LA PÉCHERESSE DE L*ÉVANGILE
Le monde, qui aatonse tout ce qui conduit au dérèglement, courre toujours de honte le dérèglement lui-même : il approuve , il justifie les maximes , les usages , les plaisirs qui corrompent le cosur ; et il reut pourtant qu*on allie Tinnooence et la régularité des mceurs , avec la corruption du cœur : il inspiretoutes les pas* sions , et il en blâme toujours les suites : il yeut qu'on s'étudie- à plaire , et il vous méprise dès que vous y avez réussi : ses théâtres lascifs retentissent des éloges insensés de Famour profane, et ses entretiens ne sont que des satires sanglantes de celles qui se livrent à ce penchant infortuné : il loue les grâces , les attraits , les talents malheureux qui allument des flammes impures, et il vous couvre d'une confusion éternelle dès que vous en paraissez embrasé. Or , qu'il est désagréable de traîner dans un monde qu'on aime encore, et dont on ne peut se passer , les tristes débris d'une réputation ou perdue , ou mal assurée ; et de réveiller partout avec soin le souvenir ou le soupçon de ses crimes I
Telles avaient été les amertumes et les opprobres qui avaient accompagné les passions et les désordres de notre pécheresse : mais sa pénitence lui rend encore plus d'honneur et de gloire, que ses crimes ne lui en'avaient ôté. Cette pécheresse, méprisée dans le monde, trouve en Jésus-Christ un apologiste et un admirateur : cette pécheresse, dont on ne pariait qu'en rougissant, est louée par les endroits même les plus glorieux selon le monde, la bonté du cœur, la générosité des sentiments , la fidélité d'un saint amour : cette pécheresse , qu'on n'osait comparer qu'à elle-même , et dont le scandale n'avait point d'exemple dans la cité , est élevée au-dessus dû pharisien ; la vérité , là sincérité de sa foi , de sa componc- • tion , de son amour , mérite d'abord la préférence sur une vertu superficielle et pharisaîque : enfin , celte pécheresse dont on tait Je nom, comme indigne d'être prononcé , et qui n'est nommée que par ses crimes , est devenue la gloire de Jésus-Christ , la louange de la grâce, l'honneur de l'Évangile. 0 admirable pouvoir de la vertu !
Oui , mes frères , elle nous rend un spectacle digne de Dieu , des anges et des hommes : elle rétablit une réputation perdue : elle nous fait rentrer ici-bas même,- dans' des droits et dans des honneurs
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dont nous étions déchus : elle efface des taches que la malignité des hommes eût rendues immortelles : elle nous réunit aux serviteurs de Jésus-Christ et à la société des justes , dont nous n'étions pas autrefois dignes : elle fait même apercevoir en nous mille qualités louables, que le dérangement des passions avait comme étouffées : enfin , elle nous attire plus de gloire que nos mœurs passées ne nous avaient attiré de honte et de mépris. Tandis que Jonas est infidèle , il est l'anathème du ciel et de la terre; des idolâtres mêmes sont obligés de le s^rer de leur société, et de le rejeter comme un enfant de honte et de malédiction ; et il n'est que le sein d'un monstre qui puisse lui servir d'asile , et cacher sa confusion et son opprobre. Mais à peine , touché de repentir , a-t-il imploré les miséricordes étemelles du Dieu de ses pères , qu'il devient l'admiration de la superbe Ninive ; que les grands et le peuple lui rendent des honneurs jusque-là inouïs; et que le prince lui-même, plein de respect pour sa vertu , descend du trône , et se couvre de • cendre et de cilice , pour obéir à l'homme de Dieu. Les passions que le monde loue et inspire , nous en avaient attiré le mépris ; la vertu que le monde censure et combat, nous en attire les hommages.
(Sermon pour le jeudi delà Passion,)