‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 109 sur 145 · AFFABILITÉ · texte numérisé non relu

AFFABILITÉ

Je me représente notre prélat avec cet air toujours affable et serein, toujours accessible , toujours accueillant , mettant, pour ainsi dire , sa personne et sa dignité à toutes les heures , ne retenant de son rang que le privilège de pouvoir être iihportuné : je roc le représente , et pourrais-je le. dire sans réveiller votre douleur? je me le représente au milieu de vos familles , enveloppé dans une aimable obscurité, goûtant avec vous les douceurs d'une vie privée, familiarisant l'épiscopat avec les fidèles , et ne se faisant

pas une vaine bienséance de se remire invisible , et de jouir tout seul d'une dignité qui n'a été étaUie que pour les autres.

Fallait-il, pour pénétrer jusques à lui, acheter par des lenteurs éternelles une audience d'un moment, et, par mille pénibles formalités des refus encore plus pénibles ? Quelle barrière y eut-il jamais entre lui et nous , que celle du respect et delà discrétion ? Le vîmesnous jamais affecter ces moments sacrés de solitude, inventés pour ménager le rang ou pour bonorer la paresse ? Sa maison ressemblait-elle à ces maisons d'orgueil et de faste où ceux que les affaires y attirent pensent presque plus aux moyens d'aborder leur juge , qu'à lui exposer leur droit et leur justice; où, dans un silence {)rofond et avec un respect qui approche du culte , on attend que la divinité se montre ; où mille malheureux souffrent moms de leur misère que de leur ennui; et où, comme autrefois dans la piscine de Jérusalem , après avoir attendu longtemps, cet autre ange du Seigneur parait enfin , et guérit à peine un malade?

La contagion des dignités et de la grandeur ne lui forma pas cet œil superbe et ce cœur insatiable d'honneurs dont parle le prophète Content de mériter nos hommages , il ne sut pas les exiger ; disons plus , il ne sut pas les souffrir : on aurait dit que ces respectueuses déférences qui délassent si agréablement des soins de Tautorité , faisaient la plus pénible fatigue de la sienne. Bien éloigné de ces petites délicatesses qu'on remarque en la phipartdes grands» auprès de qui un simple oubli est un crime qu'à peine mille soins et de longues assiduités peuvent expier; vaines idoles, qu'on ne peut aborder qu'en rampant , qu'on ne peut servir qu'avec solennité , qu'on ne peut toucher qu'avec religion , et qui , comme l'arche d'Israël , vous frapperaient de mort, si, pour trop penser même à les secourir , Vous n'aviez pas assez pensé à les respecter. (Orais. funèb, de M. de ViUars,)

Vit-on jamais dans un rang si élevé, et avec tant de supériorité de génie , tant de bonté et.d'affabilité? Vous le savez, messieurs, et vous vous le représentez encore ici, vivant parmi nous» montrant à tous cet air simple et noble de douceur , qui attirait tous les cœurs après lui ; ne retenant de son rang que ce qu'il en fallait pour rendre encore plus aimable l'affabilité qui l'en faisait descendre ; et rassurant si fort , ou le respect , ou la timidité', par un altratt

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inséparable de sa personne , qu'au sortir de son entretien on goô* tait toujours à la fois, et le plaisir d'être charmé de lui» et le plaisir de n*étre pas mécontent desoi-méme;

Par là, il laissait à l'auguste éclat de sa naissance la dignité qui la fait respecter, et en ôtait l'humeur et la fierté , qui n'ajoutent rien à la grandeur, et qui ôtent beaucoup aux grand».

(Omis, funèbre de M. le prince de Conti.)

Majestueuse» sans faste, elle ne regarda pas la fierté comme une bienséance de son rang : la majesté qui l'environnait était affable et accessible : en lui offrant nos hommages , nous ne pouvions lui refuser nos cœurs : on ne trouvait point autour d'elle cette barrière d'orgueil, de silence, ou de dédain, qui fait souvent toute la majesté des grands ; on n'y voyait pas une cour tremblante n'oser presque lever les regards jusques au maître , et craindre de manquer au respect, dans l'excès même de ses hommages. L'adulation en était encore plus bannie que la crainte : assurée de nos cœurs , elle ne cherchait pas nos louanges ; vraie , franche, naturelle, la fadeur des éloges lui était à charge : le langage des cours, qu'elle n'avait jamais parlé , elle ne l'écouta aussi jamais qu'avec dégoût. Cependant jamais de ces moments fâcheux» où il est si dangereux d'aborder nos msdtres : une douce affabilité nous rassurait toujours contre son rang : tous les moments étaient .ceux que nous aurions choisis nous-mêmes : en sortant d'auprès d'elle, chacun se trouvait marqué par quelque trait singulier de bonté; et nous ne comptions les devoirs que nous lui rendions que par les marques de bienveillance que nous en avions reçues. Qu'il est 2'are de savoir être grand , et de ne pas faire souffrir de notre grandeur ceux qui nous approchent ! *

( Oraison funèbre de Madame. )

Il faut étudier les moments favorables pour aborder les grands ; et le choix des temps et des occasions est la grande science du courtisan. Ici, tous les temps étaient les mêmes ; et rhabileté du courtisan ne trouvait pas plus d'accès et d'affabilité que la simplicité du peuple ou l'ignorance du citoyen. On ne sentait point, en l'approchant, c«s inquiétudes secrètes que forme le succès dou- ' teux de raocueil : la bonté se montrait d'abord avant la majesté :

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on cherchait le maître daos la douceur du particulier ; ou plutôt, à sa douceur, on sentait d'abord qu'il était digne d'être le maître : le cœur lui donnait à l'instant des titres de souveraineté plus glorieux que ceux que donne la naissance. C'est l'amour qui fait les rois; la naissance ne donne que les couronnes : c'est l'amour qui forme les sujets.

( Orais. funèb, de M. le Dau2)hin. )

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