PORTRAIT D ON MAGISTRAT
Exposons tout à coup ce grand homme à la tète de la province , veillant aux intérêts et à la gloire du prince; présidant à la fortune et au repos des peuples ; toujours occupé, et toujours au-dessus de ses occupations ; se faisant un vrai soulagement de son devoir, et se faisant un devoir du soulagement de son peuple ; si pénétrant, qu'il ne lui fallait pour décider que le temps qu'il faut pour entendre ; si éclairé, que ses décisions paraissaient toujours dictées par la sagesse même ; sûr de l'avenir, attentif au présent, habile à prendre des mesures sur le passé; d'un esprit vif, facile , insinuant ; d'un jugement vaste, élevé, fécond; d'un cœur droit, noble, bienfaisant ; toujours au-dessus de ses dignités et de sa grandeur; toujours à portée de la misère et de l'infortune ; ami sincère, maitre généreux, père commun.
(Orais. funéb. de M. de Vitteroy.)
VIE PRIVÉE d'un grand HOMME.
Les grands hommes, qui ne doivent ce titre qu'à certaines acr lions d'édat, n'ont quelquefois de grand que le spectacle.
Dans ces occasions rares , les yeux du public et la gloire du succès prêtent à l'âme une force et une grandeur étrangères ; Torgueii emprunte les sentiments de la vertu; l'homme se surmonte, et ne se montre pas tel qu'il est.
Combien de conquérants fameux dans Vhistoire , à la tête des armées, ou dans un jour d'action , paraissent au-dessus des héros ! et, dans le détail des mœurs de la société, à peine étaient-ils des hommes.
C'est que dans les occasions d'éclat l'homme est comme sur le ihcàtre, il représente ; mais dans le cours ordinaire des actions de
la vie ii est, pour ainsi dire, rendu à lui-même; c'est lai qa'on voit ; il quitte le personnage , et ne montre plus que sa personne.
Aussi , lorsque l'auteur sacré louettes hommes illustres qui ont été riches en vertu, et qui se sont acquis parmi leur peuple une gloire qui passera d'âge en âge , il comprend tout leur éloge dans ces deux traits : Ils ont maintenu et embelli au dehors l'ordre et la beauté de la société par la douceur de toutes les vertus civiles , piUchritudinis studium habentes ; et i)s ont été au dedans comme les génies pacifiques et tutélaires de leurs propres maisons, |Micifiantes in domibus $uis^
Oui , que le prince de Conti ait été un grand homme de guerre, c*est une gloire quHl a partagée avec tant d'hommes fameux que la France a eus dans tous les siècles.
Mais une Jouange qui lui est propre , c'est que la vie paisible et privée , recueil des réputations les plus brillantes, a laissé voir en lui encore plus de vertus estimables ; c'est qu'en lé voyant tous les jours , nous l'avons toujours vu plus grand.
Quels égards pour la princesse son épouse , dont la conduite et les vertus ont toujours honoré le rang ! Les plus petites attentions, qui semblaient devoir échapper à la supériorité de son génie, n'échappaient pas à la bonté de son cœur. Quelle tendresse pour les princes ses enfnnls ! Formant lui-même dans leur cœur ces premiers sentiments d'honneur et d'élévation si dignes de leur naissance; devenant, pour ainsi dire, enfant avec eux, pour leur apprendre à devenir un jour sages, grands, équitables, humains, modérés , en un mot , tout ce qu'il était lui-même. Vivant comme un homme privé au milieu de son auguste famille ; re^[>ectant les liens de la religion et de la nature , les doux titres de père et de mari , et ne connaissant pas cet usage insensé qui fait que la plupart des grands semblent être nés seuls sur la terre, croient que tout ce qui renverse la première iostitution de la nature est un privilège de la grandeur, et regardent tout ce qui lie comme un joug qui les déshonore,
(Oriis. fwnéb. du prince de Conli.)
DB M4SSILL0N. 617