‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 84 sur 145 · POUR LE JOUR DE NOËL · texte numérisé non relu

POUR LE JOUR DE NOËL

L'homme n'avait été placé sur la terre que pour rendre à l'auteur de son être la gloire et l'hommage qui lui étaient dus. Tout le rappelait à ses devoirs , et tout ce qui devait l'y rappeler l'en éloigna. Il devait à sa majesté suprême son adoration et ses hommages ; à sa bonté paternelle , son amour ; à sa sagesse infinie , le sacrifice de sa raison et de sa lumière. Ces devoirs, gravés dans le fond de sonr cœur, et nés avec lui , lui étaient encore sans cesse annoncés par toutes les créatures ; il ne pouvait ni s'écouter lui-* même , ni écouter tout ce qui était autour de lui , sans les retrouver. Cependant il les oublie , il les efface de son cœur : il ne vit plus, dans l'ouvrage I, l'honneur et le culte qui étaient dus à l'ou-

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Trier souverain; dans les bienfails dont il le combUit, Famôur qu'il devait à son bienfaiteur ; dans les ténèbres répandues sur les effets même de la nature , rimpossibililé de sonder, à plus forte raison , les secrets de Dieu , et la défiance où il devait vivre de tes propres lumières. L'idotMrie rendait donc à la créaitiire h eolte que le Créateur s'était réservé à lui seul : la S3nngogue rhonorait des lèvres , et Taœour qu'eHe lui devait se bornait à des ikonmages extérieurs qui n'étaient pas dignes de lui : la phitosofifaie s'égarait dans ses pensées , mesurait les hmières de Dieu à ceHcs de l'homme , et croyait que la raison , qui se mécomuMBait ellemême , pouvait oonnaitre toute vérité : trois plaies répandues sur toute la face de la terre. En un mot, Dieu n'était plus connu ni glorifié , et l'honme ne se connaissait plus lui-même.

A quels excès Tidolàtrie n'avait-^le pas poussé son ouUe profane P La mort d'une personne chère l'érigcait bientôt en divinité; et ses viles cendres , sur lesqu^es son néant était écrit en caractères si ineffaçables, devenaient elles-mêmes le titre de sa gloire et de son immortalité. L'amour eonjugal se fit des dieux ; Tnaour impur l'imita, et voulut avoir ses autels : l'épouse et l'amante, l'époux et l'amant criminels eurent des temples , des prêtres et des sacrifices. La foKe ou la corruption générale adopta un culte si bizarre et si abominable ; tout Tùnivers en fut infecté ; la majesté des lois de l'empire l'autorisa ; la magnificence des temples, l'appareil des sacrifices, la richesse immense des simulacres, rendirent cette extravagance respectable. Chaque peuple fut jaloux d'avoir ses dieux ; au défaut de l'homme , il offrit de l'encens à la béte ; les hommages impurs devinrent le culte de ces divinités impures ; les villes , les montagnes , les champs , les déserts en furent souUlés , et virent des édifices superbes consacrés à l'orgueil, à l'impudicité, à la vengeance. La multitude des divinités égala celle des passions ; les i^ux forent presque aussi multipliés que les hommes : tout devint dieu pour rhomme , et le Dieu véritable fut le seul que l'honmoe ne connut point.

Le monde était plongé , depuis sa naissance presque , dans l'horreur de ces ténèbres ; chaque siècle y avait ajouté de nouvelles impiétés. Plus les temps marqués du Libérateur approchaient, plus la dépravation semblait croître parmi les hommes. Rome ' elle-même , maîtresse de l'univers , s'était soumise aux différents

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«ultes des nations qu^elle avait subjuguées , et voyait s'élever au milieu de ses murs les idoles diverses de tant de peuples soumis» qui devenaient plutôt des monutiaents publics d« sa folie et de son aveuglement que de ses victoires.

Mais, mes frères » ce grand bienfait ( la naissance de Jésus- Christ) est-il pour nçus? nous n'adorons plus de vaines idoles» un Jupiter incestueux , une Vénus impudique» un Mars vindicatil et cruel ; mais Dieu en est^il plus glorifié parmi nous? ne mettoosnous pas à leur place la fortune, la volupté , la faveur du maître, le monde avec tous ses plaisirs ? car tout ce que nous aimons plus que Dieu , nous Tadorons; tout ce que nous préférons à Dieu devient notre Dieu lui-même ; tout ce qui fait le seul objet de nos pensées , de nos désirs et de nos affections , de dos crainte et de nos espérances, fait aussi tout notre culte; et nos dieux sont nos passions, auxquelles nous sacrifions le Dieu véritabio.

EnGn les hommes avaient voulu encore ravir à Dieu la gloire de sa providence et de sa sagesse éternelle. Les philosophes, frappés de Textravagance d*un culte qui multipliait les dieux à Finfini , et forcés, parles lumières seules de la raison, de reconnaître un seul Être suprême, en détiguraient la nature par mille opinions insensées. Les uns se représentaient un dieu oisif, retiré eu lui-même, jouissant de son propre bonheur, ne daignant pas s'abaisser à regarder ce qui se passe sur la terre, ne comptant pour rien les hommes qu'il avait créés , aussi peu touché de leurs vertus que de leurs vices , et laissant au hasard le cours des siècles et des saisons , les révolutions des empires , la destinée de chaque particulier, la machine entière de ce vaste univers , et toute la dispensation des choses humaines. Les' autres l'assujettissaient à un enchaînement fatal d'événements; ils en faisaient un dieu sans liberté et sans puissance, et, en le regardant comme le maître des hommes , ils le croyaient l'esclave des destinées. Les égarements de la raison étaient alors la seule règle de la religion et de ta croyance de ceux qui passaient pour être les plus éclairés et les plus sages. Jésus-Christ vient rendre à son Père la gloire que les vains raisonnements de la philosophie lui avaient ôtée. 11 vient apprendre aux hommes que la foi est la source des véritables lumières, et que le sacrifice de la raison est le premier pas de la philosophie chrétienne ; il vient eu fixer les incertitudes en nous ap-

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prenant ce que nous devons connaître de TÊtre suprême , et ce que nous en devons ignorer.

La plupart des fidèles ont de la Divinité une idée presque aussi fausse et aussi humaine qu'en avaient autrefois les philosophes païens , qui ne la comptent pour rien dans tous les événements de la vie, qui vivent comme si le hasard ou le caprice des hommes décidait de toutes les choses d'ici-bas , et qui ne connaissent que le bonheur ou le malheur comme les deux seules divinités qui gouvernent le monde, et qui président* à tout ce qui se passe sur la terre.

Une paix universelle régnait dans tout l'univers quand Jésus- Christ , le Prince de la paix (Is., ix, 6 ) , parut sur la terre : toutes les nations soumises à l'empire romain portaient paisiblement le joug de ces madtres oi^ueilleux du monde; Rome elle-même » après' les dissensions civiles qui avaient dépeuplé ses murs , répandu ses proscrits dans les îles et dans les déserts , et inondé l'Asie et l'Europe du sang de ses citoyens , respirait de l'horreur de tous ces troubles , et , réunie sous l'autorité d'un césar, elle trouvait dans sa servitude la paix dont elle n'avait jamais pu jouir dans sa liberté.

L'univers était donc paisible ; mais ce n'était là qu'une fausse paix. L'homme, en proie à ses passions injustes et violentes, éprouvait au dedans de lui-même la guerre et la dissension la plus cruelle : éloigné de Dieu , livré aux agitations et aux fureurs de son propre cœur, combattu par la multiplicité et la contrariété étemelle de ses penchants déréglés , il ne pouvait trouver la paix , parce qu'il ne la cherchait que dans la source même de ses troubles et de ses inquiétudes. Les philosophes s'étaient vantés de pouvoir la donner à leurs disciples; mais ce calme universel des passions qu'ils promettaient à leur sage, et qu'ils annonçaient avec tant d'emphase, en pouvait réprimer les saillies , mais en laissait tout le venin et tout le tumulte dans le cœur. C'était une paix d'orgueil et d'ostentation; elle masquait les dehors; mais, sous ce masque d'appareil, Thomme se retrouvait toujours lui-même.

Jésus-Christ descend aujourd'hui sur la terre, pour apporter

aux hommes cette paix véritable que le monde jusque-là n'^^vait

{NI leur donner. Il vient porter le remède jusqu'à la source du

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