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les ténèbres. L'insensé disoit dans son cœur : J'enchanterai le monde, et s'il est possible, je veux séduire les élusj à la faveur des apparences, je surprendrai la bénédiction d'un père aveugle, les bonnes grâces d'un protecteur pieux , la con'Qance d'un peuple crédule. Il le disoit , et il ne savoit pas que compter sur les apparences , c'est bâtir sur le sable , et qu'établir sur ce fragile appui l'édifice de sa fausse vertu , c'est s'exposer à une chute honteuse. Il a voit dit: Les ténèbres me couvriront, et dixi : Forsitan tenebrœ conculcabunt me ; et voilà que la nuit devient autour de lui comme le plus grand jour , et nox sicut dies illuminabitur (ps. cxxxviii , 11,12*). Déjà est arrivée la catastrophe humiliante , sa justice empruntée succombe avec éclat j un mépris général lui apprend qu'il est démasqué; toute une ville raconte son histoire ; tous se font un devoir , tous croient avoir le droit de s'armer contre lui; les médians même sont les premiers à publier son infamie, et se font une gloire de venger la vertu. Où fuir? où se cacher? où trouver des excuses? où chercher un asile? Il peut y en avoir pour tout autre pécheur, mais la chute de l'hypocrite endurcit tous les cœurs , les ferme tous à l'indulgence, et semble dispenser envers lui delà loi de charité. Il faut qu'il soit la fable et le jouet d'une ville entière, que sa confusion égale sa lâcheté, que la honte, dit le prophète (ps. cviii, 29.), l'environne comme un mqinteau, et que, suivant l'arrêt de Jésus-Christ , son infamie soit prêchée sur Içfl toits : prœdicabitur in tectis (luc. xu, 3.).
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Et remarquez ici, Chrétiens, que cette infamie ne s'efface plus. Son humiliation doit le suivre jusqu'au tombeau. L'estime, la confiance publique , sont des biens si précieux , que , perdus une fois y ils ne se recouvrent jamais; une chute précipitée le brise, dit l'Esprit saint (prov. vi, i5.), et il n'y a plus de remède. En vain reviendrart-il sincèrement à Dieu, il changera ses mœurs, il ne changera pas sa réputation 3 il a voulu, malgré ses vices , jouir des honneurs de la piété , et malgré sa piété , il portera, par un juste retour, toute l'ignominie du vice. Réduit à envier le sort de ces pécheurs sincères, qui, simples dans le mal, se sont toujours montrés ce qu'ils sont en effet, il reconiioîtra dans son désespoir que la chute de Thypocrite est irréparable , que sa hoate survit à son repentir même, et ne peut s'expier à force de vertus j prœdicabitur in tectis.
Je sais, mes Frères, qu'une chute éclatante et une scandaleuse révolution ne sont pas toujours le châtiment que Dieu réserve à l'hypocrite , et que tous les Gains ne portent pas sur le front la marque de leur ignominie. Mais de quelque couleur que se pare l'hypocrite, il est bien difficile qu'il puisse soutenir long-temps un rôle contraire à son caractère et à son inclination. Il est dans la religion comme dans la nature un vrai auquel n'atteint jamais le plus habile fourbe : le monde ne s'y trompe guère , et les moins vertueux sont même ici les plus clairvoyans. Ainsi qu'une ombre vaine s'évanouit devant l'astre du jour , l'apparente justice disparoît
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deyantla J)îété sincère et la verge de Moïse dévore bientôt la verge des enchanteurs. O vertu! rayon sublime du Très-Haut et sa plus vive image , non j qui ne te sent pas, ne te peindra jamais. Le fard le plus brillant ne sauroit égaler Téclat de ta lumière ; jamais Tœil esclave de l'hypocrite n'imitera ta sainte liberté; jamais sa vanité rampante ne produira ta noble modestie 3 jamais ses vils raffioemens n'atteindront à ton auguste simplicité; jamais sa lâche hardiesse ne saura feindre ton aimable pudeur. Et qui de vous , mes Frères , pourroit , donc s'y méprendre? Jésus-Christ n'a-t-il pas dit que nous conooîtrons les hypocrites à leurs fruits (matth. vir, 16.)? n'avons- nous pas des règles saintes pour discerner l'esprit de mensonge, des principes certains pour ne pas nous laisser séduire par tous ceux qui viendront au nom du Seigneur? Et pourquoi Jésus- Cbrist nous n'eût-il ordonné de joindre ici une sainte circonspection à une exacte vigilance , de ne pas croire à tous les esprits , de nous précautionner contre les loups travestis en brebis , s'il n'y avoit pas des signes auxquels on pût se reconnoîtré ? Suivonsles donc ces signes tracés par l'éternelle vérité, et apprenons à l'hypocrite que, quel que soit son art, il joue mal son personnage, et ne peut jamais soutenir la comparaison d'une vraie et solide vertu.
L'homme de bien ne mesure pas sa vertu par ce qu'il peut faire de temps en temps de surprenant et d'extraordinaire, mais par ses habitudes, mais par l'ordre constant de ses journées , mais par l'heureux concert de toutes les actions de sa vie. Four lui,
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tout est commun , rien n'est exagéré ; tout est principe , rien n'est saillie ; nul excès , nulle dissonance. L'hypocrite , vous le reconnoîtrez aux inégalités et à l'incohérence de sa vie, et bientôt vous découvrirez qu'il ny a dans sa conduite ni plan suivi, ni règle uniforme } que sa fausse vertu n'a que des accès , que sa dévotion est capricieuse comme son humeur, et que sa vaine sagesse ne s'élève un instant que pour retomber aussitôt. L'homme de bien est généreux, désintéressé; sa charité ne cherche point ce qui lui appartient; tous les hommes sont dans son cœur; il les servira , s'il le faut, aux dépens de son repos , de sa gloire , de sa réputation , de sa fortune même. L'hypocrite , vous le reconnoîtrez à ses vues ambitieuses , à ses projets intéressés ; et vous verrez bientôt qufs , peu jaloux d'être utile à ses frères , il ne cherche qu'à s'en servir , qu'il vend ses vœux et ses prières , que la piété n'est pour lui qu'un gain , et quel'origine de sa fortune est une épigme honteuse et un mystère inexplicable; qui des^orant domoS' ' n)iduarum simulantes longam orationem (luc» XX, 47.).
L'homme de bien jouit d'un calme doux , d'une sérénité touchante ; le bonheur qu'il goûte se multipUe et se répand autour de lui , il se réjouit, mais simplement et dans le Seigneur. C'est cette paix du Saint-Esprit qui surpasse tout sentiment ( philip. IV , 7. ); c'est ce calme précieux d'un cœur qui a tous ses désirs réglés , c'est cette joie inaltérable d'une conscience qui jouit d'elle-même. L'hypocrite , vous le reconnoîtrez à son triste sérieux , à son humeur.
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chagrine 9 et bientôt vous verrez que cette paix chrétienne n'est pas plus dans son cœur que dans le séjour qu'il habite; qu'autour de lui tout respire la gêne, tout a un air servile; qu'embarrassé de ses devoirs, il en embarrasse les autres; qu'il est toujours dans un état violent ; que son rôle lui est à charge , et que son masque le fatigue : sicut hypo^ critœ tristes (matth. vi, 16.). Toujours humble et modeste , la vertu sincère marche sans appareil et sans cortège, elle prie dans le secret. C'est le royaume des cieux qui ne vient point avec appareil, dit Jésus-Christ, (lcc. xvii, ao. ); la moindre préférence alarme sa réserve , la plus légère distinction l'embarrasse, les applaudissemens blessent sa pudeur sainte , et le premier caractère de sa grandeur , c'est de l'ignorer. Lliypocrite, vous le reconnoîtrez à la trompette qu'il fait sonner devant lui, à son empressement de se montrer et d'être vu des homnies, ut videantur ah hominibus (matth. vi, 5. ); et bientôt vous découvrirez que sa main gauche sait toujours le bien que fait sa main droite , qu'il regarde comme sans conséquence toute action vertueuse qui n'est point accompagnée de' quelque bruit , qu'il est toujours oisif dès qu'il n'est plus sur le théâtre, in sjnagogis et in n)icis (matth. 2.)j et vous verrez bientôt que son aliment le plus doux , c'est la louange ; sa plus chère passion , la vanité , et que , dans toutes les occasions , les préférences , il les mendie 3 les premières places , il s'en jempare; les distinctions, il les achète; primas çathedras et salutationes (luc. xi, 43.). L'homme
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vraiment pieux n est ni recherché dans sa personne, ni singulier dans sa parure ; il ne cherche pas plus à eu imposer par ses habits que par sa vertu, et tout son extérieur est simple comme son axne. L'hypocrite , vous le reconnoîtrez à son affectation , et à tout l'étrange étalage qui le distingue de là foule; et bientôt vous verrez que son premier soin est de remplacer la mondanité par la singularité , le mépris des modes par la bizarrerie des ses ajustemensj dilatant phjrlacteria sua, et magnificant Jimhrias (matt. xxiii, 5.). Le chrétien sincère embrasse tout dans la plénitude de sa justice: pour lui, toutes les lettres de la loi sont sacrées, il n'en passe pas un seul point , et s'il étoit coupable dans un précepte , il se croiroit coupable dans tous. L'hypocrite , vous le reconnoîtrez à ses exceptions arbitraires, à ses pratiques favorites; et vous verrez bientôt qu'il divise Jésus-Christ, qu'il déchire la loi , selon l'expression d'un prophète (habac, i , 4.)î qu'il y porte toujours et le goût qui choisit et l'humeur qui préfère ; qu'il est minutieux bien plus que délicat, et qu'esclave rampant d'une dévotion puérile, il viole sans pudeur les plus sacrés devoirs, excolentes culicem, camelum glutientes (matth, xxiii*, 24- )• I^ v*^ juste est tout intérieur: plus attaché à l'esprit qu'à la lettre, il voit la religion en grand; sans négliger le sacrifice, il préfère la miséricorde; les dons qu'il offre à Dieu, il les prend dans son cœur, et le vrai temple qu'il cherche à parer, c'est son arae. L'hypocrite, vous le reconjjioitrez à son attachement gi'ossier pour les préceptes
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extérieurs, et bientôt vous découTrirez que toute fia morale est dans lecorce de la loi, toutes ses privations dans les abstinences légales , jejuno bis in sabbato (lcc. xyiii, i22.); que la décence fait toute sa vertu , les bienséances ses seuls devoirs , les procédés ses seuls scrupules : mundatis quod deforis est calicis (matth. xxiii , 25.); qu'il immolera cent génisses et pas une passion ; qu'il offrira mille dons étrangers, mais pas un seul moment d'humeur, une seule antipathie, un seul retour d'amour-propre: qui decimatis mentham etanethum (luc. XI, ^^*)* Le vrai juste excuse tout, supporte tout j plein de miséricorde , il ne voit les fautes d'autrui que pour craindre de tomber à son tour; compatissant, il est infirme avec les infirmes et foible avec les foibles; débiteur avec saint Paul aux insensés comme aux sages, doux, bénigne, pacifique, les scandales des pécheurs lui donnent plus d'affliction que de colère, et sa sévérité est toute pour lui-même. L'hypocrite, vous le recon^- Boîtrez à son sourire amer , à son ironique dédain pour tout ce qui ne pense pas , qui n'agit pas comme lui, aspernabantur cœteros (ib. xviii, 9.)/ à cette aveugle présomption qui lui montre la paille dans l'œil de son frère, et lui cache la poutre dans le sien ( MATTH. VII , 40 i ^ ^^^ langage hautain : Je ne suis pas comme le reste des hommes (luc. xvui, i i .)/ à cette sévérité impitoyable qui se plaît à aggraver le joug , à lier des fardeaux énormes pour en charger autrui, sans daigner un instant les soulever lui-même, alligant onera importabilia (matth, xxiii, ^.)î à