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Taigreur de son zèle , qui cherche plus à confondre le pécheur qu'à le guérir , moins à le comger qu'à le perdre 3 à sa langue acérée que le prophète com* pare au tranchant de l'épée (ps. lvi, 5.), à ces morsures que le même psalmiste appelle venimeuses ' et mortelles (ps. cxxxix , 4*) l enfin à celte sensibilité orgueilleuse que blesse la plus légère offense, qu'irrite la plus foible censure^ et qui rend ses ressentimens éternels et ses haines implacables.
M'oubliez jamais, Chrétiens, cette règle infaillible, cette distinction ineffaçable et si fatale aux hypocrites j ils manquent tous de charité. Partout où vous ne verrez point la tendre compassion , la douceur qui prévient , la bonté qui pardonne , la dureté pour soi et l'indulgence pour les autres , quels que soient les dehors, quelque spécieuse que soit la conduite, dites sans crainte de vous tromper, La vraie vertu n'est point ici. Les vierges folles , dans l'Évangile (matth. x&v.), sont parées comme les vierges sages; comme celles-ci, elles portent leurs lampes, «lies vont au même festin, elles courent au-devant du même époux : jusque-là nulle distinction, nulle différence; bientôt vous cesserez -de les confondre. Leurs lampes, faute d'aliment, vont s'éteindre, leur huile est épuisée, c'est-à-dire ^ dans le sens de la parabole , qu'elles n'ont ni l'onction , ni la douceur , ni l'esprit de la charité ; ejc fructibus eorum cognoscetis eos (ib. vu, 20«).
Et c'est ici surtout que les âmes vraimient pieuses, que les adorateurs en esprit et en vérité^ doivent avoir à cœur de se mettre à couvert de toute cen-
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siire , et de ne rien faîre en ce point qui puisse démentir le saint caractère de la vertu. Elle a déjà assez de tort d'humilier les libertins par sa seule présence , faisons qu'ils lui pardonnent à force de charité et de douceur. Qu'elle n'oublie jamais que son premier devoir est de se faîre aimer, et que, tandis que l'hypocrite cherche à forcer les cœurs, c^est à elle à les obtenir. Quelquefois trop sincère , elle en vient jusqu'à être fâcheuse; inébranlable dans ses principes , elle ne voit pas toujours qu'elle n'est que dure, que les préventions sont attachées à sa délicatesse , l'obstination à sa fermeté , la défiance et le soupçon à sa pureté même , et que , par une pente insensible , elle tend à confondre l'aversion du péché avec la haine pour le pécheur. O vous tous en qui brûle sa sainte flamme , écartez loin d'elle ces tristes nuages , fermez la bouche à ses coupables détracteurs. Songez que c'est toujours par sa rigidité mal entendue, qu'on est injuste à son égard ; que dés qu'elle paroît sous ses aimables traits , tout mortel est forcé de tomber à ses pieds ; qu'en matière de charité , il n'est point pour vous de petites fautes., de précautions indifférentes j que le monde en ce point ne vous pardonne rien ; que la malignité du siècle veille toujours sur vous pour surprendre quelque saillie à votre humeur, quelque écart à votre zèle , et que sans cesse vous devez trembler que l'aimable vertu ne soit également décriée dans ceux qui la pratiquent comme dans ceux qui la contrefont.
Ainsi e;s^iâte-t-il des caractères distinctifs qui
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séparent la vraîe vertu de la rampante hypocrisie , et qui ordinairement nous empêc|ient de les coufondre. L'une et l'autre se trahissent presque toujours par des moyens contraires; la vraie vertu par 8a candeur, l'autre par son affectation. La première se soutient par sa simplicité, la seconde succombe presque toujours par ses artifices; l'une fuit la gloire, et la gloire vient la chercher; l'autre la cherche par mille voies , et la gloire lui échappe de tous côtés. L'apparente vertu nous étonne d'abord dans l'éloignenient ; on approche , les yeux la cherchent, elle s'évanouit: semblable à ces montagnes qui s'élèvent de plus en plus devant l'œil du voyageur, la vraie justice s'agrandit et frappe davantage dès qu'on la voit de près. Celle-ci se montre , et on Taime; celle-là paroît, et elle repousse. Ainsi sont confondus les efforts de l'hypocrite, ainsi périssent ses espérances ; ainsi, dit le Sage (proverb.xu, 26.}, *le trompeur ne gagne rien ; ainsi il est un Dieu qui juge §ur la terre , qui punit l'imposture , qui venge la vertu, et avec elle la Providence, son éternelle protectrice; spes hypocritœ peribit (job. vni, i3.).
Ce n'est pas , mes Frères , que bien des hypocrites ne puissent s'applaudir d^être parvenus à leur» fins , et d^avoir envahi les honneurs de la véritable justice. Soit que Dieu, par des vues adorables, permette quelquefois que le méchant triomphe; soit que, pour la plus grande punition de l'hypocrite, il veuille laisser croître l'ivraie avec le bon grain jusqu'à la moisson, il n'en existe encore que
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trop qui égarent l'opinioti publique , et dont nous pouvons dire qu'ils ont reçu leur récompense. Mais que cette récompense, toute vaine qu'elle est, leur coûte cher ! 0 vous , que de pareils succès pourroient tenter, comprenez à quel prix lliypocrite les achète ^ et par quelles voies difficiles il est obligé de marcher. Tourment de l'hypocrite , nouvelle preuve de son illusion , spes hjpocritœ peribiU
Qui me donnera de le peindre dans son triste esclavage, en proie à ^t^ perplexités cruelles , à cette crainte qui le tourmente, qui le possède, dit l'Esprit saint, posséda tremor hjpocritas (isAÏ. xxxiii, i4«)/ toujours flottant, toujours battu entre la passion qui l'entraîne et l'opinion qui le retient, toujours luttant contre sa propre inclination, victime des penchans mêmes qu'il contraint et qu'il ne dompte pas , des désirs qu'il réprime et dont il ne triomphe pas; n'éprouvant jamais que les peines de la violence sans les douceurs de la victoire , que les privations de la piété sans en avoir les jouissances, et martyr à la fois de la vertu qu'il affecte , comme du vice qui le domine? Être toujours différent de soi-même, entretenir toujours la paix au dehors tandis que la guerre lest au-dedans, sans cesse se tenir en garde contre les saillies du caractère ou les surprises des passions , se méfier également des imprudences de l'humeur ou des épanchemens de la confiance, craindre tout à la fois et l'ami qui peut nous trahir et l'ennemi qui nous surveille: oui, s'écrie éloquemment saint Chryspstôme , j'aimerois mieux être lejsclave de tous les barbares, que de l'être de l'hy-
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pocrîsie. Infortuné! la réalité lui coûteroît bien moins que les apparences, et le masque de la yertu lui est bien plus à charge que ne seroit la vertu même. Laissons-le donc, mes Frères, laissons-le s'applaudir d'abuser le public et de conduire habilement tout son système d'imposture. Vain triomphe ! combten de fois a-t-il tenté de n'être que lui-même, de [déposer son personnage, et d'apprendre à tous ceux qui voudroient l'imiter qu'où la vertu n'est qu'un fantôme, le bonheur n'est qu'une illusion!
Ainsi mon Dieu , vous avez arrêté qu'on ne peut être heureux que par la vérité et l'innocence , que tôt ou tard il faut se repentir d'être infidèle à la vertu , qu'il faut ou llionorer par nos hommages* ou la venger par nos inquiétudes, que le grand intérêt de l'homme est d'être juste et non de le paroître, que la conduite la plus' droite est toujours la plus sure et la plus raisonnable, et que la vraie, la sublime philosophie est toute renfermée dans cet oracle sorti de votre bouche (matth. x, i6.): Soyez prudens comme le serpent, et simples comme la colombe.
Mais y a-t-il beaucoup d'hypocrites? Mes Frères, Dieu seul le sait; à lui seul appartient d'en faire le discernement, lui seul peut sonder les coeurs et les reins : et malheur à nous , si nous oubliions que la charité ne croit pas facilement le mal, çt si nous prévenions indiscrètement le jugement du souverain, scrutateur! Malheur à ces mondains qui, sous des prétextes aussi frivoles que leur imagination, censurent hardiment tout ce qui
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s'est rangé sous l'étendard de la piété! Malheur à tous ces téméraires qui supposent toujours le crime sous les apparences de la vertu , eux qui ne rougissent point d'aspirer aux honneurs de la vertu sous les apparences mêmes du vice! Malheur à tous ces hommes corrompus qui jugent impossible toute action vertueuse dont ils ne trouvent pas en euxznémes le sentiment ou l'idée , auprès de qui toute profession ouverte de régularité est. un titre pour ne mériter aucune indulgence , et la pratique de la piété le seul crime qu'ils ne pardonnent point! Malheur enfin à tous ces libertins scandaleux, qui croient avoir le droit de taxer d'imposture tout extérieur de dévotion , parce qu'ils affichent le vice, et d'insulter à la vie la plus exemplaire, parce qu'ils n^ODt plus de pudeur!
Grand Dieu, devant qui tout est nu, pour qui la nuit est éclairée comme le jour, dont toutes les voies sont vérité , dont l'œil infatigable et sûr pénètre les abîmes , les profondeurs de la conscience comme celle de la nature , Deus qui intueris abys- SOS (dan. m, 55.); vous qui détestez Thomme à deux langues, et qui perdrez tous ceux qui parlent le mensonge, inspirez-nous la même indignation qui vous anime contre l'homme trompeur, faitesnous bien comprendre que le véritable bonheur, comme lé vra,i mérite, est de nous attacher à la vertu pour sa beauté céleste , sans nul retour sur nous-mêmes; pénétrez-nous de la crainte de ce grand jour où tous les voiles tomberont, où seront dévoilés tous les conseils des cœurs , et où là vérité ,
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si long-temps captive , s'ëchappant tout à coup des retraites de l'ame , fera retentir son tonnerre aux oreilles de l'hypocrite, et le livrera sans défense aux traits perçans de votre lumière et à l'indignation des peuples assemblés. Donnez-nous cet esprit de sincérité , de candeur, de droiture, cet esprit des enfans, le seul propre au royaume des cieux. Sauveznous, grand Dieu! parce que les vérités sont diminuées, que les hommes ont un cœur et un cœur, et que toute leur vie se passe à mentir aux autres après â'être menti à eux-mêmes. Rompez l'enchantement funeste qui nous attache à cette terre que se sont partagée et le malheur çt l'imposture, à cette .vie fabuleuse où l'éclat des vertus humaines est si rarement pur, où chacun combat sous le masque, où nous ne voyons qu'en énigme, où l'on ne marche qu'incertains, étrangers, inconnus les uns aux autres, se pressant , se croisant , se heurtant dans une longue nuit. 0 Dieu! nous le sentons maintenant; il est bon de ne se confier qu'en vous , et de porter toutes ses espérances vers une terre plus heureuse , où tout sera réel , le bonheur comme l'amitié , les vertus comme les plaisirs, et où le cœur, rassasié de vous-même quand votre gloire apparoîtra , ne connoîtra qu'une passion, la charité j qu'une règle, la vérité, et qu'un bonheur, la possession de vousmême. Ainsi soit-il.
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SERMON
SUR
iL'iiiaDiriE is>m ik^Mmm^
Mémento, homoj quia pulvis es, et in pulverem rei^er^ te ri s.
, Sou viens- toi , ô homme , que tu es poudre , et que tu retourneras en poudre. Gsir* m, ig.
JlLélas! comment l'oublier? comment perdre de vue cette commmie destinée et ce terme fatal où vont se perdre pour jamais les vains projets des hommes? Ce triste arrêt n'est-il donc pas écrit sur tout ce qui nous environne? et qu'est-ce que Tunivers entier, sinon un vaste tombeau où est empreinte à chaque pas cette lamentable sentence : Vous êtes poudre, et vous retournerez en poudre. Cependant qu'y a-t-il de plus loin de nous, et pour ainsi dire, de plus étranger à nous-mêmes, que l'idée de notre fin? En vain résonne partout le tonnerre de la mort , en vain elle se reproduit sous mille formes différentes , nous la fuyons aussi sérieusement que si nous pouvions l'éviter. Toute
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la vie humaine n'est que l'art de nous en distraire, et si nous avons aujourd'hui courbé nos fronts sous la poussière , nous l'avons fait sans réflexion comme sans fruit, par convenance ou par habitude j que sais-je? peut-être par désœuvrement et par dissipation : tant l'homme est vain , qu'il se fait un spectacle de sa misère et de sa mort!
D'où peut venir ce prodigieux aveuglement? Les inquiétudes et les soucis de la vie sont-ils si forts et si multipliés, que la pensée de. la mort ne puisse point pénétrer jusqu'à nous? ou nos plaisirs sont-ils si contenus, qu'un seul instant de crainte et de sérieuse réflexion n'y puisse trouver place? Chrétiens , c'est l'un et l'autre ; mais c'est surtout aux plaisirs profanes qu'il est donné d'enchanter le monde , et c'est au milieu de leur tourbillon que va se perdre et s'engloutir comme un vain son cette grande et terrible parole : Vous êtes poudre , et vous retournerez en poudre.
Quel pas n'aurions-nous donc pas fait, Chrétiens, vers la perfection de vos mœurs , si nous parvenions aujourd'hui à rompre ce charme décevant, ou, pour parler avec le Sage (sap. iv, 12.), cette fascination de la frivolité , qui nous attache au monde ! Et dans quelle circonstance pouvons-nous mieux l'entreprendre, qu'au sortir de cette carrière tumultueuse de joies et de plaisirs? Qui de vous ne s'est pas demandé aujourd'hui : Qu'ai-je ti'ouvé parmi ces divertissemens , ces jeux et ces folies, que dégoût et ennui, et puis encore ennui et dégoût? Que m'en reste-t-il maintenant, que fatigue du corps, vide
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de l'esprit, remords de lame? Vous lavez dit, mes Frères, et ce qu'il y a de plus inconcevable, c'est qu'un si grand aveu n'ait rien produit en TOUS. Vous êtes détrompés, vous n'êtes point changés; suspendue un moment par la lugubre cérémonie de ce jour, cette vie mondaine va reprendre son cours avec une nouvelle force. En vain la religion va nous proposer les plus grands mystères et les plus grands objets de componction ; plus fort que ses invitations et que ses saintes ordonnances, le monde ne perd pas un seul de ses plaisirs , un seul 'de ses spectacles, un seul de ses scandales; que dis- je? nous allons voir des scandales nouveaux, .de plus sanglans outrages faits à la loi de Dieu, l'abstinence commandée pour être plus hautement viojée; infatigable pour la dissipation , on va devenir foible, infirme, impuissant pour la pénitence; par je ne sais quel dérisoire accommodement, on fermera des théâtres profanes , pour ouvrir des concerts qui n^oht de chrétien que le nom ; et la seule différence que nous mettrons entre le saint temps où nous entrons, et la carrière profane d'où nous sommes sortis , sera peut-être de porter plus d'audace dans nos transgressions, et de nous ménager, ce semble, dans notre abandon aux plaisirs, le plaisir de la désobéissance et le charme affreux de la profanation.
Élevons-nous donc aujourd'hui contre la vanité et contre les suites funestes d'une vie mondaine. Servons-nous de vos plaisirs contre vos plaisirs; montrons qu'ils ne dégradent pas moins la majesté
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de l^omme que la dignité du chrétien , qu'ils ne sont pas inoins un triste abus de la raison qu'une prostitution de Tame. Examinons d'abord ce qu'ils sont en eux-mêmes , et par là nous apprendrons à les mépriser ; nous verrons ensuite ce qu^ils sont dans leurs effets, et par là nous apprendrons à les craindre. Heureux si, en vous dégoûtant en ce jour des plaisirs factices d'un monde corrompu , nous pouvions vous porter à faire en ce saint temps de dignes fruits de pénitence, uis^e, Maria^