SUR LA MÉDISANCE
Vous excusez la malignité de vos censures sur l'innocence de vos intentions. Mais approfondissons le secret de votre cœur : d'où vient que nos censures portent toujours sur cette personne , et que vous no vous délassez plus agréablement et avec plus d'esprit
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queforsque vous rappelez ses défauts? Ne serait-ce point une jalousie secrète? Ses talents, sa fortune , sa faveur, son poste, sa réputation , ne vous blesseraient-Us pas encore plus que ses défauts ? le trouveriez-vous si digne de censure , 8*il avait moins de qualités qui le mettent au-dessus de vous ? seriez-vous si aise de faire remarquer ses endroits faibles, si tout le monde ne lui en trouvait pas de fort avantageux? Saûl aurait-il redit si souvent, avec tant de complaisance , que David n'était que le fils d'Isaie , s'il ne Feùt r^ardé comme un concurrent plus digne que lui de Tempire ? D*où vient que les défauts de tout autre vous trouvent plus indulgent? qu'ailleurs vous excusez tout , et qu'ici tout s'envenime dans votre bouche? Allez à la source; n'y a-t-il pas quelque racine secrète d'amertume dans votre cœur? et pouvez- vous justifier , par l'innocence de vos intentions , des discours qui partent d'un principe si corrompu? Vous nous assurez que ce n'est ni haine , ni jalousie contre votre frère ; je le veux : mais n'y auraitr il pas peut-être dans vos satires des motifs encore plus bas et plus honteux ? n'affectez-vous pas de censurer votre frère devant un grand qui ne l'aime pas ? ne voulez-vous pas faire votre cour , et vous rendre agréable, en rendant votre frère un sujet de risée ou de mépris ? ne sacrifiez- vous pas sa réputation à votre fortune? et ne cherchez-vous pas à plaire , en donnâ|it du ridicule à un homme qui ne plait pas ? Les cours sont si remplies de ces satires d'adulation et do bas intérêt ! Les grande sont à plaindre dès qu'ils se livrent à des aversions injustes : on a bientôt trouve des vices dans la vertu même qui leur déplait.
Mais enfin, vous ne vous sentez point coupable, dites-vous, de tous ces lâches motifs; et s'il vous arrive quelquefois de médire de vos frères , c'est en vous pure indiscrétion , et légèreté de langue. Mais est-ce donc par là que vous vous croyez plus innocent ? la légèreté et l'indiscrétion, ce vice si^ndigne de la gravité du chrétien, si éloigné du sérieux et de la solidité de la foi, si souvent condamné dans les livres saints , peut-il justifier un autre vice? Eh ! qu'importe à votre frère que vous déchirez , que ce soit en vous indiscrétion ou malice ? un dard décoché idiprudemment fait-il une plaie moins dangereuse et moins profonde que celui qu'on a tiré à dessein? le coup mortel que vous portez à votre frère csl-il plus léger, parce que c'est l'imprudence et la Icgè-
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retéqui Tout lancé? et que faitrianoicence de l'inleation où Taction est UD crime ? Mais d'ailleurs , n'en est-ce pas un , d'être capable d'indiscrétion sur la réputation de vos frères? Y a-t-il rien qui demande plus de circonspection et de prudence ? tous les devoirs du christianisme ne sont-ils pas renfermés dans celui de la charité ? n'est-ce pas là, pour ainsi dire, toute la religion? et n'être pas capable d'attention sur un point aussi essentiel , n'est-ce pas regarder comme un jeu tout le reste ? Ah! c'est ici où il faut mettre une garde de circonspection sur sa langue; peser toutes ses paroles, les lier dans son cœur, comme dit le Sage , et les laisser mûrir dans sa bouche. (Eccu., xxviii, 28, 29.) Vous échappe-t-il jamais de ces discours indiscrets contre vous-même? manquez-vous quelquefois d'attention sur ce qui intéresse votre honneur et votre gloire? Quels soins infatigables! quelles mesures! quelle industrie ! Dans quel détail vous voit-on descendre pour la ménager et l'accroître ! S'il vous arrive de vous blâmer, c'est toujours avec des circonstances qui font votre éloge : vous ne censurez en vous que des défauts qui vous font honneur ; et, en avouant vos vices, . vous ne voulez que raconter vos vertus ; l'amour de vous-même ramène tout à vous. Aimez votre frère comme vous vous aimez, et tout vous ramènera à lui; et vous serez 4ncapable d'indiscrétion sur ses intérêts, et vous n'aurez plus besoin de nos instructions sur ce que vous devez à sa réputation et à sa gloire.
Mais si ces médiamces , que vous appelez légères , sont criminelles dans leurs motifs, elles ne le sont pas moins dans leurs circonstances. '
Je pourrais d'abord vous faire remarquer que le monde familiarisé avec le crime, et qui , à force de voir les vices les plus criants devenus les vices de la multitude, n'eu est presque plus touché, appelle légères les médisances qui roulent sur les faiblesses les plus criminelles et les plus honteuses : les soup^ns d'inûdélité dans le lien sacré du mariage ne sont plus un décri formel , et uno flétrissure essentielle ; ce sont des discours de dérision et de plaisanterie : accuser un courtisan de perfidie et de mauvaise foi ,,ce n'est plus attaquer son honneur , c'est donner du ridicule aux protestations de sincérité dont il nous amuse : rendre suspecte d'hypocrisie la piété la plus sincère, ce n'est pas outrager Dieu dans ses saints , c'est un langage de dérision que l'usage a rendu
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commun : en un mot, hors les crimes que Tautorité publique pu^* nit, et qui nous attirent, ou la disgrâce du maître, ou la perte des biens et de la fortune, tout le reste parait léger, et devient le sujet ordinaire des entretiens et des censures publiques.
Mais ne poussons pas plus loin cette réflexion. Je veux que les défauts que vous publiez de votre frère soient légers : plus ils sont légers , plus vous êtes injuste de les relever : plus il mérite que vous usiez d'indulgence à spn égard, plus il faut supposer en vous une malignité d'attention à qui rien n'échappe ; une dureté de naturel, qui ne saurait rien excuser. Si les défauts de votre frère étaient essentiels, vous l'épargneriez ; vous le trouveriez digue de votre indulgence;* la politesse et la religion vous feraient ^ un devoir de vous taire : eh! quoi P parce qu'il n'a que de légères faiblesses , vous le trouverez moins digne de vos égards ? ce qui devrait vous le rendre respectable, vous autorise à le décrier? N'êtes- vous pas devenu au dedans devons, dit l'Apôtre , un juge de pensées injustes? et votre œil n'est-il donc méchant, que parce que votre frère est bon?
D'ailleurs , les défauts que vous censurez sont légers : mais en auriez-vous la même idée , si l'on vous les reprochait à vousmême ? Quand il vous est revenu certains discours tenus en votre absence, lesquels , à la vérité , n'attaquaient pas essentiellement votre honneur et votre probité , mais qui répandaient dans le public quelques-unes de vos faiblesses , quelles ont été vos dispositions? Mon Dieu ! c'est alors que l'on grossit tout; que tout nous parait essentiel ; que , peu content d'exagérer la malice des paroles, on fouille dans le secret de l'intention , et qu'on veut trouver dcà motifs encore plus odieux que les discours mêmes. On a beau nous dire alors que ce sont là des reproches qui n'intéressent pas ressentie], et qui au fond ne sauraient nous faire tort : on croit avoir été insulté ; ou en parle ; on s'en plaint ; on éclate ; on n'est plus maître de son ressentiment ; et tandis que tout le monde bUme l'excès de notre sensibilité , seuls nous nous obstinons à croire que l'affaire est sérieuse, et que notre honneur y est intéressé. Servez-vous donc de cette règle dans les défauts que vous publiez de votre frère : appliquez-vous l'offense à vous-même ; tout est léger contre lui; et sur ce qui vous touche, tout parait essentiel à votre orgueil, cl digne de vengeance.
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Enfin, les vices que vous censurez sont légers : mais n'y ajoutez-vous rien du vôtre ? les donnez-vous pour ce qu'ils sont ? ne mclez-vous pas au récit que vous en faites, la malignité de vos conjectures? ue les mettez-vous pas en un certân point de vue, qui les tire de leur état naturel ? n'embellissez-vous pas votre histoire? et f pour faire un héros ridicule qui plaise, ne le faites-vous pas tel qu'on le souhaite , et non pas tel qu'il est en effet? n'accompagnez-vous pas vos discours de certains gestes qui laissent tout entendre ? de certaines expressions qui ouvrent l'esprit de ceux qui vous écoutent à mille soupçons téméraires et flétrissants? de certain silence même, qui donne plus à penser que tout ce que vous auriez pu dire? Car, qu'il est difficile de se tenir dans les homes de la vérité , quand on n'est plus dans celles de la charité ! Plus ce que l'on censure est léger, plus l'imposture est à craindre : il faut embellir pour se faire écouter ; et l'on devient calomniateur, où l'on n'avait pas cru inéme être médisant.
Je n'ajoute pas, mes frères, que si ces médisances, que vous appelez légères , sont très-criminelles dans leurs ibotifs et dans leurs circonstances, elles le sont encore plus dans leurs suites : je dis leurs suites, toujours irréparables , mes frères. Vous pouvez expier le crime de la volupté par la mortification et la pénitence ; ie crime de la haine, par l'amour de votre ennemi; le crime de l'ambition ; en renonçant aux honneurs et aux pompes du siècle ; le crime de l'injustice , en restituant ce que vous avez ravi à vos frères; le crime même de l'impiété et du libertinage, par un respect religieux et public pour le culte de vos pères : mais le crime de la détraction , par quel remède , quelle vertu , peut-il se réparer ? Vous n'avez révélé qu'à un seul les vices de votre frère, je le veux : mais ce confident infortuné en aura bientôt à son tour plusieurs autres, qui de leur côté ne regardant plus comme un secret ce qu'ils viennent d'apprendre, en instruiront les premiers venus : chacun en les redisant y ajoutera de nouvelles circonstances ; chacun y mettra quelque trait envenimé de sa façon ; à mesure qu'on les publiera, ils croîtront , ils grossiront : semblable, dit saint Jacques, à une étincelle de feu qui , portée en différents lieux par un vent impétueux , embrase les forêts et les campagnes ; telle est la destinée de la dctraclion. Ce que vous avez dit en secret n'élait rien d'abord , et périssait étouffé et enseveli sous la cendre : mais ce
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fou no couve que pour se rallumer avec plus de fureur ; mais ce rien va emprunter de la réalité en passant par différentes bouches : chacun y ajoutera ce que sa passion, son intérêt, le caraclère de son esprit et de sa malignité , lui représentera comme vraisemblable; la source sera presque imperceptible ; mais, grossie dans sa course par mille ruisseaux étrangers, le torrent qui s'en formera inondera la cour, la ville, et la province ; et ce qui n'était d'abord dans son origine qu'une plaisanterie secrète et imprudente , qu'une simple réflexion, qu'une conjecture maligne, deviendra une affaire sérieuse, un déx^ri formel et public, le sujet de tous les entretiens, une flétrissure éternelle pour votre frère. Et alors réparez , si vous pouvez, cette injustice et ce scandale ; rendez à votre frère l'honneur que vous lui avez ravi. Irez-vous vous opposer au déchaînement public , et chanter tout seul ses louanges? mais on vous prendra pour un nouveau venu , qui ignorez ce qui se passe dans le monde ; et vos louanges venues trop tard ne serviront qu'à lui attirer de nouvelles satires. Or, que de crimes dans un seul ! es péchés de tout un peuple deviennent les vôtres : vous médisez par toutes les bouches de vos citoyens : vous êtes encore coupable du crime de ceux qui les écoutent. Quelle pénitence peut expier des maux auxquels elle ne saurait plus remédier ? et vos larmes pourront-elles effacer ce qui ne s'effacera jamais de la mémoire des hommes? Encore si le scandale finissait avec vous , votre mort, en le finissant, pourrait en être devant Dieu l'expiation et le remède. Mais c'est an scandale qui vous survivra; les histoires scandaleuses des cours ne meurent jamais avec leurs héros : des écrivains lascifs ont fait passer jusqu'à nous les satires , les dérèglements des cours qui nous ont précédés ; et U se trouvera parmi nous des auteurs licencieux qui instruiront les âges à venir des bruits publics, des événements scandaleux et des vices de la nôtre. Si vous étiez vivement touché de vos propres misères , dit saint Ghrysostome ; si vous aviez sans cesse votre péché devant vos yeux , comme ce roi pénitent , il ne vous resterait , ni assez de loisir, ni assez d'attention , pour remarquer les fautes de vos fi^ères. Plus elles seraient publiques , plus vous béniriez en secret le Seigneur d'avoir détourné de vous cottc infamie ; plus vous sentiriez votre reconnaissance se réveiller , sur ce qu'étant tombé peut-être dans les mêmes égarements, il n'a pas permis qu'ils
fussent publiés sur les toits , comme ceux de votre frère; sur ce qu'il a laisse dans Tobscurité vos œuvres de ténèbres; qu*ii les a , pour ainsi dire, couvertes de ses ailes ; et ménagé devant les hommes un honneur et une innocence que vous aviez tant de fois perdus devant lui : vous trembleriez en vous disant à vous-même que peut-être il n'a épargné votre confusion en ce monde , que pour la rendre plus amère et plus durable dans l'autre.
Telles sont les dispositions de l'humilité chrétienne sur les chutes publiques de nos frères : nous devons en parler beaucoup à nousmêmes , et presque jamais aux autres. Aussi lorsque les scribes et les pharisiens viennent présenter au Sauveur une femme surprise en adultère , et qu'ils veulent le presser d'en dire son sentiment ; quoique la faute de cette pécheresse fût publique , Jésus-Christ garde un profond silence ; et à leurs malignes et pressantes instances de s'expliquer, il se contente de répondre : Que cdui d'entre vous qui est sans péché jette contre elle la première pierre ( Jean , VIII , 7); comme s'il voulait leur faire entendre par là, que ce n'était pas à des pécheurs , comme eux , à condamner si hautement le crime de cette femme ; et que , pour avoir droit de jeter contre elle une seule pierre, il fallait être soi-même exempt de tout reproche. Et voilà ce que je voudrais vous dire aujourd'hui , mes frères : la mauvaise conduite de cette personne vient d'éclater : eli bien ! que celui d'entre vous qui est sans péché , jette contre elle la première pierre : Qui sinepeccato est testrum , prinuts in illam lapidem mittat ; si devant Dieu vous n*avez rien de plus criminel peut-être à vous reprocher, parlez librement, condamnez sévèrement sa faute , lancez contre elle les traits les plus piquants de la dérision et de la censure; on vous le permet^ Ah ! vous qui en discourez si hardiment, vous êtes plus heureuse qu'elle; mais ctes-vous plus innocente? On vous croit plus de vertu, plus d'amour du devoir ; mais Dieu , qui vous connaît , en juge-t-il comme les hommes? mais si les ténèbres qui cachent votre honte venaient à se dissiper , les pierres que vous jetez ne se tourneraient-elles pas contre vous-même? mais si un événement imprévu trahissait votre secret , l'audace et la joie maligne avec lesquelles vous censurez , n'ajouteraient-elles pas un nouveau ridicule à votre confusion et à votre opprobre ? Ah ! vous ne devez ce fantôme de réputation , dont vous vous gloritiez , qu'à des artifices et à des
ménagements, que la justice de Dieu peut confondra; et déconcerter en un instant : vous touchez peut-élre au moment où iUva révéler votre honte; et, loin de rougir dans le secret et dans le silence, lorsqu'on publie des fautes qui sont les vôtres , vous en parlez , vouales racontez avec complaisance ; et vous fournissez au public des traits dont il fera peut-être usage un jour contre vousmême : c'est la menace et la prédiction du Sauveur : Tous ceux ^i s*arment du glaive périront parle glaive (Matth., xxvi, 52) : vous percez votre frère avec le glaive de la langue ; vous serez percé du même gkiive à votre tour ; et quand vous seriez exempt des vices que vous blâmez si témérairement en autrui, le Dieu juste vous y livrera.
Non-seulement vous violez les règles saintes de la charité, mais de plus, vous éte& infracteur de celles de la justice. Car les fautes de votre frère sont publiques, je le veux ; mais plac«z-vous dans la même situation : exigeriez-vous de lui moins d'égards et moins d'humanité, parce que votre chute ne serait plus un mystère? croiriez-vous que l'exemple public donnât à votre frère , contre vous , un droit que vous en prenez contre lui-même? recevriezvous , pour justifier sa malignité , une excuse qui vous la rendrait encore plus odieuse et plus cruelle? D'ailleurs , que savez-vous si le premier auteur de ces discours publics, n'est point un imposteur ? n court tant de faux bruits dans le monde , et la malice des hommes les rend si crédules sur les défauts d'autrui ! que savezvous si ce n'est pas un ennemi , un concurrent , un envieux , qui a répandu cette calomnie par des voies secrètes , pour détruire celui qui traversait, ou ses passions, ou sa fortune ? ces exemples sont-ils fort rares? si ce n'est pas un imprudent , qui a donné lieu à tous ces discours par l'indiscrétion d'une parole lâchée sans attention et recueillie avec malice? ces méprises sont-elles impossibles? si ce n'est pas une conjecture débitée d'abord comme telle , et donnée ensuite comme une vérité? ces altérations ne sont-elles pas du caractère des bruits publics ? Qu'y avait-il de plus vraisemblable parmi les enfants de la captivité , que le dérèglement prétendu de Susanne? les juges du peuple de Dieu , vénérables par leur âge et par leur dignité , déposaient contre elle; tout le peuple en parlait comme d'une épouse infidèle; on la régardait comme l'opprobre d'Israël : cependant c'était sa pudeur même qui lui attirait ces ou-
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trages ; et 's'il ne se fût trouvé de son temps un Daniel , qui osât douter d'un bruit public, le sang de cette innocente allait souiller tout le peuple. Et, sans sortir de notre évangile , les discours sacrilèges , qui traitaient Jésus-€hrist d'imposteur et de Samaritain , n'étaient-ils pas devenus les discours publics de toute la Judée? les prêtres et les pharisiens , gens à qui la dignité dé leur caractère et la régularité de leurs mœurs attiraient le respect et la confiance des peuples, les appuyaient de leur autorité : cependant voudriezvous excuder ceux d'entre les Juifs qui , sur des bruits si communs , parlaient du Sauveur du monde comme d'un^éducteur, qui imposait à la crédulité des peuples? Vous vous exposez donc à la calomnie envers votre frère; quelque répandues que soient les censures qu'on fait de lui , sa faute , dont vous n'avez pas été témoin , est toujours douteuse pour vous ; et c'est une injustice que vous lui faites , d'aller publiant , comme vrai , ce que vous ne savez que par des bruits publics, souvent faux , et toujours téméraires.
Mais je vais plus loin : quand même la chute de votre frère serait certaine , et que la malignité des discours n'y aurait rien ajouté; d'où pouvez-vous savoir si la honte même de voir sa faute publique ne l'a pas fait revenir à lui, et si un repentir sincère et des larmes abondantes , ne Font pas déjà effacée et expiée devant Dieu? Il ne faut pas toujours des années à la grâce pour triompher d'un cœur rebelle : il est des victoires qu'elle ne veut pas devoir au temps ; et une chute publique est souvent le moment de miséricorde qui décide de la conversion du pécheur. Or, si votre frère s'est repenti , n'êtes-vous pas injuste et cruel , de faire revivre des fautes que sa pénitence vient d'effacer, et que le Seigneur a oubliées? Souvenez-vous delà pécheresse de l'Évangtle : ses désordres étaient publics, puisqu'elle avait été la pécheresse de la cité; cependant lorsque le pharisien les lui reproche , ses larmes et son amour les avaient effacés aux pieds du Sauveur : la bonté de Dieu lui avait remis sa faute; et la malignité des hommes ue pouvait encore l'en absoudre.
Ainsi , mes frères , vous surtout que le rang et la naissance élève au-dessus des autres , ne vous contentez pas de mettre un firein à votre langue ; offrez encore aux discours de la médisance, un visage triste et sévère , selon l'avis de l'Esprit saint, un silence de désaveu et d'indignation : car le crime est ici égal , et dans la
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maKgnitc de celui qui parle , et dans la complaisance de ceux qui écoutent.
Si la médisance trouvait nrtoins d'approbateurs , le royaume de Jésus-Christ serait bientôt purgé de ce scandale : on plaît en médisant, et un vice qui plaît devient bientôt un talent aimable : nous animons la médisance par nos applaudissements; et comme il n'est personne qui ne veuille être applaudi , il n'fest presque aucun aussi qui ne se fasse un art et un mérite de médire.
(Sermon pour le lundi de ta 4' semaine de Carême. )