PARAL. 29, V
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interdit à elle-même; et, dans un sens bien différent des vaines idoles , elle avait des yeux , et ne voyait pas ; des oreilles, et n'entendait pas; un odorat, et ne s'en servait pas ; un goût , et ne goûtait plus que les choses du ciel. Enfin , les .traits d'une vaine beauté s'effacent ; mais depuis longtemps toute sa beauté était au dedans , et elle n'était occupée qu'à embellir son âme des dons de la grâce et de la justice.
Rien ne change donc pour cette âme au lit de la mort. Son corps se détruit ; toutes les créatures s'évanouissent ; la lumière se retire ; toute la nature retombe dans le néant ; et au milieu de tous ces changements elle seule ne change pas ; elle seule est toujours la même. Que la foi, mes frères, rend le fidèle grand au lit de la mort ! Que le spectacle de Tâme juste en ce dernier moment est digne de Dieu , des anges , et des hommes ! C'est alors que le fidèle paraît maître du monde et de toutes les créatures : c'est alors que cette âme, participant déjà à la grandeur et à Timmutabilité du Dieu auquel elle va se réunir, est élevée au-dessus de tout : dans le monde , sans y prendre part; dans un corps mortel, sans y être attachée; au milieu de ses proches et de ses amis , sans les voir et sans les connaître ; parmi les larmes et les gémissements des siens , sans les entendre ; au milieu des embarras et des mouvements que sa mort fait naître à ses yeux , sans rien perdre de sa tranquillité : elle est libre parmi les morts ' ; elle déjà immobile dans le sein de Dieu , au milieu de la destruction de toutes choses. Qu'il est grand , encore une fois , d'avoir vécu dans l'observance de la loi du Seigneur , et de mourir dans sa crainte ! Que Télévation de la foi se fait bien sentir en ce dernier moment de Fâme fidèle ! C'est le moment de sa gloire et de ses triomphes; c'est le point auquel se réunit tout l'éclat de sa vie et de ses vertus. Qu'il est beau de voir alors le Juste marcher d'un pas tranquille et majestueux vers l'éternité ! et que ce prophète infidèle avait bien raison autrefois , en voyant Israël entrer dans la terre de promesse , le triomphe de sa marche, et la confiance de ses cantiques , de s'é*
crier : « Que mon âme meure de la mort des jUstes, et que «1 ma mort leur soit semblable M » ^
Et voilà, mes frères, ce qui achève en dernier lieu de remplir Fâme fidèle, au lit de la mort, de joie et de consolation : la pensée de l'avenir, securitas de xternîtate. Le pé-* cheur durant la santé voit l'avenir d'un œil tranquille ; mais , dans ce dernier moment , le voyant de plus près, sa tranquillité se change en saisissement et en terreur. L'âme juste, au contraire, durant les jours de sa vie mortelle, n'osait regarder d'un œil fixe la profondeur des jugements de Dieu ; elle opérait son salut avec crainte et tremblement; elle frémissait à la seule pensée de cet avenir terrible, où les justes même seront à peine sauvés , s'ils sont jugés sans miséricorde : mais au lit de la mort, ah ! le Dieu de paix , qui se montre à elle , calme ses agitations : ses frayeurs cessent tout d'un coup , et se changent en une douce espérance. Elle perce déjà avec des yeux mourants le nuage de la mortalité qui l'environne encore, et voit comme Etienne le sein de la gloire, et le Fils de l'homme à la droite de son Père, tout prêt à la recevoir; cette patrie immortelle , après laquelle elle avait tant soupiré , et où elle avait toujours habité en esprit ; cette sainte Sion , que le Dieu de ses pères remplit de sa gloire et de sa présence , où il enivre ses élus d'un torrent de délices , et leur fait goûter tous les jours les biens incompréhensibles qu'il a préparés à ceux qui l'aiment; cette cité du peuple de Dieu, le séjour des saints , la demeure des justes et des prophètes , où elle retrouvera, ses frères que la charité lui avait unis sur la terre , et avec lesquels elle bénira éternellement les miséricordes du Seigneur, et chantera avec eux les louanges de sa grâce.
Ah ! aussi , quand les ministres de l'Église viennent enfin annoncer -à cette âme que son heure est venue , et que l'éternilé approche ; quand ils viennent lui dire , au nom de f Églisequi les envoie : « Partez, âme chrétienne; » Proficis» cere, anima chrisliana; sortez enfin de cette terre où vous avez été si longtemps étrangère et captive ; le temps des épreu-