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que la persécution commençait à s'élever, ions les Rdèles couraient se munir de ce pain de vie : ils emportaient ce chef dépôt dans leurs maisons : la mort leur paraissait moins terrible , lorsqu*ils avaient devant leurs yeux le gage précieux de leur immortalité : ils la désiraient même ; et les consolations ineffables que la présence de Jésus-Christ , cachée sous des voiles mystiques, répandait déjà dans leur àme , les faisait soupirer après ce torrent de volupté dont il enivrera ses élus , lorsqu'ils le verront face à face. Étaient-ils traînés dans les prisons, chargés de fers comme les scélérats , eux dont le monde n'était pas digne ; ils cachaient avec soin dans leur sein la divine Eucharistie ; ils s'en nourrissaient dans l'attente du martyre ; ils s'engraissaient de cette viande céleste , comme des victimes pures , aQn que leur sacrifice fût plus agréable au Seigneur. Des vierges chastes, des tidèles fervents, des ministres saints , participaient tous ensemble dans les cachots au pain de bénédiction : aussi quelle joie dans leurs chaînes ! quelle sérénité dans ces lieux sombres et affreux ! quels cantiques d'actions de grâces dans ces demeures lugubres , où les yeux ne re> trouvaient partout que de tristes images de la mort , et les prcfiaratifs des plus cruels supplices ! Combien de fois disaient-ils à Jésus-Christ , présent au milieu d'eux dans ce sacrement adorable : Ahl nous ne craindrons pas les maux, Seigneur, puisque vous êtes avec nous : que des armées entières nous enviromient , nous ne serons point troublés; nos ennemis peuvent perdre notre eorps, et même en dissiper les restes ; mais vous nous le rendrex glorieux et immortel. Eh t qui peut perdre ceux que le Père vous a donnés? Heureuses chaînes que vous daignez soutenir ! saintes pnsoBs que vous consacrez par votre présence 1 ténèbres aimables où vous remplissez nos âmes de tant de lumière»! mort précieuse qui va nous unira vocb, et déchirer les voiles qui vous dérobent à nm yeux ! De là, quelle force dans les tourments ! Pleins de la ebair de Jésus-Christ, teints de son sang , ils sortai^t , dit saint Ghrysostome, de leurs cachots comme des lions encore tout sanglante, et altérés de mort et de carnage ; ils volaient sur les échaiftuds; ils y portaient une sainte fierté , lançaient çà et là des regards de constance et de magnanimité qui glaçaient les tyrans les plus barbares , et désarmaient leurs propres bourreaux ; ifs annonçaient donc la mort du Seigneur, en se préparant au martyre par la communion.
SoDt-ce là nos seDtimenU > mes frères , quand nous approchons des autels ? Où sont aujourd'hui les chrétiens qui, comme les premiers fidèles , attendent la bienheureuse espérance , et hâtent par leurs soupirs la fin de leur exil , et Tavénement de Jésus-Christ? C'est un raffinement de piété qu'on n*entend point , c'est un lan« gage presque contemplatif; et cependant c'est le fondement de la religion et la première démarche de la foi. On regarde la nécessité de mourir comme une peine cruelle ; la seule idée de la mort, qui consolait tant nos pères » nous fait frémir ; la fin de la vie est le terme de nos plaisirs , au lieu d'étro celui de nos peines ; on la ménage aux dépens de la loi de Dieu et des obligations de l'Église : les soins qui aboutissent au corps sont infinis ; nos précautions sur ce point vont jusqu'à la faiblesse ; ou s'il arrive quelquefois de souhaiter ce dernier moment, c'est lassitude de la vie et de ses chagrins, c'est une disgràse, une infirmité habituelle qui nous mine, une révolution dans nos affaires , qui ne nous laisse plus espérer de plaisirs en ce monde , un établissement manqué , une mort, un accident, enfin un dégoût et un souhait d'amour-propre; ou s'ennuie d'être malheureux , mais on n'est point empressé d'aller se réunir à Jésus-Christ ; et là-dessus on vient manger la cène du Seigneur, se renouveler le souvenir de sa passion, et annoncer sa mort jusqu'à ce qu'il vienne : quelle indignité !
Car si TApôtre se plaignait autrefois que les corps frappés de plaies , les maladies populaires , les morts soudaines n'étaient qu'une suite de ce sacrement profané ; ah ! vous nous frappez depuis longtemps , Seigneur ; vous versez sur nos villes et sur nos provinces la coupe de votre fureur ; vous armez les rois contre les rois, et les peuples contre les peuples ; on n'entend parler que de combats et de bruits de guerre ; vous faites pleuvoir du ciel la stérilité sur nos campagnes ; le glaive de l'ennemi dépeuple nos familles, et ôte aux pères la consolation de leurs vieux ans ; nous gémissons sous des charges qui, en -éloignant de nos murs l'ennemi de l'État , nous livrent à la faim et à la misère ; les arts sont presque inutiles au peuple , les gains et les trafics languissent, et l'industrie peut à peine fournir aux besoins ; les calamités secrètes , et connues de vous seul, sont encore plus touchantes que les publiques ; nous avons vu la faim et la mort moissonner nos.citoyens, et changer nos villes en déserts affreux ; l'ennemi de votre nom profite de nos dissensions , et usurpe votre héritage.
D*oii partent ces fléaux si longs et si terribles , grand Dieu? où se forment ces nuées de fureur et d'indignation , qui éclatent depuis si longtemps sur nos tètes ? N'étes-vous pas armé pour punir les sacrilèges ? les attentats que Ton conunet tous les jours au pied de vos autels , contre votre corps , ne nous attirent-ils pas ces marques de votre colère? Eh t frappez-nous donc, Seigneur ; vengez votre gloire, ordonnez à l'ange qui est dans les airs , de ne pas arrêter son bras; qu'il n'épargne pas les maisons où sont encore empreintes les traces d'un sang profané : votre courroux est juste. Mais non, ne vengez point des crimes par d'autres crimes ; <kmnez la paix à nos jours , écoutez les cris des justes qui vous la demandent : Seigneur^ vous disent-ils avec le Prophète, nous attendions la paix, et ce Men n'est pas encore venu, ( Jérém., viii, 15.) Faites cesser les profanations que les guerres traînent toujours après elles ; ne punissez plus les sacrilèges en les multipliant sur la terre ; rendez la majesté à tant de temples profanés, le culte et la dignité à tant d'églises dépouillées, la, splendeur et la magnificence à tant d'autels renversés, la paix à nos villes, l'abondance à nos famOles, la consolation et l'allégresse à Israël ; rendez les enfants aux pères , et aux épouses désolées leurs époux ; et si nos malheurs ne vous touchent pas, laissez-vous toucher du moins à ceux de votre Église.
(Sermon pour le IV^ Dim, de VAvent, )