‹ Sermons et discours inéditsChapitre 36 sur 63 · AK>K.OGIE DES GENS DE BIEN · texte numérisé non relu

AK>K.OGIE DES GENS DE BIEN

ties, ils plaignent votre aveuglement; vous dédaignez leurs œuvres populaires , ils ne comprennent ni vos soucis rongeurs, ni vos fatigues puériles; TOUS insultez à leur foiblesse, ils ont pitié des ineptes futilités qui tourmentent votre existence; vous leur reprochez le temps qu'ils passent dans les temples , et ils vous demandent compte de celui que vous passez dans les bals et dans les visites , dans ce commerce d étiquette et de complimens étemels.

Mais enfin , quelle est donc votre religion à vous, mes Frères, qui trouvez dans la piété tant d'oiseuses vertus, tant de pratiques minutieuses, tant de bizarres singularités? Vous nous direz sans doute que vous êtes d'honnêtes hommes , mais que vous n'êtes pas dévots ^ car voilà , mes Frères , le refrain éternel, la mai^me favorite avec laquelle les prétendus sages du siècle croient répondre à tout. Vous n'êtes pas dévots! non, sans doute, puisque vous n'êtes pas chrétiens, puisque Dieu n'est plus rien pour vous , et qu'à force de simplifier la religion , il ne vous reste plus qu'un simulacre inanimé où rien ne parle à votre cœur, qu'un culte arbitraire où rien ne fixe votre esprit. Vous n'êtes pas dévots! ahî mes Frères, il y a long-temps qu'on le soupçonne; on le voit bien à vos scandales , à vos dissipations , à cette vie mondaine , toute sans fruit devant les hommes, et sans mérite devant Dieu : on sent bien qu'eflfectivement vous traitez en grand la morale, que vous avez les grands principes, que vous savez fort bien vous plier aux circonstances , profiter de

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l'occasioD, et vous mettre au-dessus des règles; que, méprisant ces ridicules abstinences , vous préférez à tout le repos et la santé j que , ne consumant pas votre temps en prières , vous le perdez dans les plaisirs, et que, n'ayant pas de scrupules, vous n'avez guère de remords.

Vous êtes d'honnêtes hommes! oui, mes Frères, et vous avez tant d'humanité, que, si vos vœux étoient remplis, tous les cachots seroient ouverts, tous les fers des scélérats brisés j et tant de scrupule sur les dettes du jeu , que , pour y satisfaire, vous avez même oublié ce que vous devez à l'ouvrier et au pauvre} et vous êtes si charitables, qu'afin que personne n'en doute, vous avez soin que la plus vile aumône soit dûment consignée dans les fastes de la renommée. Vous êtes honnête homme! oui, c'est avec celte honnêteté, que magistrat, vous vendez la justice; que courtisan, vous trahissez la la vérité ; qu'écrivain , vous mentez au public sans boute et sans pudeur : c'est avec cette honnêteté, que vous rampez pour parvenir, que vous flattez ceux que vous méprisez , que vous perdez ceux dont vous avez à vous plaindre ; c'est avec cette honnêteté que l'envie vous ronge , que l'avarice vous domine , que l'ambition vous dévore , et que , misérable jouet des passions les plus rampantes et des vices les plus honteux, vous ne gardez de la vertu que ce qu'il vous en faut pour votre honneur ou pour votre fortune. Vous êtes honnête homme! je vous entends, vous êtes l'ami de toutes les religions, ce qui veut dire que vous n'en avez aucune , ou tjuô

ÀPOLOciE DES GERS PE BlfilC. iÇj

TOUS n'avez que celle que vous vous composes vous-même, celle qui ne vous impose aucun devoir pénible et n exige aucune violence, celle qui s'ar^range fort bien avec vos goûts chéris et met tous vos penclians à l'aise , celle enfin qui borne votre philosophie k je ne sais quelles belles paroles , vos obligations à ces vertus publiques dont 1 amour-»propre ne souffre rien , et avec lesquelles vous vous croyez vertueux, quand vous ne faites que pallier vos vices. Vous vous croyez bon citoyen , quand vous ne trahissez pas la patrie; noble et généreux ^ quand vous ne faites pas de bassesses; et régulier ^ quand vous savez voiler les infamies avec art : 6 mon Dieu! gardez- nous de tous ces honnêtes hommes*

Mes Frères, soyons d'honnêtes hommes, mais soyons chrétiens; soyons d'honnêtes hommes , mais soyons gens de bien , car il ny a que les gens de bien qui soient d'honnêtes hommes. Vous ne voulez pas être dévots, jy consens; mais soyez pieux et fidèles , car les dévots ne sont pas autre chose* Que font ici les dénominations? De quelques noms pom* peux que vous appeliez la sagesse du siècle, elle n'en est pas moins le misérable ouvrage de l'opinion et de l'orgueil, fantôme vain, qu'un souffle élève ^ et qu'un souffle détruit ; de quelques noms ridicules que vous appeliez la piété , il n'en est pas moins vrai que c'est la seule vertu qui soit solide, puisqu'elle a pour fondemens les promesses de la vie présente et celles de la vie future; promissionem habens '^it(B (fuœ num est, et futurœ (I tim, ïv, i.)t

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Mettez ) tant qu'il vous plaira , de votre côté la force , la raison , la supériorité d'esprit , il restera toujours constant qtie le véritable courage n'est pas d être fort contre Dieu , mais contre soi-même 3 que via vraie plnlosopkie n'est pas de suivre le torrent , ni de faire comme les autres, mais de heurter de front les lois impérieuses des fausses bienséances , et de soutenir avec dignité le ridicule que le commua des hommes attache à des mœurs simples et chrétiennes; que la véritable élévation n'est pas de s'attacher à plaire au monde , mais de connoitre ses abus, mais de mépriser ses promesses, et de n'être pas plus ébranlé par ses censures que par ses exemples : il restera constant que les vrais sages ne sont pas ceux qui , comme vous, se croient grands, parce qu'ils sont dédaigneux , et seuls raisonnables , parce qu'ils n'adorent que leurs propre)^ lumières; mais que ce sont ces généreux enfans de la foi , qui préfèrent sans balancer la conscience à leur intérêt, la vertu à la gloire, l'avenir au présent, l'éternité à tout. Et en effet, si l'on rapproche leurs sentimens et leurs actions de votre conduite et de vos principes , on sera bientôt forcé de convenir que c'est vous qui êtes lesprit foible et le caractère borné; que c'est vous, qui êtes la bassesse et la puérilité même ; et que ces hommes , qu'avec tant de mépris vous appelez des saints, mettent dans leur foi simple et leur piété craintive , dans leur amour pour Dieu , et dans leur haine pour le monde, plus de force d'esprit et de véritable prudence, plus de grandeur d'ame et de sublimité de raison , que

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