‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 100 sur 145 · SUR LA COMMUNION · texte numérisé non relu

SUR LA COMMUNION

lorsque j'ai assuré que le plus grand nombre de ceux qui recevront Jésus-Christ en ces jours saints , n'apporteront pas à cette grande action les dispositions nécessaires , et se rendront peut-être coupables du corps et du sang du Seigneur , je n'ai pas prétendu parler de ces âmes noires qui , de sang-froid et le sachant , viennent, par une hypocrisie détestable, fouler aux pieds le sang de l'alliance , et peuvent se famUiariser avec le sacrilège : je n'ai pas voulu parler de ces monstres, qui, portant le mystère de la foi dans une conscience corrompue et peu sincère , viennent au pied de l'autel cacher, sous la plus sainte et la plus terrible de toutes les actions, les horreurs d'une âme impure ; et aiment encore mieux être impies , que passer pour moins religieux. Ah ! il faudrait dea foudres , et non pas des discours , à des âmes de ce caractère; ou ne leur parler que comme paria autrefois Pierre à Ananie et èC

Saphire. J*ai c^tte confiance , ô mon Dieu ! et c'est vous qui me la donnez , que parmi les fidèles que la parole de votre Évangile assemble en ce lieu saint , votre œil n'y discerne aucun de ces enfants de malédiction ; qu'il n'y a pas ici , comme autrefois sous les tentes d'Israël , un autre Achan caché dans la foule, ni un anathème parmi les fidèles.

Vous allez confesser vos iniquités aux pieds du prêtre : je n'examine pas si le choix même que vous faites du confesseur n'est pas une preuve certaine que vous ne voulez pas vous convertir : je n'examine pas si vous cherchez non pas le plus sévère, car cette ostentation de sévérité ne convient pas à un ministre de charité , et le plus sévère n'est pas toujours le plus saint ni le plus instruit; mais si vous cherchez le plus homme de bien, le plus éclairé , le plus habile à ramener le pécheur ; un de ces hommes des mains duquel une àme échappe difficilement , pour ainsi dire, et auxquels l'on ne s'adresse que lorsqu'on veut sincèrement renoncer au vice et servir Dieu ; un de ces hommes enfin qui en viendrait aux remèdes , aux expédients , au détail de vos mœurs et de vos besoins ; qui ne laisserait plus rien de douteux dans votre conduite ; et des pieds duquel vous ne sortiriez plus avec ces incertitudes secrètes qui suivent toutes vos confessions , et qui sont toujours les tristes fruits d'une conscjiBnce embarrassée, et qu'on n'éclaircit jamais qu'à demi : je n examine pas encore si, dans la discussion de votre conscience , vous serez un juge éclairé et sévère envers vous-même ; si vous ne vous ferez pas grâce sur mille transgressions pour lesquelles vous êtes déjà jugé devant Dieu ; si les lumières de la foi , ou les préjugés du monde et de vos passions , seront les règles consultées dans votre examen et dans vos recherches ; et si les soins pour approfondir les abimes de votre conscience , répondront à la durée , à T-embarras et à la multitude de vos crimes. Laissons là ces abus plus sensibles ^t plus marqués, et sur lesquels il est malaisé de s'abuser soi-même.

Hélas ! nos pères s'éloignaient autrefois de leur patrie et de leurs enfants : nos rois et nos maîtres, à la tête de leurs armées et de leurs plus vaillants sujets , armés du signe sacré de la croix , s'arrachaient aux délices de leur cour, et , poussés par la simplicité d'un saint zèle et par l'ardeur d'une foi vive, ils traversaient les ' mers ; ils allaient dans une terre sainte , consacrée par les mystères

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du Sauveur, adorer les traces de ses pieds. Ici , leur disait-on , il guérissait un paralytique de trente-huit ans : ici il ressuscitait Lazare : ici il marchait sur les ondes, et commandait aux vents et à la mer : ici il reçut le baptême des mains du Précurseur, et s^nc- ' tlûa les eaux du Jourdain : ici , il parut transfiguré sur la monta-

gne sainte : ici, il réconcilia la pécheresse de la cité : ici, il chassa les profanateurs de la maison de son Père. A ces paroles , ces hommes pleins de foi versaient , sur cette terre heureuse , des larmes ' de tendresse et de religion ; et ne pouvaient se résoudre à quitter

des lieux qui leur rappelaient les actions , les mystères , les prodi> ' ges d'un si bon maître. Ah I mes frères , il n'est plus n^ssaire de

' ' traverser les mers, disait autrefois saint Chrysostome à son peuple :

' ' vous dites , continue ce Père : Heureux ceux qui le virent , et qui

^ purent seulement toucher le bord de ses vêtements ! Mais vous le

^^ voyez , vous le touchez : au milieu de vous se trouve celui que

^ vous ne voulez pas connaître , et dont nos pères allaient chercher

^^ ' si loin les précieux restes, et adorer les sacrés vestiges ! Venez à

"^^ l'autel : ce ne sont plus des lieux consacrés autrefois par sa pré-

"' sence : c'est lui-même. Ici , vous dirous-nous , il a réconcilié un

'^ en£ant prodigue, il Ta fait asseoir à sa table : ici, il a guéri Finfir-

<»^ mité d^une hémorroïsse , que toute la science humaine , et toutes

< ^ les ressources du monde , n'avaient pu tirer de sa langueur : ici, il

^ a retiré un publicainde ses injustices, et a porté la paix dans la

é^' maison de son àme : ici , il rassasie tous les jours une multitude

ic(^ affamée d'un pain miraculeux , de peur qu'elle ne succombe dans

^ les voies pénibles delà vertu. Tous les lieux qui environnent ses

i* autels sont marqués par quelqu'un de ses prodiges,

{Sermon p(mr U dimanche des Rameaux.)

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