PASSION
n'attend rien de la faveur des rois ni de la protection des hommes ; qu^il est venu sauver les simples et les petits, et non les téméraires et les superbes; qu'il a opéré des miracles pour les malheureux, mais qu'il n'en fera point pour contenter le libertin et l'incrédule j et que , s'il a des grâces à accorder, c est à la foi craintive , à la prière humble , et non aux caprices des princes , à la fierté des grands , ni à la vaine présomption des faux sages du siècle qui ne cterchent qu'à tenter Dieu! Qu'il est magnanime devant Pilate, quand il brave, par sa contenance assurée et sa sécurité paisible^ la majesté des faisceaux romains; quand il lui annonce hautement que son royaume n'est pas de ce monde, et que son juge n'a sur sa vie d'autre pouvoir que celui qu'il tient d'en haut; quand il refuse ensuite de àe justifier et d'échapper par un seul mot au supplice dont il est menacé, et que, disant tout à i>on juge par son silence même , il le force de reconnoître , dans un excès d'admiration et de surprise, que quelque chose de divin est ici , qu'un tel empire sur soi-même est vraiment au-dessus de l'homme; ità ut miraretur presses vehementer
(mATTH. XXVII, i40*
Maintenant que tous ses ennemis multiplient les attentats, que leur insolence brutale ajoute aux vils crachats les soufflets sacrilèges , qu'ils accumulent en une seule nuit tous les opprobres avec tous les crimes, mon divin Maître n'en sera que plus grand, plus invincible et plus auguste. Ils pourront le réduire à la dernière ignominie , ils ne pourront
point lui ôter cette douce sérénité qui accompagne l'innocence. Des soldats impies pourront bien , en le bafouant , souiller la majesté du tribunal et profaner le sanctuaire de la justice ; il ne sera jamais donné à leurs efforts de dégrader la majesté de Thomme juste» Non , je n'ai plus besoin que des lésions célestes accourent à sa voix pour prendre sa défense , ni qu'il s'élève au-dessus des nuées , pour annoncer à tous ses ennemis son pouvoir redoutable 3 du sein de toutes ses misères , sortent des traits divins qui le montrent et qui le décèlent. Je découvre plus cç qu'il est entre les mains de ses bourreaux que quand , sur le Thabor, il se montroit tout éclatant des rayons de sa gloire ; et chaque indignité dont il est accablé ne fait que relever cette grandeur toute ce-* leste , qui , supérieure aux insultes comme aux tourmens , annonce à l'univers que la vérité et la vertu sont invincibles à tous les hommes.
Quel est donc cet homme miraculeux auquel non les vents , non la mer , non les tempêtes , mais toutes les passions obéissent; qui ne montre jamais ni fierté dans ses discours , ni foiblesse dans son silence ; qui ne cède jamais ni aux promesses ni aux menaces; qui , libre dans les fers , ne dit jamais que ce qu'il veut dire , et qui le dit en Dieu ; qui n'emploie son courage que pour la vérité , et qui reste muet pour sa propre défense; qui ne veut ni blesser ni satis- ' faire ses juges, ni les apaiser ni les aigrir , ni capter leurs suffrages, ni manquer à leur autorité; qui n'a de zèle que pour Dieu , d'indignation que contre le mensonge , d'indifférence que pour sa propre gloire .
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et qui, par un caractère inouï qui n'appartient qu'à lui, se montre toujours au*dessus tantôt du mépris , tantôt de l'admiration qu'il inspire?
Règnera-t-il moins sur lui-même dans ses derniers momens, quand, élevé sur l'arbre de la croix, il se trouve placé entre le ciel qui l'abandonne et la terre qui le maudit? Qui nous dira tout ce qui se passe alors dans son ame? où trouver dés couleurs pour nous peindre cette résignation sans bornes parmi des tounnens sans mesure, cette patience inaltérable plus accablante encore , pour ses propres bourreaux que les reproches les plus sanglans j cette bonté sublime qui excuse tout , qui oublie tout ; cettç belle leçon qu'il donne à tous les mourans en remettant son ame entre les mains de Dieu son père; cette prière ineffable qui sollicite pour le plus grand des crimes la plus grande miséricorde ; enfin cette pitié qui ne semble se reveiller que pour Tingrate J érusalem , et qui ne le distrait, ce semble, de l'excès de son martyre , que pour l'occuper tout entier de l'excès de son amour?
Ah! qu'on ne vante plus tous ces sages opprimés que célèbre l'antiquité. Ils plaidèrent éloquemment leur propre cause , Jésus-Christ s'interdit jusqu'à la moindre plainte. Us firent leurs efforts pour confondre leurs ennemis , Jésus-Christ veut sauver les siens, et leur donner la première place dans son testament , comme ils l'ont dans son cœur. Us ne cherchoient qu'à soutenir avec honneur leur personnage , Jésus-Christ ne fait rien pour les spectateurs , et partout il nous montre qu'il transporte
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dans une autre région son bonheur et sa gloire. Ib ne vouloient que se faire un grand ilom par de grands malheurs, Jésus-Christ ne cherche qu'à inspirer de hautes vertus par de touchans exemples. Maintenant que la terre s'ébranle et que les tombeaux s'ouvrent, que les morts ressuscitent et que les élémens bouleversés lui rendent témoignage 5 pour moi, ]e ne veux voir que les grandeurs et les miracles de son ame. Je ne veux qu'admirer ce spec-tacle , aussi grand pour le ciel que nouveau pour la terre, du juste par excellence qui meurt sans ressentiment camme sans impatience, sans foiblesse comme sans ostentation 5 qui n'a besoin d'aucune consolation humaine, qui trouve plus de gloire à pardonner qu'à se venger , à se sacrifier qu'à se sauver, à se taire qu'à se défendre , et qui , plus fort et plus patient que tous les justes à la fois , surmonte im abîme d'opprobres par un abîme de douceur, d'humilité, de charité et de constance,'
Ainsi la mort de Jésus-Christ , à ne prendre même les choses qu'humainement , est de toutes les morts la plus belle comme la plus touchante , la plus su* blime comme la plus héroïque. Ainsi Jésus-Christ n'a fait que mettre le comble à sa gloire , comme il l'a mis à sa vertu 5 et s'il est vrai qu'un Homme- Dieu soit à jamais un mystère incompréhensible, un homme qui mourroit ainsi sans être Dieu , seroît plus étonnant et plus incompréhensible encore. C^est ce qui arrache au centurion infidèle l'aveu de sa divinité} c'est ce qui pousse le disciple perfide à le venger par une mort aussi infâme que son crime;
c est ce qui convertit un des deux scélérats témoins et compagnons de son supplice ; c'est ce qui brise de componction et qui frappe comme d'un coup de foudre cette foule de spectateurs , qui , réveillés soudain, s en retournant épouvantés de l'horreur de leur déicide. Ils publient enfin que ce n'est point ainsi que peut mourir un homme ordinaire , qu'une vertu si soutenue et si constante ne peut point être celle d'un imposteur, que la dignité de sa mort répond parfaitement à l'ineffable sainteté de sa vie , et que , s il souffre en homme , il agit et il meurt en Dieu. Verè Filius Dei erat iste.
Il règne sur le monde par ses victoires. Eh! que ne pourra point celui dont le trépas est honoré du deuil de toute la nature ! Quelles victoires ne doit pas se promettre ce vainqueur de la mort même , qui, par la puissante clameur qu'il pousse en expirant , nous annonce qu'il ne meurt point, comme les autres hommes, par foiblesse et par nécessité, xnais'par son choix et par sa volonté ; que la vie ne lui est point arrachée , mais qu^il la donne de luimême, comme il l'avoit prédit (joan. x, i8. )3 et que la mort, pour le frapper, a attendu, pour ainsi dire, qu'il lui en ait donné le signal! Chose admirable! il s'étoit fait peu de disciples dans le temps même qu'il jetoit le plus grand éclat par la sainteté de ses œuvres et par le grand nombre de ses miracles 3 maintenant qu'il a subi le dernier des supplices comme un insigne scélérat , les peuples tombent à ses pieds. Tandis que ses mains sont clouées à la croix , il agite , il secoue, dit l'Écriture, les extré-
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mités de la terre , et tout est ébranlé par la puissance de son dernier soupir* Du fond même de son tombeau lui naît cette nombreuse postérité qu'annonçoit Isaie ( isAÏ, XI.) ; et là où toutes les grandeurs viennent s'anéantir , les siennes commencent. Le Calvaire devient cette montagne élevée au-dessus de toutes les montagnes 5 on l'aperçoit du couchant à l'aurore 3 les rois accourent de loin , les Barbares se soumettent, et les géants de la terre viennent se prosterner devant l'étendard de la croix. Quoi donc! p^ir quels moyens s'est opérée cette étrange révolution? et par quel art a-t-on pu désenchanter le monde? Comment un Dieu couvert d'opprobres a-t-il fait disparoîtreces divinités si révérées, devant qui se courboit l'univers? Comment l'aigle romaine est-elle venue s'abattre au pied de l'infâme gibet? Mes Frères , c^est ici qu'il faut le chanter avec le prophète, c'est par le bois qu'a régné notre Dieu. Ce n'est ni par le nombre de3 armées , ni par la quantité des trésors , ni par les orgueilleux raisonneniens de l'éloquence humaine , mais par la force et la vertu secrète du bois ignominieux. Bien loin de le tenir caché , de l'embellir par des fictions , ou d'en diminuer la honte par les omemens du discours ou par de subtiles allégories, il est prêché sans honte ainsi que^sans détour. Le grand Paul ne veut savoir que lui et sa sainte folie , et c'est de ce scandale même qu'il fait dépendre tout le succès de ses paroles. Les Juifs demandent des mu racles , il leur annonce Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié 3 les Grecs demandent des raisonnemens, il
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leur annonce Jësus-Christ et Jésus-Christ crucifié, afin , dit-il , que la vertu de la croix ne s'affoiblisse point, et qu'aucune force, ainsi qu'aucun talent, ne puisse s'approprier la grandeur de ses œuvres et les progrès de ses victoires : ut non glorietur omnis caro in conspectu ejus (1 cor. I) 22, 29.). Et maintenant où sont les sages et les docteurs, où sont les scrutateurs curieux des sciences de ce siècle; ubi sapiens? ubi scriba? N'est-il donc pas écrit : Je perdrai la sagesse des sages , et je réprous- V^erai la prudence des prudens (I cor. 1, 199 20.)? Qui a été contraint de se taire , ou de l'Évangile , ou de la philosophie ? La croix est-elle tombée devant les idoles, ou les idoles devant la croix de Jésus- Christ? Sont-ce les Césars qui ont dompté les apôtres , ou les apôtres , rebut du monde , qui ont dompté les Césars invincibles? Grand et magnifique spectacle! Dieu s'est servi de ce qu'il y avoit de plus fbible pour briser ce qu'il y avoit d^ plus fort, de tout ce qu'il y avoit de plus insensé pour con- • fondre ce qu'il y avoit de plus sage , et même de ce qui n'étoit pas, pour anéantir ce qui est : il a persuadé contre toutes les règles de la persuasion ; il a fait croire à ce scandale par ce scandale même; il a dompté les plus vastes génies comme les plus petits enfans ; il a voulu que sa religion , ainsi que l'univers, fût tirée du néant; et par cette seconde création, non moins grande que la première, il prouve à tous les yeux qui ne veulent pas se fermer, que rien d'humain ne s'est mêlé à son ouvrage, qu'il est tout de sa main , et que celui qui a changé let
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y remué le monde par le seul levîër de sa croix est
le même que celui qui Ta créé d'une seule parole : ut ea quœ sunt per ea quœ non sunt . déstrueret (I COR. I, 28. )• Et tandis qu'une politique profane demande encore quel bras puissant a renversé le vaste empire qui avoit englouti lui-même tous les autres empires / et comment est tombé ce Lujcifer superbe plus élevé que les astres 3 pour nous, mes Frères , ne voyons plus dans ces grandes ruines que la force invincible d'un Dieu crucifié, qui devoit, selon le prophète (isAï. un, i^-)? partager les dépouilles des forts j qui ne permettoit le succès înoui de leurs armes victorieuses que pour ouvrir^ en quelque sorte , une plus large entrée à son Évangile, et préparer ainsi un plus grand triomphe à sa croix.
Mais la victoire des victoires, c'est qu'avec la croyance du seul mystère de la croix, les plus hautes vertus brillent incontinent. Des plaies sacrées de Jésus sort tout à coup ce feu de l'amour divin, inconnu jusqu'alors sur la terre; échauffée par son sang , on ne peut plus compter cette foule de justes que chaque jour elle produit. Que j*aime à les voir accourir, se presser autour de la croix, et en embrasser avec joie les voies les plus saujglantes! O prodige nouveau! le règne des sens disparoît pour faire place à l'empire 'de l'amej des anges se montrent dans des corps mortels j les riches se dépouillent pour enrichir les pauvres j les pauvres tiennent à honneur leur bassesse, et bénjssent leur infortune ; les déserts sont peuplés d'hommefiï
divinisés qui ne méditent plus que les vérités éter* nelles; comme on ayoit vu courir à la fortune et aux plaisirs, on accourt au supplice et à la mort la plus horrible ; les opprobres du Christ sont préférés à tous les trésors de l'Egypte , et ses disciples ^ en s'élevant si fort au-^dessus de l'homme , prouvent évidemment que leur Maître crucifié n'est sans doute pas moins qu'un Dieu 3 enfin la face de la terre est renouvelée, le ciel descend parmi les hommes, et l'univers changé adore un nouveau Créateur, plus grand encore lorsque, par sa foiblesse et par le déshonneur delà croix, il le retire de ce second chaos où il étoit plongé , que quand il le fait sortir du néant par la vertu de sa parole.
Qui jamais a ouï parler d'une telle grandeur? et qui jamais dans l'univers égala'une telle gloire? Ne nous opposez point et ces nations qui ne le reconnoîssent plus , ou ces nations qui ne le reconnoissent pas encore; car, outre qu'il compte des disciples et des adorateurs sur tous les points de l'univers, ignorons-nous que Tœuvre de la croix ne doit recevoir sa perfection qu'avec le développement des siècles? Ignorons-nous que, dans les éternels décrets , l'ordre moral , comme Tordre physique, n'est qu'une succession et un tempérament d'ombres et de lumières? Mais , quels que soient ici les desseins de la Providence , et sans entrer dans une profondeur qui n'est pas de notre sujet, en est-il donc moins vrai que tout ce qu'il y a encore de pure morale sur la terre est dû à ce crucifié, que lés dogmes surtout de l'éternité de Dieu et de
la \îe à venir , universellement professés , sont dus à ce crucifié? En est-il moins vrai que c'est encore ce crucifié qui fait la distinction des nations policées et des nations barbares? de sorte que parmi celles où ce crucifie est méconnu, régnent la nuit, la dégradation et la mort, et que partout où ce crucifié domine, là brillent exclusivement et les grandes vertus et les grandes lumières. En est-il moins vrai que l'imposteur fameux qui envahit tant de contrées avec un fer sanglant, bien loin de rougir de ce crucifié , se donna bien moins pour son rival que pour son interprète; qu'ainsi le nom de ce crucifié est encore au-dessus de tous les noms, que ce crucifié est encore le premier et tout ensemble le dernier , qu'il est l'unique après lequel il n'y en a point d'autre , et qu'en attendant que le soleil de la croix fasse le tour de l'univers , la plus grande partie l'adore comme un Dieu , tandis que l'autre l'honore comme un sage?
Je la conçois donc maintenant cette exaltation magnifique dont il parloit lui-même, en annonçant "à ses disciples le genre de mort dont il de voit mourir; et ego si exaltatus fuero à terra. Combien cette grande expression ennoblit le mystère de la croix, et rend auguste son opprobre! Le voilà donc élevé de la terre ; exaltatus à terra. Placé entre le ciel qu'il a ouvert, et l'enfer qu'il a fermé , et du Iiaut de sa croix mesurant l'univers, dit Lactance; découvrant l'empire qu'il acquiert, l'Eglise qu'il enfante; embrassant tout le genre humain de ses ^ras étendus) d'une main appellant l'Orient, de
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l'autre TOccident; d'une maia répudiant l'aocien peuple, de l'autre créant le nouveau; d'une main dissipant l'ignorance, de l'autre l'impiété j mille fois plus fort que Samspn , il ébranle aidsi les deux colonnes de ce temple où Tesprit de mensonge se faisoit adorer: et tandis que, par le charme de sa grâce , il éclaire , il attire tous ceux que son Père lui a donnés ; par la force de son bras , il surmonte et met en poudre tout ce qui s'oppose à la majesté de son règue et au triomphe de sa croix ; et ego si exaltatus fuero a terra , omnia traham ad meipsum (joan. xn, Z^J)*
Accourez donc, Chrétiens; venez donc toutes, filles de Sion , venez voir votre Roi dans toute la gloire de sa majesté et dans tout l'éclat de son diadème; egredimini, et videte , Jîlice Sion , Regem in diademate (cant. lu, 11.). Voyez-le couronné d'honneur et de gloire , ceint d'autant de lauriers qu'il a répandu sur la terre de nouvelles vertus p et qull a remporté de nouveaux trophées sur l'erreur ; installé sur les débris de l'idolâtrie , sur les ruines de la Synagogue, et demeurant seul Dieu dans la chute et la mort de tous les autres dieux. Chrétiens, il est temps de le reconnoître, il est temps de se prosterner devant ses opprobres, de le saluer roi des Jtiifs, et d'eflfacer, s'il est possible, leurs mépris sacrilèges par un culte infini et une adoration sans bornes ; il est temps de lui dire ce que les anges pe cessent de lui répéter: Oui, Seigneur, vous êtes digne de recevoit la puissance, la divinité , la force 3 la sagesse , l'hoaneur, la gloira
et la bénédiction (apoc. v, 12.). On vous a cru foible, méprisable, insensé; de criminelles mains vous ont élevé sur un bois infâme, et ce gibet ignominieux est devenu un arbre fécond , dont les rameaux majestueux ont ombragé toute la terre. Nous les baisons avec respect ces plaies sacrées et ces augustes flétrissures dont vous avez su tirer tant de gloire. Qu'à votre nom tout genou fléchisse, et dans le ciel et sur la terre , et dans les enfers (pHiLip. II, lo.). Que tout publie, par un commua concert de louange et d'admiration, comment vous n'avez fait de tous les peuples qu'un seul peuple, de tous les royaumes qu'un seul empire , de tous les empires qu'une religion, de l'univers entier qu'une seule conquête; comment vous avez tout acquis dabs ce même moment où tout nous fuit et nous échappe; comment enfin vous avez commencé de régner par où les autres cessent de vivre; ^pe, Rex Judœorum.
Mais est-il notre Roi? il est Roi légitime; sommes-nous ses fidèles sujets? Il règne sur le monde, règne-t-il sur nous-mêmes? Mes Frères, voilà cependant votre Roi; ecce Rex rester* Déjà nous étions ses sujets par le droit de la nature , nous le devenons aujourd'hui par un droit de conquête. Délivrés par son sang) rachetés à un si grand prix, nous ne fiomm^s plus à nous, dit saint Paul (I cor. vi, tq, 20.)» Il a sauvé tout ce que nous sommes, nous nous devons donc à lui tout entiers, et nous ne lui appartenons pas moins que la vie elle-même qu'il a donnée pour nous. Chrétiens, qui que vous
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soyez, voilà donc votre Roi; ecce Rex rester* Maintenant tout est fixé , tout se mesure sur ses idées souveraines , et la gloire et l'ignominie , et la grandeur et la bassesse, et le bonheur et la misère; plus de vertus que par sa grâce , plus de grâces que par ses mérites , plus de mérites que par son sang : Ecce Rex uester^
Mais qu'entends- je ? et quel cri , plus détestable encore que celui de la Synagogue, retentit parmi nous ? Nous ne voulons pas qu'il soit notre roi ; lîolumus hune regnare super nos (luc. xix, i40» Nous n'avons point d'autre roi que notre or , disent les avares; d'autre roi que la fortune, disent les ambitieux ; d'autre roi que les plaisirs , disent les mondains ; d'autre roi que la faveur , disent les escla-* ves du pouvoir; d'autre roi que la raison, disent les impies; d'autre roi que l'humanité, disent les hommes sans morale; d'autre roi que la liberté} disent les tyrans, et même leurs esclaves ; nolumus hune regnare super nos. Vain blasphème! impuissante révolte} Vous ne le voulez pas pour roi! Insensés, qui ne voyez pas qu'il ne l'est jamais plus que lorsque vous le reniez davantage j qu'il faut ou b)i obéir par amour ou lui être assujetti par la force , et que celui qui méprise son sceptre n'échappera point à sa foudre. Vous ne voulez pas le plus doux des maîtres, vouç aurez à sa place les plus affreux des tyrans; vous aurez pour roi, puîs^ que vous le voulez, la raison et sa licence effrénée, la philosopliie et sa morale corruptrice, l'impiété et
toutes ^^^ fureurs , le3 passioAis et toutes les horreuris
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qu'elles enfantent , le monde et ses caprices insensés 5 vous aurez pour roi tous les malheurs avec tous les crimes. Telle est la grande alternative qui nous est offerte aujourd'hui. Depuis qu'un Dieu est mort pour nous , il n'y a plus de tempérament dans notre condition , et notre sort ne souffre rien de médiocre. Sous son empire, nous devons être les plus heureuses ou les plus infortunées des créatures. Placés désormais entre les deux extrémités de la justice et de la miséricorde, nous allons éprouver tout ce qu'il y a de plus doux dans la paix du Seigneur*, ou tout ce qu'il y a de plus terrible dans sa colère redoutable ; et si son sang n'ouvre le ciel , il doit creuser l'abîme. Chrétiens, vous n'avez qu'à choisir. Il faut qu'il règne sur nous , ou pour y répandre les bénédictions et les grâces, ou pour y attirer les anathèmes et les malédictions } qu'il règne sur nous en nous envoyant sa vérité et sa lumière , ou qu'il règne sur nous en nous la retirant, si nous en abusons; qu'il règne sur nous pour nous fortifier dans nos foiblesses et nous consoler dans nos peines , ou qu'il règne sur nous pour nous laisser sans^ force dans nos tentations et sans GO.nsolation dans nos souffrances; qu'il règne sur nous pour nous soutenir dans notre agonie y pour nous rendre la mort heureuse et nous donner l'éternité triomphante , ou qu'il règne sur nous pour apporter dans notre lit de mort le désespoir et les angoisses, et nous faire expier par des tourmens sans fin le crime inexpiable qui le foule aux pieds; JEçce Rqx vester^
Mais ne melons rien de triste ni 'd'amer dans cette grande solennité de notre délivrance et de notre adoption. O jugement! ô vengeance terrible! pourquoi ces images effrayantes dans le mystère de mon Sauveur? Ah! dans ce grand jour où son sang nous inonde, où son sang fume encore, ne parlons que de son amour. Dieu a tant aimé le monde, qiiil a livré son Fils pour nous (joan. m, i6.). Son Fils! ce n'est pas un de ces vieillards qui assistent devant son trône , ce n'est pas le premier des archanges, c'est son Fils unique, et son Fils innocent , et son Fils trois fois saint! Que faire ici. Chrétiens? que n'ai-jel'ame et le ton d'un prophète! que ne puis-je parler le langage des anges! Foibles orateurs , qu'ajouter à ces grandes paroles , quand le Sauveur lui-même ne peut nous en dire davantage? Mes Frères, toutes les discussions sont ici superflues: ce sont des cris de joie où des torrens de larmes, c'est ramerttmoLe des remords, c'est la sainte désolation du repentir , c'est la douleur d'une ame brisée , c'est l'amour et la componction d'une ame ébranlée dans toutes ses puissances que demande un pareil prodige. Hélas! dois-je en croire mes yeux? et le cœur ne sent rien, la foi ne dit rien! Etrange ministère que le nôtre! toujours presser, toujours exhorter, toujours des vérités tantôt touchantes, tantôt terribles, et jamais des changemens, jamais des résolutions salutaires! Il est dit que les premiers missionnaires qui portèrent la foi au fond de l'Orient, n'eurent besoin que d'insister sur le mystère de la croix pour conquérir
à Jésus-Glirîst un inonde d'idolâtres. Du fond de leur grande ame s'e^^aloit ce mouvement puissant : Dieu a tant aimé le monde ^ quil a liseré son Fils pour nous s et aussitôt des nations entières, assises aux ombres de la mort , Sie réveilloient comme subitement pour adorer et pour bénir un Dieu si bon et si aimable* Mes Frères, nous n'avons, pas les talens de ces hommes apostoliques , encore moins avons-nous leurs vertus; mais nous avons comme eux la croix de Jésus-Christ , nous, avons la voix de son sang qui crie bien plus haut que ce vain son des paroles de l'homme. Quoi! seroit-il donc plus difficile de prêcher Jésus crucifié à des chrétiens que de le faire connoître à des barbares? quoi! seroit-îl accompli cet oracle (ezech. ni, 6, 7.) : Si je vous envoyois vers des peuples sauvages, ils vous écouteroient ; mais la maison d'Israël est rebelle ? Portes- des cieux , désolez-vous ; terre , tremblez ici une seconde fois. Des barbares ont été attendris, et des chrétiens sont insensibles! Qui nous expliquera ce mystère effroyable? qui nous révélera la profondeur de notre corruption ? Soleil! quand tu pâlis, é toit-ce donc d'effroi au spectacle d'un Dieu mourant , ou d'horreur h Taspect de la pervqrsité de Thomme? Grand Dieu! et notre ingratitude devoit-elle être aussi incompréhensible que votre amour? Les voilà donc ces abîmes secrets, ces horreurs inconnues que receloit le cœur humain 3 les voilà ces profondes pensées dont parloit Sîméon , qui dévoient être dévoilées à la lueur du flambeau de la croix 5 et quelles
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pensées! C'est qu'un Dieu ait pu nous donner son sang, et que nous ne puissions lui accorder nos larmes; c'est que l'homme soit encore plus fort pour se perdre que Dieu lui-même pour le sauver ; c'est que , tandis que la foudre a grondé sur la tête de Jésus-Christ même , nous restions endormis dans le crime; c'est que la malice humaine n'ait point été épuisée dans le plus affreux attentat que l'uni- Tcrs ait jamais vu; c'est qu'en portant leurs mains criminelles sur l'auteur de la vie , les Juifs n'aient pas consommé la prévarication, et que cette consommation étrange ait été réservée non à ses bourreaux, mais à ses enfans; non aux aveugles. qui l'immolent sans le connoître , mais aux ingrats qui le connoissent sans l'aimer. Voilà, Chrétiens, les effroyables vérités et les révélations funestes qu'un Dieu mourant a fait sortir, dirai- je donc du fond des coeurs , ou du fond des enfers : ut revelentur ex multis cordibus cogitationes (luc. ii , 35.).
Mais non, Jésus ^Christ meurt, et nous allons mourir avec lui : mais mourir avec lui , c'est vivre pour lui , c'est mourir à nous-mêmes , et commencer une vie nouvelle; c'est nous couvrir de deuil avec le reste de la nature ; c'est pleurer non tur lui , mais sur ce péché qui a pu exciter tant de vengeance et tant d'amour ; c'est entrer en société avec ses souffrances, et retracer sur tout nousmêmes l'image de sa mort; c'est tourner sur les plaies de notre amé toutes les larmes et toute la compassion dont nous voulons honorer les siennes; cejst puiser dans ses sacrées blessures cette tristessa
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salutaire qui éternise nos regrets, et qui répande sur la face du monde toute l'horreur de la passion de Jésus-Christ. Oui-, qu'elle se brise en ce grand jour , qu'elle tombe à ses pieds cette trompeuse idole. . C'est maintenant que le monde est jugé , et que son injustice est démasquée sans retour. Que tout son faux éclat soit donc obscurci, et ne paroisse plus que couvert d'un voile funèbre j que les ténèbres dont la nature est enveloppée se rejettent toutes sur le monde. Qu'il meure donc , qu'il disparoisse sans retour , et qu'à jamais anéanti avec ses pompes et ses plaisirs, et sa vanité toute entière, il soit crucifié pour nous; crucifigatur. Et vous, mon Sauveur et mon roi , régnez sur moi à ce double titre ; soyez à jamais mon guide dans mes ténèbres et ma vie dans la mort, ma consolation dans le temps et ma .couronne dans^ l'éternité. Ainsi soit-^iL
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