POLR LE VENDREDI SAINT
biiqae ne peuvent étrelefiruit du crime : on sert mal la patrie quand on la sert aux dépens des règles saintes; c'est saper les fondements de l'édifice pour Tembeilir et l'élever plus haut ; c'est, en affaiblissant ses principaux appuis , y ajouter de vains ornements qui hâtent sa ruine. Les empires ne peuvent se soutenir que par Téquité des mêmes lois qui les ont formés; et l'injustice a bien pu détrôner des souverains , mais elle n'a jamais affermi les trônes : les ministres qui ont outré la puissance des rois l'ont toujours affaiblie ; ils n'ont élevé leurs maîtres que sur la ruine de leurs États; et leur zèle n'a été utile aux Césars qu'autant qu'il a respecté les lois de l'empire.
C'est donc la jalousie dans les princes des prêtres qui persécute aujourd'hui Jésus-Christ, un vil intérêt dans Pilate qui le livre, et enfin une indifférence criminelle dans Hérode qui en fiait un sujet de mépris et de risée.
Hélas! quelle autre destinée pouvait se promettre la doctrine de l'Évangile en se montrant à une cour superbe et voluptueuse ? lia doctrine sainte n'offre rien qui ne combatte l'orgueil et la volupté ; et il n'y a de grand pour ceux qui habitent les palais des rois , que le plaisir et la gloire. Si vous n'y paraissez pas sous ces étendards , ou l'on vous prend pour un censeur et un ennemi , ou ils vous méprisent comme un homme d'une autre espèce , et un nouveau venu qui vient porter au milieu d'eux un langage inouï et des manières étrangères.
Nous-mêmes , dans ces chaires chrétiennes qui seules leur parlent encore le langage de la vérité , nous-mêmes nous venons souvent ici affaiblir ce langage divin , respecter ce que nous devrions combattre , adoucir par des idées humaines la sévérité des règles saintes , autoriser presque leurs préjugés avant d'oser combattre leurs passions , et, sous prétexte de ne pas les révolter contre la vérité, la leur rendre presque méconnaissable.
Hérode , instruit des merveilles qu'on publiait de Jésus- Christ , s'attend a lui voir opérer des prodiges , et, dans cette attente , il le voit arriver à sa cour avec joie : ce n'est pas
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la vérité qui Tintéresse , c'est une vaine curiosité qu'il reilt satisfaire , et faire servir Jésus-Christ de spectacle à son loisir et à son oisiveté. Car. c'est de tout temps que la plupart des princes et des grands ont fait de la religion un spectacle : les mystères les plus augustes et les plus terribles , égayés par tous les attraits d'une harmonie recherchée, deviennent pour eux comme des réjouissances profanes qui les amusent; ils ne cherchent que le plaisir des sens, jusque dans les devoirs d'un culte qui n'est établi que pour les combattre : il £atut que la religion, pottr leur plaire, emprunte les joies et tout l'appareil du siècle , et qu'un spectacle digne des anges ait encore besoin de décoration pour être un spectacle digne d'eux.
Hérode fait à Jésus-Christ des questions vaines et frivoles , interrogabat eum muUis sermonibus > ; de ces questions où l'orgueil et l'irréligion ont plus de part que l'amour de la vérité, qu'on propose plutôt pour se faire une gloire de ses doutes, que par un désir sincère de les éclaircir; de ces questions qui n'aboutissent à rien qu'à nous affermir dans l'incrédulité , qui n'ont de sérieux que l'aveuglement d'où elles prennent leur source ; de ces questions où l'on discourt des vérités éternelles du salut comme de ces vérités douteuses et peu intéressantes que Dieu a livrées à l'oisiveté et à la dispute des hommes, où l'on traite ce qui doit décider du bonheur ou du malheur éternel, comme un problème indifférent dont les deux côtés ont leur vraisemblance, et où l'on peut opter ; de ces questions enfin qui sont plutôt des dérisions secrètes de la foi que les recherches respectueuses d'un véritable fidèle.
Et voilà le seul usage que la plupart des grands font de Jésus-Christ, des questions éternelles sur la religion, interrogabat eum midtis sermonibus; faisant de Jésus-Christ et de sa doctrine un sujet oiseux et frivole d'entretien et de contestation , au lieu d'en faire l'objet de leur espérance et de leur culte; s'informant de la vérité d'un avenir et de cette autre patrie qui nous attend après le trépas , avec moins d'intérêt
* Luc, c. 23, V. 9.
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qulhs n'éeouteraieDt les relations d'une terre inconnue çt peut-être fabuleuse, où nul mortel n'a pu encore aborder; parlant des faits miraculeux qui établissent la certitude et la divinité de la religion de leurs pères , avec la même incertitude qu'ils parleraient d'un point peu important d'histoire qu'on n'a pas encore éclairci ; et, par la manière peu sérieuse dont ils veulent s'instruire de la foi , montrant qu'ils l'ont tout à fait perdue.
Aussi J^us -Christ n'oppose qu'un silence profond à la vanité des questions d'Hérode. On ne mérite les réponses de la vérité que lorsque c'est le désir de la connaître qui l'interroge ; et c'est dans le cœur de ceux qui parlent et disputent plus sur la religion, qu'elle est d'ordinaire plus effacée. Oui, mes frères, on a déjà trouvé la vérité quand on la cherche de bonne foi : il ne faut, pour la trouver, ni creuser dans les abtmes , ni s'élever au-dessus des airs ; il ne faut que l'écouter au dedans de nous-mêmes. Un cœur innocent et docile entend d'abord sa voix ; les doutes et les recherches que forme l'orgueil , loin de la rapprocher de nous , ferment les yeux à sa lumière; elle aveugle les sages et les juges orgueilleux de ses mystères, et ne se communique qu'à ceux qui font gloire d'en être les disciples. La soumission est la source des lumières ; plus on veut raisonner , plus on s'égare ; plus on doute , plus Dieu permet que les doutes augmentent : la raison , une fois sortie de la règle , ne trouve plus rien qui l'ariréte; plus elle avance, plus elle se creuse de précipices. Aussi rhérésie , d'abord timide dans sa naissance , va toujours croissant , et ne garde plus de mesures dans ses progrès : elle n'en voulait d'abord , parmi nous , qu'aux abus prétendus du culte; elle a depuis attaqué le culte lui-même : elle se plaignait que nous dégradions Jésus-Christ de sa qualité de médiateur ; elle a enfanté des disciples qui l'ont dégradé de sa divinité et de sa naissance éternelle : elle voulait réformer la religion, elle a uni par les approuver toutes , ou , pour mieux dire, par n'en plus avoir et n'en plus connaître aucune : elle prétendait s'en tenir à la lettre aux livres
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saints; et cette lettre a été pour elle une lettre de naort, et ses faux prophètes y ont puisé un fanatisme et des visions sur l'avenir que l'événement a démenties^ et dont elle a rougi elle-même. Non, mes frères, la foi est le seul point qui peut fixer Tesprit humain : si vous passez au delà , vous n'avez plus de route assurée, vous entrez dans une terre ténébreuse et couverte des ombres de la mort , vous n'y voyez plus que des fantômes, les tristes enfants des ténèbres; et comme la raison n'a plus de frein, l'erreur aussi n'a plus de bornes.
En effet , les questions d'Hérode le conduisent à faire de Jésus- Christ un sujet de risée, sprevit auiem illum Herodes < ; et toute sa cour suit son exemple , cum exercitu suo, lAi vertu la plus pure, dès qu'elle déplait au souverain, est bientôt digne de l'oubli et du mépris même du courtisan : c'est le goût du prince qui décide presque toujours pour eux de la vérité et du mérite ; leur religion est toute , pour ainsi dire, sur le visage du maître; c'est là leur loi et leur évangile; et ils n'ont rien de plus fixe dans leur culte que les caprices et les passions de l'idole qu'ils adorent. /
Aussi l'attention. Sire, la plus essentielle que les rois doivent à la place où Dieu les a fait asseoir , c'est de rendre la religion respectable , en ne se permettant jamais la plus légère dérision qui puisse en blesser la majesté. Les plus jeunes années de votre auguste bisaïeul ne le virent jamais s'écarter de cette règle ; ce fut pour lui la règle de tous les temps et de tous les lieux ; son respect pour la religion de ses pères imposa toujours devant lui un silence éternel à l'impiété ; son langage fut toujours le langage du premier roi chrétien , c'est-à-dire le langage respectable de la foi ; l'irréligion était le seul crime auquel il ne pardonnait point ; tout était sérieux pour lui sur cet article ; nulle joie , nul plaisir n'autorisa jamais devant lui la moindre dérision qui pût intéresser le culte de ses ancêtres; religieux jusqu'au milieu des réjouissances d'une cour jeune et florissante, la foi ne souffrit jamais des plaisirs et des dissipations inévitables à la jeunesse
> Luc, c. 23, V. H.