‹ Sermons et discours inéditsChapitre 33 sur 63 · APOLOGIE · texte numérisé non relu

APOLOGIE

Qms ex vobis arguet me de peccaio?

Qui de vous me reprendra de péché? Joax* tiU| 46,

Oi jamais homme a pu faire uq pareil défi, si jamais sage a pu dire a\ec cette Doble confiance et avec la sainte hauteur que donne la yertu : Qui me reprendra de péché? c'est sans contredit THomme-Dieu, la vraie lumière d'Israël, et ce juste par excellence dont chaque parole et oit une leçon, et chaque action un exemple. Cependant la calomnie et la méchanceté ne respectèrent pas sa >^rtu. Toujours en butte aux traits des Pharisiens et au déchaînement de l'orgueilleuse synagogue, ses plus nobles actions n'eurent que des contra-^ dicteurs; d'amères railleries furent le prix de ses démarches les plus saintes: sa touchante indépendance, on Tappeloit relâchement; son zèle infatigable , on le traitoit d'obstination ; et il n'y eut pas , jusqu'à ses œuvres miraculeuses , que la prévention ne se fit gloire de flétrir, ou que l'envie ne prît plaisir à méconnoitre»

Tom. 2, 10

l46 APOt^OciE DES GENS DE BIEIf.

Et maintenant quelle vertu osera se promettre plus de justice, ou attendre plus de ménagement? Si c^est ainsi qu'a été traité le maître, que sera-ce donc des serviteurs (matth, x, aS.) ? et si la source , autant que le modèle de toute sainteté , ne fut point à Tabri de profanes censures, qui peut se flatter désormais d'échapper à la malignité des discours, ainsi qu'à la contradiction des jugemens du monde?

Aussi, telle a toujours été la destinée triste ou glorieuse des gens de bien, de voir sans cesse la satire attachée à leurs pas, comme l'insecte cherche de préférence les fruits les plus parfaits 3 d'être contraints de se justifier, quand ils devroient n'avoir que des hommages à recueillir , et de vérifier à chaque instant cette parole de l'apôtre , que la persécution attend tout disciple de la piété qui aura le courage de professer ses saintes règles , et d'arborer son étendard (II tim« m, i3.).

Mais , si le monde a toujours condamné tout ce qui ne lui ressemble pas , si la simplicité, du juste , ainsi que parle l'Esprit saint (job. xii, 40 ) ^ toujours ^té méprisée , quand a-t*elle jamais rencontré plus d'obstacles ou essuyé plus de mépris que dans le siècle ou nous vivons? siècle d'excès et de licence , qu'il est d'autant plus difficile d'édifier, qu'il est plus aisé de le scandaliser j siècle de raison pré^ tendue , où les plus vives impressions de l'esprit de Dieu sont dégradées soqs le nom d'enthousiasme , pu les mqnaces de la foi sont regardées comme des terreurs populaires, 1^ héroïques austérités comme les excès d'une raison blessée, les saintes craintes

▲POLOGIK DES GENS DE BlElf. l^j

de la vertu comme de vils scrupules , tout spectacle de piété comme un vain jeu de l'imposture , et dont l'esprit de hauteur, de contradiction, de superbe mépris , paroit d'autant plus incurable, qu'il atFecte de se cacher sous un air de sagesse et de modération.

Ainsi la religion blasphémée dans ses mystères , combattue dans ses preuves, outragée dans sa morale , profanée dans ses sacremens, dédaignée dans son culte, est encore persécutée dans ses enfans; et comme si ce n'éloit pas assez d'avoir à déplorer l'aveuglement et les scandales des mondains, il faut encore que nous soyons réduits à la honteuse nécessité de faire Tapologie des serviteurs de Jésus- Christ.

Faisons-la donc, Chrétiens, puisque le monde nous y force î osons prendre le parti de ces amis de Dieu , honneur de la piété , honneur de la nature, de ces amqs sublimes, vrai sanctuaire de la Divinité, et ses plus augustes images. Ranimons leur courage, et consolons leur foi, en confondant leurs injustes contradicteurs. Et dans quel lieu est-il plus à propos et plus juste de les combattre qu'au milieu de la eour, dont le plus grand malheur est de tourner la vertu en ridicule , où presque tous ont intérêt qu'elle soit sans crédit, où tout , excepté elle , est toléré , et où enfin , peu content de n'être pas chrétien , on ne veut pas même pardonner de l'être? Montrons d'abord combien est criminelle en elle-même là prévention injuste du monde contre les gens de bien ; faisons voir ensuite combien elle est funeste

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dans ses suites et dans ses effets : c'est tout le partage de ce discours, jii^e. Maria.

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