SCR LÂMO€R DES PLAISIRS
du cœur, c'est l'égalité de l'esprit, c'est la résigna-^ tion et la sainte confiance j c'est celui d*une ame affligée qui pleure au pied de la croix j c'est celui d'une ame fidèle quand elle répand dans le sein de Dieu ses soins et ses peines, quand , élevée par la.contemplation surla sainte montagne, elle touche à la source du sentiment et de la lumière 3 quand, revenue de ses erreurs et fatiguée du monde, elle voit succéder aux passions dévorantes l'onction de la grâce et la douceur de la vertu. O vertu! beauté céleste , charme immortel qui ne périt point; plaisir toujours nouveau, qvii se fortifie par la durée et s'accroît par la jouissance, le seul qui ne dépende point ni des revers ni du hasard , le seul qui convienne à la nature de l'homme et qui soit digne du chrétien, le seul enfin qui, toujours égal, remue Tame sans la troubler , et qui , toujours inépuisable , donne sans cesse et promet toujours davantage! O joie bien différente de la joie du monde! ô plaisir avant-goût des plaisirs célestes! Hélas! tous les autres s'écoulent, ils fuient d'une fuite éternelle; si du moins nous avions autant de force pour les retenir qu'ils en ont pour nous échapper, notre erreur auroit quelque excuse. Mais qu'y a-t-il de plus déplorable que de nous attacher à eux, quand ils ne peuvent pas s^attacher à nous , et de voir ces illusions trompeuses prendre en nous la place de Dieu? Oui, je le sens, je suis né pour la joie immortelle 3 comment donc chanterai-je le cantique des plaisirs périssables? Je ne suis pas dans ma patrie, je vis encore sur les rives profanes des
Tom. 2. ai
3^2 SUR l'amour des FLAISIRS^
fleuves de Bàbylone. Si éloigné de ma terre natale, ah ! c'est le deuil , ce sont les larmes et les gémissemens qui conviennent à mon exil; quomodo cantàbimus in terrd aliéné (ps. cxxxvi, 4*)^ Gréez-les donc en moi, Seigneur, ces gémissemens ineffables; inspirez-moi cette sainte tristesse que le ciel seul peut consoler, et ce deuil si précieux d'une ame immortelle, qui ne veut être heureuse que par le partage de votre joie et la possession de vous-même. Ainsi soit-il.
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SERMON
SUR
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Gaudere oportehat y quia f rater tuus hic mortuus erat , et revixit; perierat , et int^entus est^
Il falloit nous réjouir , parce que votre frk*e étoit mort , et il est ressuscité ; il étoit perdu , et il est retrouvé. .
Luc, XV, 32.
J/E toutes les paraboles qui rendent la morale de Jésus-Christ si instructive et si touchante, il n^SQ est pas de plus sensible ni de plus naturelle que celle de lenfant prodigue • Ce n'est point ici une de ces énigmes dont le Sauveur du monde se plaisoit quelquefois à envelopper sa céleste doctrine , un de ces voiles mystérieux dont il couvroit, aux yeux des Juifs charnels , la majesté de ses conseils ; c'est une iniage aussi tendre que naïve où tout est fa« cilement applicable ^ où rien ne sauroit nous être étranger , où tout se développe de soi-même ^ oà chacun lit sa propre histoire , où , sans avoir besoin pour l'expliquer d'autre interprète que de son propre'
3^4 SUR l'enfant prodigue.
cœur, cliacua est forcé de s'y reconnoître et de s'écrier à l'instant : Pécheur égaré , cet enfant prodigue 5 c'est moi ; ce bon père , ce père tendre , et néanmoins abandonné , ce père des miséricordes, c'est Dieu.
Mais si la parabole est si simple et si frappante pour tous les yeux , la morale qui en résulte n'est pas moins utile et profonde. Quel concours surprenant d'images douces et terribles , des pensées atterrantes et délicieuses! D'une part, fruits amers de la passion , suites effrayantes du vice, précipices sans fin où se roule l'iniquité; de l'autre, joie ra- Tissante du retour, effets inestimables de la pénitence, bonheur ineffable de la vertu: d'un côté, lamentables égaremens du pécheur , dont la corruption égale la misère ; de l'^utre^ tableau attendrissant de la bonté de Dieu qui nous dévoile tout son cœur pour mieux gagner le nôtre: fut-il jamais un fond« plus précieux et une source plus féconde d'instructions et de lumières? Lequel des deux est le plu» prodigue , ou du fils qui dissipe son bien , au du père qui verse à pleines mains ses dons et ses bienfaits? Quel est le plus à plaindre , ou du fils qui abandonne un si aimable père , ou du père qui perd un fils si tendrement aimé? Quel est le plus consolé , ou du fils qui se jette aux genoux de son père , ou du père qui répand sur son fils les larmes de sa joie? Quel est enfin le plus heureux , ou du fils qui rentre dans la maison paternelle , ou de ce père transporté qui le reçoit comme en triomphe ? C'est ce qu'il nous importe d'approfondii^
scR l'enfant prodigue. 325
pour la gloire de l'un , autant que pour l'Instructiod de l'autre. Trop souvent, hélas! les grandes idées de la miséricorde font oublier les rigueurs de la justice j les rigueurs de la justice font douter des richesses de la miséricorde : ici un mélange heureux de crainte et d'espérance alarme sans confondre , rassure sans enhardir; et le pécheur, abattu et relevé tour à tour,' puise , dans le même tableau^ une salutaire horreur de ses maux et une soif ardente du remède. Opérons donc ici, mes Frères , ce double effet, si l'Esprit saint daigne nous seconder , en vous découvrant deux abîmes: abîme d'infortune et de dégradation dans l€s voies égarées d'une ame infidèle: mortuus erat, perierat; abîme de miséricorde et de consolation dans le retour d^une ame que la grâce a changée : revixit et inventas e^^.- C'est tout le plan de cette homélie , comme c'est tout le dessein de la parabole^ uis^e^ Maria.