SUR LA RESSEMBLANCE
qui nous présente un temple auguste; ce n'est plus une foule de rois qui s'offre en ce moment à yos yeux , c'est une foule immense , permettez-moi l'expression , c'est un peuple de dieux , ego dixi^ dii estis. Qui de nous à cette idée ne sent pas son ame s'agrandir et s'élever? qui de nous ne craindra pas de s'avilir , de flétrir de si nobles traits , et de déshonorer cette auguste ressemblance? Mais que fais-je ici, mes Frères? viens-je donc amuser votre vanité et flatter votre orgueil? viens-je renouveler ici le même piège que l'ancien serpent tendit au premier des humains? Ah! Chrétiens, malheur à moi, si je venois vous inspirer cet étrange et superbe délire; ou plutôt, plaise à Dieu que vos âmes fussent capables de le concevoir ! Il supposeroit du moins en vous cette grandeur d'idées , cette sublimité de sentimens, cette haute ambition qui fait germer. les grandes vertus , et la crainte que nous aurions de TOUS séduire déviendroit par là même le plus beau titre de votre gloire. Mais non , il n'est que trop vrai que ce piège n'est point à redouter pour nous ; un sommeil léthargique , un funeste engourdissement nous met à l'abri d'une pareille tentation. Bornés comme nos possessions et nos domaines, enivrés de chimères aussi frivoles que nos biens et nos titres , nous ne sentons point notre dignité véritable 3 nous soupçonnons à peine notre ressemblance avec Dieu , et je tremble de n'avoir dépeint dans mon discours qu'un fantôme imaginaire. O hommes! il est donc arrêté que nous ne savons être que vains. Jamais un noble orgueil, un saint enthousiasme ne nous