‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 108 sur 145 · LA VÉRITABLE CHARITÉ · texte numérisé non relu

LA VÉRITABLE CHARITÉ

La charité couvre tout, et voit à peine le mal que tout le monde voit ; et nous voulons voir tout seuls celui' qui est invisible au reste des hommes : la charité couvre ce qu'elle ne peut excuser; et nous n'excusons pas même ce que les apparences justifient, et rendent du moins incertain. Il semble que nous rendons gloire à Dieu lorsque nous jugeons nos frères plus faibles , plus imparfaits, plus remplis de désirs humains qu'ils ne le paraissent; nous nous applaudissons d'une découverte qui vient confirmer nos soupçons. Or rien né ressemble moins à la charité que cet œil malin qui ne s'ouvre que pour chercher les faiblesses de nos frères : caria même charité qui nous fait désirer leur salut nous montre en eux mille ressources qui nous le font espérer. Elle voit dans leurs passions mêmes des espérances de retour à la justice et à la règle : elle démêle un cœur droit , sensible , susceptible un jour de grâce, à travers les plaisirs frivoles auxquels il se livre encore ; elle voit dans ses chutes mêmes plutôt le malheur de l'âge et des occasions, que la dépravation entière d'une âme abîmée dans le vice ; elle trouve plus de légèreté que de noirceur et de profonde malice dans des égarements où le torrent des exemples et la fougue du tcmpcrameul précipitent ses frères. Les signes les plus éloignés de

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bien qu'elle découvre eu eux , loin de les flétrir par la maligniié de ses conjectures , elle les regarde comme les gages et les préjugés d'un changement à venir ; elle ne sait pas se déûcr des apparences de la piété r et soupçonner de Thypocrisie où il ne parait que de la vertu : une sainte crédulité la prévient toujours en faveur de ses frères. Simple et incapable elle-même d'artifice, elle est encore moins capable de le soupçonner dans les autres : elle n*est pas en garde contre Terreur qui nous fait ju^er trop favorablement de notre frère : c'est une erreur de piété qui honore la religion : elle ne craint que la témérité qui soupçonne le mal où il n'est pas , parce que c'est une malignité qui justifie les censures du monde contre la piété, et qui la déshonore. De tous les événements dont les faces différentes font porter des jugements divers , elle ne voit jamais que le bon côté ; et cette pieuse disposition est bien plus propre à gagner nos frères , et à les retirer des voies de l'iniquité. Quand ils nous voient, malgré leurs désordres , tout espérer de leur salut, leur parler un langage qui semble adoucir les crimes dont ils sont eux-mêmes honteux , leur faire remarquer en eux des ressources de grâce dans le temps ipéme qu'ils se croyaient absolument rejetés de Dieu , découvrir dans le caractère de leur ccBur, jusque-là livré au monde et aux passions, des penchants qui les ramènent au devoir ; quand ils nous voient prendre le change pour ainsi dire en leur faveur ; cette charité , ce zèie tendre , et presque aveugle à force de tendresse , les transporte , les attendrit, les couvre d'une sainte confusion , et leur fait aimer la vérité en leur rendant aimables ceux qui la leur annoncent. (Conférences,)

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