‹ Sermons et discours inéditsChapitre 62 sur 63 · POCR €NE PROFESSION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

POCR €NE PROFESSION RELIGIEUSE

qu'elle atteste tout à la fois et rëminence de la sainte virginité , et la lâche impuissance de ses coupables détpacteurs.

Oui, cette immolation est aussi honx)rable au christianisme qui l'inspire qu^à la vierge courageuse qui s'y soumet. Qu'elle est grande, qu'elle est sublime , cette reUgion qui produit de pareils sacriàces et enfante de semblables héros! elle seule pouvoit donner à la nature humaine ce haut degré de dignité et d'énergie. Qui auroit pu, sans elle, se flatter d'y atteindre? qui jamais, avant elle, eût pu, je ne dis pas embrasser, mais même avoir l'idée de ce genre de perfection? On avoit vu des philosophes fouler l'orgueil d'un pied superbe, se dépouiller par ostentation, fuir le monde par misanthropie, le dédaigner par singularité, ne s'oublier en apparence que pour être plus recherchés , et se faire le centre de tout, en paroissant renoncer à tout. Mais oublier le monde , et faire tout pour qu'il nous oublie; mais tout abandonner sans que l'amour-propre puisse en attendre un dédommagement; mais porter le glaive de séparation jusqu'à la division de l'ame, pour plaire uniquement à celui qui voit dans le secret : ah ! c'est ici le doigt de Dieu j c'est le triomphe qu'il réservpit à son Évangile , à l'effusion de son esprit , à la puissance de sa parole, de celte loi pure et sainte, qui seule devoit convertir les âmes.

Mais que fais-je, ma chère sœur? Viens-je donc ici amuser votre vanité et flatter votre orgueil? A Dieu ne plaise! En vous retraçant la grandeur du

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Teooncement religieux , je veux uniquement vous •exposer celle de vos devoirs. Je n'ai mis sous vos yeux l'étendue de votre sacrifice que pour vous Tappeler l'étendue de vos obligations. Je viens vous apprendre à sojider devant Dieu votre cœur et vos Teins, à examiner quel est l'esprit qui vous anime, quel motif a dicté votre choix j s'il est assez pur , assez noble, assez désintéressé} si votre sacrifice est aussi entier qu'il doit être irrévocable , si, non contente de changer pour jamais tout votre exté- * rieur, d'ôter et de détruire la peau de la victime, TOUS l'avez toupée jusqu'au vif, ainsi que l'ordonne la loi. Je viens dire anathème à la vierge chrétienne qui s'applaudîroit en secret de sa propre victoire, •qui regarderoit avec complaisance ces idoles qu'elle croîroit avoir brisées, qui oseroit méconnoître la jnain bienfaisante que Dieu lui a tendue du haut du ciel: car, ma chère sœur, vous ne l'ignorez pas, c'est Dieu, c'est sa grâce puissante qui vous a prévenue , qui vous a conduite dans le tabernacle •par des voies adorables et secrètes ; c'est lui qui a préparé les voies , vaincu tous les obstacles , et aplani toutes les difficultés ; c'est lui enfin qui vous a mûrie pour ce grand ouvrage. S'il vous a fallu quelque courage pour vous armer du glaive évan* ^élique, c'est de lui que vous le tenez : si vous couvez tout, comme l'apôtre (philip. iv, i3.), c'est dans celui qui vous a fortifiée. En vous imonolant à ses pieds, vous ne faites que lui offrir fies propres bienfaits. L'autel n'est ici paré que de 'ses -propres dons , et la mesure de votre dé-

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pouîllement doit être la mesure de votre recoanoissance»

Et de quoi pourrîez-vous donc encore vous glorî-fier, ma chère sœur? qui pourroit vous faire présumer de vous-même? Que donnez-vous à Dieu? votre liberté , c'est-à-dîre , le malheureux pouvoir que vous auriez eu dans le monde de vivre au hasard et sans règle ; une jeunesse dont le règne est aussi court que celui d'une fleur. Que laissçz-^vou^ ? des plaisirs qui lassent, des affaires qui troublent, des bienséances qui fatiguent, des conversations qui ennuient. Disons plus : vous ne laissez que ce qui ne vous appgrtientpas, des biens dont vous ne deviez qu^user, et non pas jouir, qui n'auroîejit dû servir qu'à vos besoins, et jamais à vos plaisir^; des pro« fusions que l'Evangile vous eût interdites dans le monde, un luxe qu'il eût condamné , de3 supçrfluité^ qu'il eût réprouvées. Non, ma chère sœur, vous-nQ renoncez à rien, vous ne sacrifiez ^ucun droit; le chrétien n'en a point sur la . terre ; il ne fait qu'y passer, il y campe, il y est étranger. Ahî vous n'avez donc rien quitté , je le répète , du plutôt^ Toiis avez tout donn^ , mais pour tout acquérir j tout sacrifié , mais pcfur tout obtenir; tout^iépriçé , mais pour vous attacher au seul objet digne 4e votre cœur : nouveau titre dedigoitéde i'ame rehgieuse^ la noblesse de ses aitachemens.

Et c'est ici proprement que commence la véritable grandeur d'une vierge consacrée ^n^ autels^ Son triomphe n'éclate qu'à demi daas son r^eçoncer ment au monde : elle ne fait alors que se déppuillejr

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arrive , ma chère sœur , et je ne sauroîs ici vous le dissimuler, trop souvent il arrive qu'une vierge chrétienne fait succéder aux plus grands sacrifices les plus frivoles attachemens; trop souvent les plus petits objets forment dans la retraite les plus grandes passions ; et tel est le néant et la grande misère de la créature , que le cœur veut alors s'attacher à tout , parce qu'il ne tient plus à rien. Les chaînes sont imperceptibles, mais elles ne sont pas moins ' fortes; les passions sont peut-être moins tumultueux ses , mais elles ne sont pas moins vives ; leur objet est moins éclatant , mais leur empire n en est pas moins réel. On'ne se fait pas , il est vrai , commères Israélites coupables , une fausse divinité , pour se prosterner devant elle, mais, comme Rachel, on emporte souvent de la maison paternelle des idoles , que l'on n^adore pas, mais que Ton conserve; que l'on n'encense pas, mais que l'on chérit j qui ne détruisent pas , si vous voulez , notre attachement '^u Vrai Dieu , mais qui l'affoiblissent. Parlons plus -clairement : on a quitté le monde , mais on en aime le souvenir j on Ta fui , mais on s'en entretient; le^ abominations ^de rÉgypte nous révoltent , mais ses ^vèuemens nous occupent; on n'est plus agité par Ie3 grands orages du cœur , mais par les vains fantômes de l'imagination; on s'interdit tout ce qui flatte l'amour-propre, mais non pas tout ce qui l'amuse; on ne viole pas ses engagemeqs , mais qn a des caprices; on ne se livre point ^ l'infidélité, mais à l'humeur ; enfin on se dédommage des établissement fju'oa Q laissés p^r ceux que Vgu s'efforce de prQC»r

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rer , des intrigues du monde par celles du cloître , de l'apparente importance des intérêts du siècle par mille goûts puérils et vains : partage honteux , m^^ nagement indigne d'une vierge chrétiennq, et aussi- ' contraire à la noblesse de ses attachjemens qu'à la plénitude de son indépendance.

Troisième caractère de la dignité de l'ame religieuse. Comme elle n'appartient plus qu'à Dieu, elle ne dépend plus que de Dieu ; et ne dépendre que de Dieu, c^est être parfaitement libre, c'est être maître de soi-même • Rien n'approche donc de la noblesse de l'élévation d'une vierge dévouée aux autels; elle semble piarticiper à la souveraineté de Dieu même , et partager l'empire qu'il a sur l'univers. Comme Dieu , elle est indépendante de tout être créé , com<me Dieu, tout lui sert, et rien ne la domine; comme Pieu , elle n^a besoin de perspnne ; ni des grands , elle n'en attend rien ; ni des protecteurs ; ils. lui sont inutiles p ni de ses amis , elle ne les aime qu'en esprit de charité; ni de ses proches, elle est, comme Melchisédech , sa ns père , sans mère , sans généalogie. Elle ne dépend ni des usages , elle les ignore; ni de Topinion, elle la^ dédaigne; ni de la. censure publique , elle est crucifiée au monde ; ni des préjugés, elle les a tous abjurés; ni des dérisions du libertin , elle le force à la respecter ; ni des accidens de la vie, elle est sans embarras pour l'ayenir, comme ;sans inquiétude pour le présent.

Ce n'est pas, ma chère sœur, que l'état religieux n'ait sea assujettissemens et sa dépendance, que dis-je? l'esprit d'humilité, de soumission, d'obéis-

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sance aveugle doit faire désormais votre principal caractère. Mais c'est cette dépendance même qui ya former votre véritable liberté. Vous serez esclave , il est vrai, mais de la règle, du devoir, de la justice; vous perdez votre liberté , mais celle des passions , de lliumeur, du caprice, de l'inconstance; mais cette triste liberté qui est à cbarge à un chrétien , mais cette liberté fantastique qui n'est au fond que la faculté de se perdre , mais cette liberté inquiète que l'on confond avec la licence , avec le mépris de tout frein et le renversement de toute subordination. Vous serez soumise , mais à Dieu , à ceux qui le représentent , à ceux dont l'organe vous manifestera ses voloiftés. Et sans vous {)arler ici , ma chère sœur, de la prudence , de la sainte circonspection qui accompagnera tous les ordres que vous recevrez ; sans vous mettre ici sous les yeux les vertus simples et modestes de l'illustre vierge qui préside à cette maison , et surtout cette douceur , cette touchante affabilité qui fera qu'en lui obéissant vous croirez n'obéir qu'à vous-même , quels avantages ne retirerez-vous pas de votre soumission I Précieuse servi-tude , qui n'est, ô mon Dieu! que l'heureuse nécessité de ne plus vous déplaire : sainte dépendance des enfans, que de méprises elle épargne, que d'embarras elle évite , que de fautes elle prévient, que d'incertitudes elle abrège ! Ah! la vierge chrétienne est donc parfaitement libre et souverainement indépendante; ses vœux ne sont pas des chaînes qui la lient, ce sont des ailes qui Télé vent jusqu'à Dieu.

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Mais si elle est grande dans le choix qu'elle a fait du Seigneur, afin qu'il soit son Dieu, voyons maintenant combien elle est heureuse dans le choix que le Seigneur a fait d'elle pour la rendre son peuple : c'est mon second point.

SECONDE PARTIE

Dieu , mes Frères , quoique le dominateur souverain de toute la nature , ne règne pas également sur tous* les cœurs ; et quoiqu'il fasse indisrtinctement lever son soleil sur. les pécheurs comme sur les justes , il ne les favorise pas indifféremment , et ne leur communique pas à tous la même abondance de grâces. S'il est le Dieu de tous les hctmmes , il l'est par^ ticulièrement d'Abraham ,' d'Isaac et de Jacob. Il ne fait acception de personne pour la justice , mais il la fait pour ses faveurs. Ainsi on le verra se réserver toujours une nation privilégiée , une tribu chérie qu'il appelle par excellence son peuple, et sur laquelle il verse , avec bien plus de profusion que sur le reste des hommes , ses dons et ses bienfaits. Or quel peut donc être ce peuple de prédilection , si ce n'est cette tribu sainte' qui se dévoue spécialement à la retraite et à la prière? 11 en exige de plus grandes vertus , mais il la garantit déplus d'écueils; il lui demande de plus grands sacrifices, mais il lui communique de plus grandes consolations. Deux vérités, ma chère sœur , qui vont porter dans votre ame la douce conviction que le Seigneur vous a

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choisie aujourd'hui, afin que vous soyez son peuple: ]es dangers dont il vous délivre , les consolations qu'il vous prépare.

Que tout soit danger dans le monde, hélas! mes Frères, nous n'en faisons que trop la triste expé^ rience : dangers dans ses usages^ que réprouve l'Évangile, que condamne la règle éternelle j dangers dans ses maximes , qui introduisent le relâchement, qui inspirent la mollesse, qui favorisent les passions, qui canonisent la licence 3 dangers dans les faux frères qui nous entraînent par leurs séductions , ou qui nous intimident par leurs railleries 3 dangers dans les exemples , dont la multiplicité nous rassure, et dont l'éclat nous enhardit 3 dangers dans les ri*-, chesses, c'est l'avarice qui les accumule ou le luxe qui les dissipe 3 dangers dans les honneurs , qui nous ouvrent la porte à plus de crimes en nous laissant moins de frein; dangers dans l'ahondance, c'est k mère de tous les excès; dangers dans la pauvreté, qu'accompagnent mille murmures , qu'assaillissent mille tentations; dangers dans cette illusion qui nous fait justifier nos foiblesses par nos périls , et changer les obstacles ei> autant de prétextes; enfin dangers dans ce que nous voyons , dangers dans ce que nous entendons , dangers dans l'air même que »ous respirons.

Que d'actions de grâces n'avez-vous pas à rendre , ma chère sœur, au Dieu puissant qi;i vous délivre de tous ces dangers , et qui vous choisit aujourd'hui pour son peuple! Tandis que presque tous les homm^s errçnt dan^ une région semée d'écueils et de

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lirëcipices , qu'ils n'évitent un abîme que pour -tomber dans un autre, que cbaque pas leur présente une chute , chaque mocàent une tentation , chaquâ objet un scandale, il tous prend lui-même par la main; il TOUS place dans cette Sion inébranlable, dans cette ville forte dont il est lui-même le rempart et la citadelle j dans cette terre heureuse , environnée de montagnes inaccessibles à l'ennemi ; dans ce jardin fermé de l'époux , où l'on n'a plus à craindre ni l'inondation des torrens, ni l'ioflueDCe desvapeurs malignes. Désormais il va vous couvrir de ses ailes, TOUS garder comme la prunelle de sou œil , tous défendre contre les orages de l'aquilon et le démon du midi. Désormais vous n'avez plus à craindre ni les dangers des usages, tous n'y serez pas soumbe; ni les dangers des maximes mondaines , tous neles entendrez plus; ni les dangers des ricbes:jes, votre trésor sera dans le ciel; ni les dangers des &ux frères, TOUS ne trouverez ici qu'une charité non feinte, que de salutaires avis; ni les dangers du respect humain , il n'est ici d'autre singularité que la transgression de ta règle; ni les dangers des exemples, une sainte émulation de perfection et de piété tous encouragera; ni les dangers de l'abondance, vous ^Ilez tout quitter ; ni les dangers de la pauvreté , ta vôtre est libre et Tolontaire. Désormais, ma chèra sœur, TOUS pourrez prendre les ailes de l'aigle, marchera pas de géant, et aller de vertus en vertus. Dieu a donné ordre à ses anges de vous aplanir les voies , et d'écarter tous les obstacles. O Dieu , p vous bénirai éterBcilementj je chanterai sans cesse

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Yos miséricordes avec le prophète : comme luî , je TOUS offrirai tous les jours de ma yie un sacrifice de louanges , parce que yous avez délivré mon ame de la mort, et mes pieds d'une chute mortelle; quoniam eripuisti animam meam de morte ^ et pedes meos de lapsu (ps. lv , i3. ).

Ce n'est pas , ma chère sœur , que l'état nouveau dans lequel vous engage votre consécration n'ait ses écueils et ses dangers , et qu'en entrant dans le service de Dieu, on ne doive, selon l'avis du Sage (eccli. Il, I.), préparer son ame à la tentation. Et comment n'y trouveroit-on point de périls, puisqu'on s'y porte soi-même? Dangers dans la première ferveur , qui souvent se ralentit d'autant plus aisément , qu'elle a d'ahord été plus vive ; dangers dans cette complaisance qui compte quelquefois nos progrès pour nous dispenser d'aller plus avant; dangers dans ses propres victoires: parce qu'on a défait les Philistins , on croit pouvoir , comme Jonathas., goûter un peu de miel (i reg. xiv, ^^•)} et, parce qu'on a quitté un monde orageux, on s'abandonne sans défiance aux douceurs d'uni état tranquiUe. Dangers dans l'abondance même des grâces: on s'accoutume peu à peu à n'en plus sentir le prix; on ne craint plus que la manne vienne à manquer , et Ton se hâte moins de devancer le lever du soleil; on recueille moins soigneusement une nourriture journalière. Dangers dans la piropre sécurité de la retraite : l'ennemi est ici plus foible , et l'on s'en défie moins; les tentations y sont moins vives, et elles nous paroissent moins redoutables.

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Dans le monde , les combats trop fréquens lassent et découragent ; dans la retraite , une trêve trop longue invite souvent au reposj et du repos , il est bien difficile de ne pas passer au sommeil. Dans le monde, on doit craindre les amorces du plaisir , dans la retraite les illusions de la piété : d'une part , c'est un raffinement de luxe et de mollesse j de l'autre , c'est un raffinement de spiritualité : là , ce sont des assauts plus terribles contre l'innocence; ici, des pièges plus séduisans pour l'amour-propre. Dans le monde, on ne vit pas assez avec Dieu; dans la retraite , ou vit trop^avec soi-même. Enfin, dans le monde , ce sont des objets toujours présens qu'il faut fuir ; dans la retraite , des souvenirs toujours importuns qu'il faut dissiper.

Que veux-je donc conclure , ma chère sœur? Que la retraite ne vous dispense pas de veiller sur vousmême ; que vous avez moins de chutes à craindre , mais que le vase où vous portez votre vertu n'en est pas moins fragile ; que la terre où vous allez entrer n'est pas Babylone , mais que ce n'est pas la patrie ; qu'elle n'est point le théâtre des guerres et des hostilités , mais que ce n'est point le lieu du repos ; que parce que vous aurez moins à combattre , il ne vous est pas permis de quitter les armes, et qu'enfin moins vous perdrez de temps à vous défendre , plus vous devrez en mettre à votre propre perfection.

Premier avantage dans le choix que fait le Seigneur d'une vierge chrétienne , les dangers dont il la délivré; secopd avantage non moins précieux, les consolations qu'il lui réserte.

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O qui me donnera de révéler ici tous les my'sièreâ de cette union , tous les chastes embrassemens de 1 époux , toute la sainte ivresse des noces de l'Agneau? Je crains dé les profaner, en voulant les dépeindre. Que vos tabernacles sont beaux , qu'ils sont aimables , Dieu des vertus! C'est ici cette terre heureuse où coulent le lait et le miel , et sur laquelle le Seigneur a toujours les yeux fixés. Ici cette rosée céleste, qui ne distille ailleurs que goutte à goutte , forme ce fleuve immense dont parle l'Écriture. Ici plus de soupirs, plus de larmes, plus de gémissemens. Que dis-je? on y pleure , on y gémit : ah ! ceaont les larmes de l'amour et les gémissemens delà colombe.

Ici 5 mes Frères^ ne vous figurez point une félicité toute humaine et toute terrestre. Exemption des soins et des embarras temporels, établissement sûr et tranquille , bénédiction d'Esaû , et graisse de la terre ; bonheur grossier, digne des mercenaires et des escla* ves, vous n'êtes point fait pour les chastes épouses. Le bonheur qui leur est promis , c'est l'assurance d'être à Tabri , non pas des orages de la fortune , mais des orages des passions; c'est la confiance qu'on est dans le port de salut, dans le chemin qui conduit à la vie ; c'est ce contentement qui vient bien moins de ce qu'on a quitté des biens dont la conservation nou^ .eût coûté mille peines , que de ce que nou3 nous sommes délivrés de toutes les entraves qui eussent retardé notre course ; c'est l'heureuse nécessite , non d'être plus tranquille , mais d^être plus saint; non de porter moins de chaînes, npiais de prati(juer plus de vertus ; non d'être exemple de3

Pouk cnè profession religieuses 5ii

spllicitudes de Marthe , mais de pouvoir vaquer à chaque instant aux douces fonctions de Marie: c'est cette paix que le monde ne connoît point ; c'est ce calme de la conscience qui surpasse tout sentiment; c'est cette surabondance de joie qui transportoit Tapôtre : et si la charité n'étoit pas le seul feu qui brûle dans le sanctuaire , je dirois que c est le bonheur de voir de loin tous les enfans du siècle s'agiter, se tourmenter pour une fumëe, courir après Télévation par des bassesses , chercher le repos par répuîsemènt de leur santé, consumer la plus belle saison de leur vie à se supplanter et à se surprendre , à se tromper et à se tfahîr , et ne trouver enfin d'autre félicité que celle de pouvoir cacher des chagrins réels sous des joies apparentes. Qu'ajouterai-je encore? c'est cette communication de Dieu qui parle à l'ame comme un ami à son ami , qui la remplit de son esprit, et lui révèle tous les

' secrets qu'il cache aux prudensdu siècle; c'est le bonheur des croix et des souffrances, croix qui

' éprouvent, souff'rances qui purifient; c'est le bonheur des absences, des délaissemens mêmes de l'époux , des amertumes mêmes qui souvent accompagnent la vertu la plus pure. Courtes absences! précieux alimens de l'amour; délaissemens apparens, source intarissable de mérites; saintes amertumes , titres certains de notre force et de notre victoire ; c'est ce bonheur... ah! c'est ce que l'esprit de l'homme charnel ne sauroit comprendre ; c'est ce qui ne peut être aperçu par un œil profane , ni ccntendu par des oieilles mondaines. Âh! il n'est

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