‹ Sermons et discours inéditsChapitre 42 sur 63 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Vous le sentez déjà, Chrétiens; en combattant l'hypocrisie , nous ne la suivrons point sous toutes

Tom, a. 17

a58 peu L HYPOCRiadif,

ses £ic6$ différeqle». Ainsi nous ne parlerons point àeceUfi, &us$eté d'usage que Von appelle politesse, de tout ce ^ain esprit de société où les démonstrations ne peignent pas les sentimens , où les paroles ne repréçentent point les pensées j froid commerce ile feinte et de dissimulation qui maintenant n'en impose plus à personne, qu'on offre et quon reçoit .pour ce qu'il est , et auquel on ne donne pas même le noi^^ de mensonge , parce qu'on est convenu de ne plus y croire. Mous ne vous dépeindrons point ce sentiment naturel qui nous porte à voiler nos .fpiblesses; c'est ainsi qu'après son péché se cacha .noire premier père; c'est la honte du crime, et non le mépris de la vertu. Nous laisserons de côté Ç(5tte science du monde dont \e grand art est de sautoir percer le labyrinthe dés cœurs , et de se rendre soi-même impénétrable , afin de mieux pé:nétrer les a utres ; ceci peut être politique et prudencei ce n'est pas toujours im^posture. Nbus passerons sous silence cet instinct ou ce penchant involontaire de l'amour* propre qui nous porte à nous montrer .mieux que nous-n;iêmes ; c'est un désir de plaire 'plut6t qu'un dessein de tromper. Enfin nous ne •déyoile£Oi)s paç cette obacurité qui enveloppe le Gqeur bumisiiin , .qui le rend tout à la fois une énigme aux autres et un mystère à lui-même , le caclije aux yeux qui youdroient le sonder, comme au pinceau' qui youdroit le peindre; c^ qui fait dire au prophète (jEREM. xyn, g.) , que le cœur de l'homme est i;çE^pénétr,abl^ et que nul i|e peut le cpnnoHre ; c'est V^ m^ de. w§ Jpaisi^re$ pli(tiôt qu'un de nos viceai»

SUA L^HYPOcnisiE. i^Sg^

Je prends lliypocrisie sous le point dd vue le plu^ naturel et le plus propre à nous ouyrir ici un vastecliamp de morale. Je parle de cet art meDsoDger, plus commua qu'on ne pense y qui n'a d'autre objet que d'orner la superficie dç l'a me , et de transformer en ange de lumière un esprit de ténèbres j de ce trafic honteux qui ne fait de la religion qu'un masque, et de Dieu qu'un moyen ; enfin de ce vice odieux^ doublement trompeur et par les noirceur^ qu'd recèle et par lés vertus qu'il afTecte, et dans lequel on ne sait ce qui révolte davantage, ou soq fard emprunté, ou sa difformilé naturelle.

Pour bien connoître sa malice, nous attaquerons ce vice en lui-même et dans les suites malheureuses qu'il eutraîne, dans l'oulnige qu'il fait à Dieii et dans le tort qu'il fait à la vertu: appliquez-vous^ mes Frères , et comprenez enfin quel est le îoaon^tpQ que je combats.

Qu'est-ce donc que l'hypocrisie ? C'est une pré*» férence honteuse de l'estime des homnies à l'estime de Dieu; c'est l'offrande des bonnes œuvres que riiomme fait à Thomme ; c'est un désir co^upable de s'approprier une gloire qu'on feint de nje rendre qu^à Dieu. Or, point de crime qui blasse davantage la sainte jalousie de Dieu, qui viole davantage le souverain domaine de Dieu , qui outrage plus direètement la grandeur suprême de Dieuj car c'est comme si l'hypocrite lui disoit ; Vous avez tout fait pour vous, mais vous n!e}^isterez que pour moi; Vous avez établi que l'homme se serve des créatures pour aller à vous , et moi je me servirai de voug

aOO SCR l'hypocrisie rf

pour aller aux créatures j vous voulez être notre fîo,' vous ne serez que le moyen. Que d'autres vous adorent eh esprit et en vérité , vous n'aurez de moi qu'un culte théâtral, qu'une adoration en figure. Que me fait votre estime? j'ai celle de mon roi, de mes protecteurs , de mes maîtres. Que me fait votre approbation? j'ai celle du public. Qu'importe que mon hommage soit indigne de votre grandeur? il sert à ma fortune ainsi qu'à ma réputation. Fut-il jamais, mes Frères, un mépris plus marqué, plus fornael et plus réfléchi? et n'est-ce pas à Thypocrile que nous pouvons appliquer, dans un sens rigoureux, la plainte qu'autrefois Dieu faisoit par son prophète : Vous m'avez fait servir à vos iniquités; servira mefecisti inpeccatis tuis (isAu xuii, 24.)^ L'hypocrite , mes Frères , est donc labomination de la désolation dans le lieu saint. Supposons, Clirétiens, que vous vissiez en ce moment une foule d'impies s'emparer de ce temple , le livrer à d'indignes profanations, insulter à Tautel par des hommages ironiques , offrir à Dieu un encens infect et corrompu, dresser un théâtre profane pour y jouer nos saints mystères , et mêler à leurs scènes ridicules les objets les plus vénérables de notre culte , de quelle horreur ne seriez- vous pas pénétrés? et qui de vous pourroit un seul instant soutenir la vue de ce spectacle sacrilège? Cependant ces horribles profanations, Fhypocrîte s'en rend coupable autant qu'il est en lui ; et-^pour être moins sensibles à nos yeux , elles n'en sont pas moins réelles dans fton cœur. Ce que ces impies supposés feroient

«un l'hypocrisie. a'6t

devant les hommes , riiypocrite le fait devant Dieu , par Talliance monstrueuse de son apparente justioe et de ses vices trop réels: ce ne sont pas les vases saints qu'il profane, comme Balthasar, mais la sainteté de Dieu même, en l'associant en quelque sorte à ses vices ; mais la majesté de Dieu même , en empruntant son nom auguste j mais la vérité de Dieu même , en le servant par le mensonge : et voilà pourquoi j'ai dit mépris de Dieu le plus formel et le plus réfléchi. Dans presque tous les vices, c'est la fougue du caractère qui entraîne , c'est l'erreur de l'imagination qui se Juit, c'est ?ivresse des sens ^ui emporte : ici tout est calculé , tout se fait dans le calmé d'une corruption raisonnée ; rien n'est erreur, rien n'est foiblesse : point dexcuse sur le tempérament , sur l'ignorance et la fragilité , c'est loutrage le plus médité et le plus froid. Plus téméraire mille fois que les autres péclieurs , qui vou'droient , s'il étoit possible , fuir les regards du ciel , l'hypocrite va se placer sous les yeux de la justice redoutable; il s'environne de sa présence, il se fait un rempart de la sainteté des autels , et ne craint pas de prendre Dieu pour le garant de son impunité et le protecteur de ses crimes : audace sacrilège! où trouver des couleurs pour la peindre? L'enfer , pour la punir, a-t-il assez de ses tortures? et ne sentonsnous pas ici pourquoi le plus terrible châtiment dont Dieu menace le serviteur méchant est de lui faire partager , dans Tabîme éternel, le sort des hypocrites; par'tem ejiis ponet cum hjpocritis (matth. xxiv, 5i.)?

îiCil 9VK l'hTPOCRISIB.

Âh! je nô suis plus surpris maintenant des ana« thèmes redoublés , des malheurs et des malheurs sans fin dont Jésus-C!)rist les accabloit» Je conçois maintenant et la profonde horreur et cette haine inexpiable que le plus doux des enfans des hommes avoit vouée à la secte pharisaïque. Je comprends que si telle étoit son inépuisable indignation contre les Juifs hypocrites, vivans sous une loi purement extérieure qui ne réprîmoit que les sens , qui n'ar^ rêtoît que la main, où tout étoit préceptes, traditions, purifications corporelles et symboles grossiers, combien doivent être loin Vie son cœur ces chrétiens imposteurs sous une religion où tout est culte de l'esprit, effusions de lame, justice, charité, louange, bénédiction , actions de grâces. Je sens qu'il n y a nulle exagération quand Jésus-Christ nous dit que les pécheurs de profession et les femmes publiques sont moins éloignés du royaume de Dieu, et moins indignes de sa miséricorde que ces hommes trompeurs qui s'étudient à frauder pieusement 1^ loi (matth. XXI, 3i.). Je vois pourquoi des scélérats fameux sont rentrés en eux-mêmes , jamais un hypocrite. Magdeleine revient, Zachée est con-? verti, Pila te a des remords ; le larron , sur la croix , reconnoit son Sauveur: mais nous ne voyons pas que jamais aucun Pharisien ait suivi Jésus-Christ , qu'aucun se soit jamais rçndu à Fonction de ses discours et à la force de ses miracles; tant Tabus des choses saintes ferme tout retour vers la vertuj tant l'habitude de tout donner à l'extérieur de la piété entretient l'illusion, èadort le3 femprils^ et 'coni^pmme l'impénitence»

Odieuse en elle-même et par l'outrage qu'elle fiiit> À Dieu, l'hypocrisie ne Test pas moins dans se» suites funestes et par le tort qu'elle fait à la yertur seconde preu\:e de son énormité»

Rendons-en gloire à Dieu, Chrétiens j il n'est point encore accompli ce triste oracle du prophète,, et nous voyons encore de véritables justes sur la» terre, des Abel dont rien ne souille les offrandes, des Moïse qui marchent sans cesse en présence de l'Invisible, des Job simples, droits, craignant Dieu^ et le servant dans .une charité non feinte ; de» David pénitens, qui poussent aux pieds des autels dft sincères génussemens; des dames illustres dont la piété est au-dessus de tout soupçon , comme lu charité au-dessus de toute louange 3 des personnages iéminens , qui pe chercLent et ne peuvent trouver dans la vertu d autre intérêt que la vertu même; enfin des hommes de. tout sexe et de tout état dont la pure lumière brille devant les hommes, et qui soutiennent avec dignité le sacré caraclère de la vertu. Cependant ces âmes élevées, honneur de la piété , honneur de la nature, ce9 âmes prédestinées en qui le ciel a mis ses complaisances , sont esposëes chaque jour à d'injustes soupçons ou à des dérision;! profanes. On calomnie leurs intentions, on jug,6 leurs pensées , on exagère leurs imperfections , on empoisonne leurs actions les plus saintes» La dey votion, si consolante et si aimable, si supérieure aux vertus humaines, si saintement pliilosophique, puisqu'elle nVst que l'art d'aller à Pieu par le sentiment, et au bonheur par le divin amour; la

!i64 fiCK l'hypocaisie*

dévotion n'est plus qu'un titre de ridicule, quand «lie ne l'est pas de mépris, et lauguste piété ne passe plus que pour un travers dans les uns, ou pour une imposture dans les autres.

Ge scandale affligeant, une des grandes plaies de l'Église , liypocrites , c'est votre ouvrage ; c'est vous qui nourrissez ces tristes préjugés contre la vertu j C'est par vous qu'elle est blasphémée , par vous que les mondains parviennent à ne plus y croire, par vous que Von s'obstine à ne plus reconnoître tout ce qu'elle a d'aimable et de divin , parce que , sous vos vains dehors, elle n'a rien que de triste et de rebutant. Non, on ne veut plus voir tout ce que la vertu a de grand dans ses motifs, parce que vous faites servir la vôtre à vos desseins et à vos vues criminelles; on méconnoît tout ce qu^elle a d'empire et d'ascendant sur les passions humaines, parce que l'homme et toutes ses misères percent à travers vos magnifiques apparences , et que l'on voit aiasi ces âmes célestes , dont le monde n'est pas digne, partager trop souvent la peine de votre lâcheté et la honte de votre imposture.

De là. Chrétiens, que de maux innombrables! les^ exemples des gens de bien rendus presque inutiles, et leurs leçons suspectes; le triomphe de l'impiété, qui se produit avec ostentation; le découragement des âmes timides , qui craignent d'embrasser une profession décriée dans l'opinion publique; tous les dehors de la piété dédaignés par le respect humain, et l'affoibHssement^ auiç jeux des profanes , d'une des grandes preuves dft

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notre religion, qui est son immortelle fécondité, par laquelle elle produit dans tous les siècles une génération vénérable de justes pour empêcher la prescription du vice, et pour protester sans cesse contre la défection générale.

Ce n'est pas que les mondains ne soient également coupables de mépriser ou du moins de tenir pour suspecte la piété, parce qu'il est des monstres qui abusent de son image : car nous pourrions leur dire d'abord que, puisque la fausse dévotion est si odieuse, ils ne sauroient mettre dans leurs jugemens trop de circonspection et de réserve; que l'horreur attachée à l'hypocrisie n'est qu'un titre de plus pour respecter la véritable sainteté; que plus celle-ci est rare , plus ils doivent trembler de ne pas lui rendre justice, et d'être assez malheureux pour confondre un vil et hideux fantôme avec ce qu'il y a de plus grand et de plus divin sur là terre.

Nous pourrions encore insister, et leur mettre devant les yeux la mauvaise foi qui les guide dans leurs censures hautaines et dans leurs malignes applications. Il nous seroit facile de leur montrer que la véritable piété porte* avec elle son propre témoignage. C'est cet or pur qui ne souffre aucun alliage, et qui sans peine est distingué de tous les autres métaux. Si nous en exceptons ces rares circonstances où Dieu permet, par des vues adorables, qu'elle soit méconnue ou même méprisée , je ne sais quoi d'auguste et de touchant nous avertit toujours de sa présence. Elle est libre sans doute de tempes

rep l'éclat de sa majesté , elle ne l'est point de

é ^66 SUR L HYPOCRISIE.

Vobscurcir; il est sans doute en son pouvoir de renfermer au dedans d'elle-même cette magnanimité de désirs, cette sublimité d'intention que Dieu seul connoît,' que Dieu seul récompense: mai» celte douce sérénité, celle aimable indulgence, cette ^onté compatissante , et cette mâle austérité devant laquelle le méchant est forcé de baisser les yeux, Toilà les traits sacrés et toujours visibles qui 1» décèlent, et les rayons inextinguibles de sa gloire intérieure. Quoi donc? la vertu est-elle si au-dessus de l'homme, est-elle si miraculeuse, que dès quelle paroît , nous la prenions pour un fantôme? Appro^ chez, téméraires, touchez et voyez; palpate et n)idete: faites taire vos passions et déposez Vos pré^ jugés, et vous reconnoîtrez qu'une chimérique vertu ne soutient pas de si rudes épreuves, qu'elle n'a pas un si ferme courage, une charité aussi activCi une égalité aussi constante, une patience aussi inaltérable.

Nous pourrions encore leur demander si c'est bien l'hypocrisie , ou la piété elle-même, qui leur est odieuse ; si leurs déclamations contre les fausses vertus ne sont pas une guerre couverte contre la vertu même; si ce sont bien les intérêts de Diea ou les intérêts de leurs passions qu'ils se proposent de venger, et s'ils n'affectent point d'augmenter le nombre des hypocrites, pour se rendre plus supportable la vue d'eux-mêmes, en se formant dA% hommes une idéeplus affreuse, et en se donnant, dans leurs désordres, cette horrible consolation, que rinnocence n'est qu'ua nom^ et la vertu, uoe

SÇR LHTPOCAISlBr 267

diimère» D'ailleurs que chacun s'interroge. Qui de nous n'est pas hypocrite? qui ne se cache point sous mille formes difTérentes? qui ne cherche pas à séduire? qui voudroit se montrer tel qu'il est eii effet? Ou sont ces vrais Israélites dans lesquels il n'y a point de fraude (joam. i, 470^ ^^^ Nathanaêl qui appellent le hien un bien, et le mal un mal? Grand Dieu! si le mystère d'iniquité qui s'opère en secret étoit tout à coup révélé (Il thessal. n , 7.); si d'un seul mot, comme au jour de la création , TOUS éclairiez cet immense chaos ^ non moins obscur que le premier} si d'un souffle de votre bouche, vous faisiez disparoître les ténèbres qui sont encore l^épandues sur la face de l'abîme, et que la grands décoration du monde , ébranlée tout à coup , et tout à coup entraînant avec elle le masque et l'acteur^ les draperies et le théâtre, nous laissât voir en ce momeut toutes les âmes nues, toutes les passions vivantes, et pénétrer des yeux l'enfoncement des cœurs , que de taches honteuses n'apercevrions- ^ous pas sur ces astres qui nous éblouissent! Qui de vous, mes Frères, n'auroit pas à rougir? qui pourvoit soutenir les regards du public? qui pourroi t soutenir sa propre ignominie? qui ne seroit 3disi d'une profonde horreur , en voyant tout ce que tiennent caché la crainte ou l'intérêt, riionneur humain et les bienséances niondaines? en découvrant et les bas artifices , et les misérables ressorts, et les ressources honteuses qui font mouvoir tout le spectacle de la vie , et toutes ces abominations ffi colorées et si décentes? Ou fuiroient ces perfides

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amis. que la fortune fait, que la fortune change; tous ces grands politiques, dont toute la science est de n'avoir point de morale; tous ces hommes en place qui trafiquent de leur crédit, ces magistrats iniques qui trahissent la justice, ces épouses infidèles qui souillent la sainteté de leur union, ces courtisans dont tout l'art, dit le prophète, est de cacher des pièges; ces honnêtes hommes selon le inonde, qui n'ont de probité que sur les lèvres, et qui s'efforcent de gagner en langage tout ce qui leur manque en vertu; ces philosophes tant prônés qui n ont rien d'humain que leurs livres; ces libertins de profession qui souvent cachent d'autant plus de vices qu'ils en montrent davantage; ces brillans coupables, si communs parmi nous, qui savent allier si bien les agrémens du caractère et les horreurs de la licence , la douceur du miel et le venia de l'aspic? Combien même que nous trouverions hypocrites jusque dans le scandale, dissimulés et faux jusque dans la sincérité! combien dont la franchise ne seroit tout au plus que l'effronterie du vice, l'incrédulité qu'un faux air de bravoure, et la vie toute entière qu'une affectation déplorable de paroître plus libertins qu'ils ne sont, et plus impies qu'ils ne peuvent! Mais si le monde a plus encore de fourbes que l'Église, le libertinage plus d'imposteurs que la religion, la bienfaisance plus d'hypocrites que la charité ; si les fourberies philosophiques sont encore plus communes et non moins odieuses que les dévotions simulées, quel est donc cet . acharnement à décrier tout ce qui se déclare

SDR l'hypochisxe. 26g

ouvertement pour le parti de la piété? Mondains injustes! ah! soyez donc différens de^cè que vous êtes, ou rougissez de la témérité dé vos jugemens et de l'audace de vos censures.

Mais revenons aux hypocrites à qui s'adresse ce discours. Quoique le monde soit coupable de confondre sans raison la sincère vertu avec l'appareate. justice , ils ne le sont pas moins eux-mêmes de lui en fournir le moyen , ou du moins le prétexte ; ils n'en sont pas moins responsables du déshonneur qu'ils attirent sur la piété , et le souverain Juge leur demandera compte , non-seulement de la vertu qu'ils auront contrefaite , mais encore de celle qu'ils auront exposée à d'indignes censures ou à des soupçons odieux.

Achevons de les confondre} et après leur avoir montré quel est leur crime , faisons-leur voir quelle est leur illusion : c'est mon second point.

SECONDE PARTIE

Parmi les hypocrites , il n'en est point qui ne sente toute Ténormité de son crime; mais ce qui les abuse presque toujours , c'est leur confiance té^ méraire et leur présomptueuse audace, c'est de croire qu'il n'est point ici-bas de vengeance réservée à leur imposture ^ c'est de ne pas sentir que leur illusion égale ici leur injustice , que c'est une entre-? prise bien insensée de vouloir sérieusement paroîtra différent de ce que l'on est, que l'espérance de

a'JO SCR LHTPOCRISIC.

Iliypdcrite périra, et que, tandis qu'il croit en imposer aux autres, il ne trompe que lui-même.

Car que cherche -t- il dans sa fausse justice, et quel est ici son hut? Sans doute qu'il prétend, sous le masque de la vertu , jouir tranquillement et des douceurs qu'elle procure, et de l'estime qui la suit. Or, c'est ce double objet qui lui échappe presque toujours : les douceurs de la vertu, il n'en a que les peines ; la considération de la vertu , il ne l'obtient jamais ou il la perd bientôt : humiliation de Thy* pocrite, tourment de l'hypocrite j spes hjrpocritœ peribit {job. viir, i3.).

Lorsque nous vous l'avons dépeint dans son hor* rible difformité, vil. trafiquant de la piété, esclave de l'iniquité sous l'étendard de la justice; lorsque vous l'avez vu se jouer froidement de ce qu'il y a de plus sacré , insulter à la foi publique , et cacher sous d'austères dehors de coupables penchans, chacun de nous s'est demandé sans doute s'il y avoît pour ce crime une pupilion assez terrible. Oui, Chrétiens, il en est une que le ciel, dès cette vie même , réserve à l'hypocrite , plus cruplle que les tortures , la seule qui ait quelque proportion avec sa scélératesse : tôt ou tard il sera connu, tôt ou tard sa malice échappera par quelque endroit, ta triste nudité nous sera révélée. Il est trop difficile de soutenir long-temps un rôle qu'on emprunte; les précautions tralussent, les efforts montrent l'art, la contrainte décèle, et la prudence même n'est souvent qu'un piège de plus. Grâce au Dieu des vertus, une affectation continue n'est guère donnée'

SCH L^HYPOCRISIE, ^.^ r

au mëchaïit. Il n'est rien do cache qui ne soit ^ découvert, c'est l'oracle de Jésus-Christ (lcc. xii, a.) .et il Ta pronoucé en parlant de l'hypocrite. Il a beau blanchir le sépulcre, je ne sais quelle infection et quelle odeur de mort décèlera bientôt le cadavre. Sa bouche parlera toujours de l'abondance de son . cœur; son imposture éblouira d'abord, mais elle finira par se démentir elle-même. Les fausses couleurs, de quelque manière qu'on les applique, ne tiennent pas long-temps. L'inconstance, dit l'Esprit saint) est le partage de l'homme fourbe; vlr duplex animo, inconstans est in omnibus viis suis ( JACOB. 1 , 8.). Mille traita de lumière percçront malgré lui; si sa bouche ment, son œil dira vrai; il aura les mains d'Ésaû, mais non pas la voix de Jacob; et si Dieu lui permet quelquefois, comme à l'imposteur Simon , d'exercer sur nos yeux un empire magique, ce n'est que pour rendre sa honte plus solennelle et sa chute plus éclatante.

L'humiliation de lliypocrile est donc inévitable: il ne sème que du vent, il ne recueillera que la tempête; la raison nous l'apprend, l'expérience le confirnne. Je l'ai vu, dit Tauteur sacré, depuis que je suis sur la terre ; j'ai vu que la louange donnée aux impies est courte , et que la joie de l'hypocrite ne dure qu'un instant; gaudium hjpocritœ ad instar puncti (job. xx, 5.). Prétendre unir ensemble une injustice véritable et une apparente vertu^ une ambition réelle et une feinte humilité , une 4sxcessive vanité et une modestie contrefaite, c'est Touloir allier de3 élémens contraires, le soleil avec

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