avec Jésus*Christ : ce n'est qu'aux yeux de Dieu qu'il se veut donner en spectacle j Tidée même de n'avoir que lui pour témoin l'agrandit et l'élève. Heureux du témoignage de sa conscience , et non du regard des hommes , n'attendez pas de lui une sagesse singulière et fastueuse : il n'affecte point.de la placer si haut, que ses semblables ne puissent y atteindre; il ne feint pas d'en augmenter les obstacles pour se ménager la gloire de les surmonter. On diroit que la vertu ne lui coûte pas plus d'effort qu'à Dieu même. Il ne paroît suivre qu'une route commune; il tremble qu'on le distingue dans la foule. Les regards du ciel , les charmes de la vertu , le témoignage précieux de sa conscience , le noble sentiment de son élévation , lui tiennent lieu des hommages de l'univers; et par un héroïsme que ne connoissent point les âmes vul-

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gaires , et par une grandeur d'autant plus étonnante qu'elle est moins aperçue, il aspire à n'avoir que de la vertu.

Soyez saints^ parce que je suis saint. La plus légère apparence du mal doit donc alarmer le véritable fidèle : il sait que la vertu la plus brillante n'est pas toujours la plus pure, que les vices ne coimoissent que trop l'art de se déguiser , qu'il n'est pas rare de confondre les saillies de l'amour-propre avec les mouvemens de la grâce , que le cœur a ses sophismes comme l'esprit; que trop facile à se laisser séduire , il entretient souvent avec ses foiblesses na commerce illégitime à l'insu de lui-même ; que la raison en esclave timide entre souvent dans leur parti , ou les dissimule avec artifice ; que la passion prend quelquefois le ton et le caractère de la vertu ; quil n'y a souvent entre ces deux rivales que des limites délicates et imperceptibles ; que nos foiblesses enfin trouvent d'ordinaire leur compte dans nos propres vertus. Aussi son œil attentif ne se repose jamais ; ses regards précèdent toujours sts pas, selon l'avis du Sage (pkoverb. iv, aS.): il va jusqu'à la division de l'ame; raffinemens artificieux du vieil bomme, secrets manèges de la cupidité, retours délicats d'amour-propre, rien n'échappe à sa vigilance. De là cette honorable difierence qui se trouve entre le chrétien et le sage du siècle. Celui-» ci cherche uniquement à corriger ses ridicules^ celui-là à rectifier ses inclinations ; l'un à cacher sies foiblesses , l'autre à les surmonter j celui-ci à purifier sans cesse l'intérieur de son ame | celui-là à n'en

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parer que la i^urface. Le sage du siècle tout au plus compose avec ses passions , le chrétien leur déclare une guerre ouverte; enfin le premier ne craint que Topinion publique^ le second que Dieu et sa con* science.

Ainsi la sainteté du chrétien est pure ^ en quelque sorte, comme cçïle de Dieu. Comme Dieu , il n'aime la vertu que pour elle-même : ses vues sQnt élevées comme celles de Dieu. Comme Dieu, il trouve dans sa sainteté le dédommagement d'une fausse gloire; comme Dieu, il nest ni dominé par l'orgueil, ni entraîné par l'humeur^ ni séduit par Tintérét, ni soutenu par l'amourrpropre; comme Dieu enfin, sa sainteté nest pas moins immense dans son objet que pure dans ses motifs 3 faciamus homihem ad imaginent et similitudinem nostram^

Immense dans son objet, la sainteté du chrétien embrasse toutes les vertus : rien ne sauroit le ralentir dans sa course, il s'élance comme un géant; c'est de lui qu'il est écrit : Ils iront de vertus en vertus ( PS. Lxxxiii, 8.), ils acquerront une force nouvelle , ils prendront les ailes de Taigle , ils voleront sans cesse et ne se lasseront jamais ( isai. ut, 3i.). Pénétré de ces paroles de l'Esprit saint

(APOC. XXII, II. ECCLI. XXIV, 29; XVlll , 6. LUC.

XVII , 10. ) , que celui qui est juste, doit devenir encore plus juste, que ceux qui se nourrissent de la sagesse ont toujours faim; que, quand l'homme a tout achevé, il ne fait encore que commencer; qu'on est même serviteur inutile , après avoir pratique tout ce qui est commandé , il est sans cesse

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a&mé et altéré de la justice : comme saint Paul (pHiLip. m, i3.), il croit n'avoir jamais atteint le but; comme lui , il ambitionne sans cesse des dons plus excellens, il aperçoit toujours un chemin plus parfait (I cor. xii, 3i.)« Saintement avide, il ne dit jamais, C'est assez j il ne regarde jamais en arrière, il compte pour rien ce qu'il a fait, dès qu'il peut faire davantage : bien différent du sage profane , il ne croit pas avoir toutes les vertus, parce qu'il n'a pas tous les vices ; il veut que chaque instant lenrichisse et lui apporte le tribut d'une yerta nouvelle. Ainsi, on le voit également modeste au faitedes honneurs, affable dansla puissance, humble dans les louanges , fermes dans les revers , patient dans les persécutions, doux parmi les outrages, modéré parmi les succès, indulgent pour ses frères, inexorable pour lui-même; ami fidèle, protecteur généreux, riche compatissant, père tendre, fils respectueux, sujet soumis, magistrat intègre, juge équitable : montrez une vertu qui ne soit pas la sienne.

Mais plus je l'observe, plus il est grand à mes yeux. Il veut non-seulement acquérir toutes les vertus , mais encore les posséder dans un degré souverain. Tout ce qui est médiocre n'est pas digne de sa grande ame, et une vertu foible l'offense presque autant qu'un vice. S il aime Dieu, c'est sans mesure; s'il doune aux pauvres, il ne connoit de la charité que l'héroïsme ; s'il fait des sacrifices, ils sont sans réserve. Bien loin de compter avec le Seigneur, d'examiner froidement jusqu'où s'étend

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le domaine de la loi -, et de s'arrêter aux bornes gros-^ 9Îères de la lettre, il ajoute Içs conseils aux préceptes; il ne calcule point ce que ses devoirs peuvent laisser à ses plaisirs , il n^examine point s'il peut être foible un instant sans être infidèle , si la séurérité de l'Evangile ne donne point aux sens quelques libertés innocentes , s'il ne seroit pas possible de faire grâce à certains vices , si Dieu réprouve absolument tout ce qui vient de rhomme. Non , le fidèle s'indigne de ces lâches réserves: plus une action est héroïque, plus il l'ambitionne; et s'il s'arrête dans la voie de la perfection , ce n'est jamais qu'à ceipoint où commence l'excès»

Ainsi le chrétien est parfait, comme le Père céleste est parfait. Gomme Dieu , toutes les vertus ont des droits sur son cœur, aucune ne lui est étrangère; comme Dieu, il ne met aucune borne à sa sainteté, il rejette les demi-vertus, il ne connoît ni ménagement ni partage \faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram.

Enfin la sainteté du chrétien est immuable dans sa durée. Telle est la déplorable condition de l'homme, que son cœur est encore plus que sa raison le jouet de l'inconstance. Les vertus ne sont dans lui que des goûts légers , comme les vérités des idées passagères. Semblable à ces plantes qui nagent sux les mers et dont la racine s'appuie sur la mobi^ lité des ondes , ou , pour parler avec saint Jude (jcd. 12 ET i3« ) , à ces nuées sans eau , jouet de la tem-^ péte , à ces astres errans qui ne tiennent jamais une route certaine; toujours battu par mille passions

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contraires , toujours flottant entre le monde et ses devoirs, entre ses foiblesses et ses remords, ses plai« sirs et leurs amertumes , ses penchans et leur honte , il échappe au pinceau qui s'eflForce de le dépeindre. Son ame aussi molle que de la cire , suivant Texpression du prophète (ps. xxi, i5.), languit sans .énergie comme sans caractère: inquiète dans ses désirs , incertaine dans ses résolutions, inégale dans ses démarches, emportée tour à tour par Tardeur et le dégoût, le zèle et lïndiflFérence, elle varie selon les temps, change avec les intérêts, se modifia avec les circonstances , et n'a rien , en un mot , de fixe que sa propre instabilité.

Ces humiliantes vicissitudes ne sont point faites pour le chrétien. Toujours maître de lui-même, toujours égal parmi les différentes situations de la vie, il donne à ses Vertus la même stabilité qul^ ses lumières. Quelle constance dans son amour pour son Dieu! quelle intrépidité dans ses résolutions! Point de périls qui les suspendent, point de dégoûts qui les altèrent, point d'obstacles qui les arrêtent , point de prétextes qui les éludent , point <le contradictions qui les ébranlent, point de caprices qni les étouffent. Que vois-je ici , mes Frères? quelles tempêtes et quels orages s'élèvent tout à coup! Le vent impur de l'aquilon et du midi souffle de toutes parts } quelle ligue furieuse ! que d'ennemis conjurés! que d'écueils effrayans! J^entends frémir toutes les passions déchaînées; l'enfer s'unît; avec le monde , tous les sens à la fois se révoltent , le siècle étale ses prestiges , le plaisir ses amorces |

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la fortune ses perspectives brillantes^, l'impiété ses sophismes , la volupté ses funestes douceurs ; l'ôccasîon est favorable , le moyen facile, le chemin court, la passion vive, mille intérêts divers se réunissent, tout se joint pour séduire le chrétien; le crime piérae qui le tente colore sa difformité , et fait illujçîon à son cœur. Ou fuir, pour échapper à tant de pièges? Rassurons-nous, notre héros s'indigne de nos alarmes ; ses mains sont dressées au combat, il marche sur le lion et surl'fispic; revêtu de toutes les armes de Dieu, il commande aux flots et à la tempête; un saint courage Tenflamme, une force divine le soutient , mille tombent à sa droite, et dix ^nille à sa gauche. Il ose défier et la mort et la vie,, et le fer et le feu, et |es principautés et les puis^an-^ ces^ et le présent et le fvitui*, et les élémens et la nature entière de le séparer jamais de Tamour de Jésus-Çhrist, Non -seulement il fait ce généreux défi, m cMS encore il est certain de son triomphe ; Certus sum quia neque mors, neque vita, neque iingeliy nequé pvincipatus y neque instantia y ne^ quefutuvay neque alla creatura pQterit nos separare à charitute Chris ti (rom. vm, 38.). Certu$ sum y je suis certain , et c'est un homme qui tient pe langage! Quoi, yn homme! ce fragile roseau , que le moindre souffle renverse , dont tous les élémens se jouent et qui va se briser contre un graii^ 4e poussière î Oui , nies Frères , ou plutôt , c'est ui| chrétien, un enfant de la grâcp, 4in |îdéle qui vit <le la( foi , un héros qui peut tout dans celui qui l^

^ disons plus encore^ npn c§ n'est plH3 \m

DU CHRÉTIEN AY^C DjlEi;. iSy

mortel, il participe à la nature divine (II petr. i, 40» c'est une créature céleste.

Qui pourroit en effet ébranler cette grande ame ? Comme Dieu, elle est indépendante de tout ce qui existe ; elle a brisé tous ses liens , que pourroit-elle craindre? Le Dieu fort, le Dieu puissant la remplit et la possède; J)eus in medio ejus, non commovebi" tur ( PS. XLV, 6.). Elle ne dépend point de son corps, elle le captive; ni de ses passions, elle les combat : ni de sts pencha ns , elle les réprime ; ni de ses goûts , lelle \t^ contredit ; ni de ses caprices , elle les étouffe; ni de son propre jugement, elle l'immole j ni du monde , elle le condamne ; ni des plaisirs , elle les fuit; ni de la fortune, elle la méprise; ni de ses biens , elle en voit le néant; ni des honneurs , elle les refonte; ni de ses maîtres, elle n'est soumise qu'a Dieu seul ; ni de ses protecteurs , elle n'am-bitionne rien ; ni de ses amis, elle sanctifie î^e,^ attachemens par des vues surnaturelles; ni de l'exemple, elle lui résiste; ni des usages, elle ne suit que la règle éternelle ; ni de la censure , elle ne craint que le juge suprême. Au-dessus des tentations, paf l'habitude de les vaincre; au-dessus des événemens, par sa résignation parfaite; au-dessus du temps, par la noblesse 4^ ses prétentions ; Qu-dessus de la niort, par son ardeur pour les biens célestes; au»dessujs de l'univers entier, par Télévation de sè^ sentimens: que la nature $e confonde, que tout s'écroule soùs ses pieds, que ses desseins échouent, que tout lui résiste , que Dieu semble l'abandonner, iju'il Je favorise , <jue la prospérité l'élève ^ que Içs

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revers Paccafclent , le chrétien , toujours fidèle à la vertu, marche d'un pas ferme entre la terre qui l'admire , et le ciel qui le contemple.

Je ne l'ignore pas, mes Frères, et une triste expérience ne nous l'apprend que trop, le chrétien, ainsi que le reste des hommes, a souvent de foiblesses. Dieu qui s'est plu, ce semble, à placer dans ses, ouvrages la magnificence à côté du néant, permet souvent dans ceux qu'il aime le plus ces humiliations salutaires. Et comment d'ailleurs éviter de faire des chutes avec une chair de péché, quand il faut sans cesse recommencer le combat, quand la guerre et la paix sont également dangereuses, quand la résistance même a 'ses périls, quand notre propre vertu devient un piège , la victoire elle-même un écueil, quand des ennemis mille fois vaincus renaissent de leurs propres cendres, et que tout ce qui nous environne fournit des armes contre nous? Le chrétien pèche, il est vrai, mais Timagede Dieu, pour être affoiblie, n'est jamais défigurée; il pèche , maïs ses foiblesses mêmes entrent , pour ainsi dire , dans la composition de sa grandeur, et les ombres qu'elles répandent sur sa sainteté ne servent qu'à en faire ressortir tout l'éclat. 11 pèche, mais sont péché est toujours devant lui (ps. l , 5. ) ; il en gémit amèrement , il déplore sa propre fragilité , et ses regrets sont souvent plus grands que ses fautes; il pèche, mais il cède plus à la force de ses penchans qu'il ne leur obéit : son péché est moins un crime qu'une faute, moins un égarement qu'un écart; il a été surpris plutôt que vaincu. Il pèche , mais , quoique

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opprimé , comme saint Paul ( II cor. iv , 8. ) , il n'est jamais entièrement abattu; yictime plutôt qu'esclave du péché , la vertu lui est toujours chère; en abandonnant un instant son devoir, il le respecte: il n'est que fragile , jamais il n'est infidèle. Il pèclie, mais, à l'exemple de l'apôtre (II cor. xn, lo.), il n'est jamais plus puissant que lorsqu'il est infirme; comme Dieu , il sait tirer le bien du mal; sa foiblesse même devient sa force : semblable à ce pilote qui est souvent conduit au port par des vents orageux , il se sert des surprises de l'ennemi pour s animer à la vigilance; il s'aguerrit par ses propres défaites; une sainte défiance de lui-même l'invite à de nou^ velles précautions , il se rassure moins sur sa propre vertu; chaque faute l'avertit du danger, il fortifie les endroits foibles de son ame , il met ses pertes à profit, et triomphe jusque dans ses chutes. Enfin il pèche , mais ses fautes , bien loin de diminuer son amour, lui servent d'aliment; l'amour s'entretient par le repentir , il se nourrit daùs les larmes. Ce sont de courtes absences qui rendent Tunion plus douce et en resserrent les liens , de légères fîroideurs qui donnent à l'ame plus de feu , et n'en suspendent les sentimens que pour les reùdre plus vifs et plus durables. Je ne crains pas de l'avancer, il doit à ses foible3ses les plus nobles de ses transports, et il semble qu'il seroit moins grand , s'il étoit impeccable.

La sainteté du chrétien est donc immuable comme celle de Dieu. Gomme Dieu, il ne change point, il est toujours semblable à lui-même , uniforme dans

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^es désirs , inaltérable dans ses affections , constant dans ses démarches; comme Dieu, au-dessus de toutes les créatures, de toutes les circonstances, de tous les évéoemens, de tous les intérêts, de toutes les séductions, de tous ses ennemis 'y/aciamus ho-^ minem ad iniaginem et sirnîllt^dinem nostram» Que ne puîs-je , mes Frères , développer de plus en plus la vérité de cette divine ressemblance! Je TOUS montrerois le chrétien toujours occupé, comme Dieu , du bonheur des hommes , sans rien attendre deux j maître , comme Dieu , de sa propre félicité , parce qu'il ne désire rien ici-bas que ce dont il jouit; inaccessible aux caprices du sort, qui ne peut rien lui donner ni rien lui faire perdre; se suffisant à lui-même 9 se plaisant avec son propre cœur , sans reniords, sans inquiétudes, sans alarmes; impassi'ble comme Dieu , non en ce sens qu'il n'est point sujet aux traits de la douleur et à l'empire des souffrances , mais parce qu'il les reçoit avec résignation , l^s supporte aviec courage , et que les maux que le ciel lui envoie ne sont que la source de ses consolations ou l'instrument de ses victoires. Je vous le montrerois tout esprit comme Dieu, parce que, n'arcordapt rien aux sens, il réduit son corps en servitude, et se joue en quelque sorte des révoltes de la chair; tout amour, comme Dieu, parce que la charité est la source de ses affections, le principe de ses mouvemens , le grand et l'unique ressort de ses actions ; tout vérité , comme Dieu , parce qu'il ^st sans fraude , sans dissimulation , et qu'une sainte i^rdeur dirige ses démarches, (jue sa bouche e^t

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toujours d'accord avec son cœur, que ses intentions sont aussi pures que ses œuvres j immortel , comme Dieu, parce que son ame triomphe de la destruction de son corps , et que le moment de sa mort ne sera que Tiustant de son réveil. Je vous le montrerois n'ayant avec Dieu qu'un même empire , puisqu'il règne sur les créatures; qu'une même conquête, puisque, par la foi, il a vaincu le monde; qu'une xnéme volonté , puisqu'il fait celle du Père céleste ; qu'une même autorité , puisqu'assis sur un trône il doit j'^ger, à la fin des temps, les douze tribus d'Israël; enfin qu'un même bonheur, puisqu'il partagera un jour la même gloire ; faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram.

A la vue de cette assemblée de fidèles , par où puîs-je mieux finir ce discours , mes Frères , qu'en vous adressant ces sublimes paroles de l'Ecriture: J'ai dit, Vous êtes des dieux, et les enfans du Très-Haut; ego dixi, dii estiSj et Jilii Excelsi omnes (ps. lxxxi, 6.)? Un ancien admirateur de Rome y frappé des mœurs austères et des sentimens héroïques qui animoient tous les citoyens de cette dominatrice de Tunivers, encore plus frappé de Tappareil imposant du sénat et de la hauteur de ces âmes étonnantes qu'il renfermoit dans son sein, s'écria , dans sa surprise extrême , que cette ville superbe ne forinoit qu'un temple , et qu'il y avôit TU autant de rois que de sénateurs. Mes Frères, ce spectacle étoit grand sans doute ; mais un spectacle plus grand encore vient ici frapper nos regards. Ce n'est plus qu'une seule ville, c'est l'univers entier

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