‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 46 sur 145 · POUR LB DIMANCHE · texte numérisé non relu

POUR LB DIMANCHE

l^yngueur et dans rinaction , si les maximes du christianisme conduisaient les affaires publiques; et qu'il n'est pas possible d*étre en même temps et Thomme de FÉtat et Thomme de Dieu!

Quoi! mes frères, la justice, la vérité, la bonne foi, seraient funestes au gouvernement des États et des empires! La religion , qui fait tout le bonheur et toute la sûreté des peuples et des rois , en deviendrait elle-même recueil! Un bras de chair soutiendrait plus sûrement les royaumes que la main de Dieu , qui les a élevés ! Les peuples ne pourraient devoir Tabondanceet la tranquillité qu'à la fraude et à la mauvaise foi de ceux qui les gouvernent ! £t les ministres des rois ne pourraient acheter que par la perte de leur salut le salut de la patrie ! Quel outrage pour la religion, et pour tant de bons rois qui n'ont régné heureusement que par elle!

J'avoue , Sire, que , lorsque le souverain est ambitieux et médite des entreprises injustes , l'artifice et la mauvaise foi deviennent comme inévitables à ses ministres, ou pour cacher ses mauvais desseins, ou pour colorer ses injustices. Mais que le prince soit juste et craignant Dieu, la justice et la vérité suffiront alors pour soutenir un trône qu'elles-mêmes ont élevé ; l'habileté de ses ministres ne sera plus que dans leur équité et dans leur droiture : on ne donnera plus à la fraude et à la dissimulation les noms pompeux d'art de régner et de science des affaires. £nun mot, donnez-moi des David et des Pharaon amis du peuple de Dieu, et ils pourront avoir des Nathan et des Joseph pour leurs ministres.

C'est donc déshonorer la religion, dit saint Augustin < , de croire qu'elle ne doit pas être consultée dans le gouvernement des républiques et des empires. Mais c'est lui faire un égal outrage de prendre dans une piété mal entendue des motifs d'indécision et d'incertitude qui entrevoient partout les apparences du mal, et qui opposent sans cesse un fantôme de religion aux entreprises les plus justes et aux maximes les plus capitales.

• De civitatc Dci.

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C'est à ia sagesse humaine et corrompue à être incertaine et timide ; toujours envelopée sous de fausses apparences , elle doit toujours craindre qu'un coup d'œil plus heureux ne la perce enfin , et ne la démasque. Mais la sagesse qui vient du ciel nous rend plus décidés et plus tranquilles ; on marche avec bien plus de sécurité quand on ne veut marcher que dans la lumière. L'homme vertueux tout seul a le droit d'aller la tête levée, et de déGer la prudence timide et incertaine de l'homme trompeur : une sainte fierté sied bien à la vérité.

Aussi, c'est se faire une fausse idée de la piété de se la figurer toujours timide, faible, indécise, scrupuleuse , bornée , se fsdsant un crime de ses devoirs , et une vertu de ses faiblesses; obligée d'agir,'^et n'osant entreprendre; toujours suspendue entre les intérêts publics et ses pieuses frayeurs, et Défaisant usage de la religion que pour mettre le trouble et la confusion où elle aurait dû mettre Tordre et la règle. Ce sont là les débuts que les hommes mêlent souvent à la piété ; mais ce ne sont pas ceux de la piété même. C'est le caractère d'un esprit faible et borné; mais ce n'est pas une suite de l'élévation et de la sagesse de la religion. £n un mot , c'est l'excès de la vertu ; mais la vertu finit toujours où l'excès commence.

Non, S^re, la piété véritable élève l'esprit, ennoblit le cœur, affermit le courage. On est né pour d^ grandes choses quand on a la force de se vaincre soi-même. L'homme de bien est capable de tout dès qu'il a pu se mettre par la foi au-dessus de tout. C'est le hasard qui fait les héros ; c'est une valeur de tous les jours qui fait le juste. Les passions peuvent nous placer bien haut , mais il n'y a que la vertu qui nous élève au-dessus de nous-mêmes.

Quel règne, Sire, plus glorieux en Israël que celui deSalomon, tandis'qu'il demeura fidèle à la loi de ses pères? quel gouvernement plus sage et plus absolu ? Tous les rafûnements de la politique ont-ils jamais poussé si loin l'art de régner et de conduire les peuples? Quelle gloire et quelle magnificence environnait son trône ! La piété en avilissait-elle la majesté ? Quel prince vit

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jamais sessujets plus soumis, ses voisins s'estimer plus haireux de son alliance, et des souverains à la tête des empires plus vastes et plus puissants que le sien, avoir pour sa personne des égards et des déférences qu'ils ne devaient pas à sa cou* ronne ? Les sages des autres nations ne se regardaien^ils pas comme des insensés devant lui ? Ne venait-on pas des contrées les plus éloignées, admirer Tordre et l'harmonie qui lui faisait gouverner tous ses sujets comme un seul homme ? N'est-ce pas dans les préceptes divins qu'il nous a laissés que les princes apprennent encore tous les jours à régner ? et la piété serait-elle recueil du gouvernement , puisque c'est elle seule qui lui valut la sagesse ?

Heureux s'il ne fût pas sorti dé ses premières voies , et si les .parements de sa vieillesse n'eussent pas flétri la gloire de son règne , et altéré le bonheur de ses sujets! Us ne commencèrent à éprouver des charges excessives, et ne cessèrent d'être heureux, que lorsqu'il cessa lui-même d'être fidèle à Dieu , et que ^ corrompu par les femmes étrangères, il ne mit plus de bornes à ses profusions et à l'oppression de ses peuples , et prépara à son fils le soulèvement qui sépara dix tribus du royaume de David, et leur donna un nouveau maître.

Hélas! les hommes, pour excuser leurs vices, cherchent à décrier la vertu : comme elle est incommode aux passions, ils voudraient se persuader qu'elle est funeste à la conduite des Ëtats et des empires, et lui opposer l'intérêt public, pour se cachera soi-même l'intérêt personnel , qui seul en nouij s'oppose à elle. La crainte du Seigneur est la seule source de la véritable sagesse; et ce qui met l'ordre dans l'homme peut seul le mettre dans les États.

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