PREMIÈRE PARTIE
Qu'ai-je entrepris, C]irétiens ? Montrer la vanité et la folie de l'opinion humaine ! comment y réussir ? comment saisir son étrange mobilité? comment la suivre , elle qui ne sait pas se suivre elle-même , et chercher quelque point assuré parmi ses éternelles variations ou ^^s inégalités bizarres ? Jamais plus semblable à elle que quand elle est difi'érente d'elle-même^ je la peins aujourd'hui, elle aura changé demain. Essayons cependant ici de nous fixer, quoique rien ne la fixe 3 bornons-nous aux principales illusions qui sont comme le fond de ses jugemens insensés. Les choses les plus vaines et les plus chimériques , elle leur donne un prix réel j les meilleures et les plus louables elle les corrompt j les plus coupables et les plus odieuses , «lie les consacre:
SUR l'opinion. , 333
en faut-il davantage pour tous découvrir sa folie , et pour vous faire sentir la honteuse dépravation de tous ses jugemens?
Si l'homme eût toujours vécu dans la sainteté et dans l^innocene , il eût donné à tout et sa juste valeur et sa véritable mesure ; il eût puisé dans la plénitude de la vérité , source toujours pyre et principe infaillible de ses jugemens: aussi heureux que grand par la possession de Dieu même , il n'eût rien vu que ce qui est , il n'eût rien estimé que ce qui brille par lui -même ; et comme nul bien extérieur n'eût excité sa convoitise, nul éclat étranger n'eût surpris son admiration. Mais , aveuglé autant que corrompu par le péché, il ne jugea que sur de vaines apparences , il prit le nom pour la réalité , il ne courut qu'après des ombres , tout ce qui l'éblouit fut grand, ses sens devinrent ses seuls guides , et l'imagination, . usurpant la place de la raison, prépara cet état d'illusion où tous les dehors en imposent , et où les choses ne sont plus vues ce quelles sont, mais seulement ce qu'elles paroissent.
L'opinion est donc née avec nos vices et nos misères ; l'homme pauvre au dedans ne cherche plus qu'à acquérir et à s'étendre au dehors ; il lui faut emprunt,er mille décorations pour embellir son indigence , il mendie de tous côtés la gloire et le bonheur qu'il ne trouve plus dans gbn propre cœur; et , ramassant autour de lui tout ce qu'il peut pour remplir ce vide immense que le péché lui a laissé, il s'imagine follement posséder la' grandeur quand il a su la contrefaire.
224 ^^^ l'opinioic.
Ainsi ce grand repaît sa vanité du nom illustre que lui ont laissé ses ancêtres : en yain la raison lui apprend que la gloire de nos aïeux ne peut point être la nôtre, qu'aucun d'eux n'a pu travailler pour notre mérite ; qu'on ne peut pas s'apprécier par des actions qu'on n'a pas faites , ou par des récompenses qu'on n'a pas obtenues ; que la naissance est tout au plus un engagement à la grandeur , mais qu'elle ne la donne pas , et qu'enfin plus l'origine est antique , plus elle nous rapproché de la boue commune dont nous sommes tous sortis : l'opinion, plus puissante que la raison , fait évanouir à ses yeux ces éternelles vérités; il n'aflfecte pas moins de porter sur son front l'orgueil de sa naissance , il ne met pas moins la fierté au rang de ses plus beaux droits, il ne se regarde pas moins avec complaisance comme un être fort supérieur à tous ces hommes de néant qu'il foule aux pieds , sans songer que le néant est pour ces hommes vains qui prennent TenjQure pour la grandeur, qui ne se nourrissent que de vent et de fumée ; il ne fait pas moins de son nom le supplément de son mérite y sans songer que si la noblesse est dans l'ame , elle ne peut se soutenir que par des qualités réelles ,^ et que si elle est toute hors de nous , elle n'est rien ou bien peu de chose.
Ainsi ce possesseur de tant de biens ose encore se croire grand , parce qu'il est magnifique : en vain la raison le rappelle à sa petitesse naturelle, en vain elle lui dit que , pour étendre ses domaines , il n'étend pas son existence 3 que tout Téclat qui l'environne
SOR L^OPINIÔW. 335
peut tromper son néant , mais qu'il ne le change pas, et qu'enfin, quels que soient ses possessions et ses honneurs, il ne faudra jamais qu'un souffle pour le renverser, qu'une seule mort pour l'abattre, et qu'un pouce de terre pour renfermer sa cendre : l'opinion , plus puissante que la raison , n'en fortifia pas moins sa puérile ostentation; il s'incorpore ea quelque sorte tout ce qu'il acquiert, il sldentifie avec son or et sa parure , il regarde toujours son cortège et son train, et jamais sa personne; il ne peut se résoudre à se compter pour un seul homme, tant il renferme en lui de fortunes particulières! et dans l'ivresse où le jette sa vanité , il ne voit pas qu'au milieu de tout cet appareil dont il est flatté, ce qui brille le moins, c'est lui-même.
Ainsi tous ces héros, enflés de leurs succès, ne voient plus rien de grand que l'éclat des victoires: en vain hi raison nous apprend que le hasard ou la témérité les a presque tous enfantés, que leurs succès ne sont pas leurs vertus , et que tous ces dieux vus de près sont à peine des hommes : l'opinion , plus puissante que la raison , n'en impose pas moins par ces noms si pompeux de conquérans, d'arbitres de la terre ; celui qui les acquiert n'en insulte pas moins à ce noble repos du sage , et à cette vie tranquille et ordinaire qui sait se renfermer dans les routes communes , sans songer que celui qui est maître de son cœur a plus de véritable force que le guerrier qui prend des villes (proverb, xvi, 32.), et qu'un chrétien patient dans les souffrances montre plus d'héroïsme et de solide grandeur d'ame ,
Tom. 2. i5
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que ne peuvent en supposer les plus rares exploits et la valeur la plus brillante.
Ainsi tous ces beaux esprits si vantés s'imaginentils posséder tous les droits à l'admiration «t tous les titres à nos hommages : en vain la raison nous apprend que les lumières ne sont rien , si elles ne nous rendent meilleurs, que l'homme est né pour agir bien plus encore que pour penser, et que, quand nous aurions moins de tous ces gens à systèmes et de ces prodiges d'esprit , les choses n'en iroient pas plus mal sur la terre : l'opinion , plus puissante que la raison, consacre néanmoins leurs prétentions hautaines. Eux seuls , dit le prophète (job. XII, 2.), croient être les seuls hommes 3 à les voir, on diroit qu'eux seuls possèdent la sagesse , et qu'eux seuls sont chargés des intérêts de l'humanité; et cependant le vertueux artisan qui jouit du fruit de ses peines, et qui dans son obscurité est bien plus occupé d^élever ses enfans que d'éclairer son siècle , est au fond plus précieux ' à la société , et mérite plus du genre humain que tous ces merveilleux esprits avec leurs beaux discours et leurs sentences fastueuses.
Telles sont , mes Frères , les tristes vanités et les futiles apparences par lesquelles l'opinion nous impose, et surprend notre admiration. Mais c'est peu encore pour elle de réaliser des chimères , et de mettre un grand prix aux choses les plus vaines; elle corrompt encore les meilleures et lés plus louables.
. Rien n'est plus grand ni plus auguste sur la terre
SUR LOPiNioN. aa-y
que la vertn. Sacrée ëmanation de la Divinité, c'est le. plus beau de ses ouvrages , c'est de ses dons le plus précieux ; mais plus elle est riche et abon' dante dans son principe , plus elle cherche à s'élever par son motif; plus elle brille de sa dignité natu*relie, moins elle cherche à surprendre les hommes par des ornemens étrangers. Heureuse des regards de Dieu , elle ne vit que d'elle-même 3 indépendante de tous les jugemens humains, elle est à elle-même son prix et sa conquête ; elle sait se passer d'ap* probateurs et de témoins, et le manque de suffrage et d'appui , bien loin de l'affoiblir et de lui nuire, ne sert qu'à l'épurer et à la rendre plus parfaite. Uniquement jalouse de prouver au ciel sa fidélité, elle se plaît dans le secret; elle dit comme Jésus- Christ : Si je me glorifie moi-même , ma gloire n'est rien (joâk. viii, 54*)^ ^^j remontant sans cesse yers la justice originelle d'où elle est descendue, elle ose se croire digne de ne pouvoir être payée par d'autres mains que par celles de Dieu même. Or , que fait l'opinion ? Elle corrompt cette fille du ciel ; elle la tire en quelque sorte des mains de Dieu, pour la transporter toute entière dans les mains de l'homme ; elle la met au rang de tous les biens frivoles que la vanité -fait valoir; elle prostitue, dit éloquemment saint Glu*ysostôme , cette vierge chaste et sévère en l'exposant aux regards de la multitude; elle flétrit ses célestes attraits, en en faisant un art; elle insulte à sa modestie en la plaçant sur le théâtre; elle viole, pour ainsi dire^ sa pudeur sainte parla séduction des louanges; elle
avilit sa dignité en lui mendiant des sufifrages humains, et en la rendant le vil esclave des jugemens publics; elle la déshonore en la vendant au plus bas prix , c'est-à-dire , pour de la gloire ; et , s'arrêtant toujours à l'effet, sans approfondir la cause, elle se sert ainsi de l'ombre de la vertu pour anéantir la vertu même.
Car qu'est-elle autre chose qu'une ombre vaine et un fantôme sans réalité , cettte vertu toute extérieure , toute étrangère à notre propre cœur , toujours aux ordres des spectateurs et des témoins, toujours commandée par l'opinion, variant sans cesse et changeant comme elle , et qui , sacrifiant tout à l'honneur, rien à la règle, tout à Tintérét, rien du devoir, tout à l'homme et rien à Dieu, na pas plus de substance et de solidité que la fumée qui l'enivre, et le vain bruit qu'elle ambitionne?
Par là sont à jamais flétris tous ces sages que le monde fait tant valoir, tous ces héros d'honneur et d'opinion, qui sont moins jaloux de bien faire qu'ambitieux d'entendre publier qu'ils ont bien fait; tous ces honnêtes hommes si communs de nos jours , qui , peu soucieux de savQir si leur sagesse est la vertu , sont toujours forts cohtens , pourvu qu^elle en porte le nom : ils sont grands pour le public , ils ne le sont point par eux-mêmes 3 ils peuvent bien, par quelques bonnes actions, se rendre plus illustres , ils n'en sont pas meilleurs j ils font des actes de vertu, ils ne sont pas vertueux: personnages d'ostentation, qui, feignant d'adorer la vertu, li'adorent réellement qu'eux-mêmes, qui donnent à
sruR l'opinÎott. 2129
lenr morale le même principe qu'à leurs passions, et dont on ppurroit dire qu'ils seroient sans vertus , s'ils n'avoient point de vices.
. Ce serait ici le lieu de répondre à tant de mondains qui, plus philosophes que chrétiens, croient que toute vertu est assez glorieuse pour Dieu , dèslors quVUe est utile aux hommes , et qui , dédaignant le mérite de l'intention, nous demandent sans cesse ce que fait le motif, pourvu que Faction tsoit honne en elle-même. Ce que feit le motif? Ah! il fait tout, puisque sans lui on ne sait plus ce que c'est que la vert,u , ou que sans lui elle n'a que le triste honneur de n'être pas le vice. Et où seroient donc son excellence' et sa beauté , si , séparée da principe de toute justice , elle ne s'élevoit qu'à la hauteur de ropinion? Quel respect mériteroit-elle, si jamais on pouvoit' la coitfondre avec la vanité ou l'intérêt, et que l'on eût tout fait pour eUe dès que l'on a tout fait pour soi? Ce que fait le motif? Mais pourquoi donc décriez-vous vous-mêmes les plus belles actions, quand vous les soupçonnée de vanité ou d'intérêt? pourquoi rougissez-vous vous-mêmes de vos meilleures actions devant rhomme de bien , dès qu^il vous surprend dans le dessein de vous attirer des éloges? Ce que fait le motif? Mais quelle vertu admirez-vous de plus dans les autres? N'est-ce pas cette vertu noble et généreuse qui ne prétend à rien, cette vertu pure, libre et dégagée de toute vue-personnelle? Ne méprisezvous pas l'égoïste rampant qui trafique de ses vertus? JVe vous crojez-vous pas dispensé d^ la recoimois-*-
aSo SUR l'opinion.
Baoce envers un bienfaiteur qui n'a cherché que lui? Étes-vous bien flatté des assiduités d'un ami, quand vous le soupçonnez de quelque vue particulière? N'êtes-vous donc pas les premiers à rendre d'autant moins d'honneurs, que l'on montre plus d'empressement à les poursuivre? ne -refusez-vous pas d.'autant plus les éloges, qu'on les recherche a vec plus d'ardeur? Et pourquoi Dieu seroit-il moins difficile et moins délicat que le monde? pourquoi ne pourra-t-il pas exiger pour lui ce que les hommes exigent pour eux-mêmes? pourquoi enfin voudriezvous donc qu'il se contentât de ces vertus dont les hommes ne veulent même pas? Quelle idée auriezvous donc de Dieu , si vous pensiez qu'à ses yeux tout le mérite est dans l'action ; qu'il ne regarde pas le cœur, et qu'indifférent sur le ressort qui nous fait agir, il s'associera des héros de théâtre, en couronnant dans nos vertus l'ouvrage de Hopi^ •nion, c'est-à-dire, l'enfant de notre vanité ou le bizarre résultat de nos caprices, de nos goûts, et de nos intérêts les plus frivoles?
Ce n'est pas que nous devions mépriser l'estime des hommes , le plus noble comme le plus fort lien par lequel nous puissions tenir à la société. L^approbation de nos semblables est un véritable bien j elle procure la confiance et cette considération qui donne tant de crédit à la vertu. Il est même boa jusqu'à un certain point quelle soutienne et qu'elle encourage notre foiblesse. D'ailleurs, il est dans l'ordre que la vertu reçoive sur la terre l'honneur qui lui est dû , sans quoi tout seroit confondu dans
SUR Lopimov. a3t
le3« choses huinaÎDes. C'est surtout aux princes et aux grands qu'est imposée' l'obligation de respecter le suffrage des Ixommes : placés sur les hauteurs et donnés en spectacle au monde, ils doivent en être l'exemple. 11 n'y a point de secret pour leurs vertus j la modestie ne doit rien leur ôler ,* et ils sont forcés par état de jouir de toute leur renommée. Malheur sans doute à eux, s'ils pouvoient jamais oublier ce que pense d'eux Tunivers, et ce quen pensera la postérité qui ne les flattera plus quand la mort, les égalant au reste des hommes , ne fera d'eux tous qu'une même cendre! Disons encore que le mépris ouvert de l'opinion publique est un des grands malheurs et des plus grands scandales de ce siècle, où la richesse est la mesure de l'honneur , et où l'or étant tout, la réputation n'est plus rien. Mais si l'applaudissement des hommes est un bien , c'est un vrai mal quand il est la fin dernière de nos vertus. Si c'est un malheur de mépriser l'opinion publique pour se dispenser de bien faire, ce n'en est pas un moindre de songer à bien faire pour capter l'opinion; c'est se rendre indigne de l'honneur même qu'on recherche j c'est dégrader la vertu , en recherchant plus qu'elle quelque chose qui n'est pas elle j c'est montrer que l'on n'a pas pour elle toute l'estime imi tout le respect qui lui sont dus, puisqu'on la met au rang de ces biens frivoles que la vanité fait valoir , puisqu'on ne juge pas alors qu'elle seule puisse nous contenter et qu'elle seule nous suffise ; c'est s'exposer à œ plus y croire , parce qu'à force de s'accoutumer à ne voir en elle que ji'intérêt|
23a SUR l'opinion.
Famour-propre et la Yanitë , on s'en méfie tôt ou tard , et que l'on finît par s'écrier avec un ancien , idolâtre de l'opinion : O vertu , tu n'es qu'un vain fantôme ! c'est enfin rabaisser la dignité du chrétien au rôle de philosophe, et l'assimiler tristement à ces hommes superbes auxquels Jésus-Christ disoit : Comment pourriez-vous croira , puisque vous mendiez la gloire les uns des autres , et que vous n'ambitionnez point celle qui vient deDieuj quomodo potestis cre^ derCy qui gloriam ah ins>ice maccipitis , etgloriam quœ a solo Deo est, non quœritis ( joan, v, 44- )^ Après avoir corrompu la vertu, l'opinion met le vice en honneur. Quoi donc! peut-elle le conisacrer dans toute sa difformité? Non sans doute, Chrétiens; mais elle sait le pallier , le décorer artifîcieusement et le mettre en crédit, à la faveur de noms spécieux et de couleurs attrayantes. Et pour entrer ici dans un détail qui nous instruise , y a-t-il rien de plus odieux et de plus punissable que de ravir à son prochain le plus précieux des biens , la réputation et l'honneur? Cependant pourvu qu'on mêle de la gaîté à une calomnie atroce , elle cesse d'être révoltante ; on n*a plus horreur de ces langues empoison* nées dès quelles sont ingénieuses, et il est reçu que ce n*est rien de nuire , pourvu qu'on plaise et qu'on amuse? Y a-t-il rien de si barbare et de si féroce que de verser le sang humain pour venger une injure? Cependant l'opinion , sous le nom de l'honneur , a consacré cette démence absurde : c'est elle qui à dit que le courage tient lieu de vertu, iju'oa n'a plus à rougir de rien dès qu'on a été braye,
SUR lWinion. ^33
que toutes les horreurs sont justifiées par un meurtre; et ces maximes, si contraires au véritable honneur, si destructives des premiers élémens de la saine raison , ont tellement prévalu que ni les ana thèmes de l'Église , ni les lois de l'État , ni le temps même , plus fort que tout , n'ont pu encore ni les détruire, ni même les flétrir. Est-il rien de plus lâche et de plus immoral que de se détruire soi-même, et de quitter par un moyen aussi honteux le poste de la vie ? n'est-ce pas là de tous les égoïsmes le plus afireux , de toutes les résolutions la plus désespérée? Cependant l'opinion est parvenue à faire honorer le suicide : ce» délire frénétique, devenu de nos jours une maladie nationale , elle l'a appelé héroïque et sublime; elle en a fait un devoir, ou tout au moins une aflfaire de calcul ; non contente de l'exalter dans des romans séducteurs, elle range parmi les préjugés barbares la loi qui le punissoit, et le seul frein qu'on pût mettre à cette déplorable fureur. Est-il rien de plus dégradant que l'impiété? ne suppose-t-elle pas ou des mœurs dépravées, ou une probité tout au moins équivoque, ou un orgueil en délire? Cependant l'opinion la consacre sous le nom de.philosopliie : c'est un titre honorable; elle donne un air de distinction et de capacité ; c'est un droit pour être admis aux hon-^ neurs de la littérature et aux faveurs du gouvernement; elle donne auprès des plus hauts rangs un privilège de familiarité; elle qui devroit ternir l'éclat du plus grand talent, ennoblit souvent le plus mince mérite , et chaque jour on voit l'homme le plus
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obscur se croire dispensé de tous les égards , parce qu'il s'affranchit de tous les principes., et prétendre au respect , parce qu'il a Taudace de ne rien respecter. Est-il rien de plus déshonorant et de plus crixninel que de violer la sainteté de la foi conjugale ?
Cependant il est convenu Que vais-je dire,
Chrétiens? quel scandale inoui n'ai-je pas à révéler! et quelle honte n'y a-t-il pas à le voir exister, puisqu'il y en a tant à le raconter et à le peindre! cependant il est convenu que l'adultère n'est plus rien dès qu'il est réciproque , il est décidé au tribunal dé l'opinion qu'ici tout est sans conséquence quand J;out se fait sans bruit , on voit aujourd'hui ces accommodemena monstrueux , où deux époux , confidens mutuels de leurs foiblesses adultères , se cèdent l'un à l'autre leurs droits les plus sacrés , et bien loin d'être déshonorés par cette horrible paix , ils jouissent encore de la gloire de se supporter j on leur sait gré de ne pas rompre avec éclat, et leur indigne complaisance les sauve de la honte d'un crime que les païens punîssoient à l'égal du meurtre.
Mais n'est-ce pas faire trop d'honneur à l'opinion humaine, que de croire qu'elle ait encore besoin de prendre quelques ménagemens pour couronner les vicieux et pour faire triompher les vices? Voyez tous ceux qui sont le plus considérés dans le monde, ceux qui s'y poussent plus aisément, et qui, presque toujours, sont sûrs d'y réussir. Qui sont-ils? de jeunes dissipés , ardens à plaire à tous et ne se souciant de personne, qui, généreux du bien d'autrui , font des présens et ne paient pas leurs
SUR l'opinion. 235
dettes 3 hommes audacieux, qui , comme parle le prophète (jEREM. vi, i5. ) , mettent leur gloire dans leur confusion, et s'imaginent s'élever au-dessus des choses humaines par le mépris des bienséances; aimables corrupteurs, scélérats enjoués qui •badinent avec les vices ,^ traitent légèrement la pudeur et la bonne foi^ se vantent de porter dans une famille le malheur et la honte , et qui , commençant par se faire un mérite de leurs vains agré-mens , finissent par se faire un jeu de leurs excès «t de leurs infamies. Voilà , Chrétiens , les héros de l'opinion du siècle , voilà les honnêtes gens du monde et surtout du beau monde , qui n'a honte que de la modération et de la pudeur , comme le dit énergiquement saint Augustin ; et pudet non esse impudentem (confess, lib. II , cap. ix. ). Que cette bizarre opinion corrompe de nos jours les principes du goût et les règles de l'art, qu'elle décerne aveuglément les palmes du génie, qu'elle déifie les demi-talens , qu'elle donne aux plus vains succès les plus vaines louanges , que nous importent et les talens , et les réputations , et ces misérables chimères dont se repaît la vanité humaine? Mais qu'elle dénature les principes les plus sacrés , mais qu'elle appelle hommes de bonne compagnie des hommes qui sont l'opprobre de la société , et qu'elle letir laisse envahir la considération qui n'est due qu'à la vertu , c'est le dernier degré de la corruption publique, c'est le plus grand outrage que les mœurs aient jamais reçu , c'est le plus grand scandale qui ait jamais flétri un empire. Vous nous direz sans
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doute que les hommes de ce caractère soiit cependant décriés dans le monde : oui sans doute , ils sont décriés, mais ils ne sont pas déshonorés. Et qu'importe qu'ils soient décriés, s^ils n^ensont pas moins accueillis, si on ne rougit pas de former liaison avec eux, et slls n'en jouissent pas moins des égards de la société ? Qu'importe que la raison les flétrisse, si l'opinion les absout? qu'importe qu'ils soient confondus par le nom avec les derniers criminels (i), si ce nom même n'est qu'un sujet de plaisanterie^ si l'indignation publique n'en fait pas justice, et s'ils parviennent non-seulement à obtenir pour eux les signes extérieurs de la considération , mais encore à la distribuer aux autres, tandis que riiomme simple, qui n^a pour toute considération que des mœurs pures et modestes, paroît à peine fait pour le monde, qu'il reste confondu dans la foule, qu'on l'appelle homme de mauvaise compagnie , et qu'il ne recueille qu'un dédain insultant ou des plaisanteries amères?
Mais quoi! seroit-ce donc qu'on ne se cache plus pour se livrer au vice et pour commettre une bassesse? Prenez garde. Chrétiens 5 on se cache pour ce que le vice a de ridicule bien plus que pour ce qu'il a d'odieux; on cache ses jalousies, mais on ne cache pas ses excès et ses débauches; on cache son avarice , on ne se cache point pour dépenser par ostentation ce que l'on a ravi par violence ou par artifice 3 on se cache pour tromper au jeu , on
(i) Allusion au nom de roués , par lequel on désigaoij; sAoi's des hommes sans principes et sans mœurs.
ne se cache poÎQt pour opprimer le pauvre , pour ruiner des créanciers et pour frustrer cruellement l'ouvrier de son salaire j on cache ses intrigues , mais non pas ses succès , quelque honteux qu'ils puissent être i on se cache pour réussir, mais non pas après avoir réussi j on se cache pour manquer de bonne fois dans les petites circonstances, mais on s'applaudit d'en manquer dans les grandes occasions, dans ces commerces si communs de nos jours et si scandaleux, que l'on décore du nom de brillantes spéculations et de vastes entreprises; on se cache si l'on est foible , mais on se met au-dessus de tout si l'on est puissant ; on se cache , oui , le peuple seul, mais non pas les grands qui semblent se persuader que leurs vices doivent avoir la grandeur de leurs places et le lustre de leurs dignités ; enfin on se cache:.., mais non, et pourquoi se cacheroit-on ? N'est-on pas convaincu par lexpérience que dans le siècle où nous sommes, on échappe au mépris en le bravant, qu'aux yeux de Topinion on est toujours justifié , et que jamais personne n'osera reprocher une noirceur qu'à celui qui aura la foiblesse de ne pas s'en vanter?
Vous avez vu , Chrétiens , la folie de l'opinion , et tous les excès qu'elle autorise j voyons maintenant la tyrannie de l'opinion , et tous les sacrifices qu'on lui fait : c'est mon second point.
2i38 SUR l'opinion.
SECONDE PARTIE
n est en nous , mes Frères ^ une loî de péché , comme parle l'apôtre (rom, vu, aS.), attrait puissant et impérieux qui domine nos sens, source et peine tout à la fois de notre dépravation. Que cette loi fatale, inséparable de notre mortalité, emporte trop souvent notre volonté foible^ que nousn^ayons pas toujours le courage de nous armer contre nousmêmes , et que la promptitude de l'esprit entraîne si facilement l'infirmité et la foiblesse de la chair, c'est le malheur de notre nature , ce n'en est pas le problême. Mais que cette loi factice et toute imaginaire que crée l'opinion ait sur nous tant d'empire , et qu'à ce tyran domestique que chacun porte en soi, s'unisse encore un tyran étranger, ce bruit humain auquel nous résistons encore avec plus de peine qu'à nous-mêmes , c'est là , Chrétiens, un des plus'grands mystères que nous offre le cœur de l'homme. Aussi ce qui nous surprend, n'est point cette folie de l'opinion qui érige en lois tant d'erreurs; c'est sa tyraanie qui nous y assujettit, c'est sa séduction qui nous joue , c'est la stu pi de idolâtrie qui nous fait tout sacrifier à ce misérable fantôme; je dis tout notre bonheur présent et notre bonheur futur.
Que de combats et de sueurs pour faire parler les Athéniens, disoit autrefois le plus fameux des conquérans! Voilà , mçs Frères , le secret de presque
SUR L OPINION. :23q
toute notre vie , voilà l'histoire des mouvemens divers qui agitent DOS tristes jours , voilà la source de presque tous nos sacrifices. Otez l'opinion de dessus la terre, et avec elle disparoîtront nos plus violens chagrins , nos plus amères inquiétudes. Non , ce joest ni Tindigence, ni les douleurs, ni les infirmités, ni toutes les misères, triste apanage de notre humanité , qui font les véritables malheureux de ce monde, c'est cette existence factice et toute façonnée au gré de l'opinion , nul ne vit pour soi , où nul ne peut en maître disposer de soi-même , où l'on n'a que des sentimens commandés et des passions empruntée3 ; c'est cette vie toute étrangère à nous-mêmes où Ton n'ose jamais ni penser ni agir , ni parier ni se taire , ni aimer ni haïr de soi-même et par soi-même ; cette vie de contrainte et de privations, où , pour conquérir une vaine réputation ^ ou bien de méprisables sufifrages, on se condamne tristement, non-seulement à ne rien faire de ce qui plaît , mais encore à faire tout ce qui ne plaît pas : de sorte que rien ne nous touche de plus près que le bruit qui se fait loin de nous, qu'indifférens sur ce qui se passe en notre ame , rien ne nous intéresse plus que ce qui se passe au dehors , et que tel insensé est souvent consolé de se voir malheureux , pourvu qu'il ait le renom et les apparences du ' bonheur.
Témoins tant d'hommes, qui, disposés par goût à une vie paisible et retirée , se jettent par ajr dans le tumulte du grand monde; qui, naturellement amis de l'ordre et d'une sage économie , prennent
a^o SUR L^opiNioir.
sur leurs véritables Besoins de quoi fournir à des profusions éclatantes ; qui , naturellement sensés et réfléchis, vont languir tristement dans ces assemblées mondaines , où tout est aussi vide pour l'esprit , qu'aride pour le cœur, et où de vains amusemens, sous le nom de plaisirs, produisent Tennui aussi souvent qu'ils le dissipe nt,
VoiJà donc de toutes les erreurs de la vie , une des plus insignes et des plus capitales. Nous le tenions d'une providence propice , ce vrai bonheur d'autant plus simple et plus facile , qu'il ne falloit, pour le trouver, que descendre au dedans de nousmêmes ; bonheur pur comme la vertu , inaltérable comme l'ordre, intime comme la conscience, et qui, tout renfermé dans Dieu et dans nos devoirs, ne pouvoit nous être ravi par aucune puissance humaine. Insensés , qu'avons-nous fait? nous avons préféré un bonheur qui n'est point à nous, un bonheur variable qu'il n'est pas en notre pouvoir d'acquérir ou de conserver , un bonheur compliqué , et composé, pour ainsi dire, d'autant de pièces qu'il y a d'esprits divers dont nous redoutons les jugemens ou dont nous recherchons les suffrages: de sorte que toujours à la merci de l'opinion , toujours abandonnés à la discrétion des hommes , tonfours à découvert contre les injustices de leurs préventions, nous nous préparons autant de peines et de chagrins qu'ils ont d'humeurs bizarres, de caprices changeans, de jugemens contradictoires ou iniques.
Par là nous comprenons combien est vaine et
SUR l'opinion. UJ^I
déplorable cette curiosité ioquiète et cette éternelle agitation pour savoir ce que dit, ce que pense de nous le monde. Le monde! quoi donc ? serons-nous toujours abusés par des noms mensongers? Le monde! quoi? ce petit cercle d'hommes dont à peine vous êtes connu, et qui eux-mêmes sont inconnus de tous les autres hommes? Ce que dit le monde! quoi? vous croyez donc que tout le monde est occupé de vous, parce que vous êtes sans cesse occupé de vous-même? Ce qu'il dit, mes Frères! il vous ignore et vous oublie; et si bientôt, pour parler avec le prophète (ps. ix, 8.), votre mémoire y périra comme un vain son, aujourd'hui votre existence y est à peine soupçonnée. Ce que dit le inonde! quoi? cette Babel tumultueuse où tous les langages se confondent , et où se contredisent toutes les opinions? Quoi? ce public que le public mêa\e méprise , et dont la sottise est passée en proverbe ; ce juge aveugle et capricieux, toujours flottant et incertain , qui n'établit rien qu'aussitôt il ne renverse, et qui n'a ni des yeux pour voir le mérite, ni un cœur pour le sentir? Ce que dit le monde! n'insistez pas , mes Frères , il dit plus que vous ne voulez, il dit tout ce que vous ne voulez pas. Il insulte lui-même à l'empressement que vous avez de lui plaire : il dit que l'or est votre idole , que personne ne parle plus que vous de bien public et ne se moque plus du bien public , que votre modération n'est qu'un calcul de votre vanité et de votre égoïsme, que votre bienfaisance est toute sur vos lèvres , et votre humanité toute dans vos maxi-
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aj\2 scR l'opiniox,
mes; il dît que, nouveau parvenu, vous voulez regagner le temps perdu à force de hauteur et d'orgueil. Il vous dispute votre valeur, vos services, votre réputation, et jusqu'à votre naissance; il dit que le grand nom que vous portez, vous l'avez acheté; il dit que, toujours oisif et toujours ennuyé , vous ne faites rien autre chose dans la société , que de savoir péniilement ce qui s'y fait; il dit que TOUS jouez le patrimoine de vos enfans , et que , sr vif, si enjoué et si aimahle dans les cercles , vous êtes , dans votre domestique , mauvais père , maiivais époux et mauvais maître ; il dit enfin que ce sont vos souplesses et non votre mérite qui ont fait votre avancement , que ce sont vos intrigues et non vos talens qu'on a récompensés , et qu'enivré de la subite élévation où vous êtes monté , vous jouissez avec insolence des honneurs et des biens que vous ont acquis vos bassesses. Il le dit, mes Frères, et il faut bien l'en croire , puisqu'en jugeant ainsi son amateur et son esclave, il juge contre ses propres intérêts et parle contre lui-même. Ali! ne demandez plus ce que le monde dit de vous; le plus grand bonheur qui puisse vous arriver dans le monde, c'est d'ignorer ce que le monde pense. O hommes! quel est donc votre aveuglement? et qui jamais pourra le guérir, si vous n apprenez pas à mépriser le monde, par le même mépris que le monde a pour vous ? Vous nous direi sans doute : Mais ma conscience ne me reproche rien ; si cela est , qu'a vez-vous donc besoin du monde ? Mais je méprise ses sentimens : pourquoi donc briguez-vous
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«es suffrages? Maïs |e connoîs son injustice : pourquoi donc voulçz-vous, à quelque prix que ce soîtj occuper une place dans son opinion? Mais j'âpprécîè au juste ce qu'il vaut : pourquoi donc tant de sacrifices pour lui plaire? pourquoi faites-vous donc dépendre de lui toutes vos joies et vos chagrins? Mais non , il n'est pas vrai que vous méprisiez le monde j c'est ici le langage de votre dépit, et non celui de la persuasion; c'est tout au plus le dédommagement d'un orgueil mécontent, et non les expressions d'un cœur désabusé. Infortunés esclaves de Fopinion, que vous êtes à plaindre! victimes dé vos passions , et plus encore des passions d'autruij malheureux si le monde vous connoît, et plus encore s'il vous oublie; sans cessé vous plaignant de lui, et ne pouvant vous passer de lui : toujours détrompés, jamais changés, qu'êtes-vous donc, qu'une chimère inconcevable également désavouée du. ciel et de la terre?
Comprenez-le donc aujourd'hui, mes Frères; ce monde, pour lequel vous faites tout , ne fera jamais rien pour vous; c'est en vain que vous prenez tant de mesures avec lui ; vous perdez toutes vos peines pour lui plaire, jamais vous ne parviendrez à le •contenter; bien loin de vous savoir gré de vos sacrifices, il s'en joue- cruellement, et ne paie vos assujettîssemens à ses caprices tyra uniques que par plus de rebuts et par des censurer plus amères; et après lui avoir immolé votre santé, votre jeunesse, votre liberté, vos plaisirs mêmes, le repos de vos plus beaux jours , mille dégoûts vous apprendront
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qu'il ne mërite pas d'être tant ménagé, et que Ton est bien insensé de s'agiter ainsi pour un monde qui vaut si peu de chose.
. Mais ce seroit peu de sacrifier à l'opinion le rapide moment que nous passons sur cette terre; ce n'est point là que se borne sa séduction et sa cruelle tyrannie , il faut encore que son esclave réunisse au malheur du temps le malheur de l'éternité. Ce n est plus ici ce tyran fantastique que crée la folie humaine pour troubler notre repos, c'est un fantô^ie corrupteur que l'enfer a suscité pour perdre nos âmes , et qui ne dispose pas moins en arbitre suprême de notre bonheur futur que de notre félicité présente.
Et quand je parle ici du sacrifice de nos âmes, je ne m'élève point précisément contre ces victimes du respect humain, dans qm la crainte du monde l'emporte sur la crainte de Dieu , et qui , plus intimidées encore que trompées, tour à tour attirées par la grâce et retenues par le ridicule, n'osent entrer dans les sentiers de la vertu où les appellent leurs penchans ainsi que leurs lumières: je parle surtout de ces esclaves de Fopinion , qui, se croyant souvent assez grands et assez forts pour juger Dieu, se croient trop foibles et trop petits pour juger le monde; qui, aimant à se séduire eux-mêmes, et se jouant , comme dit TertuUien , de leur propre conscience , ne prennent pour garant de leur éternité que l'exemple public et les préjugés vulgaires ; qui , rassurés sur le grand nombre , jugent toujours des devoirs par les mœurs reçues, et non des mœurs
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reçues par les principes et par les devoirs; et qui, osant se faire contre Dieu un rempart de leur folle sagesse, feignent de ne pas voir que rien n'est sûr que ce qui est bon , que rien n'est bon que ce qui est vrai, que rien n'est vrai que ce que Dieu a dit, que tout ce qu'il a dit ne peut jamais changer, et que si les cieux et la terre passent , sa loi et sa sainte parole seront toujours les mêmes (luc. xxi, 33.). Or, mes Frères, que nous enseigne cette loi , et que nous dît cette parole? Qu'il ne faut pas se conformer au siècle corrompu (rom. xii, a.), que tout ce qui est dads le monde n'est que vice et malignité (I JOAN. V, i8,), qu'il faut le condamner pour n'être pas condamné avec lui, qu'on ne sauroit trop fuir du milieu de cette Babylone (jerem. li , 6.), que celui qui n'a pas Tesprit de Jésus-Christ n'est pas des siens ( rom. viii ^ 9*) 3 qu'étant rachetés d'un grand prix, nous ne devons pas être les esclaves des hommes: Pretio empti estis; nolitejierl servi hominum (I cor. vii,^ 23.); que Ion ne peut servir deux maîtres, qu'il faut s'attacher à Tun et abandonner l'autre (matth. vi, 24.)î m^^^ ^^^ impossible de plaire aux hommes, et d'être serviteur de Jésus-Christ (galat. i , lo.); que l'on ne peut pas plus allier Jésus-Christ et Bélial^ que les lumières avec les ténèbres (II cor, vi, i4j i5.); que deux voies nous sont ouvertes , la voie étroite qui conduit à la vie, et la voie large dont l'issue est la mort (matth. vu, i3, i40* ^ ^'j ^ point ici de milieu , ici rien n'est arbitraire ; toutes ces maximes fiont annoncées à tous , et nul homme n'jr est
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soustrait par son rang ou ses prétentions, commâ nul siècle par ses scandales et par ses innovations»
Ainsi parle la vérité ; mais lopiDion parle à son tour , et que dit-elle? Que si Jésus-Christ a ses règles, le monde aussi a ses usages; qu'il faut savoir s'accommoder au temps , prendre les hommes tels qu'ils sont} qu'ayant à vivre dans le monde, il faut vivre comme le monde ; qu'avec le temps tout se relâche; que ce n'est pas à nous à réformer toutes les maximes reçues j que Ton doit s'en tenir à ce qui s'est toujours pratiqué, et qu'enfin ce n'est point à nous à être seuls plus sages et plus prudens que tous les autres hommes.
Chose étrange! ce langage prévaut sur celui de la vérité. Ces principes perfides sont érigés en lois : non-seulement ils font nôtre règle, mais encore notre , tranquillité. On se contente de regarder autour de soi ; cela se fait ou ne se fait pas , voilà la règle de notre jugement ; cela doit^il se faire ou ne pas se faire? on ne va pas jusque--là. Ces mêmes hommes , si fiers de leur pénétration dans les affaires du siècle, rougissent presque tous de suivre leurs propret lumières dans l'affaire du salut: partout ailleurs téméraires dans leur confiance , ils ne montrent ici qu'une stupide docilité. Ce n'est plus Jésus- Christ, ce n'est plus TÉvangile, c'est la coutume qui nous entraîne : nul ne relmonte jusqu'à la loi ; la mode est la raison par excellence; et tel est son empire et son invincible ascendant , qu'à nos yeux rien n'est plus légitime qu'une erreur devenue générale.
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Ainsi nous agissons avec Dieu comme avec les foibles mortels, par des procédés et des convenances. Ainsi l'affaire du salut , comme toutes les autres affaires du monde, se traite par des considérations; que dis- je? nous nous piquons de raison^ nement dans nos affaires les plus indifférentes ^ nous mettons de la suite jusque dans nos jeux, nous conduisons avec le plus ^rand art nos plus frivoles intérêts , et quand il nous arrive alors de consulter les hommes , nous ne sommes jamais si aveuglément coniians et dociles, que nous ne conservions toujoiu*s une certaine liberté dans nos jugemens. S'agit-il de 1 éternité? tout est livré à lopinion et abandonné au hasard; un esprit de vertige s'empare de nous , nous voulons vivre sur parole , nous aimons mieux croire que juger, et tristement déçus par une honteuse imitation, nous nous persuadons avoir rempli tous nos devoirs quand nos faisons comme les autres* O malheur, s'écrie saint Augustin! torrent fatal de l'opinion humaine, jusques à quand entraineras-tu dans l'abîme les misérables enfans d'Adam? Et vous, mes Frères, qui a donc pu vous fasciner les yeux aa point de croire que vous ne devez pas rester seuls , ni vous écarter du chemin que vous voyez battu , et que vous êtes en sûreté lorsque vous faites comme les autres? Insensés! n'est-ce pas la multitude qui a été ensevelie sous les eaux du déluge? n'est-ce pas la multitude qu'a consumée le feu du ciel? n'est-ce pas la multitude qui a été précipitée dans les flots de la mer Rouge? et n'est-ce pas pour la multitude que l'enfer, dit le prophète ^ dilate chaque
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jour ses gouffres et ses abîmes; proptereh dilata\>it infernus os suum (isAï. v. i^*)? Vous voulez, dites-vous, vivre avec les vivans : cela vous est permis, dit ingénieusement Tertullîen (de idolo- LAXR. cap. XIV.), mais ce qui ne lest pas, c^est que vous mourriez avec eux 3 necesse convivere, commori non licet. Vous voulez faire, comme les autres: insensés! sont-ce les autres qui vous. jugeront? Si vous périssez , les autres vous sauveront-ils? si Dieu vous condamne, lea autres vous justifierontils? Sont-ce les autres qui porteront votre fardeau devant la majesté terrible', et qui décideront de votre éternité? Qui vous a donc persuadé que les déréglemens perdoient leur malice avec leur généralité, ou que, plus la vertu devenoit rare, plus le désordre étoit permis? Ah! tout ce quî est vraiment grand, noble, élevé ,^ est rare et singulier. C'est le petit nombre qui est grand, cest la multitude qui est rampante j les âmes vraiment sublimes ont toujours eu leurs moeurs à part; elles se sont honorées d être séparées du reste de la terre , et d'être seules de leur côté. Quel aveuglement d'assujettir ainsi la loi de l'Eternel à nds variations bizarres! comme si Jésus- Christ ne s'étoit pas appelé la vérité et non l'opinion, la vérité et non la coutume j comme si les hommes pouvoient changer ce qui est plus ancien que les hommes, que le temps pût détruire ce qui est plus fort que le temps , ou que nous pussions, ô mon Dieu! surprendre par la folie de nos conseils les suprêmes arrêts de votre immortelle' sagesse»
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Croyez-vous d'ailleurs être seuls, mes Frères, en vous séparant de la foule et en foulant aux pîeds l'opimon de la multitude? Ouvrez les yeux et contemplez tant d'ames vertueuses qui n'ont point encore fléchi le genou devant Baal, et qui ne tiennent-compte que des principes quand tout ne parle que de coutumes. Regardez ensuite en arrière j voyez cette nuée de témoins et cette tradition non interrompue de saints , depuis Je juste Abel jusqu'à nousj rappelez tous ces grands hommes enfantés par la foi, des princes si magnanimes, des héros si religieux , des philosophes si fidèles , de gra-nds esprits si humbles et si soumis, des anachorètes si pénitens, des vierges si pures, et des martyrs si courageux: voilà tous les prédécesseurs et les véritables aïeux du chrétien. Quelle auguste généalogie! quelle suite magnifique de vertus et d'exemples! Élevez ensuite plus haut vos regards j transportez- , vous en esprit dans le séjour de TÉternel j comptez, s'il est possible , tous ceux qui ont été rachetés , de toute langue et de toute tribu , cette foule d'intelligences qui composent sa cour, ces puissances qui soutiennent son trône , ces Séraphins brûlans de son amour, et ce nombre immense d'esprits aussi brillans de pureté que de lumière , qui dcî^ivent partager sa gloire et son bonheur dans les siècles des siècles. Voilà , mes Frères , ce qu'il faut appeler la multitude, voilà ce qui compose la véritable foule j et non cet amas impur de prévaricateurs qui ne font que ramper tristement sur la terre, et non cette coupable Babylone, monstrueux assemblage
jaSo SUR l'opinion.
de toutes les vanités unies à toutes les misères, et non cette génération perverse et adultère, qui, toute concentrée dans le monde , passe sans cesse comme le monde, et comme lui doit bientôt s'évanouir et disparoître.
Ainsi toute la vie humaine n'est qu'un commerce d'illusions que l'on inspire ou que l'on reçoit, qu'un triste amas d'erreurs que Ton se transmet de main en main. Ainsi nous poursuivons la vanité et le mensonge, jusqu'à ce que tous ces fantômes imposteurs se dissipent enfin à la sombre lueur du flambeau de la mort. Alors la vérité sort du nuage, elle reprend ses droits, et devient comme le grand secret révélé à l'homme expirant: alors l'opinion n'est plus rien, son bandeau tombe j et, s'enfuyant comme un vain songe, elle laisse paroître enfin la raison et la foi. Mais que dis-je , mes Frères? et quelle horrible vérité n'ai- je donc pas à révéler! elle pousse sa tyrannie jusqu'au dernier moment, elle domine encore sur le bord du tombeau , et à mesure que tout s'écroule autour de nous, Topinion seule vit eûcore. Que sont en effet toutes ces morts scandaleuses, toutes ces morts pliilosopliiques si communes de nos jours, sinon autant de sacrifices déplorables que l'on fait à l'opinion? Que sont ici tous CCS intrépides qui osent affronter l'avenir avec un farouche courage , sinon de misérables martyrs de la vanité , qui lui immolent tristement leurs espérances mortelles? Ils voudroient bien rendre les armes, mais la crainte insensée de paroître foibles , mais la honte de se démentir , mais l'idée
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que s'ils en revenoient , quelques libertins , tout aussi peu résolus qu'eux , se moqueroient de leur peur: voilà ce qui les pousse aveuglément à tenir ferme jusqu'au bout, et à soutenir jusqu^à la fin leur personuage. Quoi? elle est donc possible cette démence inconcevable! quoi? seroit-il donc vrai que ce redoutable moment ne fut encore qu'une scène, et que tout fût devenu mode, jusqu'à la façon de mourir? Je les vois tous, ces béros de la sagesse du siècle , s'exciter, s'enbardir mutuellement à francbir sans terreur le passage fatal, établir parmi eux une lamentable émulation à qui fera meilleure contenance sur le bord de l'abime, et triompher toutes les fois que , pour l'honneur de leur système, quelqu'un d'entr'eux est mort, coinme ils disent, en sage. Infortunés! ils meurent, non en sages, mais en faux braves qui affectent ici une assurance qu^ils n'ont pas, mais en imposteurs qui 'veulent nous en imposer , sans pouvoir réussir à se tromper eux-mêmes , mais en extravagans qui vont tenter à l'aventure le plus grand des hasards, et tout risquer pour ne gagner rien ; non en sages, mais en désespérés qui cherchent à se rassurer contre les erreurs de leur vie , en y mettant le comble : non en sages, mais en furieux qui croient mourir au lit d'honneur, et ne meurent qu'au lit d'opprobre, mais en victimes malheureuses d'un Dieu vengeur, qui veut punir par une telle mort le crime que TEsprit saint ne pardonne point (matth. xii, Si.)} le crime de la vérité toujours connue et toujours • méprisée.
aSa SUR l'opinion.
Nous la connoissons donc maintenant cette opinion tout à la fois si tyrannique et si yaine , qui produit tant d'erreurs et qui exige tant de sacrifices. Serons-nous plus long- temps ses jouets et ses esclaves? n'aurons-nous jamais le courage de sortir' de l'enchantement en nous séparant de la foule? Jusques à quand ne comprendrons-nous pas qu'étant (Je race divine , comme parle l'apôtre ( act. xvii , 29.), nous devons prendre de bien plus haut le principe de nos actions et la règle de nos jugemens? Ne saurons-nous jamais que l'esprit qui habite en nous est plus grand que celui qui est dans le monde (I joan. iv, 4')' Laissons aux morts le soin d'ensevelir les morts; mais nous enfans de la lumière , nous enfans de la liberté , nous qui avons, reçu non pas l'esprit du monde, mais l'esprit qui vient de Dieu, c'est à nous qu'appartient le noble privilège de puiser notre loi non dans l'ame des autres, mais dans le cri de la conscience dont la voix est incorruptible , et de tout voir par ces yeux spirituels et intérieurs qui jugent tout d'après la vérité et non d'après les convenances. Que spnt donc toutes ces conventions mobiles et passagères, toutes ces opinions d'un jour , tous ces intérêts de la veille et tous ces intérêts du lendemain , auprès de l'ordre, auprès des rapports immuables des choses , auprès de l'éternité^ cette règle originale et immortelle; auprès de vous , ô mon Dieu , et de votre parole toujours vivante et toujours efficace, qui a fondé les cieux? Que seront-elles quand le temps aura disparu , et qu'à nos longues et pénibles ténèbres
SUR l'opinioic. 253
succédera la clarté d'un jour éternel? Alors que deviendra la mode? que sera l'opînîon? quels vestiges restera-t-ii de nos folles coutumes et de nos frivoles usages? Hélas! il arrive ce jour terrible , il approche ce règne redoutable de la raison et de la justice , où l'on ne verra que ce qui est , où tous les voiles tomberont ; où Ton ne prendra plus le nom pour la chose , lés apparences pour la réalité , les prétextes pour des raisons, et où toutes les pensées des hommes périssant , dit le prophète (ps, cxlv, 4.) , il ne restera plus que les pensées de Dieu et sa vérité sainte. Hélas! maintenant elle n'est plus qu'un rêve pour les mortels; alors tout sera rêve, elle seule exceptée. Voyez tous les esprits se réveillant au bruit de son tonnerre, toutes nos illusions s'éclipsant devant elle,. comme de vaines ombres devant l'éclat du jour; et au milieu des immenses débris de tant de modes et d'opinions , de vanités et de grandeurs imaginaires, elle seule immuable, elle seule triomphante, dominant avec majesté et s'élevant comme une colonne de lumière jusqu'au trône du Dieu vivant, qui ne couronne qu'elle, et qui ne juge qu'avec elle et par elle. Chrétiens, perçons donc les voiles du temps, élevonsrnous au-dessus de tout ce qui passe, enfonçons-nous dans l'avenir ^ jugeons de là le monde et ses songes , et sa figure éblouissante, et toute cette grande fable qu'on appelle la vie. C'est le vrai poinlt de vue où il faut se placer pour n'être point trompé j c'est la seule mesure qui apprécie au juste la valeur actuelle des choses 3 c'est l'unique moyen de
régner sur le inonde, de régner sur nous-mêmes, de juger l'opinion , et d'être enfin , selon la parole du Fils de Dieu (joan, vui, 32.), délivrés par la vérité. Ainsi soit-iL
SERMON
sim ^«aiisixËiKasai.
Attendue hfermento Pharisœorum, quod esthypocrisis, Gardez-yoas du levain des Pharisiens^ qui est rbypocrisie.
L^c. XXI, I.
VjET avis , que Jésus-Christ réitère si souvent dans son Évangile, et qu'il nous donne en tant de manières dijSerentes , seroit>il donc bien important dans le mallieureux siècle où nous vivons? Ce levain pharisaïque fermente-t-il beaucoup parmi tous les scandales éclatans dont nous sommes témoins? et dans un temps où la licence est un bon air, le libertinage un triomphe, et où Thomme puissant dans l'iniquité , pour parler avec le prophète (ps. li , 3.), se glorifie dans sa malice, n^est-ce pas nous exposer à combattre un fantôme , que de nous élever aujourd'hui contre le vice de l'hypocrisie ?
Hélas! mes Frères, que ne sommes-nous fondés à le croire! Qu'il seroit doux pour l'Église, parmi les malheurs qui Taffligent , de n'avoir à lancer des anathèmes que contre ces coupables par qui vient le scandale! Pourquoi faut-il qu'elle ait encore à
2i56 scR l'hypocrisie*
déplorer laveuglement de la plupart de ceux qui semblent se déclarer ouvertement pour elle , e^ qu'elle soit réduite à gémira la fois et sur ces lâches qui rougissent de s'avouer pour ses disciples, et sur ces hommes plus lâches encore , qui n'arborent ses étendards que pour lui être plus impunément infidèles ?
Oui , mes Frères , il n'en existe encore que trop de ces faux prophètes, de ces âmes pharisaïques qui font leur justice devant les hommes,* qui, sous les dehors de la piété, abjurent, dit saint Paul (II TiM. III, 5.) , la piété elle-même} de ces adorateurs dont tout le culte est sur les lèvres et dont le cœur est loin de Dieu : et à la cour surtout du plus religieux des monarques, qui d'un regard fait pâlir le vice , sous Tempire duquel on ne parvient à la faveur que par la vertu , comme on ne plaît que par la vérité , et auprès de qui Je courtisan le plus chrétien est toujours le plus habile ,
. est-il donc étonnant qu'on trouve beaucoup d'esclaves qui ne font leur devoir que sous l'œil de leur maître ?
Que fais- je ici, Chrétiens? et n«st-il pas à craindre que ce discours ne flatte la corruption du siècle, ne favorise les malignes applications, et ne contriste par conséquent les âmes saintes qui m'entendent? O Dieu! si tel devoit être le* fruit de mon zèle, desséchez ma langue à l'instant. Mais non , rassurons-nous, mes Frères; quand des esprits profanes et mondains ont exposé sur le théâtre
l'hypocrisie et ses excès, leur dessein a été funeste,
scR l'hypociusiè. 357
parce qu'ils n'ont cherché qu'à rendre ridicule un vice qu'il falloit couvrir d'infamie, parce qu'ils ne vouloient qu'entrer dans les intérêts du libertinage, qu'humilier les gens de bien , et ne faire rire de la fausse vertu que pour insulter à la véritable: pour nous, Chrétiens, qui ne cherchons pas à saisir les ridicules , mais^à guérir les vices ; nous qui ne venons pas exposer l'iiypocrisie à la risée publique , mais à toute rhorreur dont elle est digne, qui ne voulons pas en faire un vain spectacle , mais en déplorer les funestes abus, nous pouvons sans danger la livrer à vos censures. Nous ne la rendrons odieuse que pour rendre plus respectable la véritable sainteté; nous ne confondrons la fausse [ustice que pour relever davantage l'inestimable prix d'une piété sincère: en attaquant les Pharisiens du christianisme, nous soutiendrons les intérêts des vrais Israélites, et si Dieu daigne seconder notre zèle , ce discours servira tout à la fois à la honte des uns, à la consolation des autres , à l'instruction de tous.
Ne craignons donc pas de peindre l'hypocrite dans toute sa difformité , en vous montrant que de tous les pécheurs c'est le plus coupable et le plus insensé. Crime de l'hypotrite , illusion de l'hypocrite : c'est tout le partage de ce discours, AvCj Maria.