‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 107 sur 145 · ÉDUCATION · texte numérisé non relu

ÉDUCATION

L'éducation , qui d'ordinaire dans les autres hommes «mbellit ou cultive un fonds encore brut ou ingrat, ne fit que développer les richesses du sien. On lui trouva de la maturité dans un âge où a peine est-il permis d'avoir de la raison ; et dans les amusements mêmes de son enfance on découvrit presque les ébauches de ses grandes qualités : semblable à ce grain évangélîque qui , dans sa mystérieuse petitesse , laissait entrevoir ces espérances d'accroissement qui devaient l'élever sur les plus hautes plantes , et dont les branches sacrées devaient même un jour servir d'asile aux oiseaux du ciel.

Au lieu que les méchants , dit le Prophète , se détournent de la droite voie dès le sein de leur mère , il rendit ses passions dociles à la raison, en un temps où les égarements du cœur entrent pour ainsi dire dans les bienséances de l'âge ; et , comme ce pieux roi d'Israël , il se joua dans sa jeunesse avec les lions , ainsi qu'on se joue avec les agneaux les plus doux et les plus trailahles.

(Orais. fun%/sM. de Villeroy.)

ZÈLE Dfi LA CHARITÉ.

Le zèle de la charité se fait aimer et respecter de ceux même qu'il reprend et qu'il corrige. S'il ne leur rend pas le vice odieux , il ne leur rend pas du moins le ministre méprisable ; s'il ne les retire pas du désordre , il leur fait du moins estimer la vertu : ses entrailles sont si tendrement émues sur le malheur de ses frères qui périssent , qu'il n'est rien de touchant et d'attirant qu'il ne mette en œuvre pour les sauver; s'il excède quelquefois, c'est plutôt un excès de douceur et de tendresse que de rigueur et de dureté. C'est une mère qui enfante tous les jours ses enfants à Jésus-Christ , qui est ingénieuse à éloigner tout ce qui pourrait même blesser leur faible délicalcsse, et qui garde pour elle seule le travail , les douleurs et les peines. Si le succès ne répond pas à ses soins , ses lar-

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mes et ses soupirs sont la seule yengeance qu'elle tire de leur ingratitude ; son amour même pour eux semble croître avec leurti égarements : plus elle les voit sur le point de périr , plus sa tendresse s'alarme et se réveille : errants ou revenus à elle , elle lea porte toujours dans son sein ; elle ne les perd point de vue ; leur péril la touche bien plus que leur dureté à son égard; elle consentirait même sans peine à devenir à leur égard une espèce d'anathème, pourvu qu'ils ne le fussent pas eux-mêmes à l'égard de Jésus-Christ : ce n'est jamais l'humeur et le chagrin , c'est l'amour seul qui lui dicte ses remontrance^» ; et pour peu qu'on ne soit pas barbare et dénaturé , il est difficile qu'un pasteur de ce caractère ne trouve des cœurs sensibles à ses soins et à sa tendresse, et ne voie son ministère et ses travaux consolés 'par des succès qu'il n'aurait osé même attendre. Telle est la douceur du zèle qui prend sa source dans la charité. (Conférences,)

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