‹ Sermons et discours inéditsChapitre 40 sur 63 · SCR l'opinion · texte numérisé non relu

SCR l'opinion

discours: ce n'est ici que la curiosité qui cherche, ou le caprice qui prononce j et d'une question d'où dépendent toute la gloire d'Israël et le salut de la république, ils n'en font plus qu'une dispute oi* seuse, qui ne sert qu'à exercer la subtilité des uns, ou qui amuse le désœuvrement des autres.

Quels hommes étoient-ce donc que les Juifs, et qui jamais expliquera leur prodigieux aveuglement? Mes Frères , c'étoient des hommes moins inconcevables que nous , et l'énigme de leur conduite ne cessera que trop de nous surprendre , si nous faisons quelque retour sur nos propres égaremens; car enfin, n'avons-nous pas d'aussi grands injtéréts à discuter, d'aussi grandes questions à résoudre? Pourquoi suis- je en ce monde? que fais- je pour assurer ma vocation? ma vie d'inutilités et de plaisirs estelle chrétienne? ai-je donc travaillé pour Tîmmortalilé, et quelles sont mes espérances? De tous ces points, mes Frères , dépendent notre félicité, notre religion, notre destinée, notre toutj cependant que faisons-nous pour les éclaircir? quelle est ici notre règle? quel oracle consultons-nous? quelle autorité suivons-nous? Hélas! ces grandes questions, d'une conséquence éternelle , sont tristement abandonnées à la merci de nos fantaisies , ou déférées follement au tribunal de l'opinion. L'opinion est l'arbitre su-^ prême, et, pour me servir de l'expression d'un grand génie (i) , c'est la reine du monde , qui veut , et tout obéit ; qui commande , et tout se prosterne.

(i) Pascal, Pensées, ch. xxv, n. 4*

SUR L OPINION. aai

Religion , morale , probité , conscience , raison , christianisme, rien n'existe pour nous, rien nest à nos yeux que ce que l'opinion le faitj et tandis qu'elle asservit les grands et les petits, les rois et les peuples, tandis qu'elle subjugue les plus sages , qu'elle abuse les plus clairvoyans, la loi, dit le prophète (habac. i , 40 j ^^^ déchirée , la justice est foulée aux pieds , et l'éternelle vérité se trajne honteusement dans les places publiques , jouet de nos erreurs et rebut de la terre.

Ainsi sont menés tous les hommes , esclaves volontaires des erreurs d'autrui, adorateurs aveugles de je ne sais quelle chimère, n'osant jamais être ce qu'ils paroissent , ne faisant jamais ce qu'ils veulent, ne pensant jamais que daprès ce que pensent les autres; n'adoptant de système, d'opinion, qu'à raison du bruit qi^'ils font ; changeant à peu près de maximes comme de modes, poussés en sens contraire par tous les vents du préjugé; variant , quittant , reprenant leurs sentimens , souvent même sans s'en douter; enfin croyant toujours être à euxmêmes, tandis qu'ils ne sont qu'à ce fantôme que l'opinion élève sur les ruines de tout ce que le ciel nous a donné de sentimens dans le cœur et de lumières dans l'esprit.

Déplorons aujourd'hui ce monstrueux enchantement : démasquons, s'il se peut, cette grande imposture qui fascine les foibles hommes , et dont ils sont ou les admirateurs ou les martyrs ; pesons cette fantastique opinion au poids du sanctuaire; renversons de son tribunal ce juge inique, qui

222 SUR l'opinion.

appelle le bien un mal et le mal un bien , pour le citer lui-même au tribunal de Jésus-Christ j montrons combien on est tout à la fois et malheureux et insensé de se régler par elle , et de vivrp pour elle. Fut-il jamais ^ mes Frères, une discussion plus utile , et j'ose dire plus chrétienne , plus propre 1

à nous rappeler aux grands principes de la foi? car '

qu'est-ce que le christianisme , sinon la vérité préférée à l'opinion, ^t le jugement de Dieu au jugement des hommes? Voici donc tout mon dessein;, folie de l'opinion , et toutes les erreurs qu'elle produit ; t3a*annie de l'opinion , et tous les sacrifices qu'on lui fait. As^e, Maria»

Page 1