SVK LA CHARITÉ FRATERNELLE
eourbë sous le poids de ses ans , qui parcourt des déserts immenses , et qui , tout couvert de sueur , épuisé de fatigues, poursuit cette brebis errante. Déjà il Taperçoit , il arrive , il atteint le coupable qui se dispose à fuir.... O mon fib, pourquoi fuyez* vous votre père ? mon tendre fils , ayez égard à ma vieillesse , c'est mon cœur qui vous cherche ; par mon amour, par ces cheveux blanchis , par ces soins que j'ai pris de votre enfance , revenez dans mes bras. Le jeune homme attendri n'ose plus résister , il vient mettre ses armes aux pieds d'un père: interdit, confondu, il demeure dans le silence , mais ses regrets , mais s^ larmes parlent pour lui. Que fera donc ici l'apôtre bien-aimé ? portera-t-ii dans le cœur du coupable et l'alarme et le désespoir? l'eflFraiera-t-îl par l'horreur de ses crimes? fera-t-il gronder sur sa tête l'anathème et la foudre? O que la vraie vertu prend une route bien différente! et qui de nous s'attend au dernier trait qui me reste à vous peindre ? Cet aigle sublime qui s'est élevé dans le sein de Dieu même , cet ancien ami du Sauveur se prosterne devant le coupable , U baise ses mains homicides, il les arrose de ses larmes, il le conjure en cet état d'achever par la pénitence une conversion que les remords ont commencée. Ah! l'homme est tout-puissant quand il emploie de telles armes. C'en est fait, la résolution en est prise; ce nouveau prodigue étoit mort , et le voilà ressuscité* U est ramené en triomphe , il reprend ses premières voies , en publiant partout le pouvoir d'une charité ijui a su préparer à la grâce la -plus belle des victoi*
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res , comme à notre instruction le plus grand des exemples.
Que veux-je donc conclure , Chrétiens ? seroit-ce que , puisque l'homme est foible, il lui est permis d'être coupable ; que le méchant doit trouver dans la violence de ses passions l'excuse de ses fautes ou le garant de son impunité? Ah! loin de nous sans doute cette coupable tolérance, qui interdit toute espèce de ressentiment contre le vice, comme une cruauté ; bien loin cette fatale indulgence qae notre siècle appelle douceur de mœurs , et qui n'est que le triste fruit de la dégradation de nos âmes! Mais je conclus qu'en abhorrant les vices , nous ne devons jamais cesser de supporter les vicieux ; que, coupables devant Dieu, ils sont pour nous toujours à plaindre; que nous devons songer à les toucher, bien plus qu'à les confondre ; que , s'il ne faut jamais que la règle se relâche, il faut toujours que la charité compatisse ; que , s'il est des occasions ou la sévérité est nécessaire, il n'en est aucune ou la charité ne soit indispensable, et que lors même que nous serions en droit d'exercer notre censure, elle est toujours injuste, si nous ne la faisons pas dans la compassion de notre mutuelle foiblesse, et pénétrés du sentiment profond de nos infirmités communes.
r^ous sommes hommes, aimons-nous donc les uns les autres; nous sommes chrétiens, à ce titre nous nous devons encore l'amour : c'est mon second point.