‹ Sermons et discours inéditsChapitre 46 sur 63 · SUR LAMOCR DES PLAISIRS · texte numérisé non relu

SUR LAMOCR DES PLAISIRS

d'esprit dans le sentiment qui les goûte ; et afflictionem animL

A n'en juger d'abord que par les apparences , rien n'est plus agréable ni plus doux que le tableau d'une vie voluptueuse. Mais approfondissez cette surface de bonheur, envisagez de près ces dehors de réjouissance. Qu'y verrez-vous, Chrétiens? des sens toujours satisfaits et toujours insatiables, des désirs toujours remplis et jamais contentés , un repos toujours poursuivi et jamais atteint, une joie toujours commandée et par conséquent jamais obtenue, des visages rians et des cœurs sombres , des malheureux enfin qui , s'épuisa nt à la poursuite des plaisirs , n'y ont jamais trouvé que le remorxls ou le dégoût; et afflictionem animL

Car c'est en vain qu'ils veulent s'étourdir , elle est inextinguible cette voix intérieure , qui prend sans cesse le parti de la raison contre leurs plaisirs, qui ne parle que de devoirs quand ils ne rêvent que folies, et qui, dans le temps que l'ame s'abaisse à ces indignes soins , réclame contre son abjection , et fait effort pour la relever. Tandis qu'ils vont de fêtes en fêtes et de spectacles en spectacles, je ne sais quel inflexible accusateur mêle à leurs jeux bruyans de secrètes alarmes. Malgré tant d'agréables diversions , ils sentent invinciblement qu^ils ne sont pas dans l'ordre , que Dieu n'est point avec eux , qu'une vie qui fait leur crime ne sauroit faire leur bonheur , et ce ver dévorant qu'ils veulent étouffer ne fait que s'irriter par ces remèdes vains que le ' bruit et la dissipation lui opposent • Voyez ce volup-

agS SUR l'amour des plaisirs.

tueux Balthasar au milieu d'un festin ; tout à coup un eflfroi mortel s^empare de son amjs^ et toutsoi^ sang se glace dans ses veines (dan, v, 5, etc.). Est-ce donc le glaive suspendu sur sa tête? est-ce la terre qui s'ébranle? sont-ce les abîmes qui s'ouvrent? Non , c'est une main. Et pourquoi la craindre cette main? c'est qu'elle trace des caractères illisibles. Mais elle peut annoncer des succès autant que des désas«tres, et écrire la victoire aussi bien que la mort. Pourquoi la craindre ?.ah! c'est qu'une voix intime, plus puissante que le tonnerre , lui reproche depuis îong-temps la honte de ses plaisirs, et que, tandis que cette main écrit sur le mur son arrêt, le doigt de Dieu l'enfonce avec un trait mortel jusqu'aux derniers replis de sa conscience criminelle j et qf-* Jlictionem animi.

Mais quand ils parviendroient à les éteindre entièrement ces lumières importunes, en seroientrils plus heureux? Échappés aux remords, écliapperoientr ils au dégoût et à l'ennui , ce poison lent qui Rattache à tous les plaisirs , ce retour éternel de tous leurs vains amusemens? Combien de fois lés avez^ vous entendus se plaindre amèrement que leurs plaisirs augmentent, et que leur félicité décroît! combien de fois , dans le plus fort enchantement des sens, se sont- ils demandé si c'étoit là tout le bonheur que le monde leur promettoit! Voyezles aujourd'hui; quelle joie, quel transport! ce ïi'est plus un plaisir, c'est une ivresse: revenez demain; quel vide , quelle tristesse et quelle mort! Mon Dieu ^ vous le voulez ainsi pour l'honneur de

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