‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 142 sur 145 · GOÛT POUR LA GUERRE · texte numérisé non relu

GOÛT POUR LA GUERRE

Les grands talents qui distinguent les hommes dans leur état se manifestent d'abord par le goût qui les y porte. David encore enfant cherchait parmi les lions^t les ours une matière à sa valeur, et se dérobait volontiers au repos de la vie champêtre, pour aller s'instruire auprès de ses frères, au milieu des armées d'Israël.

Le goût du prince de Conti pour la guerre fut le premier pen- - chant que la nature montra en lui ; et ce n'était pas ce goût qui , dans les autres, est d'ordinaire une ardeur de l'âge plus qu'une preuve du talent.

Guidé parla force de son génie , il se fit d'abord de l'art militaire une étude, et non pas un amusement : il comprit tout ce qu'il fallait d'étendue, d'élévation, de sang-froid, de vivacité, de profondeur, de ressources , de connaissances , pour y exceller ; et crut qu'un prince ne devait compter pour rien de combattre , s'il ne se rendait digne de commander.

A la lecture des anciens , et surtout des Commentaires de César, dont il traduisit les plus beaux endroits , il ajouta la rechercho et la conversation des hommes les plus consommés dans la science de la guerre. 11 les écoute , il les étudie ; il en fait ses amis, pour être plus à portée d'en faire ses maîtres : il se rend propres les talents différents qui les distinguent entre eux; persuadé que, si la naissance peut donner les grandes dispositions , c'est l'application toute seule qui fait les grands hommes.

(Orais. fun. du prince de Contu)

EXPLOITS MIUTAIRES.

La même grandeur d'àme l'accompagnait dans les périls. Et ici, que pourrais-je dire qui ne soit au-dessous de ce que vous avez vu la plupart ? S'est-il trouvé dans une seule action où il ne se soit attiré les yeux de tou^e l'armée ; et où , sans avoir eu l'honneur du commandement, il n'ait eu presque lui seul l'honneur de la victoire?

Rappelez ses premières campagnes ; on croyait revoir 4e grand Condé dans sa vive et vaillante jeunesse. - A Courtray, où pour la première fois il montra un héros aux ennemis et à nos troupes.

ft:J.

A Luxembourg , où , à la tête des grenadiers , il monte à Tassaut d'un bastion Tépée à la main , et où , blessé d*un éclat de grenade , et échappé à mille autres coups , il fait craindre que la victoire ne nous coûte une vie si chère.

A Novigrade, où une escarmouche, engagée trop témérairement avec les Turcs , change de face à Tarrivée du prince, qui y vole ; et plusieurs officiers d'un grand nom doivent à sa valeur, et aux périls qu'il court en cette occasion , la vie et la liberté , qu'une audace indiscrète leur avait fait mériter de perdre.

A I^euhausel , où , après avoir repoussé les inQdèles jusque sur le bord du fossé , revenu tout couvert de poussière et de gloire , il court encore avec rélecteur de Bavière rétablir un ouvrage où les assiégés avaient mis le feu; et, par l'amitié que l'âge et les grandes qualités forment entre eux , il fait naitre dès lors dans le cœur de ce prince ces premières dispositions d'attachement pour la France qui ont depuis paru; et où, si cet allié généreux et fidèle n'a pas eu pour lui les succès, il a eu du moins l'honneur de la constance , de la bonne foi, l'estime de la nation, l'amour des troupes , et l'affection du roi , qui toute seule vaut des succès, ou qui rassure du moins contre les pertes.

Enfin à Gran, où, à la tête du premier régiment delEmpire , il arrête la première fureur du Turc, le pousse, le renverse, lui arrache la victoire , qu'il croyait déjà tenir, affronte mille fois la morl, qui parait le respecter plus qu'il ne paraît la craindre ; porte partout la terreur du sang de France, toujours fatal aux infidèles; fait déjà redouter aux Allemands , dans le bras qui les défend , celui qui va bientôt les vaincre ; et montre de loin aux vœux des Polonais , témoins et admirateurs de ses actions, le héros digne d'être un joiu* placé sur leur trône.

A ces traits le reconnaissez- vous ? Ce ne sont pourtant encore que les premiers essais de son courage. Ce nouveau David croissant va paraître de jour en jour au-dessus de sa valeur même.

Vous ne l'avez pas oublié , et le souvenir de ces deux mémorables journées où le prince de Conti parut si grand est encore trop récent et trop glorieux à la France , à la mémoire du maréchal de Luxembourg , à l'histoire de ce règne ; trop honorable surtout au vaillant prince qui nous honore ici de sa présence , et qui en a partagé avec tant de distinction la gloire et les dangers ; trop rap-

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proche même tous les jours par la différence des événements, pour être effacé de votre esprit, puisqu'il ne le sera jamais de nos annales.

•Que n*ai-je plus d'jisage dans Tart de décrire des victoires et des batailles ! ou plutôt pourquoi ce temple et ces autels m'avertissent-ils que mon ministère ne doit mettre ici dans ma bouche que des paroles de paix et de réconciliation !

Vous l'auriez vu à Steinkerque rappelant la victoire qui d*abord nous échappe , rétablissant partout ce que la première surprise nous a déjà fait perdre d'avantages ; prenant lui-méùie des mains d*un de nos officiers blessé le drapeau qu'il est hors d'état de porter ; rassemblant autour de lui ceux que sa présence rassure , ou que le danger de sa personne attire ; les exhortant , comme un autre Machabée , de ne pas flétrir par une fuite honteuse la gloire du nom français, jusque-là accoutumé à vaincre , et de mourir plutôt que de devoir la vie à une lâche retraite ; courant porter au milieu des ennemis, avec l'étendard de la France, le signal de la victoire; au centre , à la droite, à la gauche , il est partout où la victoire est encore douteuse, et la victoire se déclare dès qu'il parait; éclairant le maréchal de Luxembourg même par la justesse de ses conseils et par la pénétration de ses vues ; enfin Tàme de ce général dans cette fameuse journée , comme ce général le fut lui-même de toute l'armée.

Tel et encore plus grand parait-il peu de temps après à Nerwinde. L'ennemi retranché dans son camp comme dans un fort , mille foudres qui portent la mort partout, eu défendent l'approche ; nos troupes déjà plusieurs fois repoussées , le soldat découragé ; le général , accoutumé à une victoire prompte , étonné de la voir balancer si longtemps aujourd'hui, court au prince de Gonti : Grand prince, lui dit-il, tout va manquer, et il n*y a qw votre présence qui puisse faire tomber les difficultés. Gonli parait: avec lui la confiance revient aux troupes; la valeur de la nation reprend le dessus; on le suit, rien ne résiste; les retranchements sont forcés en plusieurs endroits ; ils ouvrent à Gonti autant de voies à la victoire ; il charge jusqu'à six fois à la tête de six corps différents. L'ennemi , qui n'a plus de rempart que sa propre valeur, s'ébranle. Tout couvert de sang et de feu, Gonti perce dans leurs rangs. I^ •victoire qu'il tient déjà, un coup do sabre qu'il reçoit sur la têt©

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est sur le point de la lui ravir ; et le téméraire qui porte le eou p est puoi à rinstaot de son audace » et , percé de la main du prince , il expire à ses pieds. Enfin, soldat, général , à mesure que le besoin .du service le demande , ses conseils commencent la victoire , et sa valeur l'achève,

{Orais. fiên. âe M, le prince de C&nti.)

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