‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 92 sur 145 · SUR LA VOCATION · texte numérisé non relu

SUR LA VOCATION

Personne presque ne prend dans son propre cœur la décision de fta destinée. Si Ton est maître de sou sort, c'est la crainte du monde et de ses jugements qui en décide : en un âge tendre , on regarde comme une loi, la volonté de ceux de qui l'on tient la vie : on n'ose produire des désirs qui contrediraient leurs desseins : on étouffe des répugnances qui deviendraient bientôt des crimes. Des parents barbares et inhumains, pour élever un seul de leurs enfants plus haut que ses ancêtres , et en faire l'idole de leur vanité , ne com|>tent.pour rien de sacriGer tous les autres , et de les précipiter dans l'abîme : ils arrachent du monde des enfants à qui l'autorité seule tient lieu d'attrait et de vocation pour la retraite : ils conduisent à l'autel des victimes infortunées qui vont s'y immoler à la cupidité de leurs pères, plutôt qu'à la grandeur du Dieu qu'on y adore : ils donnent à l'Église des ministres que l'Église n'appelle point, et qui n'acceptent le saint ministère que comme un joug odieux qu'une injuste loi leur impose : enfin, pourvu que ce qui parait d'une famille éclate, brille, et fasse honneur dans le monde, on ne se met point en peine que des ténèbres sacrées cachent les chagrins , les dégoûts, les larmes, le désespoir de ce qui ne parait qu'aux yeux de Dieu. O mon Dieu ! que la présence de ces malheureuses victimes sera terrible au jour de vos vengeances pour ces parents dénaturés> et que le malheur de leur destinée sollicitera puissamment

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voire justice à venger leur sang contre les auteurs de leur être , et de leur étemelle infortune 1 C'est ainsi que Timprudence , Tordre de la naissance, la cupidité , les égards humains, décident de la destinée de presque tous les hommes : et de là tant de mécontentements dans tous les états, tant de regrets dans les mariages, tant de troubles et de divorces dans les familles , tant de murmures et de chagrins à la cour, tant de dégoûts dans le service , tant de révoltes, cTennui, d'amertume dans les cloîtres. De là chacun se plaint de sa condition , et envie celle d'autrui : la femme du monde regarde Tépouse de Jésus-Christ comme heureuse ; Tépouse de Jésus-Christ insensée ne forme des désirs que pour ressembler à la femme du monde ; le courtisan soupire après la tranquillité d'une vie privée ; l'homme privé ne voit de bonheur que dans la vie de la cour. De là enfin nul n'est heureux dans le monde, parce que nul presque n*y est à sa place. Mais si , de toutes les circonstances de la vie , le choix d'un état est celle où la méprise est plus ordinaire , c'est aussi celle où la méprise est le plus à craindre.

(Sermon pour le mercredi de la 2* semaine de Carême, )

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