MOTIFS DE CONVERSION
Dieu , dont les miséricordes seinblcnt devenir plus abondantes à mesure que nos crimes augmentent , redouble , pour ainsi dire » ea ce temps saint» ses soins et ses empressements , pour nous rappe^ 1er à la pénitence.
Lorsque autrefois son peuple s'était égaré des voies de ses commandements, il leur suscitait des prophètes qui leur asnonçaieni les calamités dont leurs fautes allaient être suivies» et qui , par la terreur de ces images , s'efforçaient d'arrêter le cours des iniquités publiques.
Alors Jérusalem se couvrait de cendre et de cilice ; ses prêtres pleuraient entre le vestibule et l'autel; les vieillards , rassemblés dans le temple , ranimaient leurs voix languissantes, pour invoquer
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les miséricordes du Dieu de leurs pères ; la nouvelle épouse négli< geail les ornements de sa jeunesse et de ses jours de joie; les vierges désolôis faisaient retentir tes places publiques de leurs gémissements ; et le Seigneur, touché de leurs larmes et de leur repentir, laissait tomber de ses mains la foudre destinée àpunir cette viUe infidèle.
Notre ministère en ces jours de salut est encore le même, mes frères.
Rappelez toute la suite de votre vie; et, par cet enchsdnement affreux de crimes qui Tout toute souillée , et où vous vivez encore actuellement, jugez quelle est devant Dieu votre situation, et la tiiste destinée de votre âme. Faudrait-il un autre motif pour vous déterminera un changement et aune nouvelle vie? Gomment avezvous vécu jusqu'ici? A quoi vos jours , vos années se sont-ils écoulés? Quel usage avez-vous fait , depuis que vous êtes sorti des mains de Dieu , de votre raison , de votre corps , de votre cœur,'el de tout ce qui est en vous destiné à glorifier rouvrier étemel qui vous l'avait donné? Quel usage de votre jeunesse, de vos talents, de vos lumières, de votre temps , qui devait être le prix de votre éternité? Quel usage de vos biens , de vos places , de vos dignités , de votre nom, où vous deviez trouver les secours et les ressources de \[otre sanctification éternelle? Quel usage de vos afflictions, de vos pertes, de vos maladies , de vos disgrâces , qui dans les desseins de Dieu devaient être pour vous des leçons de salut et des motifs de pénitence? Quel usage enfin de tous les mystères, de toutes les solennités, de toutes Ids instructions et de tous les autres .secours que la religion vous a offerts , et où tant de justes ont trouvé les soutiens de leur foi, les consolations de leur piété, et les facilités d'une vie sainte et fidèle? Rassemblez tous vos jours passés jusqu'Ici: quel vide ! quels abîmes ! quel cours non interrompu d'excès , d'impiétés, de dissolutions! Et s'il y a eu quelques intervalles de foi, quelques heures et quelques mouvements de grâce, quelques retours vers Dieu , ce sont des retours qui n'ont point .eu de suite, et qui ont ajouté à tous vos autres crimes celui des grâces méprisées.
Qu'attendez-vous donc, mon cher auditeur, pour revenir à votre Dieu ? Vos jours s'écoulent , les années s'évanouissent , les plaisirs s'usent, la jeunesse vous échappe , la vie s'enfuit. Vos amis, vos proches , les compagnons de vos débauches et de vos excès»
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ont presque loug disparu. Vous avez vu tomber à vos côtés vos égaux , vos concurrents , vos envieux, vos protecteurs, vos sujets, vos maîtres. Que sais-je même si les circonstances de leur mort inopinée, terrible aux yeux de la foi , u*ont pas dû vous Taire sentir eocoro plus vivement le frivole de tout ce qui passe , et le malheur, d'une vie licencieuse et déréglée! Vous touchez vous-même au terme fatal. Tout ce qui s'est écoulé de vos jours n'est que comme un point qui disparait et qui vous échappe ; tout ce q;i^ vous reste va disparaître en un clin d'œil. Mettez donc à proQt ce moment , pour pleurer les égarements d'une vie toute profane. Vous y êtes encore à temps ; mais il est temps de commencer. Le long usage du monde et des plaisirs ne vous permet plus de vous abuser sur le faux bonheur qu'on se promet dans le crime. Vous avez essayé de tout , et tout vous a lassé ; et tout ce que vous avez tenté pour vous rendre heureux , n'a fait qu'aigrir vos maux et augmenter vos inquiétudes. Dieu vous rappelle à lui par les dégoûts qu'il répand sur le crime , par le vide que vous trouvez dans le monde et dans les plaisirs , pai* le frivole et le faux de toutes les choses humaines. Quel prétexte auriez-vous donc de différer encore? Votre vie n'a-t-elle pas été assez criminelle, pour interrompre enfîn une si affreuse carrière, et en venir à un changement? Vous attendez-vous que vos cbaines tombent d'elles-mêmes , et à un repentir qui ne vous coûte rien? Croyez- vous qu'un seul sentiment de frayeur au lit de la mort expiera tous les crimes de votre vie? Avez-vous renoncé à l'espérance de votre salut, comme ces impies qui n'ont point de Dieu ? Quand vous n'auriez eu le malheur que de tomber une seule fois, la vie ue serait pas assez longue pour pleurer votre chute ; et toute votre vie n'a été jusqu'ici qu'un crime continuel , et vous balancerez encore à consacrer à Dieu les restes d'une vie que le monde et les passions ont tout occupée ! Demain on va vous redemander votre âme ; et ce court intervalle qui vous reste , vous le disputez encore à Dieu ! Et n'êtes- vous pas trop heureux que le Seigneur, toujours bon et miséricordieux , veuille bien accepter les restes languissants de vos passions et do votre vie ; qu'il vous tende encore la main pour vous essuyer au sortir d'un>i long et si triste naufrage ; qu'il vous accueille encore, usé par le monde et par les plaisirs , inhabile désormais aux passions , peu propre à sou service, et que le rebut du monde et du dérégie-
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ment puisse encore devenir Tobjet de ses miséricordes éternelles ?
Grand Dieu ! qui peut me retenir encore en effet dans les voies du crime où je marche depuis tant d'années? Détrompé du monde, où rien n'a jamais répondu à mes désirs et à mes vaines espérances; lassé des passions» dont les voies ont toujours été pour moi semées d'épines et d'amertumes ; dégoûté des plaisirs que la bienséance elle-même commence à m'interdire ; peu touché de tout oc qui fait l'empressement des autres pécheurs ; portant partout un cœur malade et inquiet, et ne trouvant rien qui le fixe et qui le calme; cherchant à m'étourdir sur les horreurs de ma vie, et ne pouvant y réussir ; fuyant tout ce qui peut réveiller les terreurs de la conscience , et les portant partout avec moi ; éloignant toutes les pensées de l'éternité, et ne pouvant la perdre de vue; faisant des efforts impies pour vous oublier, ô mon Dieu , et vous retrouvant partout sur mes pas : que prétends-je , en vous fuyant encore? Ne vous lasserez- vous pas de courir après moi? Suis-je encore une de ces brebis qui méritent vos empressements et vos recherches?
Grand Dieu ! finissez mes peines , en guérissant mes plaies. Fixez mes irrésolutions : soulagez mon oœur, en le délivrant de ses crimes. Rompez des chaînes que je déteste , et auxquelles je n'ai pas la force d'oser toucher. Laissez- vous fléchir à mes vœux , et ne regardez pas mes œuvres. Écoutez mes désirs, et fermez les yeux à mes faiblesses. Terminez le combat que je sens en moi. Rendezvous le maître de mon âme ; devenez le plus fort dans mon cœur. Ce n'est plus moi qui vous résiste , ô mon Dieu ; c'est la faiblesse , c'est l'ascendant de la corruption , c'est le long usage du crime. Prenez-moi donc pour votre partage. Arrachez-moi au monde et aux créatures , pour lesquelles vous ne m'avez pas fait , et détruisez en moi cet homme de péché que je hais , et qui est devenu plus fort que moi-même.
Mais vous, mon cher auditeur, que Dieu rappelle encore à la vérité et à la justice ; vous à qui il fait encore entendre, dans le fond de l'àbime où vous croupissez , la voix de sa miséricorde ; vous à qui il tend encore à tous moments la main pour vous aider à sortir du tombeau, comme un autre Lazare ; vous à qui il a marqué peut-être ce temps de pénitence comme le moment de votre salut, et le terme heureux de vos malheurs et de vos crimes; entrez avec vos frères dans cette sainte carrière de pénitence; deman-
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dez à Dieu que vous n'y couriez pas en vain. Offrez-lui ce léger sacritice , pour obtenir celui de vos passions. Commencez par la lettre , afln que Tesprit qui vivifie vous soit donné : soumettezvous à Dieu, en vous soumettant à la loi de rÉglise, et il vous soumettra les cupidités injustes qui vous dominent : plus la loi TOUS sera pénible , plus vous devez faire en sorte que cette peine ne soit pas infructueuse et sans mérite pour vous. C'est toujours un commencement de salut, que d'accomplir le précepte; c'est s'oQir avec les justes ; c'est craindre de désobéir à Dieu ; c'est respecter ses lois saintes ; c'est rendre hommage à la religion ; ce n'est pas mettre un nouvel obstacle aux grâces que Dieu nous prépare en ces jours de propitiation : en un mot , le pécheur qui observe la loi peut du moins espérer toujours; celui qui la méprise est déjà condamné.
Et cependant où sont ceux qui observent celte loi sainte? Que de prétextes frivoles et peu sérieux pour s'en dispenser ! Oui , mes frères, que n'opposez- vous pas pour vous mettre à couvert de ce devoir ? Des infirmités chimériques : mais , hélas ! les opposez-vous au monde , aux passions , aux plaisirs, mille fois plus laborieux et plus nuisibles que cette loi de pénitence? Une santé faible et usée : mais quel usage en faites-vous pour le crime, pour l'ambition , pour des affaires terrestres mille fois plus dures à porter que le joug de Jésus-Christ ? Quelque légère incommodité déjà éprouvée dans la pratique de l'abstinence : hélas ! mais n'en éprouvez- vous pas tous les jours de plus grandes dans les excès de la table et du jeu, dans le dérangement d'une vie toute profane? vous en abstenez-vous pour cela? Où est ici la bonne foi, et cette équité dont vous faites tant d'observation dans vos démarches envers les hommes? N'êtes- vous donc faux et injuste qu'envers Dieu? qu'avezvous donc à opposer encore? un long usage de transgression, une habitude de violer la loi sainte , qui vous la rend désormais impraticable. Eh quoi I seriez-vous dispensé du précepte , pour ne l'avoir jamais observé jusqu'ici? L'ancienneté de l'infraction vous rendrait-elle moins coupable ? Nous allégueriez-vous la durée du crime comme une excuse? et ce qui devrait vous alarmer, devieudrait donc précisément ce qui vous calme? C'est à nous à vous opposer , cette longue etmminelle habitude de transgression , et à nous en servir de motif pour vous couvrir de confusion; et non pa» à
TOUS à noas Talléguer comme une raison qui vous justiûe. Que de pécheurs voluptueux et invétérés deviendraient innocents, si le long usage de la volupté tout seul les dispensait devant Dieu d'être chastes ! Qu'ouest à plaindre, mes frères, de s'aveugler dans l'affaire de l'éternité, sur de^ raisons puériles qu'on aurait honte d*avancer devant des hommes sérieux dans des affaires de néant I
Je sais qu'on nous dit tous les jours que ce n'est pas ici un point iort essentiel ; que la grande affaire est de bien vivre ; mais qu'au fond , user d'une viande plutôt que d'une autre n'a jamais paru un crime fort sérieux , et sur quoi il faille tant sonner l'alarme , et troubler les consciences des fidèles.
C'est-à-dire, ô mon Dieu , que la dernière ressource du pécheur pour se calmer est d'avilir dans son esprit la majesté de vos préceptes : comme si vous n'étiez pas également grand lorsque vous défendez à Gain de répandre le sang innocent , ou lorsque vous ordonnez au premier des hommes de ne pas goûter d'un fruit où vous vouliez que sa soumission et son obéissance rendissent hommage à votre gloire, et témoignassent que l'usage des créatures est un don de votre souveraineté et de votre clémence.
Oui , mes frères , ce n'est pas assez pour le monde de violer la loi sainte du jeûne et de l'abstinence ; on l'avilit , on la traite de minuUe , on la regarde comme une dévotion populaire. C'est presque un air de force et de raison de la violer sans scrupule. Et c'est ainsi qu'on dégrade la tradition la plus vénérable de l'Église, la pratique la plus ancienne et la plus universelle qui nous soit venue de nos pères. C'est ainsi que l'institution respectable du jeûne, établie par les apôtres , consacrée par l'usage de tous les siècles , honorée par l'exemple des prophètes et de Jésus-Christ même , n'est plus dans les discours du monde qu'une pratique populaire de dévotion , sur laquelle il y a de la petitesse et de l'excès à vouloir être si vigoureux et si sévère.
Mes frères , le saint vieillard Éléazar était donc un esprit faible, lorsqu'il aima mieux perdre la vie que de souiller son âme par l'usage des viandes profanes, et défendues par la loi ? Le supplice de la mère et des sept enfants dans les Machabéés n'est donc qu'une histoire risible , puisque les tourments les plus affreux ne purent les déterminer à se permettre des mets que Moïse avait interdits au peuple de Dieu? Les trois jeunes Hébreux , à la cour du roi de
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Uaby lone, n*âvaienk don(yque des frayeurs puériles» lorsquHls préféraient la sainte simplicité des viandes prescrites, à la faveur d'un monarque superbe ? Et les livres saints , qui ont consacré par des éloges la foi et le courage de tous ces anciens justes, n*ont donc fait que rehausser par des louanges magnifiques un scrupule vain et puérile? '
Eh ! qui étes-vous donc pour trouver de la petitesse où les saints ont trouvé tant de force et de grandeur ? Avaient-ils de la majesté de la religion des idées moins nobles et moins sublimes que vous ? Étaientpils moins instruits de la foi et de la dignité de ses préceptes , dont rintelligence n'est donnée qu'à ceux qui les aiment et . qui les observent ? Êtaient-ce des esprits faibles , eux qui ont eu la force de vaincre le monde, et qui ont été plus sages que toute la sagesse du siècle? Dans quels excès ne tombe-tron pas, pour s'étourdir sur l'infraction de cette loi sainte? On devient impie, pour être plus tranquillement transgresseur.
Oui , mes frères , la vérité a des charmes dont un bon cœur a peine à se défendre. Les règles de la foi sont pleines de noblesse et d'équité. Elles forcent en leur faveur une raison saine et épurée ; elles mettent tôt ou tard un esprit sage et élevé dans leurs intérêts. Les passions peuvent éblouir pendant quelque temps , l'âge peut séduire, les exemples peuvent entraîner , les discours de l'impiété et du libertinage peuvent étourdir; mais enfin la vérité perce le nuage : le grand , le solide de la religion prend la place dans un bon esprit de toutle frivole qui l'avait amusé. Lassé d'avoir couru longtemps après le songe et la chimère, on veut quelque cliose de sûr et de réel , et on ne le trouve que dans la religion , dans la vérité de ses maximes et la magnificence de ses promesses. Il n'y a qu'un esprit faux et superficiel qui puisse demeurer jusqu'à la fin dans l'illusion. Le monde ne peut séduire pour toujours que des hommes sans réflexion et sans caractère. Et remarquez ici que le monde lui-même regarde comme tels ceux qui n'ont pas su mettre quelques jours sérieux dans toute leur course , quelque intervalle entre la vie et la mort. Le goût du frivole , qui nous avait fait d'abord applaudir , dès que l'âge ne l'excuse plus , nous rend à la fia méprisables.
Ne résistez donc pas à Dieu , mon cher auditeur , qui vous ouvre , en ce temps de propitiation, tant de moyens de salut. Ne vou»
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opposez pas vous seul à tous les efforts que l'Eglise va faire pour vous rappeler à une vie plus pure et plus chrétienne. Ne vous obstinez plus à périr , tandis que tout va s'empresser à vous sauver du naufrage. Que faut-il encore pour vous déterminer à finir vos égarements, et à changer enfin une yie qui vous lasse , que le monde censure, dont vous sentez vous-même le vide , et peut-être aussi rindéc«nce et le ridicule ? Que reste-t-ilà faire au Seigneur ? Il vous agite par des remords secrets , et vous combattez les saints mouvements de sa grâce : il vous offre tous les secours de la religion , et vous n'en faites aucun usage : il réunit toutes les prières de l'Église en votre faveur , et vous les rendez ii\utile8 par votre impénitence : il fait tonner dans ces chaires chrétiennes les promesses et les menaces formidables de la loi , et elles s'effacent de votre cœur un moment après que son esprit les y a gravées. Que peut-il donc faire encore ? châtier vos crimes et ceux de vos semblables par des calamités publiques ; i*épandre sur nous la terreur de sa colère , comme autrefois sur ces villes qui avaient attiré son indignation par l'excès de leurs dissolutions et de leurs débauches. C'était , mes frères, la seule ressource qui restait à la miséricorde de Dieu pour nous toucher. Il parlait en vain au fond de nos cœurs ; il nous frappe pour se faire entendre.
Comme nous avon^ mis le comble à nos crimes, il semble aussi rassembler sur nos têtes les traits de sa colère. Nos ennemis nous insultent. Les enfants d'Amalec ont la victoire sur le peuple de Dieu. Notre ancienne valeur semble s'être changée en faiblesse. Nos frontières sont ouvertes. Ces murs inaccessibles , en qui nous mettions notre confiance , sont renversés. Nos voisins , à peine autrefois en sûreté dans leurs places les plus reculées , semblent déjà méditer la conquête de nos provinces , et se partager par avance nos terres et nos foyers. La justice de nos armes semble en affaiblir la force et le succès. La paix, autrefois entre nos mains, s'éloigne de plus en plus de nous , et nos désirs ne font que la rendre plus difficile. Le fléau de la guerre et de la désolation répand le deuil et la misère sur nos villes et sur nos campagnes. Le peuple gémit sous le poids des charges que le malheur des temps a rendues nécessaires. La France, que nos premières années avaient vue si florissante, est maintenant plongée dans une tristesse amère et profonde : et nos ennemis, si jaloux autrefois de nos prospc-
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rites, peuvent à peine se persuader nos malheurs et nos pertes.
D*où vient ce changeaient, mes frères ? Je l'ai déjà dit. Ta colère de Dieu éclate sur nos crimes : leur énormité est enfin montée jusqu'au trône de ses vengeances, n a regardé dd haut de sa demeure éternelle , dit le prophète : Prospexit de exeelso sancto suo (Ps. ci , 20) ; et il a vu les abominations qui sont au milieu de nous ; leê fidèles sans mœurs , les grands sans religion , les ministres même sans piété ; le sexe sans pudeur et sansbienséanC/e , s'avilissant par des indécences dont les siècles de nos pères auraient rougi , et n'étant plus en sûreté que par le dégoût qu'en ont ceux même à qui il s'étudie de plaire. Prospexit de exeelso sancto suo.
Il a regardé du haut du ciel , et il a vu les adultères et les abominations en honneur au milieu de son peuple; les rapines et les injustices revêtues des titres et des dignités publiques ; les débauches et les excès affreux autorisés par de grands exemples; un luxe monstrueux et insensé croître' et augmenter avec la misère publique ; les théâtres devenus des lieux de prostitution , par le dérèglement déclaré de ces victimes infortunées qu'on y court entendre ;et les mœurs publiques devenues des scandales publics. Prospexit de exeelso sancto suo.
Il a regardé du haut du ciel , et il a vu Tintrigue , l'ambition » le schisme eft l'aigreur déshonorer son sanctuaire ; les ministres de la paix eux-mêmes divisés ; la défense de la vérité devenue le prétexte des animosités personnelles ; le zèle allumé par un vil intérêt ; les passions appelées à la défense de la religion qui les condamne ; la piété changée en gain et en une indigne hjrpocrisie ; et ce royaume autrefois le soutien de la foi, et la plus pure portion de son Église, iievenu, par la licence des discours et l'impiété des sentiments, le théâtre d'honneur des philosophes et des incrédules. Prospexit de exeelso sancto suo.
Il a regardé du haut du ciel , et il a vu un souverain pieux environné d'une cour dissolue ; le courtisan, toujours parmi nous servile imitateur du maître , devenir ici son censeur secret ; la piété sur le trône devenue plus odieuse ; les crimes se multiplier par la contrainte ; le péril delà débauche en assaisonner les excès ; l'ambition se revêtir des apparences de la piété, pour attirer les largesses du souverain ; l'hypocrisie s'enrichir des bienfaits destinés à récompenser la vertu ; et la religion plus déshonorée par les mœurs
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et les artifices de ces faux jnstes, que par la licence des péctieurs les plus déclarés. Prospexit de excelso saneto suo.
Et alors il a versé sur nous la coupe de sa fureur et de sa colère. Il a fait périr, par le glaive de nos ennemis^ nos enfants, nos époux, nos frères et nos proches. Il a répandu sur nos armées un esprit de terreur et de vertige. Il a fait échouer nos projets ; et nos prospérités passées n'ayant été pour nous que de nouveaux motifs d'orgueil et de dissolution , il a eu recours aux châtiments , afin que, si nous avons été ingrats à ses faveurs, nous ne soyons pas insensibles à notre affliction et à nos peines.
Et cependant quel usage faisons-nous de ces fléaux publics ? Qu'opposons-nous à la colère de Dieu pour la désarmer.' Des plaintes inutiles, des terreurs humaines sur Tinoertitude des événements, des inquiétudes sur les misères et sur les charges publiques ; que dirai-je ? des murmures peut-être contre le gouvernement , de vaines réflexions et des censures étemelles smr ceux qui sont à la télé des affaires ; des clameurs inutiles contre ceux qui sont chargés des entreprises et des projets; des dérisions souvent et des chants satiriques et profanes , symbole éternel de la légèreté de la nation, et qui nous ont toujours consolés de nos malheurs, en éternisant le souvenir de nos pertes c'est ce qu'un ancien Père reprochait déjà de son temps à nos ancêtres : Cantilenis inforiunia sua iolantur. (Salvianus. )
Insensés que nous sommes ! nous nous en prenons aux hommes, comme s'ils étaient les auteurs de nos calamités. Nous accusons leur imprudence , leur peu d'habileté , leurs méprises , de nos mal< heurs. Nous ne remontons pas plus haut : nous ne voyons pas que les coups qui nous frappent partent du ciel ; que c'est Dieu luimôme qui confond les conseils et la prudence de nos chefs ; qui aveugle nos sages et nos vieillards ; qui répand l'épouvante et la terreur dans nos armées ; et que nos crimes seuls enfantent tous nos malheurs. Mettons Dieu de notre côté, mes frères, et alors nous serons les plus forts. Forçons le Seigneur, par un repentir sincère , à combattre pour nous ; et alors , ou il donnera la paix à son peuple , ou nous dissiperons nos ennemis comme de la poussière. •
Maison d'Israël , disait autrefois le grand prêtre Éliachim aux Juifs frappés comme nous de la main de Dieu , et eu proie aux
troufies victorieuses des Assyriens, souvenez-vous comment Moisc, co serviteur de Dieu, brisa autrefois la force d'Amalec, qui se confiait dans sa puissance , dans le nombre de ses troupes , et dans la multitude de ses chariots : Memores estoteMoyHf servi Domini, qui Amalee , confidentem in virtute stM et in exerdtu suo, dejecit. Ainsi disparaîtront devant vous vos ennemis, continuait ce vénérable pontife , si vous demeurez 6dèles dans la pratique des ordonnances de la loi, et si vous revenez au Seigneur par les gémissements d'un cœur brisé , et d'un repentir vif et sincère : Sic erunt universi hostes Israël > si nutnentes permanseritis injejuniis et orationibtis» in consptctu Domini. (Judith , iv , 12 , 14. )
Et voilà , mes frères , ce que le pontife saint • , qui nous honore ici de sa présence , et que le Seigneur a suscité à son peuple dans ce temps de calamité , vous a déjà dit avec les expressions les plus vives du zèle pastoral et de 1 éloquence chrétienne. Voilà les ressources qu'il vous a marquées par une indication solennelle de jeunes et de prières , pour remédier aux maux qui nous affligent. Mes frères, vous a-t-il dit, finissons nos désordres, et nos malheurs finiront bientôt. Devenons plus fidèles, et nous deviendrons bientôt plus heureux et plus tranquilles. Faisons cesser les scandales qui sont au milieu de nous, et nos larmes seront bientôt essuyées. Convertissons-nous au Seigneur,' et le Seigneur combattra pour nous. Mettons-nous en paix avec Dieu, et nous l'aurons bientôt avec les hommes.
Voilà, mes frères, ce que ses exemples vous prêchent encore plus efficacement que ses discours. 11 souffre des malheurs qui vous affligent ; mais il souffre encore plus des iniquités qui vous les attirent. Il porte avec vous le poids de vos afflictions et de vos pertes ; mais il porte encore plus le poids de vos crimes. Il demande pour vous au Seigneur des jours plus tranquilles et plus fortunés ; mais il en demande aussi de plus saints.
Soulagez son zèle , mes tfères , en répondant à sa tendresse. Consolez sa piété en secondant ses désirs. Récompensez ses soins 011 vous conformant à ses exemples. Dieu n*a pas encore abandonné son peuple , puisque , malgré tant de calamités dont il nous frappe , il vous suscite encore un pasteur fidèle, qui peut vous réconcilier
< MuQseigneur le cardinal de r*(oailles , devant qui ce sermon fut proche à Notre-Dame.
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avec le Seigneur, et arrêter le bras de son indignation et de sa colère. N'abusez donc pas du don de Dieu , mon cher auditeur ; et ne rendez pas inutiles , par Tendurcissement de votre cœur, tant de moyens de sanctification que la bonté de Dieu vous offre , et les ressourcés les plus heureuses de votre salut.
Grand Dieu ! que de justes sujets de condamnation n*aurez-vous pas un jour contre moi ? Que n'aurez-vous pas fait pour me sauver, et qu*aurai*je omis moi-même pour me perdre? Vous avez mis tout en œuvre pour empêcher votre créature de périr ; vos grâces, vos inspirations , des lumières vives , des amertumes salutaires , des dégoûts infinis , des passions traversées, des projets confondus, des espérances évanouies , des calamités pubKques et personnelles; que dirai-je encore? un cœur même tendre pour le bien; un cœur né avec des sentiments de vertu et de droiture; un cœur qui se refusait aux excès , qui ne paraissait point fait pour le dérèglement, qui ne cesse de me rappeler à vous , et de me reprocher en secret ma honte et ma faiblesse. Que puis-je vous dire , tout couvert de vos bienfaits et de mes crimes? Seigneur, ne vous lassez pas de me tendre la main. A^ous en avez trop fait jusqu'ici pour me laisser périr sans ressource : plus je me trouve indigne de nouvelles faveurs , plus j'en espère. L'horreur de mon état augmente ma confiance ; et Fexcès de mes misères est le seul droit que j'offre à vos miséricordes éternelles. Ainsi soit4l.
(//* Sermon pour le mercredi des Cendres.)