DU CHRÉTIEN AVEC DIEU. I/|J
ëlève au-dessus de nous-mêmes j et je vois ces enfans du Très*Haut , aussi vils que les enfans de la terre , confondus dans la foule du reste des hommes , se traîner dans la même boue , ramper avec le vulgaire, emprunter son langage, ses erreurs, ses foiblesses , et mériter que nous leur appliquions ces paroles de la même Écriture : J'ai dit , Vous êtes des dieux, mais vous mourrez comme les autres hommes; verumiamen sicut homines moriemini (ps. Lxxxi, 7.). 0 de quelle hauteur lame régénérée est descendue ! Fille éclatante de Sion , comment un si sombre nuage a-t-il donc obscurci ta gloire ? comment a pu s'éteindre cette flamme céleste qui brilloit sur ton iront? Quelle chute , grand Dieu! dans quel abîme t'es-tu plongée , et qui pourra jamais en sonder la profondeur; quomodo ceci-disti (isAï. XIV, i2.)? Le temple de l'Esprit saint est devenu le repaire de Tesprit immonde; le siège de la vérité , le jouet du mensonge ; le centre de toutes les lumières , la victime de toutes les illusions ; et le sanctuaire de toutes les vertus , l'asile impur de toutes les passions. Je cherche l'image de Dieu , et je ne trouve que l'image du mondé , l'image de l'ambition et de la cupidité , l'image de Tintempérance et de la volupté , de la dissension et de la discorde, l'image du chaos; oserai-je le dire, l'image de l'enfer. Qu'ai-je donc fait , mes Frères ? je vous ai appelés chrétiens ; hélas ! j'ai profané ce nom auguste. Quoi donc! ne sentirons-nous jamais toute la grandeur dç notre destinée ? C'est à nous à réfléchir ici-bas l'élernelle beauté , à retracer , comme
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dans un miroir , ses adorables perfections ; c'est à nous rendre Dieu visible , à le montrer par nos vertus, à l'annoncer au monde par la beauté de Tordre moral, comme le jour le montre au jour par la beauté de Tordre physique. Mes Frères, élevons donc nos cœurs j laissons la terre aux enfans de la terre ; brisons , avec une fierté généreuse , les chaînes qui nous y attachent. Pourquoi y concentrer nos prétentions et nos désirs? Ah! l'ambition d'un chrétien doit n avoir point de bornes. Notre crime n'est pas d'être ambitieux , c'est dé ne Têtre qu'à demi. Soyons-le donc jusqu'à Tinfinî. Que l'éternité seule soit la mesure de nos espérances ; Téternité, où l'image auguste dont nous portons Tempreinte sera perfectionnée , et où nous deviendrons , dans un sens plus noble et plus vrai , semblables à Dieu , parce que nous le verrons tel qu'il est (I jOAN. m , 2.). Ainsi soit-il.
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