‹ Sermons (volume 2)Chapitre 2 sur 3 · COMMUNION DE NOËL · texte numérisé non relu

COMMUNION DE NOËL

Seigneur 1 tu laisses maintenant aller ton serviteur en paix , selon ta parole ; car mes yeux ont va ton salut 1

(Luc, II, 29, 30.)

Si la lecture de la bible vous est familière , ces paroles du vieillard Siméoo vous auront rappelé les paroles d'un autre vieillard, qui offrent avec celles-ci ud rapport frappant et merveilleux. En lisant les bénédictions prophétiques que Jacob, sur son lit de mort, adressait à ses douze fils , vous aurez remarqué une exclamation soudaine , étrange, sans lien apparent avec ce qui précède ou ce qui suit , par laquelle le patriarche interrompt tout-à-coup la description du sort à venir des diverses tribus d'Israël : « ô Eternel, » s'écrie-t-il , «j'ai attendu ton salut! » La parole de Siméon que nous avons choisie pour texte est la ré-

mal et à prier pour eux , vous ne pourrez pas à votre heure dernière remettre votre ftme en paix entre les mains du Seigneur Jésus. Préparons-nous donc à ce moment redoutable , non-seulement par la foi, mais encore par la charité; supplions notre père céleste de verser en nous abondamment cette charité dont il est la source éternelle ; et avec le secours de sa grâce , qui ne manquera point à nos efforts, arrachons de nos cœurs toute racine d'amertume et d'irritation.

Cette prière d'Etienne mourant en faveur de ses bourreaux ne resta pas sans réponse. Elle fut exaucée d'une manière merveilleuse, peut-être pour plusieurs de ses ennemis , mais bien certainement pour l'un d'eux , pour ce jeune homme transporté d'un zèle si amer, aux pieds duquel les témoins avaient déposé leurs vêtements. Sans vouloir prononcer avec saint Augustin que « si Etienne n'avait pas prié, l'église n'aurait pas eu saint Paul , » nous ne pouvons que voir dans la conversion admirable de ce persécuteur de Jésus-Christ une réponse du Seigneur à la prière de son martyr. 11 est probable que la vue de la mort d'Etienne commença de jeter dans le cœur de Saul les premiers germes de cette vie nouvelle , qui devait éclater plus tard par des fruits si beaux. Il ne put qu'être frappé du courage héroïque et de la charité sublime du martyr , surtout en les rapprochant de l'aveugle rage, de la soif de sang et de vengeance

3* 8TIENNB.

qui animait ses meurtriers. Sans doute pendant cette exécution cruelle , à laquelle il ne resta pas étranger, quelques cordes de son cœur naturellement généreux vibrèrent eu harmonie avec le dévouement d'Etienne, ei il regretta tout au moins qu'un tel homme ne fût pus mort pour une meilleure cause. En poursuivant « carrière de persécutions il dut se rappeler souvent celle scène à la fois si triste et si bella Tandis qu'il ruvugctit réglée, quil ne respirait que menaces et carnage contre les disciples du Seigneur , le tableau de la mort d'Etienne dut plus d'une fois se retracer à sou esprit sous de vives couleurs, et ce souvenir dut contribuer à ébranler sa confiance dans le zèle qu'il croyait déployer pour la gloire de Dieu. Et quand , renversé miraculeusement sur le chemin de Damas, ébloui par uue lumière éclatante venant du ciel , il entendit une voix qui loi dit : « Saul , Saul , pourquoi me persécutes-tu ?» il dut se rappeler alors avec un intérêt tout nouveau le jugement d'Etienne , et la vision glorieuse qui s'était montrée à ses regards mourants. S il avait pu douter jusqu'alors de la réalité de cette vision , sa propre expérience lui prouvait maintenant qu'il n'y avait aucune illusion dans le témoignage du martyr. Que d'humiliation et d'amertume il dut trouver dans cette pensée! 11 avait lutté jusqu'alors contre les appels de sa conscience, et maintenant, en réponse à sa question, « qui es-tu, Seigneur? » il s'entend dire : « je suis Jésus que tu

persécutes; » ce même Jésus qu'Etienne confessait, dont il a vu la gloire , pour lequel il est mort, tandis que toi tu poussais le bras de ses meurtriers! Cette, voix qui pénètre au fond de son cœur fait de lui un nouvel homme. C'en est fait, la prière d'Etienne est exaucée : Saul le persécuteur s'humilie, il se repent, il pleure, il prie Jésus à son tour; et celui qui venait à Damas pour détruire l'église commence aussitôt à prêcher dans les synagogues que Christ est le fils de Dieu.

Il est une autre circonstance dans la vie de Paul qui dut lui rappeler bien vivement la mort d'Etienne. En poursuivant le cours de ses travaux apostoliques il vint à Lystre , où il fut adoré un jour pour avoir opéré la cure merveilleuse d'un impotent , et lapidé le lendemain à l'instigation des Juifs, qui le traînèrent hors de la ville et le laissèrent pour mort. Cette épreuve dut être particulièrement douloureuse pour Paul , en lui rappelant qu'il avait autrefois fait mourir un serviteur de Christ par un semblable supplice. Il y avait là quelque chose qui ressemblait à une juste rétribution ; mais l'apôtre trouva aussi dans l'exemple de foi et de patience laissé par Etienne un puissant soutien contre les douloureux souvenirs démette scène. Il se réjouit sans doute de ce qu'il lui était donné de souffrir maintenant , pour la cause de son maître , les mêmes douleurs qu'il avait jadis infligées à d'autres.

paix du pécheur sauvé, s'appuyant sur la volonté même de Dieu, est solide et inébranlable comme Dieu lui-même; et pour la renverser il faudrait dépouiller ce maître souverain de sa puissance éternella Ce n'est plus l'homme qui se livre à une vague espérance de conquérir le salut par ses propres efforts, espérance toujours trompeuse et toujours trompée : c'est Dieu qui dit à l'homme succombant sous le sentiment de son impuissance : « pauvre pécheur perdu et condamné par tes péchés , ne crains point : c'est moi qui veux te sauver. Renonce à ce salut illusoire que ta m voudrais te donner toi-même : accepte mon salut , lfe* salut que j'ai accompli pour toi et que je t'offre gra- •-* Utilement Regarde : pour te sauver j'ai quitté mon trône de gloire , je suis descendu sur la terre, j'ai pris la forme d'un serviteur , j'ai été mis au rang des criminels , je suis mort sur une croix ! » Comment, après que ton Dieu a fait tout cela pour te sauver, pourrais-tu songer encore, pauvre pécheur, à te sauver toi-même ? Ah ! si tu avais pu toi-même acheter le salut, crois-tu donc que le maître du ciel et de la terre eût tant souffert pour te l'acquérir? Non, non, renonce à toi-même et à tes prétendus mérites, jette loin de toi toute cette fausse monnaie dont tu voudrais payer le salut, reçois la vie éternelle comme une grâce que Dieu t'accorde « sans argent et sans aucun prix, » donne-lui seulement ton cœur, et tu seras sauvé. Alors tu pratiqueras toutes les vertus morales par

tiers de ton zèle et de ta foi, ont recueilli avec an pieux respect cette dépouille sacrée , ils Tout portée au tombeau et ils ont mené sur toi « un grand deuil. » Ils ont pleuré en toi l'ami du pauvre, le frère du malheureux, la force et le soutien du timide , le fidèle témoin de l'évangile , le courageux soldat de Jésus- Christ. « Que je meure de la mort des justes, et que ma fin soit semblable à la leur! »

Tu dors! les passions humaines ont continué de s'agiter autour de ta tombe : les méchants ont continué d'opprimer les justes , les chrétiens ont été livrés aux flammes et aux bêtes , des guerres ont remué le monde , des révolutions ont renversé les empires, le sang des hommes a coulé comme de l'eau sur les champs de bataille et sous le fer des persécuteurs : mais toi, tout ce mal ne t'atteint plus, tout ce bruit ne trouble pas ton paisible sommeil. Tu reposes « là où les méchants ne tourmentent plus personne , là où demeurent en repos ceux qui ont perdu leur force, là où ceux qui étaient dans les liens jouissent de la liberté et n'entendent plus la voix de l'exacteur \ » (( Que je meure de la mort des justes , et que ma fin soit semblable à la leur I »

Tu dors , et que ne pouvons-nous dormir avec toi I que ne pouvons-nous fuir loin des agitations, des déceptions, des injustices, des deuils, des déchirements

'Job, III, 47, 48.

verse bientôt au souffle de répreuve, ou s'évanouit au creuset de la tentation. Ah ! goûtons enfin le bonheur ineffable de nous plonger tout entiers dans cet océan de grâce , dont les flots ont couvert le monde à la voix d'un Dieu sauveur! Recevons la vie éternelle comme un trésor que Dieu nous a donné, que nul ne peut nous ravir ; et puisons dans la joie de cet immense bienfait un amour sans bornes pour celui qui nous a tant aimés, un dévouement sans réserve au service d'un tel bienfaiteur !

Le second caractère qui distingue ce salut qu'attendait Jacob et que contempla Siméon , c'est qu'il repose sur la parole du Seigneur. « Tu laisses maintenant aller ton serviteur en paix, selon ta parole. » Le salut est un bien relatif à l'avenir, et nous ne le possédons dans ce monde que par la foi; il tire toute sa •force et toute sa réalité même de la parole du Seigneur qui nous le promet. « Si nous sommes sauvés, c'est en espérance, » dit l'apôtre. Ce caractère du salut était surtout frappant pour les fidèles de l'ancienne alliance; il n'existait pour eux que dans la parole de l'Eternel. Durant quatre mille ans l'église dut se contenter de celle parole ; l'Eternel avait promis, c'était assez : et forts de cette promesse du Seigneur, les fidèles attendaient en paix le jour de l'accomplissement. Il y a quelque chose de bien admirable dans cette attente de l'ancienne église, qui se contente de

croire et de saluer de loin les promesses de son divin chef, qui se trouve plus riche de ces seules promesses qu'elle ne pourrait l'être de tous les trésors de la terre, et qui n'hésite pas à sacrifier tout le reste à la seule espérance d'un bien qu'elle ne devait jamais voir ici-bas. Cette généreuse espérance ne devait point être trompée : le Seigneur n'a pas manqué de dégager sa parole au temps qu'il avait annoncé luimême ; et le vieux Siméon placé sur la limite des deux alliances, donnant une main à l'église de Sion, une autre à l'église de Golgotha , a pu dire au nom de l'ancienne église tout entière, en recevant dans ses bras l'enfant de la promesse : « Seigneur ! tu laisses maintenant aller ton serviteur en paix, selon ta parole : car mes yeux ont vu ton salut ! »

Pour nous aussi, mes bien-aimés frères, le salut repose tout entier sur la parole de l'Eternel. La différence entre l'Israélite fidèle et le chrétien croyant > c'est que l'Israélite attendait le premier avènement de Jésus-Christ dans l'infirmité de sa chair mortelle, tandis que le chrétien attend son second avènement dans l'éclat de sa gloire éternelle. Que possédons-nous ici-bas, de notre salut, sinon une parole, une parole de Dieu? Tous nos trésors sont renfermés dans cette parole, et n'ont d'existence'que dans l'avenir. Us ne sont pas venus encore, « les temps de rafraîchissement attachés à la présence du Seigneur; » elles ne sont pas encore ouvertes devait nous les

demeures de la félicité éternelle ; les couronnes ne sont pas encore sur nos têtes ni les palmes dans nos mains; nous marchons ici-bas dans la douleur et l'obscurité ; et si notre espérance était bornée à cette vie, « nous serions, » dit l'apôtre, ce les plus malheureux de tous les hommes. » Mais nous possédons une chose, et cette chose nous met au-dessus des plus riches, des plus puissants, des plus heureux d'entre les hommes: c'est la parole de notre Dieu. Quelle n'est pas la puissance d'une parole, même sur la terre 1 Une simple signature, la simple déclaration de la volonté d'un homme, suffit pour attacher une fortune entière à un morceau de papier qui n'a par lui-même aucune valeur : quelle ne sera donc pas la vertu toute-puissante de la parole du roi des rois, du maître souverain des cieux et de la terre ; et combien ne seront-ils pas riches ceux qui posséderont cette parole, qui auront, fondé sur cet engagement immuable toutes leurs espérances de bonheur! ce Dieu, » nous dit l'apôtre, « voulant montrer plus abondamment aux héritiers de la promesse l'immutabilité de son conseil , y a fait intervenir un serment; afin que par le moyen de deux choses immuables , dans lesquelles il est impossible que Dieu mente, nous ayons une ferme consolation , nous qui avons notre refuge à saisir l'espérance qui est devant nous, et que nous tenons comme une ancre de

l'Ame, sûre, ferme, et qui pénètre au-deSà du voile»

Ah ! c'est là seulement, c'est dans la seule parole du

Seigneur que nous pouvons trouver la paix ; là seulement il y a du repos pour notre âme fatiguée à la recherche de la vérité , « ballottée à tout vent de doc* trine » et à tous les systèmes humains ! Notre salut, notre sécurité , notre vie n'est que dans la foi. Avouons* le, malgré tout ce qu'ont de solide et de frappant les preuves qui établissent la divinité de l'évangile; malgré tous ces témoignages magnifiques que déposent en sa faveur les plus nobles intelligences , les plus beaux génies qui aient paru sur la terre, tout cela ne suffit pas encore pour chasser à jamais le doute de nos cœurs : il y a des moments où ce doute angoissant revient nous torturer, où nous sentons que tous les raisonnements humains, que toutes les considérations intellectuelles sont impuissantes à nous satisfaire, et qu'il n'y a de refuge pour notre cœur que dans une confiance absolue, surnaturelle, irraisonnée, aux déclarations du Seigneur. Montaigne disait que le doute est un oreiller commode et doux pour s'endormir au milieu des agitations de la vie ; mais nous sentons trop que c'est là un mensonge, et que ce repos paisible dont notre cœur a besoin ne se trouve pas là où le plaçait le philosophe sceptique; il n'est pas dans le doute, pas plus que dans aucun système de philosophie humaine : il n'existe que dans la foi, dans ce complet abandon , dans cette confiance absolue qui ne se raisonne pas, qui ne se justifie point par la logique humaine, et qui nous fait aventurer notre avenir

éternel sur une parole du Seigneur ! Les obscurités peuvent se presser sur notre chemin et dans notre cœur, la douleur peut nous atteindre, la maladie peut nous faire sentir ses cruelles étreintes, nous pouvons perdre ce que nous aimons le mieux sur la terre, tous les appuis humains peuvent nous manquer à la fois: que nous importe? noire espérance repose sur quelque chose que rien d'humain ne peut atteindre : c'estla parole de notre Dieu ; et nous savons qu'un jour viendra où, pour nous comme pour Siméon , il nous fera « selon sa parole ! »

Toutefois nous n'en sommes pas réduits à la seule attente ; le Seigneur ne nous laisse pas livrés uniquement à cette foi obscure et presque aveugle, qui est obligée de croire sans voir, et qui n'a son point d'appui que dans l'avenir. Il est des moments dans la vie chrétienne où la foi devient si claire et si vive qu'elle se change presque en vue ; où le fidèle sent d'une manière si saisissante la vérité des choses qu'il espère, qu'il les goûte déjà par avance; où le salut devient pour nous une réalité vivante, que nous pouvons comme voir de nos yeux et toucher de nos mains : et c'est là encore un des caractères de ce salut que Jacob saluait en espérance, et que contempla Siméon. C'est dans un de ces moments où la foi se change en vue que Siméon reçut dans ses bras l'enfant Jésus et qu'il s'écria : « mes yeux ont vu ton salutl » Pour luj

LE CANTIQUE DE SIMÉOft. 407

le salut avail pris en ce moment une forme visible et palpable; il le portait dans ses mains, il le pressait sur son cœur; et autant il était assuré de tenir entre ses bras ce petit enfant qui souriait au regard de sa foi , autant il était assuré que Dieu lui avait donné la vie éternelle.

Cette vue radieuse du salut , qui faisait la joie de Siméon , peut devenir aussi et doit devenir en effet notre partage, même dans cette vie d'épreuve et d'obscurité. Nous ne sommes pas appelés à tenir dans nos bras l'enfant Jésus; nous ne verrons jamais ici-bas ce. sauveur adorable « sur les lèvres duquel la grâce était répandue, » et qui est « plus beau qu'aucun fils des hommes : » mais nous pouvons pourtant le posséder, nous pouvons pourtant réaliser sa présence d'une manière aussi certaine que si nous le contemplions des yeux de la chair ; nous pouvons et nous devons en venir à dire avec saint Jean : « ce que nous avons entendu , ce que nous avons vu de nos yeux , ce que nous avons contemplé, et que nos mains ont touché de la parole de vie, c'est là ce que nous annonçons. » Quel est le chrétien fidèle qui n'ait senti parfois de cette manière la présence du Seigneur, qui n'ait vu son sauveur et son Dieu? Dieu a bien d'autres moyens de se manifester à nous que les organes des sens : bien plus, ces organes matériels et grossiers ne sont pas la source de certitude la plus puissante ni la plus absolue. Je sais certain de

ce que j'ai va de mes yeux : mais je sais plas certain encore, s'il est possible, de ce qoe Dieu a dit à mon cœur par son Esprit Les faits de l'ordre moral sont plus certains que ceux de l'ordre physique. En effet, pour effacer la trace d'an fait de l'ordre physique , il suffit de détruire un sens : tandis que pour anéantir la preuve d'une vérité morale , il faudrait anéantir cette âme que Dieu a faite immortelle. Qu'an homme naisse aveugle ou sourd , et pour lui les sons ou les couleurs seront comme n'existant pas : mais il aurait beau être privé de tous les sens, il portera toujours au-dedans de lui la preuve de l'existence de Dieu, parce que Dieu lui parle par la conscience. Eh bien! ce même Dieu qui parle à l'homme naturel par la conscience, parle à l'âme fidèle par son Saint-Esprit; cet esprit de lumière et de puissance noua rend présentes les choses de la foi , d'une manière plus immédiate encore et plus certaine que ne pourrait le faire une vue matérielle.

Hais qu'ai-je besoin de m'étendre longuement sur ce caractère du salut dans un jour comme celui-ci : dans un jour où le Seigneur veut réellement, comme il fit pour Siméon , se laisser voir à nos ye*x et toucher de nos mains! Quand nous tiendrons dans nos mains , quand nous porterons à nos lèvres ce pain et ce vin de la cène , vivants symboles , mystérieuse communion du corps et du sang de Christ, ne seronsnous pas aussi assurés de le posséder, ce doux et

poissant sauveur, que pouvait l'être Siméon lorsqu'il tenait dans ses bras l'enfant Jésus; et ne pourronsnous pas , en quittant la table sacrée , répéter avec lui : « mes yeux ont vu ton salut! »

Ce n'est pas seulement dans la cène que la fête d'aujourd'hui met sous nos yeux ce sauveur qui est l'objet de noire foi. Elle nous le montre dans cette crèche qui fut son berceau , adoré des bergers et des mages, acclamé par les milliers de l'armée céleste, brillant dans son abaissement d'une gloire toute divine. Ah ! ce n'est pas un souvenir froid et mort que celui qui s'attache aux solennités chrétiennes ! 11 y a ici plus qu'un souvenir : il y a une réalité. 11 y a comme une relation vivante établie par ces rites sacrés entre notre Ame et les objets qu'ils nous retracent. Quant à moi , les fêtes chrétiennes me transportent dans les grandes scènes de la vie du sauveur comme au milieu de saisissantes réalités. Au jeudi saint je le vois dans la chambre haute, prenant son dernier repas avec ses disciples, leur distribuant la coupe et le pain , et je l'entends leur dire de sa voix pénétrante et douce : « en vérité, en vérité, l'un de vous me trahira ! » Au vendredi saint je le contemple cloué sur une croix entre deux brigands, je m'approche avec le disciple bien-aimé , je recueille sa dernière prière et son dernier soupir , et je ne m'éloigne du pied de cette croix qu'arrosé do sang de la nouvelle alliance répandu pour la rémission des

péchés. Au jour de Pâques je le vois triomphant du tombeau par la puissance glorieuse de son père, j'assiste à son entretien avec Marie, j'écoute ses dernières instructions à ses amis , pour le suivre bientôt montant au ciel sur une nuée en présence des disciples ravis d'admiration. Et dans cette fête si touchante et si belle qui nous réunit aujourd'hui, je m'approche avec les bergers de la crèche où est couché mon sauveur, avec eux je me prosterne devant lui et je l'adore; je le vois porté au temple et présenté au Seigneur par ses parents, je le vois accueilli et célébré par Anne, la veuve selon Dieu; je vois le vieux Siméon le recevoir dans ses bras en versant des larmes de joie , et j'entends sortir de sa bouche fidèle cette parole qui traduit les sentiments de mon cœur : « mes yeux ont vu ton salut I »

Le dernier caractère de ce salut, tel qu'il se révèle dans les paroles de Siméon, c'est qu'il nous met en état de mourir en paix. «Seigneur! tu laisses maintenant aller ton serviteur en paix, » c'est-à-dire, évidemment : tu laisses- mourir ton serviteur en paix. Après avoir vu Jésus, et dans cet enfant divin l'accomplissement de la parole du Seigneur, Siméon pouvait mourir en paix.

11 mourait en paix , parce qu'il savait que les promesses étaient accomplies, parce que la longue attente de l'église était justifiée à ses yeux, parce qu'il ne pouvait conserver aucun doute sur la vérité de cette ré-

vélation divine qui commence à notre premier père , pour continuer par Moïse et par les prophètes , et se terminer enfin dans la personne du messie. Siméon avait reçu de Dieu la promesse de vivre jusqu'à ce qu'il eût vu le messie. Dès-lors, de l'accomplissement de celte promesse dépendait pour lui la vérité de l'ancienne alliance tout entière. Aussi longtemps que Christ n'avait point paru, il pouvait manquer quelque chose à la fermeté de sa foi ; des doutes pouvaient encore s'élever dans son esprit ; il se demandait peut-être quelquefois avec anxiété si les prophéties étaient vraies, si l'attente des croyants n'était point vaine, si les Abraham, les Moïse, les David et tant d'autres qui étaient morts dans la foi, ne s'étaient pas reposés sur une espérance illusoire. Dès qu'il a vu le messie, dès qu'il a tenu l'enfant divin dans ses bras, toutes les incertitudes s'évanouissent, tous les doutes s'effacent, toutes les obscurités se dissipent, et il peut mourir en paix.

Il mourait en paix, surtout, parce qu'en reconnais* sant la vérité de toutes les promesses de l'ancienne alliance , il savait par là même que ses péchés étaient effacés et qu'il n'y avait plus pour lui de condamnalion. Il savait que ce faible enfant qu'il avait sous les yeux était la sainte victime annoncée par David , par Esaïe et par Daniel ; il le voyait déjà « entouré d'une assemblée de méchants, » « les mains et les pieds percés, » « retranché du monde, mais non pas pour

soi ; » il le voyait « navré pour nos forfaits et frappé pour nos iniquités , mené à la boucherie comme une brebis muette, laissant tomber sur soi le châtiment qui nous apporte la paix, et nous achetant la guérison par ses meurtrissures. » Siméon s'appliquait par la foi ce divin sacrifice , il en recueillait le fruit ; et bien qu'il doive quitter aussitôt, après l'avoir à peine entrevu, ce messie attendu si longtemps, il meurt en paix parce qu'il est assuré d'une félicité éternelle après sa mort. Mes frères, pour nous aussi le secret de mourir en paix ne se trouve que dans la possession de Christ. C'est quand nous avons reçu Christ dans notre cœur par la foi comme Siméon le reçut dans ses bras , c'est alors seulement que nous pouvons dire comme lui : a Seigneur I tn laisses aller ton serviteur en paix. » Alors tous les événements du monde nous paraissent de peu d'importance auprès des dispensations merveilleuses par lesquelles Dieu a voulu amener notre salut; nous oublions tout le reste à contempler cet abtme d'amour « où les anges s'efforcent de voir jusqu'au fond , » et nous disons avec saint Paul : « je regarde toutes les autres choses comme une perte, en comparaison de l'excellence de la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ » Alors aussi nous marchons sans crainte à la rencontre de ce jugement éternel qui est suspendu sur nos têtes, et qui fait de la mort « le roi des épouvantements » pour quiconque n'a pas donné son cœur à Jésus. Hors de Jésus , il n'y a point de paix

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véritable en présence de la mort. Il peut y avoir étourdissement, oubli volontaire de la mort et du jugement ; il peut y avoir illusion, espérance trompeuse fondée sur une vue fausse du péché et de la sainteté divine ; il peut y avoir mensonge , effort violent du pécheur pour en imposer aux autres sans pouvoir se tromper lui-même : mais une paix réelle, solide, profonde en présence de la mort, cette paix-là ne se trouve qu'en Jésus-Christ 11 faut que nous ayons cru et que nous ayons connu que le Bis de Dieu est venu du ciel sur la terre pour nous sauver, qu'il fest offert pour nous en victime d'expiation à la justice divine -, que tous nos péchés ont été condamnés et punis dans sa personne sans tache ; il faut que nous-l'ayons vu par la foi naissant dans l'étable de Bethléem , grandissant comme un simple fils des hommes, vivant d'une vie semblable en tout à la nôtre excepté dans le péché , méprisé et rejeté de son peuple , n'ayant pas un lieu où reposer sa tète, souffrant la faim, la soif, la fatigue, l'abandon de ses proches, la trahison de son ami, courbé en Gethsémané sous le poids d'une agonie sanglante , arrêté comme un malfaiteur, condamné par un jugement dérisoire , livré aux plus vils opprobres , battu de verges , couronné d'épines, cloué sur une croix — et tout cela pour nous, à notre place, pour souffrir la peine de nos péchés : il faut que toutes ces choses soient devenues pour nous des réalités, comme Tétait pour Siméon la présence de cet enfant qu'il tenait dans

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ses bras : il but tout œlt pour que nous prissions mourir en paix. Mourir en paix! céleste trésor! seule cbose vraiment nécessaire ! seul bot de la vie digne d une créature immortelle : car cette vie , qui n'est qu un passage rapide à une antre existence , n'a de prix qu'autant qu'elle nous prépare à ce qui doit suivre. Celui-là est véritablement heureux , et cdui-là seul est heureux, qni n'a pas à craindre h mort; qui 1 attend comme une messagère de bonnes nouvelles: qui peut s avancer es paix au-devant de tous les événements de la vie, assuré que, quoi quH arrive, son âme est sauvée pour [éternité; qui , chaque soir en s'endormant « peut se dire : dussé-je mourir cette même, ma place est marquée auprès île Jésus le ciel; qui, à toutes les agitations, à toutes les douleurs, à tous les deuils de cette vie, peut opposer la certitude d un prochain dékgement vers une félicité éternelle:

La connaissez -voas par expérience, nés bienaimès frères, cette paix en présence de la mort, cette paix qui %ieut de Jésus et de & seul, qui rayonne de fenfrat de Bethléem ans» i:«u que du cradfié de Go^viia? ava-waas dêfos? prar toujours au pied de la croix ie ftrdaau de toutes vos cruautés» de tous vos peebes » de tome nxw coudamsaùn. de loules u>s&*ùev$? Aveu-n^saç gras à d e s ey i e r de 1 Kéflues p«r ne puas e^rar qu en Chrè* et sata? fQssedae-tvtas a w <t at tfc . et |

dire avec Siméon : « Seigneur! tu laisses maintenant aller ton serviteur en paix ; car mes yeux ont vu ton salut? » Ah ! si vous étiez encore étrangers à cette paix de Jésus, pourquoi ne commenceriez- vous pas aujourd'hui même à la goûter , et quel moment plus favorable pourriez -vous attendre pour l'acquérir? « c'est à présent le temps favorable, c'est aujourd'hui le jour du salut ! ^aujourd'hui Jésus vient à vous d'une manière plus pressante et plus tendre encore que d'ordinaire, pour vous offrir sa paix. 11 se présente sous les traits les plus doux , les plus attrayants possible; il voile , pour se mieux rapprocher de vous , l'éclat de sa divinité ; il laisse dans le ciel sa gloire , sa justice et sa puissance , et vous n'avez devant les yeux, comme Siméon, qu'un faible et doux enfant qui vous tend les bras et vous sourit avec amour. Ne voulezvous pas l'accueillir avec Siméon et le presser sur votre cœur? ne voulez- vous pas éprouver tout ce qu'il y a de joie, de vie, de salut dans cet enfant divin , et pouvoir vous aussi retourner en paix dans vos maisons après avoir vu le Seigneur ?

Et vous en particulier, frères et sœurs avancés en âge, vous qui approchez du terme de votre pèlerinage terrestre , ah ! c'est à vous surtout que j'ai à cœur d'adresser , en terminant, un sérieux et tendre appel. Cette nouvelle fête de Noël, cette nouvelle année qui va finir est une voix qui vous crie que le temps est court, e(*que bientôt il vous faudra parât

Ire devant le Seigneur : étes-vous prêts? avez- vous comme Siméoo reçu dans voire cœur le salut de Dieu, el pouvez-vous comme lui vous en aller en paix ? Que la fin de la vie est douce et belle lorsqu'elle est consacrée au Seigneur ! Qu'il est beau de voir un serviteur ou une servante de Christ employer ses dernières forces et ses dernières paroles à glorifier son Dieu sauveur I Qu'y a-t-il de plus-admirable sous le soleil qu un vieillard chrétien chez qui , « à mesure que rhotutne extérieur déchoit, Homme intérieur se renouvelle de jour en jour; »qui mûrit paisiblement pour la gloire éternelle ; qui voit approcher sans crainte rheure du délogeaient ; et qui , lorsque cette heure est venue, s endort en paix, heureux d'échanger les épreuves et les obscurités de la vie présente contre les joies de la vie éternelle et la vue ravissante de son Dieu 1 O que telle puisse être la fin de votre course, frères et sœurs qui nous devancez sur le chemin de l'éternité , vous que nous aimons et que nous vénérons comme nos pères et nos mères ! Que toutes nos veuves deviennent des Anne, et nos vieillards des Siméon, « justes et craignant Dieu, attendant la consolation d'Israël , » et s'en allant en paix prendre possession du salut de Dieu !

Mais c'est ton œuvre de toucher les cœurs , Seigneur Jésus, divin enfant de la promesse I parle toimême à nos âmes par ton Saint-Esprit ; parle-nous par ce regard perçant et tendre fbnt tu as le secret

et qui triomphe de la dureté de nos cœurs; parlenous par ce pain et ce vin sous lesquels tu voiles (a divinité; parle-nous par cette crèche obscure où tu as voulu cacher ta puissance et ta gloire ; qu'il nous soit donné aujourd'hui de te trouver , de te voir , de te posséder en réalité ; et qu'après nous être approchés de ta crèche et de ta croix, nous puissions chanter , non pas des lèvres seulement mais du fond du cœur, ce cantique de tes rachetés : « Seigneur, tu laisses maintenant aller en paix tes serviteurs et tes servantes : car nos yeux ont vu ton salut 1 » Amen.

25 décembre 1849.

LE MILLENNIUM.

Après cela, je vis descendre du ciel un ange qui avait la clef de l'abîme, et une grande chaîne en sa main ; lequel saisit le dragon, c'est-à-dire le diable et Satan , et le lia pour mille ans ; et il le jeta dans l'abîme , et l'enferma , et mit le sceau sur lui , afin qu'il ne séduise plus les nations, jusqu'à ce que les mille ans soient accomplis ; après quoi il faut qu'il soit délié pour un peu de temps.

Et je vis des trônes , sur lesquels des gens s'assirent , et l'autorité de juger leur fut donnée ; et je vis les âmes de ceux qui avaient été décapités pour le témoignage de Jésus , et pour la parole de Dieu, qui n'avaient point adoré la bête , ni son image, et qui n'avaient point pris sa marque sur leur front ni à leur main ; lesquels devaient vivre et régner avec Christ mille ans.

Mais le reste des morts ne doit point ressusciter jusqu'à ce que les mille ans soient accomplis ^ c'est la première résurrection.

Bienheureux et saint est celui qui a part à la première résurreotion ! la mort seconde n'a point de puissance sur eux ; mais ils seront sacrificateurs de Dieu et de Christ , et ils régneront avec lui

mille ans.

(Apocalypse, XX, 4-6.)

11 est rare que nos prédications portent sur les pro-

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phéties, et surtout sur les prophéties non accomplies. Plusieurs motifs nous engagent à cette réserve.

D'abord , l'étude des prophéties non accomplies n'a qu'une importance secondaire, et n'est pas essentielle au salut. Il est nécessaire pour être sauvé de savoir que Jésus est le Christ et qu'il est mort sur la croix pour nos péchés; mais il ne l'est pas de savoir précisément quelle sera la nature de ce règne glorieux du sauveur qui nous est annoncé pour les derniers jours. Evidemment il est du devoir des ministres de l'évangile de s'attacher préférablement, dans leurs prédications, à ce qui est essentiel qu'à ce qui est secondaire, à la première venue de Christ plutôt qu'à son dernier avènement.

De plus, et précisément parce qu'elles ne sont pas essentielles au salut, les prophéties non accomplies sont enveloppées d'une assez grande obscurité. Tout ce qui, dans les enseignements bibliques , est nécessaire à connaître pour être sauvé, est d'une clarté admirable et ne saurait donner lieu, pour des esprits non prévenus , à des interprétations différentes. C'est ainsi que tout homme qui lit la bible sans prévention ne peut pas ne pas y trouver la mission divine du sauveur et sa nature divine, l'expiation du péché par son sang, la nécessité de la foi et du changement du cœur par le Saint-Esprit. Mais à côté de ces enseignements clairs parce qu'ils sont nécessaires , il s'en trouve d'autres qui, tout en ayant leur importance relative, tout en

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offrant un sérieux intérêt, ne sont pourtant pas essentiels au salut ; et le Seigneur n'a pas jugé à propos que ces enseignements-là nous fussent présentés avec la même clarté que les premiers. Les prophéties, non accomplies sont de ce nombre : elles sont obscures à bien des égards , et cette obscurité même est une preuve de la sagesse de Dieu. Si les prophéties eussent élé d'une clarté telle que par leur moyen nous eussions pu connaître l'avenir aussi clairement que l'histoire nous fait connaître le passé, il en serait résulté de graves inconvénients. Cette lumière jetée d'avance sur les événements futurs eût sans doute contrarié l'action des causes secondes par lesquelles Dieu voulait en amener l'accomplissement; elle n'eût peut-être pas été compatible avec le jeu spontané delà liberté humaine. De plus, si les fidèles avaient pu ainsi, au moyen des prophéties, lire à livre ouvert dans les scènes glorieuses de l'avenir, sans doute cette vue magnifique aurait absorbé toutes leurs facultés, et les aurait distraits des devoirs positifs, pratiques, humbles, qu'ils ont à remplir dans le moment présent. Malgré l'obscurité des prophéties nous voyons bien des chrétiens égarés par leur étude, séduits par les interprétations plus ou moins plausibles qu'ils leur assignent, perdre de vue les choses essentielles de la religion , les intérêts actuels et pressants de l'évangile : que serait-ce si les prophéties étaient aussi claires que l'évangile même? Ce fait prouve que l'élude des prophéties n'est pas

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sans écueils ni sans dangers ; et c'est là encore nn motif qui doit engager à ne s'y livrer qu'avec modération. Ceux qui s'adonnent à cette étude d'une manière trop exclusive en viennent facilement à reléguer sur le second pian les grandes vérités de la foi , pour accorder leur premier intérêt à des spéculations curieuses peut-être et souvent attrayantes, mais presque toujours stériles pour la vie pratique , et quelquefois même dangereuses. La liste serait longue des systèmes téméraires, et parfois insensés, qui ont pris leur source dans l'étude trop exclusive des prophéties. Déjà dans les premiers siècles de l'église, pendant les persécutions suscitées par les empereurs romains , on a vu des chrétiens , égarés par une fausse interprétation des prophéties, se figurer que le règne de Christ était proche, se représenter ce règne comme une époque de jouissances temporelles pour l'église, et croire le millennium arrivé quand le christianisme monta sur le trône des césars dans la personne de Constantin. L'époque de la Réformation, qui en faisant revivre l'étude de la parole de Dieu ramena aussi l'attention sur les prophéties , vit éclore des aberrations non moins funestes. Certains hommes, à force de contempler les visions éclatantes de l'Apocalypse, à force de désirer l'accomplissement des promesses qu'elles renferment, finirent par éprouver quelque chose du ravissement où leur aspect avait jeté le prophète qui nous les a transmises. Impatients

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de hâter les progrès, trop lents à leur sens, de la vérité , persuadés que le glorieux royaume de Christ était prêt à paraître , ils s'imaginèrent qu'ils étaient appelés à concourir directement à son avènement, qu'ils étaient eux-mêmes les acteurs choisis de Dieu pour accomplir la prophétie; et d'aberration en aberration, ils en vinrent enfin à prendre les armes, des armes charnelles et sanguinaires , pour fonder sur la terre un royaume spirituel et divin. Telle fut la véritable origine des excès commis par les anabaptistes , et si vivement combattus par Luther. Plus tard , en Angleterre, divers commentateurs des prophéties appliquèrent les visions de l'Apocalypse aux événements et aux personnages contemporains, et annoncèrent avec la plus téméraire assurance la fin du dixseptième siècle comme devant être l'époque où l'ordre de choses actuel ferait place à la venue glorieuse du Seigneur. Il en fut de même à la fin du dix-huitième siècle, pendant l'effervescence générale des esprits occasionnée par la révolution française. En général les fins de siècle ont presque toujours donné lieu à des systèmes prophétiques qui prétendaient fixer l'époque de la venue du Seigneur. Il serait difficile de compter à combien de reprises différentes on a déjà annoncé que les pouvoirs antichrétiens allaient être détruits, que le raillennium allait commencer, et que le règne personnel de Jésus-Christ allait être établi sur la terre : tant il est vrai que les hommes

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même les plus pieux et les plus versés dans les Ecritures ne peuvent que s'égarer , lorsqu'ils entreprennent de « déterminer les temps et les moments qui ne dépendent que du Pèra » Dans les temps d'agitation politique on a toujours entendu quelques voix crier : « voici , le Christ est ici, ou il est là! » Mais n'oublions pas que Christ lui-même nous a avertis d'avance et nous a dit : « ne les croyez point » Ne prétendons pas calculer avec une précision rigoureuse, ni surtout affirmer avec une assurance téméraire, celte époque solennelle dont le Père a voulu se réserver la connaissance; contentons-nous d'attendre avec patience et avec foi celle venue de Christ qui est annoncée dans les Ecritures, et préparons-nous-y, non en nous livrant à des spéculations stériles, mais en « achevant notre sanctification dans la crainte de Dieu. »

Toutefois, mes frères, il ne faudrait pas conclure de tout ce qui précède que, nous condamnions d'une manière absolue l'étude des prophéties. Loin de là, et tout en vous mettant en garde contre les écueils et les abus de cette étude, nous venons précisément aujourd'hui appeler votre attention spéciale sur cet objet, qui ne doit pas assurément tenir la première place dans les prédications du ministre de l'évangile, mais qui ne doit pas non plus en être absolument exclu. Peut-être jusqu'à présent l'avons-nous trop laissé de côté, et nous venons aujourd'hui commencer à réparer cet oubli , à combler cette lacune dans

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dos prédications. Restreinte dans ses limites légitimes, l'étude des prophéties présente non-seulement an grand intérêt mais de grandes bénédictions, et c'est à tort que beaucoup de chrétiens laissent complètement à l'écart cette portion considérable des livres saints. Combien n'en est-il point qui ne voient dans la plus grande partie de l'Apocalypse qu'un livre inutile, bizarre, indéchiffrable, et qu'il ne vaut pas la peine d'ouvrir! Et pourtant c'est en terminant ce livre-là que l'apôtre saint Jean a écrit cette déclaration solennelle : « bienheureux celui qui lit, et ceux qui écoulent les paroles de cette prophétie ! » Les fidèles de l'ancienne alliance nous sont représentés comme étudiant dans les prophéties, non encore accomplies pour eux , les circonstances relatives à la première venue du Seigneur. « Les prophètes, » nous dit saint Pierre, « se sont enquis du salut et l'ont diligemment recherché , s'enquérant pour quel temps et pour quelles conjonctures l'Esprit de Christ, qui était en eux, rendait témoignage d'avance des souffrances de Christ et des gloires qui les suivraient. » Ce que les fidèles de l'ancienne alliance faisaient à l'égard de la première venue de Christ, nous devons le faire dans une certaine mesure à l'égard de sa seconde venue. Prenons donc celte Apocalypse dont il nous est dit de la part du Seigneur que bienheureux est celui qui la lit ou qui l'écoute, et tout en demandant à Dieu de nous diriger dans celte étude, de nous garder

contre les écarts de notre imagination, efforçons-nous de jeter quelque lumière sur les perspectives, à la fois obscures et glorieuses , que nous ouvre le prophète dans les régions de l'avenir.

Pour aujourd'hui je désire appeler particulièrement votre attention sur ce règne glorieux de Christ qui est annoncé dans un grand nombre de prophéties et plus particulièrement dans les paroles de notre texte, et qui est connu dans l'église chrétienne sous le nom de millennium.

Quelle idée faut-il nous faire du millennium ? que sera celte période glorieuse , sinon dans ses détails qu'il nous serait impossible de déterminer exactement, du moins dans son caractère général? C'est là une question intéressante, importante, digne à tous égards de fixer notre attention, et sur laquelle la plupart d'entre vous n'ont probablement que des idées vagues et confuses, si tant est qu'ils çient des idées quelconques sur ce sujet. J'ai pensé qu'il ne serait pas sans intérêt pour vous ni sans utilité de consacrer quelques instants à cette étude, et de chercher à vous donner sur ce point des notions aussi claires que le comportent nos connaissances actuelles et les enseignements de l'Ecriture.

Pour déterminer ce que doit être le millennium, il convient d'indiquer d'abord les principaux passages des Ecritures qui paraissent s'y rapporter. En voici quelques-uns :

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Psaume LXXI1 , 7 à 16. « En son temps le juste fleurira, et il y aura une abondance de paix , jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de lune. Même il dominera depuis une mer jusqu'à l'autre, et depuis le fleuve jusqu'aux extrémités de la terre. Les habitants des déserts se prosterneront devant lui, et ses ennemis lécheront la poudre. Les rois de Tarsis et des Isles lui présenteront des dons; les rois de Schéba et de Séba lui apporteront des présents. Tous les rois aussi se prosterneront devant lui , et toutes les nations le serviront. Une poignée de froment étant semée dans la terre au sommet des montagnes, le fruit qu'elle produira fera du bruit comme les arbres du Liban, et les hommes fleuriront dans les villes comme l'herbe de la terre. Sa renommée durera à toujours; sa renommée durera de père en fils tant que le soleil durera, et on sera béni en lui : toutes les nations le publieront bienheureux. »

Esaïe, II, 2 à 4. « II arrivera aux derniers jours que la montagne de la maison de l'Eternel sera affermie au sommet des montagnes , et qu'elle sera élevée par-dessus les coteaux, et toutes les nations y aborderont. Et beaucoup de peuples iront et diront : venez et montons à la montagne de l'Eternel, à la maison du Dieu de Jacob; et il nous instruira de ses voies , et nous marcherons dans ses sentiers ; car la loi sortira de Sion , et la parole de l'Eternel sortira de Jérusalem. Il exercera le jugement parmi les nations, et il

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reprendra plusieurs peuples; ils forgeront leurs épées en boyaux et leurs hallebardes en serpes : une nation ne lèvera plus l'épée contre l'autre, et ils ne s'adonneront plus à la guerre. »

Esaïe, XI , 4 à 10. « Il jugera avec justice les petits , et il condamnera avec droiture pour maintenir les débonnaires de la terre; et il frappera la terre par la verge de sa bouche , et il fera mourir le méchant par l'esprit de ses lèvres. Et la justice sera la ceinture de ses reins, et la fidélité la ceinture de ses flancs. Le loup demeurera avec l'agneau, et le léopard gîtera avec le chevreau ; le veau et le lionceau et le bétail qu'on engraisse seront ensemble , et un petit enfant les conduira. La jeune vache paîtra avec l'ourse, leurs petits gîteront ensemble, et le lion mangera, du fourrage comme le bœuf. Et l'enfant qui tette s'ébattra sur le trou de l'aspic; et l'enfant qu'on sèvre mettra sa main au trou du basilic. On ne nuira point et on ne fera de dommage à personne dans toute la montagne de ma sainteté ; parce que la terre aura été remplie de la connaissance de l'Eternel, comme le fond de la mer des eaux qui le couvrent. Car en ce jour-là il arrivera que les nations rechercheront la racine d'Isaï dressée pour être l'enseigne des peuples ; et son séjour ne sera que gloire. »

Esaïe, XLIX, 22, 23. « Ainsi a dit le Seigneur l'Eternel : voici, je lèverai ma main vers les nations

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et j'élèverai mon enseigne vers les peuples; et ils apporteront tes fils entre leurs bras, et on chargera tes filles sur les épaules. Et les rois seront tes nourriciers, et les princesses leurs femmes tes nourrices; ils se prosterneront devant toi le visage contre terre, et lécheront la poudre de tes pieds ; et tu sauras que je suis l'Eternel, et que ceux qui se confient en moi ne seront point honteux. »

Esaïe,LX, 15 à 22. « Je te mettrai dans une élévation éternelle, et dans une joie qui durera de génération en génération. Et tu suceras le lait des nations, et tu suceras la mamelle des rois ; et tu sauras que je suis l'Eternel , ton sauveur et ton rédempteur , le poissant de Jacob. Je ferai venir de For au lieu de l'airain, et je ferai venir de l'argent au lieu du fer, et de l'airain au lieu du bois, et du fer au lieu des piarres; et je ferai que la paix régnera sur toi, et que la justice te gouvernera. On n'entendra plus parler de violence dans ton pays , ni de dégâts, ni d'oppression dans tes contrées; mais tu appelleras tes murailles salut , et tes portes louange. Ton soleil ne se couchera plus, et ta lune ne se retirera plus; car l'Eternel sera pour toi une lumière perpétuelle, et les jours de ton deuil seront finis. Et quant à ton peuple, ils seront tous justes; ils posséderont éternellement la terre: ils seront le rejeton que j'ai planté, et l'ouvrage de mes mains dans lequel je serai glorifié. La petite famille croîtra jusqu'à mille personnes, et la moindre deviendra une

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Dation forte. Je sois l'Eternel, je hâterai ceci en son temps. »

Esaïe, LXV, 16 à 25. « Celui qui souhaitera d'être béni sur la terre, se bénira par le Dieu de vérité; et celui qui jurera sur la terre, jurera par le Dieu de vérité; car les angoisses du passé seront oubliées, et même elles seront cachées à mes yeux. Car voici, je m'en vais créer de nouveaux cieux et une nouvelle terre; et on ne se souviendra plus des choses précédentes, et elles ne reviendront plus au cœur. Mais plutôt vous vous réjouirez , et vous vous égaierez à toujours en ce que je vais créer; car voici, je vais créer Jérusalem pour n'être que joie, et son peuple pour n'être qu'allégresse. Je m'égaierai donc sur Jérusalem , et je me réjouirai sur mon peuple, et on n'y entendra plus de cris ni de pleurs. Il n'y aura plus désormais aucun enfant qui ne vive que peu de jours, ni aucun vieillard qui n'accomplisse ses jours : car celui qui mourra âgé de cent ans sera encore jeune ; mais le pécheur âgé de cent ans sera maudit. Même ils bâtiront des maisons , et y habiteront ; ils planteront des vignes et ils en mangeront le fruit. Ils ne bâtiront pas des maisons afin qu'un autre y habite; ils ne planteront pas des vignes afin qu'un autre en mange le fruit : car les jours de mon peuple égaleront les jours des arbres, et mes élus verront vieillir l'ouvrage de leurs mains. Ils ne travailleront plus en vain , et n'engendreront plus des enfants pour qu'ils

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aoient exposés à la frayeur : car ils seront la postérité des bénis de l'Eternel. Et il arrivera qu'avant qu'ils crient, je les exaucerai ; et lorsqu'ils parleront encore , je les aurai déjà entendus. Le loup et l'agneau paîtront ensemble, et le lion mangera du fourrage comme le bœuf, et la poudre sera la nourriture du serpent. On ne nuira point, et on ne fera aucun dommage dans toute la montagne de ma sainteté , a dit l'Eternel. »

Daniel, VU, 26, 27. « Le jugement se tiendra, et on lui ôtera sa domination en le détruisant et en le faisant périr, jusqu'à en voir la fin ; afin que le règne, et la domination , et la grandeur des royaumes qui sont sous tous les cieux, soient donnés au peuple des saints du souverain. Son royaume est un royaume éternel, et tous les empires lui seront assujettis et lui obéiront. »

Et enfin les six versets de notre texte, qui renferment la prophétie la plus caractéristique relative au millennium; c'est la seule où la durée de cette période glorieuse soit fixée; la seule aussi où il soit parlé de la résurrection des fidèles pour régner avec Christ

Quel sens devons-nous donner à ces déclarations, et en quoi consistera précisément ce règne de Christ sur la terre? Deux systèmes différents partagent sur ce point les chrétiens qui se sont occupés des prophéties. Un certain nombre d'entre eux prennent les déclarations que

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nous venons de lire dans leur sens littéral ; ils croient que le sauveur doit réellement revenir sur la terre pour y fonder un royaume temporel ; qu'il s'assiéra matériellement sur le trône de David ; que pendant ce règne, qui durera mille ans, les fidèles morts auparavant ressusciteront pour participer à la gloire de leur chef, et que ce royaume de Christ sera pour eux une époque de prospérité temporelle.

L'autre classe des interprèles entendent ces prophéties dans un sens figuré : ils pensent que par le règne de Christ il faut entendre la domination qu'il exerce sur les âmes par l'évangile , et qu'il s'agit avant tout , dans ces oracles magnifiques , des progrès spirituels de l'église ; il» pensent que cette résurrection des âmes fidèles dont parle notre texte ne désigne aulre chose sinon le réveil de l'esprit de foi. La foi chrétienne devenue la règle, et l'incrédulité l'exception ; l'évangile couvrant le monde entier de sa douce et sainte influence : voilà en deux mots ce que serait le millennium.

Entre ces deux interprétations qui ont divisé de tout temps les hommes livrés à l'étude des prophéties , et qui aujourd'hui encore ont l'une et l'autre leurs partisans , nous n'hésitons pas à préférer la dernière, l'interprétation spirituelle; et voici les principales considérations qui motivent notre choix.

Remarquez d'abord que l'interprétation spirituelle ou symbolique est mieux en rapport avec les habitu-

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des du stylo des prophéties en général , et de l'Apocalypse en particulier. Ge style , d'un bout à l'autre du livre, est essentiellement symbolique et figuré; partout les idées morales sont cachées sous un voile d'images matérielles; sans cesse les mots sont détournés de leur sens propre pour recevoir des acceptions toutes nouvelles. Dans ce style tout imprégné de symboles , une église devient un chandelier , un pasteur devient une étoile, un seul individu représente une succession tout entière, la mort et la résurrection cessent de désigner ce qu'on entend ordinairement par ces mots , et représentent des faits de Tordre moral. C'est ainsi qu'au chapitre onzième de l'Apocalypse il nous est parlé de « deux témoins, » qui devaient prophétiser , vêtus de sacs , c'est-à-dire couverts d'habits de deuil, pendant une période où l'église serait dans un état d'abaissement et d'oppression. On s'accorde généralement à voir dans ces deux témoins l'image des fidèles serviteurs de Dieu qui devaient rendre témoignage à la vérité , à une époque où la vérité serait opprimée. Le prophète annonce qu'au bout d'un certain temps ces deux témoins seront mis à mort, mais qu'après trois jours et demi ils ressusciteront. Or tous les interprètes sans exception s'accordent à reconnaître que cette mort et cette résurrection doivent s'entendre dans un sens purement symbolique : les témoins mourront , c'est-à-dire que Icvangile cessera pour un temps d'avoir des défen-

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seurs coq dus et apparents; ils reprendront la vie, c'est-à-dire que Dieu suscitera d'autres hommes animés du même esprit et qui rendront le même témoignage. N'est-il pas naturel d'entendre de la mémo manière cette résurrection des justes dont parle notre texte , et de voir ici une expression figurée qui représente le réveil général de la foi , la venue d'un peuple nombreux de chrétiens, qui feront en quelque sorte revivre les anciens justes en reproduisant leur foi? Nous pourrions ciler bien d'autres exemples, même en dehors des prophéties , à l'appui du sens symbolique que nous donnons ici au terme de résurrection. Lorsque l'enfant prodigue revient à son père, celui-ci déclare qu'il était mort mais qu'il est « ressuscité; » le changement du cœur par l'évangile est constamment appelé dans l'Ecriture une naissance nouvelle, une « résurrection ; » la conversion future du peuple juif est appelée dans le pitre aux Romains « une résurrection d'entre les morts. » Quan I donc saint Jean, dans son style essentiellement figuré, nous parle d'une résurrection des justes mis à mort pour le témoignage de Jésus , il est parfaitement couforme à l'analogie des Ecritures de voir là une image qui représente un vaste réveil de la foi, la conversion de masses nombreuses à l'évangile, après un temps d'oppression et de persécutions.

Non-seulement cette interprétation est légitime, en tant qu'elle est conforme à l'analogie des Ecritures,

mais elle est en quelque sorte commandée par les expressions mêmes de notre texte. En effet , remarquez bien que saint Jean ne nous parle que des âmes .. de ceux qui avaient été mis à mort pour le témoignage de Jésus : ce sont ces âmes qui doivent revivre et régner avec Christ. Or des âmes ne peuvent pas ressusciter dans le sens propre du mot. Comme elles ne peuvent point perdre la vie, elles ne peuvent pas non plus la reprendre. Ce détail de la prophétie est donc inexplicable dans le système de l'interprétation littérale ; tandis qu'il s'explique de lui-même s'il s'agit d'une résurrection symbolique, d'un réveil de la foi qui animait les anciens justes.

En troisième lieu, l'interprétation littérale n'est pas en harmonie avec les autres passages des livres- saints relatifs à la résurrection. Nulle part il n'est parlé de la résurrection comme devant avoir lieu en deux fois, ni à deux époques différentes. Ce grand événement nous est toujours représenté comme devant s'accomplir pour tous les hommes à la fois, avec cette seule distinction que la résurrection des justes précédera immédiatement celle des méchants. C'est ce qu'établissent clairement les passages suivants : « Ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle , les autres pour les opprobres et l'infamie éternelles >. » « L'heure vien-

' Dan., XII, 2.

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dra où tous ceux qui seront dans les sépulcres entendront la voix du fils de l'homme et en sortiront, savoir ceux qui auront bien fait en résurrection de vie, et ceux qui auront mal fait en résurrection de condamnation '. » « Le Seigneur lui-même, avec un cri d'exhortation et une voix d'archange , et avec la trompette de Dieu , descendra du ciel ; et ceux qui seront morts en Christ ressusciteront premièrement ; puis nous serons enlevés ensemble avec eux dans les nuées, au-devant du Seigneur, en l'air, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur 2 . » Il résulte évidemment de ces déclarations que la résurrection des morts, tant des justes que des méchants, doit être immédiatement suivie du jugement et de la vie éternelle.

En quatrième lieu , il est impossible de comprendre comment un retour sur la terre pourrait ajouter quelque chose à la félicité des justes morts dans la foi et recueillis dans le repos réservé au peuple de Dieu. Quelles que puissent être les bénédictions temporelles qui pendant la période du miltennium accompagneront les progrès de l'évangile , la terre n'en sera pas moins dans une certaine mesure un séjour d'imperfection , de souffrance et de mort , jusqu'à ce que l'économie présente soit définitivement terminée par la résurrection générale ; c'est ce que prouve claire-

* Jean, V, *8. — * 4 Thés. , IV, 46, 47.

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ment cette circonstance, annoncée par le prophète, que Satan doit être délié , et l'inimitié contre l'évangile se réveiller pour un temps, après le millennium. D'ailleurs, comment admettre que les bénédictions temporelles aUachées à cette glorieuse époque puissent avoir du prix pour les âmes qui ont vu tomber les voiles de la chair, et qui, selon l'expression de saint Paul , ont « quitté ce corps pour être avec le Seigneur? » Véritablement pour les justes qui -sont morts ce serait rétrograder que de revenir habiter sur la terre ; et il en serait de même pour Christ dans le système que nous combattons. Gomment supposer qu'il échange cette gloire suprême dans laquelle il est entré par sa mort, contre la gloire d'un royaume terrestre? Irez-vous le faire descendre de ce trône éternel qu'il partage avec son père , pour le faire aseeoir sur un trône temporel ? Une telle supposition heurte de front tout l'esprit de l'économie évangélique, et n'est autre chose qu'un retour au judaïsme. L'erreur des Juifs consistait précisément à se représenter le Messie comme un roi temporel ; c'est dans une erreur semblable que tombent les millennaires d'aujourd'hui.

Et puis, que devient, dans le système de l'interprétation littérale, la mort des fidèles qui uattront pendant le millennium? Dans l'état de choses actuel, la mort des fidèles est une délivrance; ils meurent en paix, parce qu'ils quittent une vie d'épreuves et un

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séjour de misère pour aller auprès du Seigneur ; mais il n'en serait plus ainsi pendant la période du millennium, si l'interprétation littérale était vraie. Alors la mort redeviendrait pour les fidèles « le roi des épouvantera en ls, » et il leur serait impossible de l'accepter en paix , puisque mourir ce serait quitter le séjour honoré et embelli par la présence du sauveur , pour aller quelque part où le sauveur ne serait pas , du moins quant à son humanité ; mourir ne serait plus aller à Christ , mais s'éloigner de Christ ; le fidèle ne pourrait plus, comme Etienne, « remettre son esprit entre les mains du Seigneur Jésus; » il ne pourrait plus dire, comme saint Paul : « mon désir tend à déloger pour être avec Christ, ce qui m'est beaucoup meilleur. » Une telle supposition n'est-elle pas en désaccord avec toute l'analogie de la foi? »

Ce n'est pas tout. Si l'interprétation littérale était vraie, il y aurait alors trois venues de Christ : une pour sauver le monde, une autre pour le juger , et une troisième, intermédiaire, pour occuper le trône du millennium. Or l'Ecriture nous représente constamment le jugement dernier comme la seconde venue du Seigneur ; et nulle part il n'est question d'un avènement intermédiaire. « Comme il est ordonné aux hommes, » dit saint Paul, « de mourir une seule fois, après quoi suit le jugement: de même aussi Christ, ayant été offert une seule fois pour ôter les péchés de plusieurs, apparaîtra une seconde fois sans péché à

ceux qui l'attendent pour le salut *. » Et ailleurs : « Ces! une chose juste devant Dieu qu'il rende l'affliction à ceux qui vous affligent , lorsque le Seigneur Jésus sera révélé du ciel avec les anges de sa puissance, exerçant la vengeance avec des flammes de feu contre ceux qui n'obéissent point à l'évangile de notre Seigneur Jésus-Christ ; lesquels seront punis d'une perdition éternelle par la présence du Seigneur et par la gloire de sa force , quand il viendra pour être glorifié en ce jour-là dans ses saints, et pour être rendu admirable dans tous ceux qui croient 2 . » Vous le voyez : nulle distinction entre le retour de Jésus-Christ pour glorifier ses élus, et le jugement qui doit anéantir ses ennemis. C'est là d'ailleurs ce que nous professons tous de croire lorsque nous répétons chaque dimanche dans le symbole : « il est monté au ciel, il s'est assis à la droite de Dieu, d'où il reviendra... » pourquoi ? pour s'asseoir sur un trône temporel? pour fonder un royaume sur la terre? non, mais « pour juger les vivants et les morts. » 11 faut donc, pour ne pas nous mettre en opposition avec l'Ecriture, que le règne de Christ sur la terre , dont parle notre texte , soit un règne symbolique.

Enfin le passage de l'Apocalypse que nous examinons est le seul endroit des livres saints où il soit parlé d une résurrection antérieure à la fin du monde ;

1 Héb.,IX, 27, *8. — * 2 Thés., I, 6-40.

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tandis qu'un grand nombre d'autres prophéties relatives au millennium annoncent clairement les progrès et le triomphe général de l'évangile. Or , qu'y a-t-il de plus rationnel : expliquer des prophéties nombreuses et claires par un seul passage énigmatique de l'Apocalypse, ou bien expliquer le passage unique et obscur par les prophéties claires et nombreuses? Poser une telle question, c'est y répondre. Il ne peut donc s'agir ici que d'une résurrection symbolique; il s'agit du progrès et du triomphe de l'évangile, représentés comme un réveil de l'esprit qui animait les anciens justes. Que si ce réveil de l'esprit de foi est appelé la première résurrection , ce n'est pas en le comparant à la résurrection générale des corps, qui doit avoir lieu à la fin du monde : c'est en le comparant au réveil de l'incrédulilé et de l'inimitié contre l'évangile, qui doit succéder au millennium. Après cette époque, Satan doit être délié de sa prison et séduire de nouveau, mais pour un temps très-court, les nations de la terre; c'est ce réveil momentané du mal et des méchants qui est, dans la pensée de l'écrivain sacré, la seconde résurrection, résurrection purement symbolique aussi bien que la première. H n'est nullement question dans tout ce passage de la résurrection des corps, qui est réservée pour le jour du jugement.

Il parait donc établi, pour autant que nous pouvons affirmer dans une telle matière, que le règne de

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Christ connu sous le nom de raillennium doit s'entendre dans un sens spirituel , et qu'il s'agit de l'empire qu'il exercera sur les âmes par les progrès de l'évangile. Nous n'avons abordé encore, comme vous le voyez, que les préliminaires de notre sujet 11 resterait à déterminer quels seront, d'après l'Ecriture, les traits principaux de ce règne spirituel de Christ qui est annoncé pour les derniers jours. Comment faut-il entendre la durée de mille ans qui est assignée à ce règne? en quoi consistera précisément ce triomphe général de l'évangile que nous promet la prophétie? quels seront les changements que l'évangile devenu dominant apportera dans les sociétés humaines? quelles seront les bénédictions temporelles qui doivent accompagner son triomphe, puisqu'il a tout à la fois les promesses de la vie à venir et celles de la vie présente? quelles conjectures est-il permis de former quant à l'époque probable où doit être placé dans l'avenir le commencement du raillennium ? Autant de questions pleines d'intérêt et bien dignes de fixer noire attention, mais qu'il ne nous est pas possible d'aborder aujourd'hui. C'est à peiue s'il nous reste le temps de tirer quelques conclusions pratiques des considérations qui précèdent.

La doctrine du millennium, telle que nous vous l'avons présentée, a des conséquences importantes pour la conversion et pour le salut. En effet, puisque ce glorieux règne de Christ, vers lequel depuis tant

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de siècles se tournent l'espérance et l'attente de l'église, est un règne spirituel ; puisqu'il consistera essentiellement dans la soumission des cœurs à l'évangile de Jésus-Christ, il dépend de chacun de nous que le millennium commence pour lui dès à présent : il ne faut pour cela que soumettre notre cœur à l'évangile et nous donner à Christ. Donnez votre cœur à Christ, mes bien-aimés frères, et vous goûterez dès à présent les bénédictions promises pour les derniers jours. Soumettez vos pensées et vos affections à l'évangile, acceptez toutes les déclarations de la parole de Dieu avec la simplicité docile du petit enfant, dépouillez-vous de votre justice propre pour vous envelopper de la justice de Christ, recevez la vie éternelle comme un don gratuit que Dieu accordée de pauvres pécheurs perdus et condamnés par eux-mêmes, aimez à votre tour celui qui vous a tant aimés que de mourir pour vous sur une croix, vivez pour le servir, pour le glorifier et pour limiter, demandez-lui de jour en jour, pour assister votre faiblesse, cet Esprit de sagesse et de puissance qu'il a promis de répandre abondamment sur tous ses rachetés , — et vous n'aurez que peu de chose à envier aux fidèles des derniers jours. La foi en Christ, l'amour de Christ, le salut par Christ, la joie de Christ, le service de Christ, l'imitation de Christ, voilà tout le millennium: et qui vous empoche de goûter dès à présent toutes ces bénédictions ? qui vous empêche dès aujourd'hui de savourer

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la joie d'une âme réconciliée avec Dieu , sur laquelle Jésus règne sans partage, qui possède la vie éternelle et qui peut dire avec saint Paul : « qui me séparera de l'amour de Christ? je suis assuré que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les démons , ni les choses élevées ni les choses basses , ni les choses présentes ni les choses à venir, ni aucune créature ne pourra me séparer de l'amour que Dieu m'a témoigné en Jésus- Christ 1 »

Dieu veuille, mes bien-aimés frères , qu'un grand nombre d'âmes dans celle église connaissent par ellesmêmes ce règne de Christ à la fois si puissant et si tendre, si doux et si glorieux ! Si le millennium était venu pour les individus, il serait venu par là même pour l'église. Si la majorité de nos chrétiens de nom devenaient des chrétiens vivants, notre heureuse église offrirait au monde le ravissant spectacle d'un peuple de Dieu qui réalise les bénédictions des derniers jours. Alors notre culte ne serait plus , comme il l'est encore pour un grand nombre, une forme sans vie et sans amour, une simple habitude religieuse : il deviendrait l'expression d'un besoin réel et profond; nos assemblées seraient véritablement des assemblées de rachetés de Christ qui se réunissent pour rendre hommage à leur roi sauveur ; Christ aurait son trône dans notre temple , parce qu'il aurait son trône dans tous les cœurs. Alors l'instruction religieuse des catéchumènes ne serait plus, comme elle l'est encore si

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souvent, une formalité vaine et stérile ; elle redeviendrait ce qu'elle doit être , ce qu'elle était aux premiers âges de l'église, une véritable pépinière de chrétiens; la réception solennelle de chaque année n'augmenterait pas seulement la congrégation extérieure, mais le peuple spirituel de Christ; elle n'ajouterait pas seulement des noms au catalogue de nos prolestants, mais des âmes à l'église pour être sauvées. Alors nos communions seraient véritablement des saintes cènes, des repas sacrés de frères et de sœurs se rencontrant dans une même charité et dans une même foi, pour se réjouir dans la possession d'un même salut , et se rapprocher ensemble du même sauveur. Alors la fraternité chrétienne régnerait parmi nous : les membres de notre église s'aimeraient , se soutiendraient , se consoleraient, s'exhorteraient mutuellement comme les enfants d'une même famille; et avant de songer à telles ou telles distinctions sociales qui tendent peutêtre à les séparer , ils se rappelleraient que le caractère commun de rachetés de Christ les rapproche et les unit. Alors ceux qui sentent le prix de l'évangile pratiqueraient une vertu trop ignorée dan3 notre église , le renoncement au monde : on n'y verrait plus cet esprit de mondanité qui nous fait tant de mal , qui arrête en chemin tant de demi-chrétiens et empêche leurs progrès dans la sanctification ; les âmes que le Seigneur a touchées ne chercheraient plus à concilier ce qui est inconciliable ; et tous comprendraient que

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les serviteurs de Christ doivent être un peuple à part, séparé du monde, n'ayant plus goût à ses plaisirs, et plaçant tout leur bonheur dans la fidélité à leur roi divin.

Mes frères, ne serait-ce là qu'une vaine utopie, et devons-nous désespérer à jamais de voir répandues sur notre église de si précieuses bénédictions ? faut-il nécessairement renvoyer à un avenir obscur et éloigné, à un avenir que nul de nous ne verra , les trésors spirituels annoncés pour les derniers jdtirs ? A Dieu ne plaise qu'il en soit ainsi! à Dieu ne plaise que nous renoncions volontairement à des grâces qui nous sont promises dès à présent, et que dès à présent nous pouvons goûter ! Ne perdons point courage, « ne renonçons pas à notre espérance. » Notre église a déjà fait, par la grâce de Dieu , bien des progrès; elle peut en faire encore , elle en fera , n'en doutons pas. « Croyons seulement , et nous verrons la gloire de Dieu. » Soyons seulement fidèles , chacun dans son humble et petite sphère, à glorifier Christ par nos œuvres et par nos paroles, à étendre et affermir son règne avant tout dans notre cœur, et ensuite autour de nous, dans nos familles. Que chaque famille soit réglée selon les lois de Christ , et Christ régnera bientôt sur toute l'église. Mais pour cela il faut travailler, il faut combattre , il faut être ouvriers avec le Seigneur dans son œuvre sainte, et ne pas attendre de l'avenir des dispensations extraordinaires et miraculeuses.

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C'est de chacun de nous que Dieu a voulu faire dépendre le vrai millennium, le millennium qui peut être réalisé dans tous les temps, à toutes les époques de l'église; el en terminant ce discours sur le règne glorieux de Jésus-Christ, la parole suprême que j ai à cœur de laisser sur votre conscience et de proposer à votre méditation , c'est cette parole profonde et solennelle du sauveur à ses disciples : « voici, le royaume de Dieu est au-dedans de vous ! » Amen.

Décembre 4852.

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Après cela , je vis descendre du ciel un ange qui avait la clef de l'abîme , et une grande chaîne en sa main ; lequel saisit le dragon , c'est-à-dire le serpent ancien , qui est le diable et Satan, et le lia pour mille ans; et il le jeta dans l'abîme, et l'enferma, et mit le sceau sur lui afin qu'il ne séduise plus les nations , jusqu'à ce que les mille ans soient accomplis ; après quoi il faut qu'il soit délié pour un peu de temps.

Et je vis des trônes , sur lesquels des gens s'assirent , et l'autorité de juger leur fut donnée; et je vis les âmes de ceux qui avaient été décapités pour le témoignage de Jésus, et pour la parole de Dieu , qui n'avaient point- adoré la bète , ni son image, et qui n'avaient point pris sa marque sur leur front ni à leur main ; lesquels devaient vivre et régner avec Christ mille ans.

Mais le reste des morts ne doit point ressusciter jusqu'à ce que les mille ans soient accomplis ; c'est la première résurrection.

Bienheureux et saint est celui qui a part à la première résurrection : la mort seconde n'a point de puissance sur eux ; mais ils seront sacrificateurs de Dieu et de Christ , et ils régneront avec lui mille ans.

(Apocalypse , XX , 1 -6.)

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Dans un premier discours sur ces paroles, nous nous sommes attachés à en fixer le sens général ; nous avons vu que pour ne pas se mettre en désaccord , soit avec l'analogie de la foi, soit avec les habitudes du style des prophètes, on est conduit inévitablement à prendre les expressions de l'apôtre-prophète au sens figuré ; que le règne de Christ et de ses rachetés dont il est ici question n'est autre chose que la domination spirituelle exercée par l'évangile sur les cœurs; et que la résurrection des anciens justes morts pour le témoignage de Jésus et pour la parole de Dieu, n'est autre chose quuo réveil général de l'esprit de foi.

Après avoir ainsi fixé le sens général des promesses relatives au millennium, et circonscrit le champ sur lequel doit porter notre étude , il nous reste à rechercher quels sont les traits principaux dont cette période bénie et glorieuse est dépeinte dans la prophétie. C'est ici que nous entrons à proprement parler dans le cœur de notre sujet, dont nous n'avons pu encore aborder que les préliminaires. Jusqu'ici nous l'avons envisagé sous un point de vue essentiellement négatif: il nous reste à en contempler le côté positif et glorieux. Nous avons dit ce que le millennium n'est pas : il nous reste à chercher ce qu'il est ; et jamais sujet plus vaste, plus riche, plus digne d'un sérieux et profond intérêt ne s'est offert à notre méditation.

Avant tout, nous l'avons dit, le millennium consis-

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ments mauvais dans celte église même du sauveur, qui alors couvrira le monde.

Noos n'essaierons point de déterminer ce que pourra être, quanta sa forme extérieure , celte église de l'avenir qui doit rassembler tous les peuples dans son vaste sein. L'église de Christ a un certain fond de croyances et de vie chrétienne qui est le même dans tous les temps; mais sa forme peut varier d'un siècle à 1 autre; elle a varié jusqu'à présent, elle variera encore dans l'avenir. Nous n'avons pas la prétention d'être arrivés à l'expression définitive de l'évangile, à la forme qui doit subsister jusqu'à la fin des temps. L'église du millennium ne sera vraisemblablement aucune de celles que nous connaissons aujourd'hui; elle ne sera ni catholique romaine ni protestante : à la fois large et pure, élevée et populaire, elle pourra mieux qu'aucune des formes actuelles s'adapter à tous les climats, répondre à tous les besoins, satisfaire toutes les intelligences et tous les cœurs. Mais nous ne pourrions sur ce point que nous livrer à des conjectures : arrêtons-nous , mettons un frein à notre imagination, et laissons au Seigneur le soin de trouver pour l'église de l'avenir la forme qui lui conviendra.

Un des traits caractéristiques de cette glorieuse période, c'est que l'évangile, par cela même qu'il sera devenu dominant , aura pénétré jusqu'aux classes les plus élevées et jusqu'aux chefs des nations.. Les gour

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vernements s'inspireront de l'évangile, les administrations seront chrétiennes, et Les rois seront tes nourriciers, )> dit le prophète à l'église, a ils se prosterneront devant toi le w visage contre terre , et lécheront la poudre de tes pieds. » « Je te mettrai dans une élévation éternelle , et tu suceras le lait des nations, et tu suceras la mamelle des rois; et je ferai que la paix régnera sur toi , et que la justice te gouvernera. » (( Eternel! tous les rois de la terre te célébreront, quand ils auront entendu les paroles de ta bouche ; et ils chanteront les voies de l'Eternel , car la gloire de l'Eternel est grande \ » Jésus-Christ régnera donc encore dans ce sens, que son évangile sera assis sur le Irône dans la personne des souverains convertis à la foi chrétienne. Alors la religion de Christ ne sera plus un simple ihstrument politique dans la main des gouvernements; elle ne couvrira plus, manteau sacré, les vues d'une ambition profane; elle sera l'expression sincère de la vie morale des états. Evidemment c'est là un fait immense, et dont la portée est incalculable. Qui pourrait se représenter ce que sera le monde quand les gouvernements seront partout devenus chrétiens ; quand tous les souverains, tous les législateurs, tous les magistrats rendront à Dieu on culte pur, un culte en esprit et en vérité; quand partout la foi chrétienne sera la garantie d'une adminis-

» Ps. GXXXVIII ,4,5.

451 US MLLEWIIUM.

tration à la fois juste et bienveillante ; quand tontes les lois auront leurs racines dans l'évangile, et refléteront les maximes du sauveur!

L'évangile apporte avec lui des promesses relatives à la vie présente aussi bien qu'à celle qui est à venir ; et quand il sera devenu dominant dans le monde, ce règne universel de l'évangile entraînera des bénédictions temporelles dont nous ne pouvons avoir à présent qu'une bien faible idée. Quand nous disons que les promesses relatives au miilennium dotèrent être prises au sens spirituel, nous voulons parler de l'essence même de ce règne de Jésus-Christ qui caractérise le miilennium ; mais nous n'entendoo6 nullement exclure des bénédictions temporelles extraordinaires , qui découleront nécessairement de la domination exercée par. l'évangile. 11 y a un milieu à prendre entre le système qui voit dans le miilennium un règne du sauveur au sens matériel et grossier , et un autre système qui exclurait entièrement de cette glorieuse période les choses de l'ordre temporel. 11 y aura dans le miilennium , nous n'en pouvons douter , des bénédictions extraordinaires au point de vue temporel; non-seulement elles sont annoncées clairement dans les prophéties , mais elles découlent inévitablement du fait même de l'évangile devenu dominant, tellement que nous aurions pu les deviner à l'avance quand la prophétie ne nous les aurait pas annoncées.

Parmi ces résultais bénis que l'évangile produira

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nécessairement dans le monde soumis à ses lois, un de ceux que l'Ecriture met en première ligne, et sur lesquels elle revient le plus volontiers , c'est l'abolition de la guerre et l'établissement d'une paix universelle. Rien n'est plus incompatible avec l'esprit de l'évangile que cet élat de choses monstrueux qu'on appelle la guerre : celle loi féroce , triste reste des temps de barbarie, qui condamne des enfants d'un même père céleste , des membres de la même famille humaine , des êtres que tout devrait rapprocher et unir, à s'avancer méthodiquement les uns contre les autres pour se massacrer suivant les règles de l'art. Quand l'évangile sera devenu dominant, la guerre paraîtra aux yeux de tous ce qu'elle parait aujourd'hui aux yeux des chrétiens et ce qu'elte est réellement, une monstrueuse folie. De même que , par suite des progrès de la civilisation et de l'adoucissement des mœurs, nous ne comprenons plus aujourd'hui la torture juridique ; de même que nous ne comprenons plus l'esclavage , de même un temps viendra où les hommes ne comprendront plus qu'il ait jamais pu exister une chose aussi odieuse, aussi horrible, aussi absurde que la guerre, « II exercera le jugement parmi les nations,» dit te prophète , « et il reprendra plusieurs peuples ; ils forgeront leurs épées en hoyaux et leurs hallebardes en serpes; une nation ne lèvera plus l'épée contre l'autre, et elles ne s'adonneront plus à la guerre. Mais chacun s'assiéra sous sa vigne et sous son figuier,

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et il n'y aura personne qui les épouvante : car la bouche de l'Eternel a parlé. »

En même temps que les inimitiés s'apaiseront entre les nations , elles cesseront aussi entre les individus. Les haines, les vengeances, les violences personnelles prendront fin ; les caractères les plus inflexibles s'adouciront; la concorde, la charité, la sincérité présideront à toutes les relations entre les hommes ; les natures les plus antipathiques apprendront à se rapprocher et à s'aimer; et c'est là sans doute le sens qu'il Faut donner à certaines expressions des prophéties qu'on a voulu quelquefois entendre littéralement , mais qu'il nous paraît plus naturel de prendre au sens figuré : « Le loup demeurera avec l'agneau, et le léopard gîtera avec le chevreau; le veau et le lionceau seront ensemble, et un petit enfant les conduira. La jeune vache paîtra avec l'ours, et le lion mangera du fourrage comme le bœuf. On ne nuira point , et on ne fera aucun dommage à personne dans toute la montagne de ma sainteté , a dit l'Eternel ! . »

Mais il y a plus. En même temps que l'évangile devenu dominant adoucira les cœurs, il produira tout naturellement une autre conséquence bénie qui ne semble pas au premier abord dépendre de son in-

i Ces derniers mots paraissent répéter en termes propres ce que les versets précédents expriment en termes figurés.

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fluence : je veux parler d'une diminution considérable de la souffrance physique ou morale. Parmi les maux qui pèsent sur l'humanité, il en est un grand nombre qui sont le résultat immédiat du crime ou du vice. Quand la grande majorité des hommes suivront les préceptes de 1 évangile; quand ils vivront « dans le siècle présent selon la tempérance , la justice et la piété, » la cause d'une multitude de maladies , qui se transmettent de génération en génération , sera par là même écartée. Quand il u y aura plus de guerres , d'inimitiés , de querelles ni de vengeances, la source amère de bien des afflictions sera tarie. Sans doute il y aura encore des épreuves : mais chacun alors s'efforcera d'alléger les peines de ceux qui l'entourent; (espérance de la gloire éternelle, et la perspective d'une heureuse réunion dans les demeures célestes , rendront la maladie, la mort, et la perte des objets de nos affections bien moins douloureuses qu elles ne le sont aujourd'hui ; la communion du Seigneur et la communion des saints deviendront une source inépuisable de consolation et de joie au milieu des imperfections encore attachées à la vie terrestre ; les hommes jouissant avec modération de tous les dons du créateur en jouiront doublement-; en un mot le bonheur temporel de l'humanité s'accroîtra dans des proportions incalculables, et réalisera les traits les plus magnifiques de la prophétie : « Voici , je vais créer Jérusalem pour n'être que joie , et son peuple

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pour n'être qu'allégresse. Je m'égaierai sur Jérusalem , je me réjouirai sur mon peuple , et ou n'y entendra plus de cris ni de pleurs. »

En même temps que les souffrances diminueront, et toujours par une conséquence naturelle des bienfaits attachés à l'évangile , la durée de la vie humaine sera augmentée ; elle atteindra la dernière limite que lui assigne la nature; le vice ni le désespoir ni la violence n'abrégeront plus les jours de l'humanité. C'est là encore un trait à noter dans les prophéties relatives au millennium. « 11 n'y aura plus désormais aucun enfant qui ne vive que peu de jours , ni de vieillard qui n'accomplisse ses jours ; car celui qui mourra âgé de cent ans sera encore jeune ; même ils bâtiront des maisons et y habiteront ; ils planteront des vignes et en mangeront le fruit. Ils ne bâtiront pas des maisons afin qu'un autre y habite ; ils ne planteront pas des vignes afin qu'un autre en mange le fruit; car les jours de mon peuple égaleront les jours des arbres, et mes élus verront vieillir l'ouvrage de leurs mains. »

Cette extension de la vie humaine quant à sa durée sera nécessairement accompagnée d'un accroissement extraordinaire de la population. Il est facile de comprendre combien cet accroissement serait plus rapide si les guerres , le vice, l'intempérance , l'égoïsme, ta pauvreté et le manque de confiance en Dieu ne venaient constamment y mettre obstacle ; si la vie des

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hommes n'était abrégée par une foule de causes qui n'existeront plus quand l'évangile et ses principes régneront dans les cœurs. Alors le mariage , cette institution sacrée que Dieu lui-même a donnée au monde naissant , portera dans le monde régénéré tous ses fruits bénis, au point de vue temporel comme au point de vue moral. Nous pouvons en conclure que le nombre des hommes qui vivront sur la terre pendant le milfennium dépassera celui des hommes qui auront vécu pendant tous les âges précédents pris ensemble; en sorte que la portion de l'humanité qui sera sauvée sera infiniment plus nombreuse , à tout prendre, que celle qui sera perdue; et qu'ainsi « la grâce abondera par-dessus le péché ', » comme l'indiquent plusieurs passages de l'Ecriture. Cet accroissement extraordinaire de la population est encore un trait caractéristique des prophéties relatives au millennium. « Une poignée de froment étant semée dans la terre, au sommet des montagnes, son fruit fera du bruit comme les arbres du Liban , et les hommes fleuriront dans les villes comme l'herbe de la terre. » « La petite famille croîtra jusqu'à mille personnes , et la moindre deviendra une nation forte. Je suis l'Etemel , et je hâterai ceci en son temps. »

Enfin on dernier trait de la glorieuse période où dominera cet évangile , qui a les promesses de la vie

*Rom.,V, «0,*4.

m LE MILLENNIUM.

présente aussi bien que de celle qui esta venir, c'est an essor inoui imprimé à l'industrie , aux arts et aux sciences. L'humanité se développera dans tous les sens légitimes et salutaires; l'activité prodigieuse dont le créateur Ta douée, n'étant plus détournée de son vrai but ni dépensée à des occupations nuisibles ou stériles , se tournera tout entière vers les a ris de la paix, vers les choses bonnes, belles et utiles; la terre, travaillée et fécondée par des bras que les agitations sociales ne viendront plus interrompre, reprendra presque sa fertilité originelle, et suffira abondamment à nourrir une population infiniment plus nombreuse qu'aujourd'hui; la question du paupérisme, ce problème insoluble qui fait le désespoir des philanthropes de nos jours , sera résolue alors naturellement et sans effort par le double développement de l'intelligence et de la charité. L'art et l'industrie créeront des prodiges auprès desquels pâliront les inventions les plus admirées de nos jours. La science, d'incrédule devenue croyante, viendra déposer son tribut d'hommages aux pieds du Dieu de la bible. Le commerce n'aura plus 1 egoïsme pour mobile , ni la fraude pour moyen : consacré au bien général de l'humanité, il échangera librement les produits de toutes les nations, et les enrichira l'une par l'autre. « Je ferai venir de l'or au lieu de l'airain , et je ferai venir de l'argent au lieu du fer , et de l'airain au lieu du bois, et du fer au lieu des pierres. On n'entendra plus parler de vio-

lencedans ton pays, ni de calamités dans tes contrées; mais tu appelleras tes murailles salut , et tes portes louange ! »

Quelque merveilleuses que puissent paraître les perspectives que nous venons de dérouler sous vos yeux, toutes ces bénédictions sont des conséquences naturelles et nécessaires de l'évangile devenu dominant dans le monde. Vienne seulement le temps où la terre entière sera couverte de la connaissance de l'Eternel, et toutes les merveilles du millennium non* seulement sont possibles , mais elles sont en quelque sorte forcées. Toute la question se réduit donc à savoir s'il est réellement possible qu'un temps vienne où toutes les nations du globe seront converties à l'évangile de Jésus-Christ. Un tel résultat peut-il être produit par les moyens naturels qui sont mis en œuvre aujourd'hui pour répandre l'évangile ? n'exigera-t-il pas une intervention miraculeuse de la toutepuissance divine ? et à moins d'un changement dans le cours naturel et régulier des choses humaines, ne faudrait-il pas, pour amener la conversion du monde entier, un espace de temps dont la longueur effraie l'imagination ?

Au premier abord , je l'avoue , la réponse à ces questions ne semble pas devoir être satisfaisante. Quand on compare l'état du monde actuel aux produ millennium ; quand on songe à ces épais-"

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missionnaires obtienne seulement la conversion d'un païen dans l'espace d'une année ; que chacun de ces païens convertis obtienne lui-même la conversion d'un autre païen dans l'espace d'une année, et que te même résultat soit produit ainsi de suite indéfiniment : savez-vous combien il faudrait de temps, si cette supposition était vraie, pour convertir les six cents millions de païens, même en tenant compte de l'accroissement régulier delà population ?... il faudrait vingtcinq ans ! ! tel est le résultat d'un calcul rigoureux que j'ai fait faire tout exprès par un mathématicien , et qu'il est facile à chacun de vérifier. Sans doute, les choses ne se passent pas dans le monde moral avec cette régularité méthodique qu'on est obligé d'admettre dans un problème; sans doute aussi la progression que nous avons supposée est trop rapide , quelque modérée qu'elle semble au premier abord * : mais enfin ralentissez, autant que vous le jugerez convenable , cette progression ; faites les chances quatre fois , six fois moins favorables à la propagation de l'évangile que nous ne les avons supposées : vous arriverez toujours à cette conclusion qu'une centaine d années, ou tout au plus un siècle et demi doit suffire, suivant les probabilités humaines, pour amener à

« Pour avoir tous les éléments de la question , il faudrait tenir compte des obstacles qui peuvent retarder momentanément lé progrès de l'évangile chez un peuple , comme les guerres , par exemple , ou les persécutions.

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l'évangile la masse eotière des hommes qui peuplent notre globe. Non-seulement ce résultat n'a rien de contraire au cours ordinaire des choses , mais il serait contraire au cours ordinaire des choses que ce résultat n'eût pas lieu; non-seulement la conversion dn monde, d'ici à cent cinquante ans, ne serait pas un miracle, mais il faudrait une sorte de miracle, il faudrait an renversement des lois de la nature et de la société, pour que cette conversion ne fût pas produite par le développement naturel, paisible et régulier des causes qui agissent dès à présent.

Pour fixer vos idées par un exemple particulier , considérez les résultats obtenus dans la presqu'île de l'Inde en cinquante ans. Avant le commencement de notre siècle, les cent millions d'habitants que nourrit cette vaste contrée étaient entièrement étrangers à la foi chrétienne. Aujourd'hui on y compte 443 ministres de l'évangile, dont 48 sont des natifs consacrés; 698 catéchistes indigènes ; 2,015 écoles de garçons et de filles, réunissant environ 19,000 écoliers; 331 églises; 18,410 membres communiants; et enfin 112,200 auditeurs réguliers de l'évangile, composant ono véritable chrétienté au sein du paganisme, et formant ce levain puissant et actif qui opère lentement, mais sûrement et progressivement. Tout cela , disais- je, est l'œuvre d'un demi-siècle , mais avec celte circonstance que les résultats sont allés sans cesse croissants , tellement qu'on a obtenu davantage dans

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les dix dernières «nuées que dans les quarante années précédentes; et que d'aujourd'hui à cinq ans , par exemple , on obtiendra probablement davantage que dans les cinquante années qui viennent de s'écouler. Rappelez-vous qu'il en est de même, à quelques va* riations près , dans toutes les contrées païennes où l'évangile est prêché, et comprenez enfin combien la conversion du monde , promise par les prophéties » est une chose possible, probable et naturella

Qu'on vienne encore après cela nous dire que l'œuvre des missions est inutile ; que l'évangéiisation du monde est une chimère; que les sacrifices faits pour la conversion des païens sont perdus; que tous ces efforts ne sont qu'une goutte d'eau qui va se perdre dans un océan. Nous savons à quoi nous en tenir. Nous savons que les missions sont une œuvre, nonseulement ordonnée de Dieu , mais raisonnable , féconde et pleine d'avenir ; nous savons que cette poignée de faibles missionnaires qui s'avance à la conquête du monde païen finira par conquérir le monde, et cela avant qu'il soit longtemps; nous savons que le monde est promis à l'évangile , non-seulement par les déclarations de la parole de Dieu, mais aussi par les enseignements de l'expérience et de la raison ; nous savons que le millennium n'est pas seulement un brillant idéal créé par la prophétie, mais qu'il sera la conséquence naturelle, régulière, immanquable de ce qui se passe dès à présent sous nos yeux.

Une dernière question resterait à examiner an sujet du millenniom; nous n'y attachons pas une grande importance , car elle est plus curieuse qu'utile : mais nous en dirons pourtant quelques mots. Quelles conjectures est-il permis de former quant à l'époque de l'avenir où le millennium devrait commencer? Bien des systèmes divers, nous lavons dit, ont été essayés successivement à cet égard; bien des calculs ont prétendu fixer le commencement des derniers jours; bien des époques annoncées d'avance comme devant être le terme fatal désigné par la prophétie ont passé tourà-tour 9 et ce terme n'est pas encore venu. Nous nous garderons bien de prononcer avec assurance dans une matière que Dieu a voulu évidemment laisser incertaine, parce qu'elle n'est pas essentielle au salut. Nous nous bornerons à proposer nos vues sur ce point comme de simples conjectures, qui ont bien quelque <ihose de plausible à nos yeux-, mais auxquelles nous sommes loin d'attacher une importance capitale, et que chacun est libre d'admettre ou de rejeter.

Notre manière de voir, quant à l'époque où devrait commencer le millennium, a cet avantage qu'elle est conforme à l'opinion populaire, à celle qui est la plus généralement répandue depuis le commencement de l'église chrétienne. La pensée générale à cet égard , le pressentiment général de l'église , c'est que le millennium doit commencer après que le monde actuel aura duré six mille ans; ce serait le sabbat millennaire de

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l'humanité. Cette supposition le placerait vers la fin du vingtième siècle de l'ère chrétienne, vers Tan deux mille de Jésus-Christ II s'écoulerait donc un siècle et demi environ entre notre génération et cette glorieuse période.

Remarquons d'abord que d'après l'état actuel du monde , et les progrès que l'évangile a faits depuis le commencement de notre siècle, il est à présumer que le millennium ne doit plus être très-éloigné ; comme nous l'avons fait observer, un siècle et demi doit suffire, selon toutes les probabilités humaines, pour amener la conversion du monde. Notre supposition n'a donc rien d'invraisemblable sous ce rapport.

De plus, elle est conforme à l'analogie des Ecritures, et à la marche suivie jusqu'à présent dans les dispensalions de Dieu envers le monde. Dans l'Ecriture le nombre sept représente l'idée de perfection; la plupart des grandes dispensalions de Dieu sont réparties en sept périodes; elles se poursuivent durant les six premières , et la septième les termine. C'est ainsi que la création du monde s'accomplit en six jours, ou plutôt en six périodes; le septième jour ou la septième période est un sabbat, ou repos. Les purifications cérémonielles ordonnées par la loi de Moïse se poursuivaient pendant six jours, et étaient terminées le septième. Dans les sacrifices offerts pour de graves péchés, I aspersion du sang se faisait par sept fois : à la septième aspersion l'expiation était accom-

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plie. Le siège de Jérico dure sept jours : au septième jour la ville tombeau pouvoir du peuple de Dieu. La captivité des Israélites se prolonge pendant sept périodes chacune de dix ans ; sept autres périodes , chacune de soixante et dix ans , s'écoulent entre le retour de la captivité et la venue du Messie. Dans les visions de l'Apocalypse, l'apôtre saint Jean voit apparaître un livre scellé de sept sceaux; chacun de ces sceaux représente une période dans l'avenir de l'église. Chacune des six premières périodes est successivement décrite et terminée dans la vision prophétique , mais il n'en est pas ainsi de la septième. Le septième sceau renferme lui-même sept nouvelles périodes représentées chacune par le son d'une trompette. Les périodes des six premières trompettes sont successivement décrites et terminées dans la prophétie , mais il n'en est pas ainsi de la septième. Cette septième trompette comprend elle-même sept nouvelles périodes représentées chacune par une coupe, dont le contenu est répandu sur la terre. Les périodes des six premières coupes sont successivement décrites dans la prophétie,* mais après la septième il n'y a plus rien : cette septième coupe comprend la fin des temps.

Puis donc que c'est un caractère qui semble essentiel aux dispensations de Dieu de durer pendant sept périodes et jamais au-delà de la septième , on peut supposer, par analogie, que le monde actuel doit subsister pendant sept périodes de mille ans , dont la

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dernière serait le millennium. Cette supposition acquiert surtout on haut degré de vraisemblance lorsqu'on rapproche l'économie actuelle, considérée dans ses phases successives, du récit de la création. D'après une tradition très-ancienne , et qu'on trouve déjà chez les Juifs , les six jours de la Genèse seraient six périodes de mille ans : supposition qui se trouve confirmée par deux endroits de l'Ecriture où il est dit, précisément en parlant de la création , « qu'un jour est devant Dieu comme mille ans, et mille ans comme un jour. » 11 existe d'ailleurs des rapports frappants entre les six jours de la création physique et les périodes de l'économie actuelle , qui a commencé à la chute de l'homme et qui doit se terminer au millennium. Après les six jours ou, dans notre hypothèse, après les six mille ans de la création physique , l'œuvre de Dieu était terminée : tout ce qu'il avait fait était bon et très-bon ; et si l'homme était resté dans son état primitif, le millennium aurait commencé aussitôt après le sixième jour ; il y aurait eu pour la terre - une période de repos et de bonheur qui aurait duré mille ans; après quoi l'humanité aurait été élevée à la gloire éternelle sans passer par la mort. Mais l'homme ayant péché , le septième jour de la Genèse, le sabbat millennaire qui devait suivre les six jours du travail créateur , le millennium enfin s'est trouvé ajourné : Dieu a dû attendre, pour le donner au monde , d'avoir accompli dans ce monde dégénéré

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une nouvelle création, une création morale. Cette création morale, comme la création physique, doit s'accomplir en six jours , ou en six mille ans. Dans la création physique , il y a une gradation progressive des êtres moins parfaits aux êtres plus parfaits : il en est de même dans la création morale, où l'humanité va toujours se perfectionnant de siècle en siècle, et de mille ans en mille ans. Au premier jour de la création physique, Dieu donne l'existence à la lumière; mais cette lumière, encore éparse et diffuse, n'éclaire que d'une manière imparfaite jusqu'au quatrième jour : ainsi au premier jour de la création morale , aussitôt après la chute, Dieu donne au monde la lumière d une révélation ; mais celte révélation est encore incomplète, elle se compose de rayons épars , et il en est ainsi jusqu'à la quatrième période millennaire de l'humanité. Au quatrième jour de la création physique, Dieu rassemble la lumière diffuse des jours précédents, et la concentre dans un corps déterminé qui est le soleil : ainsi dans la quatrième période millennaire de l'humanité, la lumière des révélations divines, éparse jusque là, prend un corps et se concentre dans la personne du Messie , « le soleil de justice qui porte la santé dans ses rayons. » A la fin du sixième jour de la première création , Dieu achève son œuvre physique en créant l'homme à son image : ainsi à la fin de la sixième période de l'écoiiomie actuelle, il aura complété son œuvre morale

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en créant dans l'humanité le nouvel homme, qui reproduira H mage divine effacée par le péché.

11 est donc permis de supposer que l'humanité sera mûre pour le millennium à la fin de la sixième période , six mille ans après la création du monde , deux mille ans après la venue du sauveur.

La fin du millennium sera le signal des événement»' qui doivent marquer la fin du monde. « Quand les mille ans seront accomplis, » nous dit le prophète, « Satan sera délié de sa prison , et il séduira de nouveau les habitants de la terre. » Mais cette dernière séduction ne durera qu'un moment, et amènera la défaite finale de toutes les puissances des ténèbres; les morts ressusciteront pour comparaître en jugement , et l'économie du temps fera place à celle de l'éternité.

Mais que vais-je me laisser entraîner à calculer la fin des temps? que nous importent de pareilles considérations quant à nous, quant à nos intérêts les plus sérieux et les plus pressants, quant à notre salut éternel? L'époque où nous nous trouvons, et cette fin d'année qui approche, me rappellent en terminant à un ordre de pensées plus actuel, plus personnel, et d'une application plus immédiate à chacun de nous. Que le millennium doive commencer à la fin du siècle prochain; que la fin du monde doive arriver après sept mille ans, ou que ces calculs, comme tant d'autres, doivent être démentis par

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l'événement, c'est là une question qui n'a point pour nous un intérêt personnel ; et malheur à nous si , distraits et séduits par les préoccupations d'un lointain avenir, nous perdions de vue la nécessité de nous préparer dès aujourd'hui à la rencontre de notre Dieu! Je ne sais pas d'une manière certaine à quelle époque plus ou moins reculée de l'avenir il faut placer la fin des temps : mais je sais une chose , c'est que la fin du temps viendra pour vous et pour moi dans un avenir très-rapproché. La fin du temps pour chacun de nous c'est la fin de notre vie ; la venue de Christ c'est le jour de notre mort. La fin du temps pour nous , ce sera peut-être l'année nouvelle qui va commencer; ce sera peut-être la dernière semaine de Tannée qui va finir. Peut-être cette assemblée de culte sera pour nous la dernière; peut-être cet appel qui nous est adressé aujourd'hui sera pour nous la venue finale de Jésus- Christ 1 « Veillons donc , prions , soyons sobres , » « achevons notre sanctification dans la crainte de Dieu; » et puisse le maître, quand il viendra, nous trouver prêts et attendant sa venue, comme des serviteurs et des servantes fidèles 1 Amen.

Décembre 4852.

Rachetez le temps; car les jours sont mauvais.

(Eraftsiurs, V, 46.)

Les jours sont mauvais ! Ne vous l'avaienl-ils pas dit avant notre texte, les souvenirs qui se pressent aujourd'hui dans vos cœurs ? II y a quelque chose de bien sérieux et de bien saisissant dans ce jour, qui se trouve être à la Fois un dimanche, un dimanche de communion, le dernier jour de Tannée, et de quelle année ! Qui d'entre nous, en jetant un regard en arrière sur les douze mois qui viennent de s'envoler , ne trouvera pas au fond de son cœur un écho pour celte déclaration solennelle et triste : les jours sont mauvais! Celte sentence du Saint-Esprit, vraie du temps de l'apôtre, est applicable dans tous les temps, mais surtout dans le nôtre; et il n'est pas nécessaire, pour la justifier, de remonter bien loin dans notre vie : il suffit de regarder à l'année qui va finir. Cette année

qui va nous échapper pour jamais, dont la dernière heure aura bientôt sonné , et dont nous célébrons en quelque sorte aujourd'hui le service funèbre, elle descend au tombeau en emportant avec elle, dans les plis de son linceul , bien des douleurs , bien des péchés, bien des espérances trompées , bien des agitations, hélas! bien du sang aussi et bien des larmes. Venez avec moi , mes frères , donner un regard à ce passé si douloureux; interrogez vos souvenirs de Tannée , et voyez combien de choses , dans cette nouvelle période de notre vie que nous accomplissons aujourd'hui , nous donnent lieu de répéter avec l'apôtre: les jours sont mauvais !

Les jours sont mauvais, avant tout , à cause du péché. Le péché , c'est la première de nos misères , celle d'où dérivent toutes les autres, celle qui devrait peser sur notre âme comme notre plus douloureux fardeau. Qui d'entre nous, dans le courant de Tannée qui va finir, n'a senti plus ou moins amèrement le triste esclavage du péché? qui ne trouvera dans ses souvenirs de celte année des moments , des heures, des jours peut-être qu'il voudrait pouvoir effacer de sa vie ! que nous sommes restés loin d'accomplir les résolutions saintes que nous avions formées en la commençant ! que d'actions, que de paroles, que de pensées surtout contraires à la charité, à l'humilité , à la pureté, à toutes ces vertus excellentes dont Christ nous a laissé le modèle, et sans lesquelles nous ne

pouvons pas être ses disciples! que d'imperfections et de souillures même dans dos oeuvres les meilleures ,• même dans nos méditations religieuses, même dans notre culte et dans nos prières! N'est-ce pas une chose profondément triste que nous ne puissions pas sortir de celte année sans y laisser derrière nous tant de péchés ? et cela ne suffirait-il pas pour nous faire dire avec l'apôtre : les jours sont mauvais !

Ils sont mauvais aussi à cause de nos deuils de famille, et du départ des objets de nos affections. C'est dans un jour comme celui-ci que nous nous rappelons avec douleur ce que nous avons souffert à cet égard, ce que nous souffrons encore. Combien n'en est-il point parmi nous qui, en comptant autour d'eux les têtes qui leur sont chères , n'arrivent plus au nombre accoutumé ; qui trouvent une place vide à la table de famille , une place qui ne sera plus jamais remplie dans leur vie terrestre, et qui ne le sera pas non plus dans leur cœur ! On leur disait peut-être au commencement : le temps adoucira , et finira par effacer votre douleur : mais les jours ont beau succéder aux jours, et les mois aux mois, la plaie de notre cœur est toujours ouverte ; et il suffit de la circonstance la plus légère qui rappelle le souvenir d'un être bienaimé , il suffit de la vue du moindre objet qui lui ait appartenu , fût-ce d'un jouet d'enfant, pour réveiller dans notre cœur tout un monde de joies perdues et de douleurs qui nous suivront jusqu'au tombeau. Qu'i-

riez-vous faire auprès d'une telle épreuve avec des consolations terrestres ? ne voyez- vous pas que vous n'y pouvez rien , et que ce n'est pas chez les hommes ni sur la terre que se trouve le remède à un si grand mal ? Laissez-nous verser des larmes au souvenir de ceux que nous avons perdus; laissez les Rachel pleurer leurs enfants, et les Naomi pleurer leurs époux, sans vouloir de consolations terrestres puisqu'elles ne doivent plus les revoir sur la terre; laissez-les répéter avec l'apôtre , dans leur profonde et inexprimable douleur : les jours sont mauvais !

À côté de ces sujets de tristesse généraux, qui se retrouvent dans tous les temps , il en est d'autres qui sont propres à notre époque, et qui marquent à jamais dans l'histoire, comme d'un sceau néfaste, l'année qui va finir \ Que de choses n'y aurait-il pas à dire sur ce sujet! mais que pourrais-je dire que vous ne connaissiez déjà , et que vos souvenirs ne vous rappellent avec plus de force que mes paroles ? Il existe trois grandes calamités qui tombent de temps à autre sur les nations; et l'année où l'une d'elles se

1 Bien que les développements qui suivent se rapportent à des circonstances particulières , nous avons cru devoir les conserver. Outre que les épreuves dont nous parlons peuvent se reproduire, en tout ou en partie , il est bon de garder le souvenir des douleurs passées , ne fût-ce que pour bénir Dieu qui nous en a délivrés. Dans la première édition de ce sermon , prêché d'abord en 4848 9 ces développements étaient remplacés par d'autres considérations, relatives aux événements de l'époque.

rencontre est déclarée une année mauvaise : c'est la guerre, l'épidémie el ta famine. Eh bien! par on concours inouï de circonstances malheureuses , ces trois fléaux se sont rencontrés à la fois dans Tannée qui va finir.

Nous avons eu sinon la famine, du moins la disette, du moins un renchérissement général et constamment progressif de toutes les choses nécessaires à la vie; et cela dans le temps même où les ressources des classes ouvrières étaient diminuées, et souvent supprimées, par la langueur des affaires et le ralentissement du travail. Le pain est arrivé à un prix tel, que bien des ouvriers ne peuvent pas s'en procurer dans la mesure de leurs besoins ; le vin , qui aurait pu suppléer jusqu'à un certain point à la privation des aliments substantiels , a manqué en même temps que le blé; un mal mystérieux, qui reporte la pensée sur les prophéties bibliques , a frappé les produits de la terre et amoindrit partout les récoltes ; et il est trop vrai de dire aujourd'hui qu'un grand nombre de nos semblables ne peuvent pas manger à leur faim.

A cette première calamité Dieu a voulu ajouter les ravages d'uue épidémie, déjà connue dans quelquesunes des années précédentes, mais qui cette année a pris un caractère d'universalité, auquel rien ne peut être comparé dans le passé. Vous vous rappelez ces temps de frayeur et de deuil , dont on peut dire à

peine qu'ils sont passés , car nous y touchons encore. En vain les populations effrayées fuyaient loin des villes : elles retrouvaient l'épidémie dans les campagnes; en vain on sortait de France, on la retrouvait sur tous les points de l'Europe. Du nord au midi, et de l'occident à l'orient, l'ange de l'Eternel a promené, il promène encore son glaive exterminateur.

Mais les deux fléaux précédents , qui nous viennent directement de Dieu , me semblent peu de chose auprès du troisième, qui provient de la volonté humaine. Après une paix européenne de quarante ans, on a vu la guerre se rallumer avec toutes ses calamités sur notre malheureux continent. Où trouverai-je des paroles assez vives pour exprimer l'horreur que m'inspire la guerre, cette chose exécrable , ce mol infernal qui a la puissance de renverser dans l'esprit des hommes toutes les notions du bien et du mal? Rappelez- vous seulement le prix qu'on attache, en temps ordinaire, à la vie d'un homme, d'un seul homme, et tous les sacrifices qu'on n'hésite pas à faire pour la conserver. Qu'un homme tombe malade, aussitôt on appellera le médecin le plus habile , on emploiera les remèdes les plus efficaces , on veillera jour et nuit à son chevet pour arracher une proie à la mort. Qu'un homme soit enseveli vivant dans des travaux souterrains, comme cela n'arrive que trop souvent, aussitôt on voit accourir toute une population pour travailler à sa délivrance. On travaille le

jour et la nuit; on n'épargne ni l'argent, ni le tempe, ni la fatigue; il se trouve toujours des hommes généreux qui n'hésitent pas à exposer leur propre vie pour la chance incertaine d'en sauver une autre; et ceuxlà même qui ne prennent point part aux travaux tes suivent avec une anxiété douloureuse, avides de toutes les nouvelles qui peuvent jeter le moindre espoir sur le sort du malheureux prisonnier. Personne ne demande si ce malheureux est français, ou anglais, ou allemand, ou de quelque autre nation: c'est on homme : c'en est assez pour justifier tous les efforts et tous les sacrifices. Cela est bien, cela est beau, cela est grand : c'est la traduction sensible de cette vérité morale , qu'une seule vie d'homme a plus de valeur que les trésors du monde entier. Eh bien ! dès le moment que cet affreux mol de guerre a été prononcé entre deux peuples, dès-lors, par un épouvantable renversement des notions morales, la vie des hommes n'est plus comptée pour rien; dès-lors, contraste horrible! on se propose pour but, non plus de sauver les hommes mais de les tuer, d'en tuer le plus possible dans un temps donné. Dès-lors le génie de l'homme s'étudie à inventer, non plus des moyens de salut pour l'humanité, mais des instruments de mort; et ces machines à tuer, qui suivent dans leur développement les progrès généraux de l'industrie, sont arrivées aujourd'hui à un degré de perfection tel, qu'elles ne laissent vraiment plus rien à désirer comme puissance de

destruction. Ce n'est plus par centaines, c'est par milliers qu'il faut compter les hommes qui périssent victimes d'un engagement de quelques heures. Les journaux vous raconteront froidement qu'à Inkermann quinze à vingt mille victimes humaines ont été immolées dans un jour, comme ils vous racontaient la veille qu'à Ecully on est parvenu , après vingt-trois jours de travaux incessants, à délivrer de sa tombe anticipée un malheureux puisatier. Un tel contraste ne vous serre-t-il pas le cœur ? Et si nous voulions essayer d'évaluer le nombre total des hommes auxquels la guerre a coûté la vie depuis que les hostilités ont éclaté en orient , c'est par cent mille qu il faudrait compter ! Vous avez beau nous dire que la guerre est une nécessité politique : si vraiment un pareil mal est nécessaire, s'il est nécessaire que des frères s'égorgent mutuellement, le mal n'en est que plus horrible. Vous avez beau jeter sur ces flots de sang, pour les couvrir et les cachera nos yeux , les palmes de la gloire et les lauriers de l'honneur national ; vous avez beau étouffer, sous les fanfares de la victoire , les plaintes des mourants et les gémissements des veuves : j'entends d'ici les cris d'angoisse de mes frères qui tombent loin de la patrie, moissonnés à la fleur de l'âge dans les champs glacés de la Crimée ; mon cœur saigne de douleur à la pensée de ce nombre immense de veuves et d'orphelins qui le deviennent, non pas du fait de Dieu, mais du fait de la volonté humaine; et je répète avec

l'apôtre, en contemplant les malheurs de notre époque, mais surtout les maux de la guerre : les jours sont mauvais !

Il serait facile, mes frères, de m'étendre plus longuement, de m'appesantir plus douloureusement sur ce triste tableau : mais j en ai dit assez pour justifier la déclaration de mon texte , pour vous faire sentir que nous ne pouvons pas rester indifférents dans les jours où Dieu nous fait vivre; et j'ai bâte, après vous avoir affligés par le spectacle de nos misères , de mettre sur votre conscience la conclusion qu'en tire l'apôtre : « rachetez le temps. » C'est là le vrai but de ce discours , et ce qui pourra seul lui donner quelque utilité. Si les jours sont mauvais, que ferons-nous? faudra!- il nous laisser dominer par la tristesse, fléchir sous le poids du découragement, nous abandonner à une lâche et molle inaction ? Telle pourrait Être la conclusion de notre cœur naturel : mais celle de l'apôtre est tout opposée. Il veut que nous rachetions, à force de zèle et de foi, tout ce qu'il y a de mauvais dans les jours où nous sommes, et que nous transformions ainsi le mal en bien. 11 dépend de nous de rendre bons ces jours qui sont mauvais : mauvais à l'égard de la vie présente, ils peuvent devenir bons à l'égard de la vie éternelle , et c'est aux enfants de Dieu qu'il appartient de les rendre bons. 11 y a une admirable énergie dans celte expression de l'apôtre :

a rachetez le temps, » ce temps qu'il déclare êlre mauvais. Il faut le racheter, c'est-à-dire , il faut réparer tout ce qu'il y a de regrettable dans le temps actuel; bien plus, il faut revenir eu quelque sorte sur le passé, pour le ressusciter en le transformant. « Toutes choses sont à vous, » dit ailleurs le même apôtre aux enfants de Dieu, « soit le présent, soit Ta venir, soit même, » chose étrange ! « le passé. » C'est-àdire, toutes choses peuvent et doivent tourner à votre bien. Oui le passé même qui n'est plus, ce passé que vous regrettez à juste titre , dans un certain sens vous appartient encore : il n'est pas une seule des misères dont j ai parlé qui ne puisse être rachetée, dont les conséquences funestes ne puissent être effacées par la foi du chrétien , et qui ne puisse devenir pour lui une source de bénédictions éternelles.

J'ai nommé d'abord la plus grave de toutes nos misères , le péché. A l'égard du péché dont le fardeau pèse si tristement sur notre âme , nous pouvons et nous devons racheter le temps. 11 faut le racheter d'abord à l'égard de la condamnation du péché, ou plutôt cette rédemption est là tout accomplie , il ne reste qu'à nous l'appliquer par la repentance et par la foi. Il faut nous plonger tout de nouveau, au commencement d'une année nouvelle, dans cette « source ouverte à la maison de David pour le péché et pour la souillure, » qui jaillit du pied de la croix de Golgo-

iha. Il faut nous placer sous l'aspersion de ce sang qui des veines de Christ a coulé sur une terre frappée de malédicUoo pour la vivifier et la bénir ; ce sang auquel nous communions à la table sacrée; ce sang en dehors duquel il n'y aura jamais de pardon pour un seul pécheur ; ce sang qui peut seul abreuver notre conscience altérée d'expiation 1 Cette rédemptionlà, je le répète, a déjà été accomplie; la source de l'expiation est ouverte pour tous les pécheurs et pour tous les temps : il dépend de nous d'en approcher , d'y puiser à toute heure abondamment par le moyen de la foi.

Mais il faut aussi racheter le temps à l'égard de la souillure du péché. Il faut, et c'est là le plus difficile, c'est là ce qui nous manque le plus , il faut mettre enfin la main à l'œuvre pour accomplir cette tâche si grande et si belle , qui est le but essentiel de la vie, et que nous n'avons peut-être pas encore abordé sérieusement : la sanctification. Sont-ils nombreux parmi nous ceux qui savent par expérience ce que signifient ces fortes expressions de l'Ecriture : « crucifier la chair et ses convoitises ; » « couper et jeter loin de soi le membre qui nous fait tomber dans le péché; » « se revêtir de toutes les armes de Dieu pour repousser les traits enflammés du malin ; » « présenter son corps à Dieu en sacrifice vivant et saint ; » a se purifier comme Jésus-Christ lui-même est pur ; » « devenir saint comme Dieu est saint et parfait comme notre

père céleste est parfait ? » Mes frères, pour racheter le temps dans cette nouvelle année où vous allez entrer) pour effacer un passé regrettable par un avenir béni, apprenez à combattre le péché et à poursuivre la sainteté ; apprenez à vivre d'une vie de prière , de renoncement et de sacrifice , d'une vie séparée du monde et unie à Christ; exercez-vous à ce combat quelquefois violent et douloureux à la chair, mais toujours accompagné d'une paix céleste et d'une joie ineffable , au prix duquel il nous faut conquérir le royaume des cieux, et sans lequel personne ne verra le Seigneur. Tout en implorant constamment cette grâce divine sans laquelle vous ne pouvez rien , veillez attentivement , non-seulement sur vos actions , mais sur vos paroles ; non-seulement sur vos paroles , mais sur vos pensées. Etudiez les péchés vers lesquels vous êtes le plus facilement entraînés par l'effet de votre caractère ou de votre position , pour vous mettre plus particulièrement en garde contre ces péchéslà. Si vous êtes portés à l'irritation , si vous avez de la peine à pardonner une offense, ayez sans cesse devant les yeux , ou plutôt dans le cœur , l'exemple de Jésus; de ce Jésus qui , lorsqu'on lui disait des injures, n'en rendait point, et qui, pendant qu'on le clouait sur la croix, priait en disant : « mon père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font 1 » Si vous êtes portés à l'orgueil , pénétrez-vous de votre petitesse, ou pour mieux dire de votre néant ; rappe-

deuil, il est court aussi, prenons-y garde, pour accomplir la tâche que Dieu nous assigne , et dont je viens de parcourir avec vous les principaux traits. Donnez -vous par la pensée la plus longue vie qu'il vous soit humainement possible d'espérer: qu'est-ce que dix, vingt, trente, quarante années pour achever l'œuvre de votre sanctification, pour détruire en vous toutes les convoitises du péché, et pour vous préparer au séjour de cette cilé céleste, où rien de souillé n'entrera? Mais vous ne les avez pas devant vous ces quarante ans , ces trente ans , ces vingt ans, ces dix ans; vous n'avez pas devant vous une seule année sur laquelle vous puissiez compter. Cette année nouvelle qui va commencer pour vous dans quelques heures, vous n'êtes pas assurés d'en voir la fin, — que dis-je? vous êtes sûrs que vous ne verrez pas tous la fin de cette nouvelle année , et qu'au bout de douze nouveaux mois écoulés, il y aura dans cette assemblée des places vides. Nul de nous ne peut prévoir lesquels seront rappelés ; mais chacun doit se dire : ce sera moi peut-être! Hâtez- vous donc de mettre à profit ce temps si court et si incertain qui vous sera donné encore, et de le racheter pour votre saluL Vous ne pouvez pas ressaisir le temps déjà écoulé ; nulle puissance de la terre ni du ciel ne pourrait ramener une seule de ces heures qui sont tombées l'une après l'autre dans le gouffre de l'éternité , et dont un grand nombre peut-être ont été employées d'une

en ne mettant pas à profil cette Visitation du Seigneur, que nous ne l'obligions à nous visiter de nouveau !

La guerre avec ses calamités nous rappelle au devoir de soulager ceux qui souffrent , de consoler les affligés, de prier pour les mourants; elle nous rappelle aussi qu'il faut travailler, chacun selon nos moyens , à répandre dans le monde les principes de cet évangile de paix, qui doit un jour mettre un terme à ces luttes fratricides entre les nations ; elle nous rappelle qu'il faut hâter, par nos prières et par nos efforts , la venue de ces temps bénis annoncés . dans la prophétie, où l'Eternel « fera cesser les guerres jusqu'aux extrémités du monde, » et où s'accomplira dans toute son étendue cette magnifique promesse qui a salué la naissance du sauveur : « paix sur la terre ! »

La misère des classes pauvres , aujourd'hui si générale et si profonde , est encore une voix qui nous crie de racheter le temps, et de réparer le mal en apportant plus de zèle et d'abnégation dans l'exercice . de la charité. Quand la charité fut-elle plus nécessaire que de nos jours? et quand pourriez- vous trouver plus d'occasions de la pratiquer? quand verrez- vous davantage de ces pauvres qui sont auprès de vous les représentants du Seigneur, et dont il dit qu'il tiendra pour fait à lui-même le bien que vous leur ferez en son nom ? quel meilleur usage pour-

dont tant de jours ont été mauvais, pour commencer dans l'amour du Seigneur une année nouvelle qui sera toujours bonne, quels qu'en puissent être les événements, si elle est consacrée au service de Dieu, si elle est employée à la sanctification, à la vigilance, à la prière, à la préparation pour la venue de Christ! « Certainement je viens bientôt, » dit le Seigneur. Heureux le serviteur ou la servante fidèle qui veille dans l'attente de cette venue , et qui peut répondre avec le disciple que Jésus aimait : « oui , Seigneur Jésus, viens! » Amen.

34 décembre 4848 et 4854.

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