SCR LA CHARITÉ FRATERNELLE
SECONDE PARTIE
Quelque imprimée qu'elle soit dans nos cœurs , cette fraternité que nous inspire la nature , elle seroit encore bien imparfaite , si le christianisme ne leût fortifiée par ses puissans motifs , et ne Teût consacrée par d'illustres exemples. Pour qu'elle pût entièrement triompher de notre corruption , il nous falloit encore cette loi d'amour^ qui opère en nos âmes la charité bien plus encore qu'elle ne la commande , et qui à ce cœur de pierre formé par le péché substitue ce cœur de chair , ce grand cœur dont la dilection est la vie. £t voilà pourquoi ce précepte de l'amour fraternel, aussi ancien que la nature, est devenu sous le règne de l'Évangile un commandement tout nouveau , qui nous donne un droit particulier de vous dire : Vous êtes chrétiens , aimez-vous donc les uns les autres; c'est l'esprit de votre religion, c'est le grand intérêt de votre religion.
L'esprit de notre religion n'est autre chose que l'esprit de Dieu: or, qu^est-il cet esprit de Dieu, si ce n'est la charité ? C'est en Dieu qîi'elle puise ses sentimens et ses principes , et tout ce qui ne porte point l'auguste empreinte de la Divinité la souille et la profane. Or , le véritable esprit de Dieu , n'est point , à proprement parler, ni cet esprit de prudence qui fait les politiques, ni cet esprit de prévoyance qui fait les sa|[es, ni cet esprit de science qui fait les
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docteurs , ni cet esprit de miracles qui fait les thaumaturges, ni cet esprit de prédiction qui fait les prophètes, ni cet esprit de zèle qui fait les apôtres, ni même eofia cet esprit de force qui fait les martyrs; ah! le véritable esprit de Dieu, c'est la charité : voilà sa vertu dominante , // n'est que charité (I JOAH. IV, i6.). Tous ces différens dons viennent de lui sans doute , mais ne sont pas son esprit ; celui qui le caractérise éminemment, sa vertu dominante et suprême, c'est la charité , Deus charitas est. Il n'est point dit que Dieu n'est que sagesse , que force et que lumière ; la seule charité semble absorber en lui iGS autres attributs , et j domine de telle sorte , que tous les rayons de sa gloire viennent se réunir et se confondre dans ce seul et unique centre; Deus charitas est. Ainsi , pour discerner où est l'esprit du christianisme , voyons où est l'esprit de Dieu ; et pour connoître où est l'esprit de Dieu , voyons où se trouve la charité. Cet homme est enrichi des plus sublimes connoissances , il subjugue, U entraîne par l'ascendant d'une éloquence victorieuse; mais il est dur, intraitable et hautain: il n'a donc pas l'esprit de Dieu. Cet autre est consumé de zèle pour la maison du Seigneur , il consacré à la religion ses sueurs et ses veilles; mais il est insensible à l'excès, mais il exige tout et ne pardonne rien: il n'a donc pas l'esprit de Dieu. CeLui-ci , toujours guidé par l'honneur , est incapable de faire une bassesse; mais il est toujours prêt à croire le mal, il croit à peine le bien qu'il voit, il est bien plus fkdié da la prospérité de ses frères que de leurs
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désordres : il n'a donc pas Fesprit de Dieu. Celui-là vient perdre dans le temple un temps dont les mal^ heureux ont besoin ; il a augmenté ses prières et diminué ses aumônes : il n'a donc pas l'esprit de Dieu. Un autre n'accorde rien à ses plaisirs, mais il donne tout à l'amour-propre ; il a dompté la volupté I mais la colère le dopiine : il n'a donc pas l'esprit de Dieu. J'en vois un autre qui a moins de lumières, mais plus de patience; moins de zèle, mais plus de douceur j moins d'austérité dans* ses jeûnes, mais plus de bonté dans ses mœurs; sa vertu est douce , sa probité seule est sévère : il a donc l'esprit de Dieu , le véritable esprit du christianisme.
Esprit de Dieu , esprit de charité , ce fut aussi par excellence celui de Jésus^- Christ : dites^le nous, terre heureuse qu'il arrosa de ses sueurs , Jérusalem perfide sur laquelle il versa des larmes, femme adultère qu'il renvoya sans la condamner, infidèle Samaritaine qu'il alla visiter, publicains scandaleux; qui eûtes le bonheur de l'avoir pour convive , trop coupable Magdeleine dont il agréa les parfums^; et vous cher confident qu'il faisoit reposer sur son sein , et vous petits eofans auxquels il prodiguoit sa tendresse 3 et vous mères et veuves désolées dont il essuya les pleurs; et vous infirmes qu'il guérit, vous pauvres qu'il secourut, dites- nous s'il fut jamais une ame plus aimante, plus expansive; si jamais sa patience s'est lassée , si son zèle ne fut pas toujours aussi doux que son cœur étoit tendre : apprenezrnous comment il repoussa ces indiscrets