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notre entendement, et que chaque action qui tue lame, ûffoiblit nécessairement les hinuères de Ja fui : mais c'est surtout à l'a lirait des joies sensuelles qu'est réservé le malheur de laveuglenienl; cest à Técole de la volupté que se forme ce cœur qui ne comprend point, ainsi que parle FEcriture. C'est à la suite des plaisirs qu'arrive tôt ou tard cet état funeste où la connoissance de Dieu est comme éteinte, où ses jugemens redoutables n'ont plus d empire sur nos cœurs, où les vérités saintes per* cLent leur poids terrible, où l'on apprend eniin à rire de l'enfer, et à se faire un jeu de cette éternité fatale qui ne doit finir nos plaisirs que pour commencer nos malheurs.
Ce n'est pas sans doute que tout homme yolup* tueux soit nécessairement incrédule. Ce que je veux prouver ici , c'est que l'esprit de doute et d'indocilité accompagne ordinairement les plaisirs profanes; •que l'impiété est le caractère le plus marqué du libertinage des sens; quç ces molles délices, tant rechierchées par le monde, ne font guère moins de déserteurs de la foi que d'apostats de la vertu ; que de tous les peuchans injustes, celui qui nous attache à la coupable volupté est le plus voisin de Tirréli* gion , et qu'à considérer enfin ses désirs, ses maximes, ses habitudes, l'homme de plaisir est de tous les péclieurs celui qui doit plus tôt et plus facilemeat faire ici un triste naufrage^
Car enfin, le voluptueux veut jouir tranquil*^ lement: pour jouir ainsi, il faut se calmer; pour M calmer, il faut étouffer les remords; et pouf
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fiiire taire les remords , il faut éteindre îusqu'aa dernier cri de la foi. Il faut tâcher de se persuader que ce joug si incommode n'est plus qu'un joug injuste, et se débarrasser d'un avenir qui ne >iert qu'à troubler le présent; et pour cela , que ne fiiitlî pas! que de misérables sophismes n'accumule- L*il pas! que de livres impies ne dévore-t-il pa^! que de maximes corruptrices n'adopte-t-il pas! 11 appelle le blasphème. au secours de la volupté: c'est alors qu'il va jusqu'à nous dire qu'elle est le bien suprême, le grand législateur de la nature , que l'homme est jxé son esclave , et qu'il n'est point de ceuseur assez austère pour Finlerdire aux moilels, ni de mortel assez farouche pour résister à ses charmes. Sa raison et sa foi repoussent ces maximes, mais ses sens les adoptent, et il en croît bien plus à ses sens qu'à Bà foi et à sa raison. Par une suite nécessaire, il conclura bientôt que cet attrait si doux que chacun trouve en soi nesauroît être un crime, et que Dieu ne punira point des penchans qu'il a mis en nous: de là bientôt encore cette autre conclusion , qu'il faut donc se livrer à la joie et à ses plaisirs , car la mort peut arriver demain. Ainsi, d'abord licencieux par foiblesse , on le devient par réflexion ; d abord impie par désir, on le devient par système: tant il est Trai que Tivresse des sens emporte loin de Dieu, et qu'égarée par l'amour des plaisirs, la trop foibLe raison ne peut plus répondre d'ellemême !
Aussi est -il à remarquer que les ancien$ dis» dples de ce voluptueux célèbre j dont le nom ne
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souillera point cette chaire, netoient au fond que des athées qui n'attendoient plus rien au-delà du tombeau. £t comment en effet être tout plongé dans le corps , et ne pas croire enfin que tout l'homme n'est que matière? Comment partager toujours les sensa tions de la brute y et ne pas croire enfin qu'entre elle et nous il n'y a plus de différence? Comment sans cesse s'enfoncer dans la région des sens , et ne pas croire enfin que cette terre est notre vrai séjour? N'en doutons pas, mes Frères, c'est le propre des faux plaisirs et de la volupté profane d'embellir à nos yeux l'effroyable néant, et de ne mettre un si grand prix à la félicité du temps que pour nous faire haïr nos espérances immortelles. Mais peut-être qu'il faut encore, pour vous les faire craindre, des effets plus palpables; peut-êtr6 que , livrés aux sens, vous ne pouvez juger de riea que par les sens: ouvrez donc les yeux , Chrétiens; voyez partout les tracés fatales des plaisirs corrupteurs. Que de désordres domestiques! que de misères effroyables au milieu de ces ris et de ces * joies bruyantes! quelle ruine dans les fortunes! quelle décadence dans les familles! quel épuisement des forces du corps! quelle dégradation des plus heureuses dispositions de l'ame! Voyez tous ces hommes de plaisir, tous ces voluptueux, hommes dégénérés, vieux dans leur jeunesse , vivant pour la plupart sans gloire avec un grand nom , et $ans succès avec de grands talens; enlevés presque toujours par une mort prématurée , ou ne prolongeant leur existence que pour être eu proie k ces maux
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indéfinissables que les anciennes mœurs ne connurent jamais, à ces infirmités compliquées qui déconcertent la science , et qui n'ont plus de nom dans le code des arts, comme les vices qui en résultent n'ont plus de nom dans là morale. Voilà, mes Frères, les funestes effets de cette vie sensuelle et dissipée , qui confond le jour et la nuit, où l'imagination , dépravée par Toisivité , ne crée que de faux besoins et ne produit que des monstres, et qui , contrariant à la fois la religion et la nature , ne doit pas moins anéantir la vigueur du corps que celle de lesprit et de l'ame.
Telle est cependant la vie qu'on mène dans lé inonde; telle est surtout la vie de cette cité de plaisirs , où cliaque jour se multiplient les moyens de les satisfaire. Ils s'élèvent donc à la honte des mœurs publiques, ces divers monumens dé luxe et de scandale qu'on eût proscrits dans Babylone,, ces asiles brillans des funestes délices , où tous les arts se prostituent au triomphe de la volupté j où chaque objet est un piège pour l'innocence et un appât pour la passion ; où lenfance même , ô cielî l'âge le plus sacré , est dévouée sans pudeur à une vocation d'opprobre; où le vil intérêt, trafiquant de la corruption publique, fournit encore à la li^ cence plus de facilités que les vices n'ont de désirs, que les désirs n'ont de caprices* Où aboutiront donc ces funlsstes ressources? Quel bien peut-il en résulter pour la nation? et quefl est donc le système meurtrier , qui , bien loin de les interdire , pense peut-être qu'il est bon de les protéger? Oui, grand
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Dieu , VOUS me donnerez la force de réclamer devant un prince ami de la vertu, conlre l'étrange politique, qui, sous le vain prétexte de fournir des délassemens, sepuise à créer des scandales, et croit répondre à tout en disant qu'ii^ sont nécessaires* Kécessaires! et pourquoi? pour prévenir des vices et des malheurs que produiroit Tiibsence des plaisirs publics? Mais depuis quand les poisons sont-ils des préservatifs 5 et quel étrange moyeu de prévenir les vices, que d'aller au-devant de la licence et de la corruption! Nécessaires! pourquoi encore? pour distraire le peuple de ses travaux et de ses peines? Hélas! qui ne voit pas que ces funestes distractions ne servent trop souveut qu'à aggraver son joug, et ne le tirent un instant du gouffre de ses misères que pour l'y replonger ensuite avec plus d amertume et d'horreur? ^iéces&aires! oui, comme le fléau de la contagion lest dans ces villes infortunées dont lair est empoisonné. Nécessaires! mais ce peuple n'est donc plus composé que de citoyens sans fa-^ mille , sans cnfans , sans devoirs ; pour lui les inno« cens plaisirs ont donc' perdu leurs charmes ; il n'y , a donc plus pour lui ni de fêtes modestes, ni de jeux sans dangers, ni d'exercices honnêtes. Néces*saires! hé bien! malheur au peuple qui, pour se délasser, a besoin de se corrompre; malheur au peuple qui ne sait point tirer un seul plaisir de ses devoirs, qui n'en connoît que de vils ou de merce* naires, et qu'on croiroit perdu, s'il demeuroit ua ^eul jour rendu à son loisir et à lui-même! Quoi 4poc?. on parlera toujours de sqs amusemens^ et
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jamais de ses mœurs! toujours on sera occupé de Je distraire, et jamais de Ip rendre meilleur! Quoi? pour le rendre heureux, il faudra lui donner des vices, et la raison et la vertu ne seront plus bonnes à rien! O mon Dieu! qu'est-ce donc qu'un siècle, lorsque, pour le punir de ses égaremens, vous le livrez à sa fausse sagesse?
Mais laissons ici les réflexions trop générales, et faisons pour notre instruction des retours plus personnels et plus directs sur nous-mêmes. Pour* quoi, dites-vous, condamner les plaisirs? pourquoi, mes Frères? parce que l'Arbitre suprême, qui a réglé l'usage de nos biens , a dû régler Tusage de nos sens 5 parce qu'il a voulu dominer sur nos corps pinsi que sur nos âmes, et qu'il étoit de sa sagesse d'établir un ordre de choses où sa grandeur fût lio« norée par nos sacrifices, et où Tliomme s'honorât lui-même en soumettant ses appétits grossiers à la plus haute partie de lui-même. Pourquoi? parce que l'Évangile les condamne , et que , jusqu'à ce que vous ayez affoibli l'autorité de Jésus-Christ, nous aurons toujours le droit de vous dire ; Malheur à vous qui vivez dans les délices , malheur à vous qui vous réjouissez, car vous pleurerez ( lcc. vi, 25.)! Pourquoi? parce que la raison toute seule les a toujours condamnés. Quoi donc? faudra-t il iri vous instruire à Técole du paganisme ?i faudra-t-il vous montrer ses plus grands et ses plus fsimeux personnages, sans cesse s efforçant de vaincre le plaisir, et de se détacher de tout ce'qull y a en nous de mortel
et de périssable , pur ne plus vivre que de la rie
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de Tesprit et de Tame? Sans doute que leur morale fut outrée , et que , privés des lumières que nous avons, ils manquèrent tous l'héroïsme humain à force de vouloir l'exalter : mais c'est cet excès même qui fait ici l'excès de notre confusion; car si ces âmes stoïques s'égarèrent par excès de vertu et dé renoncement, que faut-il penser des chrétiens qui s'égarent ici par l'excès de licence? Quoi? des hommes qui ne connoissoient point l'excellence de notre origine , qui ne savoient ni de quelle hauteur notre nature avoit été précipitée , ni à quel degré de gloire le sang d'un Dieu de voit un jour la rétablir 'y ces hommes , dis-je , auront mis leur gloire à s'affranchir des sens , et nous mettrons toute la nôtre à être leur esclave ! Quoi? des païens seroient ici nos maîtres! Avec moins de secours ils auront eu plus de courage, avec moins de lumières ils auront eu plus de vertus! Ah! s'écrie ici saint Augustin, quel opprobre pour notre foi, que la philosophie chrétienne, qui est là seule véritable, fioit moins pure , moins sévère et moins chaste que celle de ces maîtres d'erreur et de mensonge; obsecro te, non sit honestior philosophia gentium , quam nostra christiana, quœ est n)era philoso-phia!
Mais quelle étrange manière d'honorer la Divinité , que de nous priver ainsi des jouissances que nous ménage sa bonté ! Et moi je dis , Quelle étrange manière d'honorer la Divinité, de croire que celui qui n'est qu'esprit peut être atteint, connu et célébré autrement que par l'esprit, que
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la aainteté même puisse aimer en nous quelque chose qui n'est pas saint , et que l'iiomme puisse luï plaire par ces joies sensuelles dont les éclats sont ennemis de tout ordre et de toute sagesse! A Dieu ne plaise que je veuille ici endurcir votre cœur aux bienfaits de la Providence! Je le sais, je le sens, ô mon Dieu! oui , tout ce qui est bon, tout ce qui est beau, tout ce qui est doux, tout ce qui est aimable, c'est de vous qu'il découle. Centre éternel d'où partent tous les charmes des créatures, soyez donc à jamais béni, adoré, et que votre louange ne sorte jamais de nos lèvres : Benedicam Dominum in omni tempore; semper laus ejus in ore meo (ps, xxxiu, 2.). Ainsi s'écrie le prophète , et après lui toute ame juste et reconnoissante j voilà la religion de tous les jours et de tous les momens ; voilà ce culte si précieux qui sans cesse des créature3 remonte vers le Créateur j voilà pourquoi : soit que nous mangions, soit que nous buvions, il faut tout faire pour sa gloire (I cor. x, 3i.)* Mais sa gloire n'est point dans nos frivoles et inutiles jouissances , elle n'est point à ce que l'homme s'établisse le centre de la création , et d'un spectacle de louange et dé bénédiction ne fasse qu'un théâtre de plaisir , de Tolupté et de licence. Rampant voluptueux , que Toulez-vous donc dire , quand à l'exemple de cet homme dont parie l'Ecriture, vous osez mettre Dieu d'intelligence avec vos plaisirs, en nous les présentant comme des dons de sa bonté ; hoc est dpnum Dei (eccles. v, 18.)? Quoi? que Dieu vous récompensera pour vous y être abandonné? quoi?
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que; vous le servez d autant plus que vous vous aimez davantage? Hélas! en reconnoissant ses bienfaits, vous outragez ses perfections, et si vous n'êtes point un ingrat, vous êtes un blasphémateur.
Miiis à qui mes plaisirs font-ils tort? A qui, mes Frères? à vous qu'ils laissent endormir dans une fausse paix ; à vos frères qu'ils séduisent par la contagion de l'exemple ; à la religion qu'ils déshonorent par une vie sans fruit comme sans mérite devant Dieu et devant les hommes. A qui vos plai« sirs font-ils tort? vous croj^ez donc qu'on n'offense jamais le ciel quand on n'offense pas les hommes. Grande gloire en effet, de respecter les lois de l'équité! grande vertu pour un chrétien, qu'une mollesse qui n'est point tyrannique! grande idée que vous avez de votre religion, de croire que, semblable aux lois humaines, elle punit uniquement la honte des crimes, et non la honte des penchans!
Mais je ne prends que des plaisirs modérés. Modérés! ye vous entends, mes Frères, c'est-à-dire que vous craignez d'épuiser la coupe de la volupté pour ne pas en boire la lie, et de trop exprimer ce fruit dangereux, de peur d'en tirer l'amertume: c'est-à-dire que pour vous le bien suprême, c'est la santé j que vôtre éloignement pour l'excès n'est en vous que défaut de courage et non défaut de volonté, et que si vos plaisirs sont modérés^ c'est que vos goûts sont foibles; c'est-à-dire encore que celte modération tant vantée n'est au fond qu'uni épicurisme plus raffiné qui s'abstient p<ïar louir'.
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. qui par certaines privations prévient le dégoût, qui craint d'éteindre les désirs à force de les salisftiire, et qui fuit également cette langueur qui accomp^igne * rinaction , et celte intempérance qui trouble le repos : vaine et trompeuse modération , le plus grand écueil du salut; tempérance funeste, qui perd peut-être plus de chrétiens que les plaisirs violens et leurs grandes tempêtes, parce que ceux-ci peuvent du moins réveiller enfin notre foi , nous alarmer sur leurs dangers, tandis que ces plaisirs prétendus modérés nous calment par leur propre mesure, et nous conduisent d^autaot plus sûrement à la mort, qu'ils nous y tracent une pente et plus douce et plus insensible.
Mais n'y art-il point de plaisirs innocens? Ouï, Bans doute, 'Chréliens, mais ce ne sont pas ceux que vous prenez:. ce n'est point celui des spectacles, où vous allez*, comme autrefois Augustin, pour vous remplir de Tirnage de vos misères; ce uest point celui de ce jeu, dont vous faites non pas un délassement, non pas même une occupation, mais une fureur, et peut-être un brigandage, et ce qui est plus déplorable encore, un état et comme une condition publique ; ce nV^^t pas celui de cette table exquise et abondante, où prenant, dit saint Cbrysoslôme, plus de corruption , et non plus d alimens, vous avez surchargé et non soutenu la nature. 11 y a sans doute des plaisirs innocens ; mais il y en a peu pour le pénitent, qui doit uniquement chercher à se punir d'avoir abusé des plaisirs; il eu est peu pour rbomme, foibie^ qui doit souvent refuser à