PRÉPARATION A LA COMMUNION
Si donc il y a quelque consolation en Christ, s'il y a quelque soulagement dans la charité, s'il y a quelque communion d'esprit, s*il y a quelques cordiales affections et quelques compassions : rendez ma joie parfaite, étant d'un môme sentiment, ayant un même amour, n'étant qu'une même âme et n'ayant tous qu'une seule pensée.
Que rien ne se fasse par un esprit de dispute , ou par vaine gloire; mais que chacun par humilité de cœur estime l'autre plus excellent que lui-même. Ne regardez point chacun à votre intérêt particulier, mais ayez égard aussi à ce qui concerne les autres.
Qu'il y ait donc en vous les mêmes sentiments qui ont été eu Jésus-Christ : lequel étant en forme de Dieu n'a point regardé comme une usurpation d'être égal à Dieu ; mais il s'est anéanti soi-même en prenant la forme d'un serviteur fait à la ressemblance des hommes ; et ayant paru comme un simple homme, il s'est abaissé lui-même, s'étant rendu obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix.
Cest pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé , et lui a
donné un nom qui est au-dessus de tous les noms : afin qa'au nom de Jésus tout genou fléchisse , dans le ciel , sur la terre et sous la terre , et que toute langue confesse que Jésus-Christ est le Seigneur, à la gloire de Dieu le Père.
(Phil., 11,4-44.)
Dans les paroles si émouvantes que vous venez d'entendre , saint Paul reconamande à ses lectears deux vertus chrétiennes, deux dispositions excellentes que nous croyons particulièrement utile de vous remettre devant les yeux dans ces jours saints et bénis, où vous vous préparez à participer à la cène du Seigneur : c'est la charité et Thumilité.
Pour engager les chrétiens de Philippes à la pratique de ces deux vertus, il leur présente l'exemple de Jésus y qui nous a laissé le modèle le plus parfait tout à la fois d'humilité et de charité; et il trace un tableau admirable de cet abaissement du 61s de Dieu, devenu volontairement « Iliomme de douleur. »
A ce tableau d'humiliation en succède immédiatement un autre , qui forme avec le précédent un contraste magni6que : c'est celui de Télévation souveraine et de la gloire du fils de Thomme; car l'humilité a été pour lui le chemin de la gloire y et il en sera de même pour ses rachetés.
* Nous avons donc ici trois ordres de penséçs différents, qui nous foufniront, si le Seigneur le permet,
\e sujet de trois méditations successives. Suivant pas à pas les paroles de Fapôtre, nous développerons dans un premier exercice, dont nous ferons une préparation à la communion , l'exhortation à la charité par laquelle il commence; Thumiliation volontaire de Jésus-Christ, modèle parfait de charité , fera l'objet d'une deuxième méditation ; et enfin dans un troisième discours , que nous réservons pour le jour de Pâques, nous contemplerons la gloire de Jésus-Christ.
La première chose qui nous frappe dans Texhortation de Tapôtre, c'est la manière dont elle est amenée et les motifs sur lesquels il l'appuie. Saint Paul aurait pu prêcher aux Philippiens la charité comme un devoir positif du christianisme; il aurait pu la commander au nom de la loi de Jésus-Christ et des obligations indispensables imposées à ses rachetés; mais c'est un autre motif qu'il présente à ses lecteurs, et ce motif est dans un rapport intime avec cette charité qu'il veut leur inculquer. Il leur demande de marcher dans la charité comme une consolation à lui accorder dans ses peines , comme un moyen de faire naître la joie dans son cœur au milieu de l'épreuve qui pesait sur lui. Paul, lorsqu'il écrivit l'épiire aux Philippiens, était prisonnier à Rome, comme le prouve la mention qu'il fait de (( ses liens » au chapitre premier , et celle des fidèles « de la maison de César » au chapitre quatrième ; il avait devant lui un
avenir de soufirances , et il ne savait pas si l'issue de sa captivité ne serait pas le martyre, comme le prouve le verset dix*septième du chapitre second , où il parle de la possibilité de répandre son sang en aspersion sur loITrande de la foi des Pbilippiens. C'est donc du sein de l'épreuve et de la souffrance qu'il leur écrit , c'est dans une situation où il éprouvait vivement le besoin de consolations et de joies chrétiennes : et il n'imagine pas de consolation plus précieuse, ni de joie plus excellente, que de voir ses enfants spirituels marcher dans la charité. Je ne sais rien de plus touchant qu'un pareil motif, présenté dans de pareils termes : « si donc il y a quelque consolation en Christ, s'il y a quelque soulagement dans la charité, s il y a quelque communion d'esprit, s'il y a quelques cordiales affections (littéralement quelques entrailles) et quelques compassions : rendez ma joie parfaite, étant d'un mêine sentiment, ayant un même amour, n'élaot qu'une même âme, et n'ayant tous qu'une seule pensée. » Qui pourrait n'être pas touché, n'être pas remué profondément par de telles paroles 1 II y a quelque chose dans ces paroles qui descend jusqu'au fond des entrailles, et qui les fait tressaillir des tendres émotions de la charité. Elles présentent d'ailleurs une sorte de riche confusion , provenant de la plénitude même des sentiments qui se pressent dans le cœur de l'apôtre, et qui voudraient en sortir tous à la fois. Tout ce qu'il y
a de plus donx, de plas consolant, de plus aimant^ de pltt8 tendre, est réuni pêle-mêle dans ses exprès» sions. Il ne parle point du devoir : eh! qu'est-il besoin de parler de devoir quand il y a tant de dou* oenr , tant de joie pure et profonde dans la charité ? Ah ! mes frères , ouvrons toutes les portes de nos cœurs à rinfluence de ces douces paroles 1 Plaçonsnoas, pour écouter l'exhortation de l'apôtre, dans celte atmosphère de paix, de joie, de consolation, de tendresse chrétienne où il vivait lui-même lorsqu'il écrivait à ses chers Philippiens; pénétrons-nous des sentiments qui remplissaient son cœur, comprenons et sentons tout ce qu'il y a de précieux et d'excellent dans Tamour qui est en Christ. Si nous avons besoin de consolation dans nos épreuves et de joie au miliea des douleurs de la vie ; si l'esprit d'égoïsme et d'irritation qui déchire les sociétés humaines nous fait sentir d'autant plus le prix de Tunion et de la concorde; si en présence d'un passé douloureux , ou d'un avenir incertain et sombre, nous avons besoin , comme saint Paul^ de nous rattacher à quelque chose de doux, de consolant^ de paisible^ d'assuré, cherchons comme saint Paul notre consolation , notre force et notre paix dans les pures délices de l'amour chrétien.
Après avoir ouvert le cœur de ses lecteurs par cet exorde si tendre et si pénétrant, l'apôtre arrivant rafin à son but les exhorte à la charité, et tout ensemble à rhumilité. Il mêle étroitement ces deux ver-
tus chrétiennes, parce qu'elles sont^ en effet, insépa* rables dans le cœur et dans la vie de TenSajAt de Dieu : ce sont deux sœurs imnoortelles qui se donnent la main et qui se soutiennent mutuellement; Tune ne peut marcher sans l'autre; cdui qui aime ses frères est tout naturellement porté à s'estimer audessous d'eux. Il serait difficile de décider laquelle de ces deux vertus chrétiennes saint Paul avait princi* paiement en vue, tellement il les mêle, il les entrelace, il les confond dans son exhortation Quand il recommande aux Philippiens d'être « bien uus ensemble et de n'avoir qu'une même âme, » il semble n'avoir en vue que la charité ; quand il veut « que chacun d'eux estime l'autre plus exceUent que luimême, » il semble n'avoir en vue que l'humilité. Et quand il veut a que chacun ait égard à l'intérêt des autres plutôt qu'à son intérêt particulier, » ses paroles peuvent s'appliquer tout à la fois à l'humilité et à la charité. L'exemple de Christ, qu'il offre pour modèle à ses lecteurs , prêche tout à la fois l'humilité et la charité. Ce même mélange, cette même confusion de la charité avec l'humilité se retrouve dans l'admirable description du treizième chapitre de la première épîlre aux Corinthiens : « la charité est patiente, elle est pleine de bonté; la charité n'est point envieuse; la charité n'est point insolente, elle ne s'enfle point d'orgueil; elle n'est point malhonnête, elle ne cherche point son intérêt; elle ne s'aigrit point; elle
HUMILITÉ ET CHARmi. 413
ne soupçonne point le mal ; elle excase toat, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout. »
L'humilité, la charité : telles sont les deux dispositions, inséparablement unies, qui nous sont les plus nécessaires pour pouvoir nous approcher de la (àble du Seigneur. La meilleure préparation à ce banquet sacré où notre sauveur nous appelle encore , sera de méditer sur ces deux vertus chrétiennes que Paul recommandait aux Philippiens.
La table du Seigneur nous prêche avant tout Thamilité. En nous rappelant Tamour du sauveur, elle nous rappelle par là même notre péché et la condamnation quil entraine; car ii n'y a lieu à sauver que ce qui est perdu. « Le fils de Thomme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ; » ce ne sont pas des justes , ce sont des pécheurs qu'il est vena appeller à la repentance. Céleste médecin des âmes ^ ce n'est pas pour des gens en santé , c'est pour des malades en danger de mort qu'il a quitté le ciel. Âpprochons-nous donc de sa table en nous humiliant profondément dans le sentiment de nos péchés et de noire condamnation. Allons-y en lui criant comme le péager.: (( O Dieu! sois apaisé envers moi qui suis pécheur 1 » Disons avec le pieux Adam : a Je ne vais pas à la table du Seigneur pour donner, mais pour, recevoir; je n'y vais pas dire à Christ que je suis boa , mais contempler combien il est bon. J'ai beaucoup de péchés à lui confesser , plus que je n'ea
M4 inmiBnrË ET cmioms.
pourrais dire dorant tout un joar ; et qaand je lai au* rais dit tout ce que je «aïs de mes fléchés , ce ne serait 6DOore qa'une bien faible partie >de ce qu^il en sait hit-môaie. ie vais 'en qualité de ipédbeur an sauveur. A quel autre irais-je avec mon aveuglement, mon ooBur dur iet ma volonté rebelle? Vous me dites qu'il me faut* je ne sais combien de grftœs et de qualités morales pour m'approcherde la cène; mais je ne puis pas les attendre, mes besoins sont pressants, je suis un bomme qui se meurL Mon sauveur avec :sa bonté si connue me dit : viens , fais ceci en mémoirede moi. Son invilatioQ m'est un droit sufBsaot; J'irai le contempler crucifié, versant son sang pour moi , en dépit de tous mes péobés et de toutes mes craidtes; et quand tous les chrétiens du monde s'élèveraient d'un commun accord pour m'en empêcher , je courrais me réfugier sous les ailes de Christ, pour y chercher un refuge contre le monstre du péché prêt à me dévorer. » ^ HeureuK, mes frères, ceux qui ont un sentiment aussi profond du péché, et qui soupirent aussi ardemment après le sauveur! Ahl dans ces jours de grâce que le Seigneur fait lever encore une fois sur nos tôtes,:préparons- nous à recevoir sa grâce en considérant sérieusement nos. péchés, en sondant toute la profondeur de^notre misère. Disons-nous bien que noQS sommes absolument indignes de nous présenter
^ Adak, basées.
devant Dîea ; que s'il prenait garde aux iniquités, nul d'entre nous œ pourrait subsister un seul instant dans sa sainte présence ; que si nous étions laissés à nousmêmes., une condamnation terrible, éternelle serait notre juste et infaillible partage. Disons-nous bien que s^îl nous est permis de nous approcher de Dieu , de le prier et d^attendre avec conBance une réponse à nos prières; s'il nons est permis de prétendre aux biens éteraeb et d'espérer une place dans la maison du père céleste ;:si nous pouvons contempler en Dieu un père qui nous aime, au lieu d'en juge inflexible armé des colères de sa loi; si nons avons autre chose en perspective qu'une vie de misère et de souffrance, aboutissant à une éternité de condamnation ; s'il nous est permis ^d'avoir un seul moment de paix raisonnable et de joie solide , ce n'est pas à nous-mêmes que nous le devons, c'est à la pure grâce de notre Dieu. Oh! qn'il nons soit donné, dans cette nouvelle semaine sainte, de descendre plus avant que nous ne Favons &it encore au fond de l'abîme de notre misère! Apprenons à réaliser enfin ce sentiment poignant du pé- ^, dont Aous parions souvent, hélas! et que nous connaissons si peu par notre expérience personnelle! apprenons à crier réellement grâce et merci au Seigneur , comme David , alors qu'il s'écriait dans l'angoisse de son âme : « ô Eternel ! je t'invoque du fond d'un abtme ! mes iniquités m'ont atteint, elles surpassent en nombre les cheveux de ma té(e, et ma force
m'a abandoDoé ! » C'est alors , c'est quand noas serons ainsi renversés dans la poussière , écrasés sous la conviction accablante de nos péchés , que nous pourrons comprendre et apprécier les compassions du Seigneur ; c'est alors que nous pourrons connaître et mesurer a la longueur , la largeur , la hauteur et la profondeur » de cet amour qui surpasse toute mesure et toute connaissance; c'est alors que la voix de l'époux céleste sera douce à notre cœur , que sa table nous sera précieuse , et que nous pourrons faire une bonne et salutaire communion.
Mais ce n'est pas seulement devant Dieu que nous devons nous humilier ; c'est aussi devant les hommes. <( Que chacun de vous , » nous dit l'apôtre , ce estime les autres plus excellents que lui-même. » Que chacun dans Téglise de Christ se mette sincèrement à la dernière place, et quels que puissent être les dons intellectuels ou spirituels qu'il a regus du Seigneur, qu'il s'eslime le plus indigne des fidèles , le plus pauvre en vertus chrétiennes, en patience, en tempérance, en foi , en charité.
Il y a plus encore. Ce n'est pas seulement en se comparant aux fidèles que l'enfant de Dieu doit s'estimer au-dessous des autres , c'est en se comparant à tous les pécheurs sans exception. Saint Paul ne s'appelle-t-il pas lui-même u le premier des pécheurs? d Quand saint Paul , après une jeunesse que tout annonce avoir été austère et pure, élevé comme il le fut
HraOUTË ET CHARITÉ. 4 47
dans TofaeervatioD la plus sévère de la loi mosaïque , poo¥ani dédarer avec vérité devant les pharisiens assemblés qu'il avait « véca devant Dieu en toute bonne conscience jusqu'à ce jour ; » saint Paul qui , sll avait dabord persécuté l'église , Pavait fait par ignorance et croyant par là servir Dieu, et qui , du moment où la vérité lui était apparue sur le chemin de Damas , s'était dévoué sans réserve à la propager , fidèle entre tous les fidèles serviteurs de Jésus-Christ; quand an tel homme se déclare le premier dos pécheurs, il ne faut pas voir dans cette déclaration une simple manière de parler, il ne faut pas croire qui! y ait rien d'exagéré dans une telle confession ; le langage de saint Paul , cet homme si consciencieux et si sincère , était , nous n'en pouvons douter, strictonient conforme à la vérité ; et s'il se déclare le premier des pécheurs, c'est qu'il croyait l'être réellement. Et on effet le sentiment que saint Paul exprime est celui de tons les enfants de Dieu. Il n'en est pas un seul qui, en se considérant lui-même et l'amour du Seigneur , en comparant les grâces qu'il a reçues à l'usage qu'il en a fait , ne soit disposé à se mettre à la dernière place, à s'estimer au-dessous même dos plus grands pécheurs, il trouve au fond de son cœur le germe de tous les péchés , de tous les crimes ; et si ce germe ne s'est pas développé , ce n'est pas à lui-même , c'est à la grâce de Dieu qu'il se sent contraint d'en donner toute la gloire. 11 se dit que s'il eût été placé dans des
08 HUAiiLITÉ ET CHAiRITÉ.
circoDMaooes aussi défavorables que tel homme livré au viœ ou au crime, s'it D'e&t pas reçu par la booté de Dieu une éducaiion n^orale et cbréliénna, s'il o^eùl pas éié enlOBFé dès aoa eDfiiQce d'ioAueaceS' aalatairas qui' teodaieat à le mainlenir dana le chemin du devoir , il serait tombé saoa douta oomme le criminel , et peut-être plus bas que IuL II sympathise pleiaement avec ce fidèle serviteur de Dieu, Tua des hommea les plus vertueux y les plus charitables;, les plus excellents qui aient jamais vécu sur la terre^ Howard, qui, toutes les fois qu'il rencontrait un criini^ nel conduit au supplice ^ se disait : <( voilà où tu. serais sa os la grâce de Dieu ! »
Ce sentiment de notre: indignité, qui nous porte à nous estimer au-dessous dca autres, doit surtout se réveiller en présence de la table du Seigneur. S'il y a quelque chose au monde qui soit propre à nous faire rentrer en nous-mêmes, et à nous faire éprouva^ un saint tremblement à la pensée de notre indignité, c'est assurément la participation à ces glorieux et saints mystères. Il est des personnes qui au moment de s'approcher de la cène se préoccupent beaucoup de ceux qui doivent y participer avec elles ; elles se demandent avec anxiété si tel ou tel qui porte le nom de chrétien est vraiment digne de ce nom et en état de se présenter à la table sainte; il en est même qui s'abstiennent de participer à la cène, de peur de $'y trouver associés à des communiants indignes. Je ne
de telle» perBOonet, ni blâiner
de ocMidoite qu^ellea suivent par un. pria*>
«le coasci eD ce : « que chacun agUie selon qu*il
persuadé dans son esprit. » Mais préoccupations sont diUKrontes au t oà je m'approche de la table du Suignour. J*ai à bire de m'ocGuper do moi-méine el de ooo^ leoipler ma propre indignité , pour qu*il ne me reste Ai le temps , ei le liberté d'esprit de songer k celle des autres ; si quelqu'un me parait indigne de s*8p» procher de la table du Seigneur, c'est moi-même le tont premiepi si qiuelqu'ue me parait mériter d'en être exclu ^ c'est ooioirmême avant tous les autres; et 11 m'est facile, en présence de ces merveilles de le grâce de mon Dieu offertes à un pikriieur tel que Uïoi y de mettre en pratique l'exhorta lion de l'apôtre \ « que chacun, par humilité, estime les autres plus excellents que loi-mème* »
[.'vi'.HMir.^i
Ce n'est pas seulement rbumilité que n Fapôtre aux Philippieos, et que nous proche à tous la table du Seigoeur : c'est encore la charité, a Beor dez ma joie par£ftUe, » écrit saint Paul , « étant d'un même eeniimeot, n'étant qu'une même âme, ayant on même amour et une seule pensée, h La même exr horiaiioo nous est adressée daos^ces jou» solennels far b laUe du Seigneur. Quelle prédication plus pé* eftianie et plus douce tout ensemble, {4us tendre et
no HUMILITÉ ET CHARITÉ.
plus puissante à la fois pourrions-nous imaginer^ pour nous exhorter à la charité , que ce pain et ce vin de la cène, vivants symboles d'une charité qui nous a donné sa chair et son sang! En ménoe temps qu'elle nous prêche notre indignité, la cène nous raconte aussi Famour de Christ. Elle nous répète à sa manière y dans son langage qui pour être silencieux n'en est que plus émouvant, ces tendres paroles du sauveur : (( Dieu a tant aimé le monde qu'il a livré son fils unique , afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. )> Elle nous redit avec saint Paul et avec saint Jean : « personne sur la terre n'a un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis : mais Dieu signale son amour envers vous en ce que , lorsque vous n'étiez que pécheurs. Christ est mort pour vous. » « Voyez quel amour le père vous a témoigné , » à vous ennemis de Dieu , à vous perdus et condamnés par vos péchés, « que vous soyez appelés enfants de Dieu! » Hélas I pourquoi faut-il qu'à force d'entendre parler d'une telle merveille nous y soyons comme accoutumés, et qu'elle remue à peine nos cœurs endurcis et indifférents! Oh ! si cette fois du moins famour de Dieu pouvait triompher de la dureté de nos cœurs ! si nous pouvions enfin , en contemplant dans le pain et le vin de là cène l'amour insondable du Seigneur, nous sentir émus jusqu'au fond de l'âme, et comprendre que tous les témoignages d'amour qui nous touchent le plus^ que
HUMILITÉ ET CHARITÉ. 4Sf
nous admirons le {dos dans le monde et de la part des hommes 9 que loat cela n'est rien auprès de Famoar dont Dieu nous a aimés en Jésas-Christ ! alors , sons Tinfinence de cette charité céleste dont nous sommes nous-mêmes les objets, nos cœurs s'onyriront naturellement, irrésistiblement à la charité envers nos frères. Nous sentirons que si Christ nous a tant aimés nous devons aussi nous aimer les uns les autres; que si Christ nous a pardonné, nous devons aussi pardonner à nos frères; que si Christ nous a remis une dette de dix mille talents, nous devons aussi remettre à nos frères les quelques deniers qu'ils nous doivent; et toutes les fois qu'un sentiment d'irritation ou d'amertume voudra se glisser dans nos cœurs, un seul regard porté sur ta croix, ô Jésus! ou sur la table de ta charité, sufBra pour triompher de ce sentiment que tu condamnes, et le renvoyer dans l'enfer d'oil il est sorti !
La sainte cène a encore une antre manière de nous prêcher la charité. Cette table commune qui nous réunit tous autour de ces aliments mystérieux et bénis, nous rappelle que nous sommes membres d'une même famille, enfants d'un même père, et rachetés d'un même sauveur. « Puisqu'il n y a qu'un seul pain, » dit saint Paul, « nous qui sommes plusieurs sommes un seul corps; car nous sommes tous participants du même pain. » Mes frères , est-ce bien de nous, est-ce de cette église que Tapôtre a voulu
itt HUHiLlTË ET CHâRmt
parler? SommesmcMis réellomeofe Ifis membres d/aa seul corps ea JésuBrChrist ? vivoiisrDQus réellement de la vie commune des enfonta de Mea? en avoiisnous seulementi lldée? coimai88ona-DOu& par expérience celle commumon des sainte à laquelle nous rendons lémoignage. chaque dknatM^ dans, noire oonfessioade foi? peui*on dire; de nous, comme Tapôtre le dit du corps de Cbrist, que* (( lonsqu^'un des membres souffre tous^Ies membres souffrent aivec lui, ei que lorsqu'un des membres est: bonoré lous les membres ensembleen ont de la joie? » peut-on dire que la charité nous unit élroiCenaent, et qu'il y a poar nous, par-dessus loules les différences de rang, de position , d'éducation, de fortune, une sphère élevée et pure où nous nous rencontrons devant Dieu dans la communion des cœurs? est-ce un besoin pour nous de nous réunir en assemblées fraternelles d'édftficaUon^ de prier ensemble et les uns pour les autres? mettcmanous en pratique ces préceptes du Saint-Esprit : a portez les charges les uns des aatres, et accomplissez ainsi la loi de Christ; confessez vos fautes les uns aux autres , prenez garde Tun à l'autre afin de vous exciter à la charité et aux bonnes œuvres; qua la paix de DÂea à laquelle vous êtes appelés pour n'être qu'un seul corps , tienne le principal lieu dans vos co^rs ; faites tout sans murmure elsans dispute, étant remplis de compassion, vous entr aimant fraternellement» étant miséricordieux et doux ? » Autant de questions
mOÊtUTÈ ET CHARITÉ. 418
qoa fadcesaB à bqs oonadesoes, hélas ! aulaob de coq» daaiBatÎQnâ qve cbacim de dou8 est foroé de pronour œr sar hûnonéaieL Ahl piùsaîoQS-aaaSi eo préseoœdè celte noavellé cène à laquelle le Seigoeur nous ooor vie, eo préseooe de ces souvenirs de Famour de Christ qu'il fiedl passer encore une bis sous nos yeux, poîssions-iious enlrer à cet égard dans une vie nou* velle 1 que nous la connaissions enfin , que nous la maolrions au monde, cette charité qui doit unir tous les enfants, d» Dieu ! que la partie vivante de cette église appreane enfia à foraiec un peuple de Christ , oa corps sépafé du monde, consacré aa Seigneur^ étroitement uni dans une même foi , dans, une même âSfiéraiice et dans un même amoiirl
Si le sentiment de la charité est vivant au fond de nos cœurs., il se manifestera nécessairement au-dehors par des eiïéis pratiques, par le dévouement et le sacrifice* « No regfirdez point, » dit Tapôtre, a chacufijà votre intérêt particulier; mais que chacun ait égard aussi à ce qui concerne les autres^ » Ici encore, mes bien-aimés frères, combien n'avons-nous pas sujet de nous humilier et de nous condamner quand nous regardons à notre vie I qu'y a-t-il de plus opposé à nos tendances et à nos habitudes que d'oublier nos propres intérêts pour les intérêts des autres? Et savezvous jusqu'où doit alter cet abandon de nos propres intérêts? Saint Jean va nous le dire : « à ceci nous avons connu la charité, c'est que Christ a donné sa
vie pour doqs : nous devons donc aussi donner notre vie pour nos frères. » Qui est-ce parmi nous qui est fidèle à l'esprit de ce précepte? qui est-ce qui est prêt à donner pour ses frères, je ne dis pas sa vie, mais son bien-être, son temps, ou une partie de sa fortune ? II en est quelques-uns peut-être , j'aime à le croire, et que Dieu en soit béni! mais sont-ils nombreux parmi nous ceux qui pratiquent réellement la charité , et qui cherchent les intérêts de leurs frères avant leurs propres intérêts? Votre conscience a déjà répondu avant moi : non , mille fois non. La plupart d'entre nous suivent une ligne de conduite qui est précisément Tinverse de celle que trace Fapôtre et qu'il suivait lui-même : ils cherchent avant tout leur intérêt particulier, et ensuite, s'il leur en reste le loisir, celui des autres. Presque tous nous mettons en pratique, sans oser la professer ouvertement, cette abominable maxime du monde qui est le renversement de celles de Jésus-Christ : « charité bien ordonnée commence par soi-même. » Souvenirs sacrés et bénis que cette semaine réveille dans nos cœurs, témoignages solennels de Tamour de notre Dieu, vivants symboles de son sacrifice, appels tendres et multipliés qu'il nous adresse par sa parole, par sa table et par sa croix , triomphez enfin , et pour toujours y de l'égoïsme et de la dureté de nos cœurs ! Apprenons enfin à aimer , a non pas en paroles ni de la langue^ mais par des efiets et en
vérité! » apprenons à nous oublier, à nous dépenser, à nous sacrifier pour nos frères comme Jésus-Christ s'est oublié et sacrifié pour nous; imitons celui qui allait de lieu en lieu pour faire du bien ; sortons de nous-mêmes et du cercle étroit de nos intérêts, pour vivre d'une vie de dévouement et de sacrifice , d'une vie utile et féconde pour le bien de Thumanilé! Que chacune de nos journées soit marquée par quelque renoncement, par quelque oubli de nous-mêmes, par quelque œuvre utile et bénie pour quelqu'un de nos frères. Tous sans exception , et chacun dans la mer sure de ses ressources et de ses forces , empressonsnous à secourir les pauvres , à visiter les malades , à consoler les affligés. Tout en nous occupant des besoins temporels de nos frères , n'oublions pas leurs âmes immortelles; donnons pour l'avancement du règne de Dieu, pour les œuvres d'évangélisation ; travaillons nous-mêmes personnellement à Tévangélisation du monde , auprès et au loin , par nos prières, par nos exhortations , par une vie sainte et conséquente avec notre profession chrétienne. Après nous être donnés au Seigneur, donnons-nous aussi à nos frères; amassons-nous ainsi de jour en jour dans le del ce trésor qui ne nous manquera jamais, et aoqué^ rons-nous par la charité un peuple nombreux de ces « amis )) dont parle le sauveur , qui nous accueilleront au dernier jour dans les tabernacles éternels ! Amen.
Avril 4854.
LABAiSSEMENT M CHRIST.
Qu'il y ait en vous les mêmes sentiments qui ont été en Jésus- Christ : lequel étant en forme de I>ieu, li'a poirft regardé vomme une usurpation d'être ^1 à Dieu ; mais il s'est anéanti aoi-niéme en prenant la forme d*un serviteur fait à k ressemblance des hommes. 'Et ayant paru comme un simple homme, il s'est abaissé lui-même, s'étant rendu obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à k mort de k croix.
{Pbiup. ,'U,ns-so
Après avoir enhortié les chrétiens de Philippe à lliamilité et à ia charité, rapôlre, à 'l'appui de cette double exhortation , leur présente FeoieioplG de Jésus- Christ comme <le 'modèle qu'ils doivent imiter. Imiter JésuS'^Christ,, (^1 est le but qifeiioit se^proposeï* constamment quiconque porte le nom de 'chrétien; el il suffit y pour montrer rexcellenee de telle <ou telle vertu y de nous la foire voir mise <eii pratique par notre'divin chef, imiter ilésos^^hrist , que tel ^l en effet le but de notre vie , mes bien-aimés frères ; cher-
VàMklBSEKÊEm DE GfliUBT. m
dions dans la cootemplalion de ce parfait modèle loDl à k Aiis la eonaaisfianoe de oetre devoir et la force de le pratiquer. Nous pouvons tous imiter Jésus, pnisqull a été fait cr JBemblabie à nous en toutes cho< ses, eKoepté le pédhé. » De tootes les vertus que l'évangile naos vecemmaBde , Il n'en est pas une seule que nous ueptiÎBSHiDs^coDteiQpler réalisée , mise dans toat soB jour /élevée à sa ptos faa«te puissance dans la personne et dans la vie àe Jésus-Christ.
Nous :parlioD8, ^dans une précédente méditation , do devoir de marcher dans .rhumilité et dans la charité. Veut pratiquer ces deux vertus si ^pnécieuses et à nécessaires, il ine fout que marcher sur les traces de Jésus. Jésus > nous a laissé le plus parfeit modèle tout à la fois d^humiiité et de cbarité. Bien n'égale l'humiliation à laquelle il s'est volontairement soumis, si ce n'est la charitéqni fa inspirée. Contemplons de plus tprè&, gui(Sés rpar les paroles de l'apôtre, cet abaiseemeni volontaire^ cette humiliation merveilleuse du fils de Dieu. c( jQu'il y ait 'donc en vous les mêmes sentiments qui ont été en Jésus-Chriât , lequel étant en fcH'me de Dieu , sla pmat regardé comme une usurpation d'être égal à iDieu. » Ce passage est 'un dea piuB impartants de l'évangile au point de vue de la doctrine, puisqatiMi(H]die.à la^divioité de Jésos-Ghrist; en même ttëm^ps il rprésente <nne certaine difficulté daBS'le'iexteforiginfil,'et ])ar1à môme dane nos vei^ sîooSb 'Qo'ii moÉs ^soit permis pdur l'éelaincir d'entrer
dans qaelques détails d'interprétation , qai sortiront peut-être des habitudes de cette chaire , mais qui ne seront pas sans utilité.
« Lequel étant en forme de Dieu. » Cette expression étonne au premier abord. Pourquoi saint Paul ne dit-il pas simplement, comme saint Jean au commencement de son évangile , ou comme il le dit luimême au neuvième chapitre de son épttre aux Romains, que Jésus était Dieu? Les adversaires de la divinité du sauveur n'ont pas manqué de tirer parti de celle circonstance pour prétendre que Christ , d'après saint Paul, n'aurait que l'apparence de la divinité, non son essence intime. Mais pour avoir la forme réelle de la divinité, il faut être Dieu, \utant vaudrait soutenir, d'après le verset suivant , où il est dit que Christ a pris u la forme d'un serviteur , » qu'il ne s'est abaissé qu'en apparence et non en réalité. Par cette expression , la forme de Dieu , l'apôtre a voulu désigner la gloire de Dieu , la puissance de Dieu, les attributs sensibles de la divinité, dont Jésus était revêtu avant l'incarnation , et que seuls il a pu dépouiller dans son abaissement volontaire. En effet , ce que Jésus a quitté , ce n'est pas l'essence même de la divinité : il ne le pouvait pas sans se renier luimême : ce n'est que la forme brillante, la gloire de la divinité ; et voilà pourquoi saint Paul , ou plutôt le Saint-Esprit, emploie cette expression qui représenta avec une justesse parfaite l'idée vraie de l'incarnation.
L'ABABSEMKNT M CHRIST. ||9
Celle forme de Dieu , c'est cette gloire que le fils possédait éterDellement daos la communîoQ du père, et dont Jésus dit dans sa prière sacerdotale : « maiotenant glorifie-moi, toi mou père, auprès de toi, de la gloire que j'ai eue chez toi avant que le monde fût &it. » C'est cette gloire encore que Jésus , parlant sous lenom de la Sagesse , décrit en ces termes au livre des Proverbes : « l'Eternel m'a possédée dès le commencement de ses voies, même avant qu'il ftt aucune de ses œuvres. J'ai élé déclarée princesse dès le siècle, dès le commencement , dès l'origine de la terre. J'ai été engendrée avant que les montagnes fussent posées , et avant les coteaux; lorsqu'il n'avait point encore fait la terre, ni les campagnes, ni lecommencement de la poussière du monda Quand il agençait les cieux, j'y étais; qaand il traçait le cercle au-dessus des abîmes; quand il affermissait les nuées d'en-haut; quand il rendait fermes les fontaines des abîmes ; quand il établissait son règlement pour la mer, afin que les eaux n'en passassent point les bornes; quand il compassait les fondements de la terre, alors j'étais auprès de lui son nourrisson, j'étais ses délices de tous les jours, et toujours j'étais en joie en sa présence K » Etant donc en forme de Dieu , a il n'a point regardé comme une usurpation d'être égal à Dieu. » Si l'on adopte cette version , qui est la plus généralement reçue ,
«Prov., VlU,M-30.
430 L'ABAISSEMENT DE CHRfêT.
Fapôtre a voulu exprimer cette idée, que Jésus pou* vait se dire égal à Dieu sans sortir de sa position véritable, sans qu'il y eût dans un pareil titre aucune usurpation de sa part. L'égalité avec Dieu était une chose qui lui appartenait réellement et légitimement. On pourrait aussi traduire : « il ne s'est point glorifié de ce qu'il était égal à Dieu. » L'apôtre aurait voulu dire alors que Jésus n'a point tiré vanité de son égalité avec Dieu, qu'il n'a pas fait valoir cette position comme un sujet de gloire, mais qu'au contraire il y a volontairement renoncé pour un temps. Enfin on pourrait encore traduire : « il n'a pas retenu avec ténacité l'égalité avec Dieu. » Un usurpateur craint de quitter même pour un temps le trône qu'il occupe injustement; mais le possesseur légitime ne craint pas de déposer temporairement son autorité, assuré qu'il est de la. retrouver plus tard. Ainsi a fait Jésus à l'égard de l'égalité avec Dieu. Ces trois interprétations peuvent également se justifier par les usages de la langue originale ; peut-être faut-il les réunir pour avoir tout entière la pensée de Fapôtre. Si je les ai citées toutes les trois, c'est surtout pour vous montrer que , quelle que soit la version qu'on adopte pour ce passage important , on arrive toujours à une explication qui suppose l'égalité absolue de Christ avec Dieu.
C'est de l'égalité avec Dieu que Christ a pris son point de départ pour s'abaisser volontairement ;
l^'ABÂISSËMENT DE CHRIST. 431
c'est an Christ égal à Dieu qui est descendu poitr un temps dans celte condition humble et inférieure où il a pu dire à ses disciples , en attendant Thcure du relèvement : « si vous m'aimiez , vous vous réjouiriez de ce que je vais à mon père : car mon père est plus grand que moi. » Le passage que nous examinons est donc un des témoignages les plus formels et les plus éclatants qui soient rendus dans Tévangile à la divinité absolue de Jésus-Christ.
Dans les versets qui suivent, l'apôtre décrit en détail , et en observant entre les différents traits qu'il éoamère une admirable gradation , cet abaissement volontaire du flis de Dieu.
«Mais il s'est anéanti lui-même , en prenant la forme d'un serviteur fait à la ressemblance des hommes ; et étant trouvé quant à la figure comme un homme, il s'est abaissé lui-même et s est rendu obéissant jusqu'à la mort, à la mort même de la croix. » Reprenons l'un après Taulre chacun des traits de ce riche tableau ; descendons avec Tapôtre cette échelle d'humiliations et de douleurs dont l'amour éternel a parcouru successivement tous les degrés.
« Il s'est anéanti lui-même ; » il s'est dépouillé volontairement de cette forme de Dieu, de cette gloire et de cette puissance divines qu'il partageait avec le père. Ce seul mot comprend et résume d'avance tous les détails qui vont suivre.
Voici maintenant en quoi consiste cet anéantisse-
ment , ce dépoaîllemeni de lai-même aaqoel s'est soumis le fils de Dieu. « 11 a pris la forme d'un serviteur. » Prendre la forme d'un serviteur , pour celui qui est (c Dieu au-dessus de toutes choses y béni éteruellemeut 9 » c'est prendre la forme d'une créature ; car toutes les créatures sont les serviteurs de Dieu, maître souverain de l'univers qu'il a créé. C'est en vain que nous voudrions nous représenter par l'imagination l'intervalle qu'a dû franchir Jésus-Christ, l'abaissement qu'il a dû subir pour descendre au rang de créature. Du créateur à la créature il y a toute la distance qui sépare la toute-puissance de l'infirmité , l'infini du fini. Du rang de créateur descendre à celui de créature : maître souverain de lunivers , disposant à son gré de tous les événements et de tous les êtres , prince et source de toute vie, prendre la forme d'un serviteur, d'un être qui n'a qu'une vie d'emprunt, et dont la volonté est dominée par une volonté étrangère, c'est là véritablement , quand on y réfléchit , ce qu'il y a de plus étonnant , de plus merveilleux , ce qui confond le plus notre imagination dans l'abaissement du fils de Dieu. Mais pourtant ce n'est là que le premier degré de cet abaissement.
Parmi toutes ces créatures innombrables qui sont l'ouvrage de ses mains, qui servent également à sa gloire et à raccomplissement de ses desseins, quelle sera celle dont il va prendre la forme , ce Jésus na-
guère l'égal de Dieu? Laissons Tapôire nous répondre : (( il a pris la forme d'un serviteur fait à la ressemblance des hommes. C'est jusqu'à l'humaDité qu'il veut descendre , c'est au rang des hommes qu'il veut se placer. Ce n'est pas au rang des créatures intelligentes les plus relevées , ce n'est point parmi « les trônes , les dominations et les puissances » qui peuplent les régions célestes y ce n'est pas un archange , ni un séraphin , ni un ange dont il veut prendre la place : c'est un homme: c'est-à-dire qu'il s'abaisse ju^ qu'à l'extrême limite, jusqu'au dernier degré de la création intelligente , de cette création seule faite à son image et parmi laquelle seule il pouvait se trouver une place pour lui. Il n'était donc pas possible à Jésus de descendre plus bas qu'en prenant « la ressemblance d'un homme. » Il a voulu devenir homme, c'est-à-dire qu'il a voulu revêtir toutes les infirmités de notre chair mortelle. Il a voulu s'assujettir à la foim , à la soif, à la fatigue , à la douleur physique , et aux angoisses morales qui tourmentent les enfants des hommes; il s'est rendu a semblable à nous en toutes choses excepté le péché. » Et pourtant ce n'est là encore qu'un deuxième degré de son abaissement. « Etant trouvé quant à la figure comme un iu)mine , » continue l'apôtre , a. il s'est abaissé luimême, » c'est-à-dire qu'il a choisi parmi les hommes la place la plus humble, la vie la plus pauvre et la plus méprisée. Il aurait pu se placer parmi les prin-
ces et les grands de la terre , il aarait pu s'entourer de la gloire et des richesses du inonde : mais au liea de cela il s'est abaissé jusqu'aux derniers rangs des sociétés humaines. Il est né dans une étable , et son premier berceau fut une crèche ; il a grandi dans les humiliations d'une vie pauvre et laborieuse, il a travaillé de ses mains, lui le fils et l'égal de Dieu, dans un atelier de charpentier ; et plus tard , quand il quitta ces humbles travaux pour se consacrer à la prédication de la vérité qu'il était venu apporter au monde, il voulut vivre encore dans la pauvreté et dans l'opprobre ; il n'avait pas un lieu oii reposer sa tête ; absolument dépourvu des biens de ce monde y il recevait sa subsistance de quelques disciples fidèles , qui le suivaient de lieu en lieu l'assistant de leurs biens; il s'est vu en butte aux outrages et aux persécutions de la part de son peuple , « il a été le méprisé et le rejeté des hommes , homme de douleur, et sachant ce que c'est que la langueur ; » « les siens ne l'ont point reçu, » ses proches parents l'ont rejeté^ ses concitoyens « ont détourné leur face de lui , tant il était méprisé, et ils ne l'ont rien estimé. » Et pourtant il faut descendre encore , pour trouver le terme de son abaissement.
(( Il a été obéissant, » continue l'apôtre, « jusqu'à la mort. » Ce n'était pas assez pour accomplir son oeuvre qu'il vécût dians la pauvreté, dans l'humiliation et dans la souffrance ; il a fallu qu'il fit connaissance avec
L'ABAISSEMENT IMS CHRIST. 4^
la mort , qu'il se trouvât aux prises avec ce « roi dea épouvautemeuts. » Lui le saint et le jusie , lui « le prince de la vie , » lui « par qui et pour qui sont toutes choses , )> lui à la voix duquel Funivers est sorti du néant, il a bu à celte coupe amère qui est le claire do péché , il a passé par ces angoisses de la dissolution dont la seule pensée nous fait frissonner à l'avance , il a traversé « la vallée de Tombre de la mort, » il s'est couché, comme un coupable fils d'Adam, dans le lit glacé du sépulcre. Et pourtant ce n'est pas là encore le terme de son abaissement.
« Il a été obéissant jusqu'à la mort : » mais quelle mort? (c à la mort même de la croix. » La croix : voilà quelle est la mort jusqu'où le fils de Dieu a voulu s'abaisser. La croix : c'est-à-dire de toutes les morts la plus ignominieuse, la plus infamante ; la croix : c'est-à-dire un supplice, et quel supplice? ce» loi qu'on réservait pour les esclaves, et pour les plus vils d'entre les criminels ; la croix : c'est-à-dire de toutes les morts la plus douloureuse, la plus ingénieusement çmelle, la plus horrible des tortures qu'ait jamais pu inventer l'imagination exaltée par la cruauté ; ce supplice qui cloue un homme vivant sur un bois mort, le fixe en terre, et le laisse là de longues heures dans une immobilité absolue et forcée^ brûlé par le soleil, consumé par une soif ardente^ pesant de tout son poids sur ces quatre plaies qui s'agrandissent et s'enveniment sans cesse, ap|[)elant
vainement la mort qai n'arrive qu'à la longue , après nne interminable agonie , et qaand Texcès de la fati gue a triomphé de la nature. Le voilà sur la croÎK entre deux brigands, ce Jésus naguère Tégal de Dieu : c( une assemblée de méchants l'ont entouré; ils ont percé ses mains et ses pieds , ils ont ouvert leur gueule contre lui comme un lion dévorant et rugissant ; il s'est écoulé comme de l'eau , et tous ses os sont déjoints ; son cœur est commode la cire, s'éfant fondu dans ses entrailles ; sa vigueur s'est desséchée commode la brique; sa langue tient à son palais; on l'a mis dans la poussière de la mort » S'il s'écrie y vaincu par l'excès de son angoisse, « j'ai soif! » c'est du vinaigre qu'on lui donne à boire; et non contents de cette accumulation de tortures physiques , ses bourreaux y ajoutent encore le supplice moral de leurs lâches outrages et de leurs atroces railleries. Et pourtant il nous faut descendre plus bas encore pour trouver le dernier terme de son abaissement.
En effet, il y avait dans ce supplice de la croix quelque chose qui, pour Jésus, le rendait plus épouvantable que pour nul autre, a Celui qui est pendu au bois , » avait dit prophétiquement Moïse , « est malédiction de Dieu ^ » C'est en Jésus que cette parole devait trouver son véritable accomplissement. « H nous a rachetés de la malédiction de la loi, » dit saint
< Deut., XXI, S3. Gai., III, 43.
L'ABAISSEMENT DE GHIUST. 437
Paul , <c quand il a été feit malédiction pour nous. » Ce qall y a de plus terrible pour Jésus dans le supplice de la croix , ce n'est pas le supplice lui-même : ce ne sont pas les clous qui lui percent les mains et les pieds, ce n'est pas la soif qui le dévore, ni le vinaigre qu'on lui donne à boire, ni les outrages dont on Tabreuve : c'est la malédiction du péché qui pèse sur sa tète innocente, c'est l'œuvre de l'expiation qui s'accomplit dans sa personne, ce sont les péchés réu* nis de tous les hommes qu'il porte en son corps sur le bois , qui l'accablent sous le fardeau de la condamnation divine , qui lui font éprouver toutes les horreurs de la mort seconde , qui lui voilent la face de son père, qui le livrent sans défense à la malédiction d'noeloi violée, et qui lui arrachent ce cri d'angoisse au-delà duquel on ne peut rien imaginer : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as- tu abandonné! » Qui pourra jamais comprendre tout ce qu'il y a , dans ce cri du fils divin à son père céleste, d'angoisse^ d'amertume, et de douleur!... je m'arrête, saisi d'un saint tremblement, au bord de cet abîme d'humiliation et de souffrances, que la parole ne peut décrire^ et que la pensée elle-même ne saurait sonder. Voilà, voilà jusqu'à quel degré d'abaissement est descendu le fils de Dieu. Voilà ce qu'est devenu volontairement ce Jésus qui était en forme de Dieu , couronné de toutes les splendeurs de la gloire divine , et qui pouvait sans usurpation se dire égal à Dieu. C'est ainsi
qu'il a changé la domination souveraine de TaDivers contre le dernier degré de Fopprobre, et le trône du ciel contre une croix. Au lieu de cette multitude de l'armée céleste qui naguère entourait son trône, de ces mille millions d'anges qui célébraient sa gloire et attendaient ses ordres , prêts à voler où les envoyait on signe de sa main , quels sont les êtres qui se pressent maintenant autour de lui ? C'est une multitude sanguinaire qui fait retentir à ses oreilles ce cri de rage : qu'il soit crucifié! c'est un sanhédrin cruel et hypocrite, qui le condamne sans l'entendre sur le rapport de faux témoins ; ce sont les valets d'un Caïphe qui le couvrent d'opprobres, qui lui crachent au visage, qui le frappent par derrière, et qui lui crient : (( Christ, devine qui t'a frappé I » ce sont des soldats sans entrailles qui déchurent son corps à coups de verges, qui font saigner sa tête sous une couronne d'épines, qui clouent sur une croix ses mains et ses pieds; c'est enfin l'assemblée des esprits de ténèbres qui entourent sa croix dans ce moment suprême oit Dieu l'abandonne, insultant à son agonie, triomphant sans doute de ce qu'ils regardent comme leur victoire.
. Voilà , mes frères, ce qu'a été l'abaissement du fils de Dieu. Vdlà quel est le modèle d'humilité que saint Paul présente à l'imitation des Philippiens. Y a-t-il quelque chose au monde qui puisse égaler l'humilité de Jésus ?
Oaî, mes frères, il y a une chose qui égale Thamilité de Jésus : c'est la charité de Jésus. C'est la charité qui est le principe de sou humilité. C'est par charité qu'il a soafiert volootairement toates ces humiliatioDs , qu'il a descendu tous les degrés de cette échelle de douleurs , qui de la gloire du ciel Ta conduit jusqu'à Fignominie de la croix y j'allais dire jusqu'à la malédiction de l'enfer. S'il a souffert tout cela c'est pour nous , c'est par amour pour de pauvres pécheurs comme vous et moi. 11 fallait qu'il fôt abaissé pour que nous pussions être relevés ; il fallait qu'il souffrît pour que nous pussions être délivrés de la souffrance, qu'il fût condamné et maudit pour que nous pussions être bénis et sauvés. Cette voie douloureuse dans laquelle il a marché volontairement était la seule qui pftt nous ramener à la félicité éternelle. Cette échelle d'humiliations par laquelle il est desœndu du ciel jusqu'en enfer, était la seule par laquelle nous pussions remonter nous-mêmes de l'enfer au ciel. Depuis Fheure oii il a quitté la forme de Dieu pour prendre la forme d'un serviteur, jusqu'à celle oji il a expiré sur une croix maudite, il n'est pas une humiliation, pas une douleur qu'il nait endurée en vue de nous , pas une qui ne lui ait été infligée par nos péchés d'une part, et de l'autre par son amour. Qu'y a-t-il donc qui puisse être comparé à Thumilité de Jésus , si ce n'est la charité de Jésus ? Quelle charité que celle" qui pour des pécheurs , pour des êtres
perdus, indignes, condamnés, ennemis de Diea^ se dépouille de la gloire divine , se condamne à une vie d'opprobres, et meurt du plus cruel des supplices! quelle charité que celle qui feit tout cela pour nous sans que nous l'ayons cherchée, sans que nous Tayons appelée à notre aide , que dis*je ? quand nous étions bien plutôt disposés à la repousser, et à dire comme les vignerons de la parabole, « nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous ! » qui alors nous prévient, nous appelle, qui vient d'elle-même nous chercher dans notre égarement et nous sauver dans notre perdition , qui vient faire tout cela sans nous et presque malgré nous !
Mes frères , une telle charité nous trouvera-t-elle toujours insensibles? Jusqu'à quand ces merveilles de l'amour de Christ, qui font Tétonnement des anges, glisseront-elles sur nos cœurs endurcis comme sur du marbre ? Quand sera-ce que nous apprendrons enfin à pleurer avec saint Jean et avec Marie au pied de la croix de notre sauveur? Nous qui pleurons si facilement sur nos souffrances ou sur celles des êtres que nous aimons, n'aurons-nous pas enfin des larmes pour les souffrances de Christ ? nous qui sommes si volontiers émus par les témoignages d'amour qui nous viennent des hommes , ne serons-nous pas enfin remués jusqu'au fond de l'âme par cet amour de Christ qui nous tend les bras du haut d'une croix ? nous qui ne pourrions voir sans frémir et sans pleurer une
DE CHRIST. a^
mère donner sa vie ponr son enfant, verrons-nous toujours d'nn œil sec et d*un cœur presque indiffé*^ rent Qirist donner sa vie pour les pécheurs?....
Non , non , il n'est pas possible qu'il en soit ainsi plus longtemps! il n'est pas possible que nos cœurs restent plus longtemps fermés en présence de Tamour, et des humiliations^ et du sang versé de notre sauveur! Dans cette nouvelle semaine sainte oii il fait passer encore une fois sous nos yeux toutes les douleurs de son sacrifice , dans ces jours de grâce où il nous rappelle encore une fois à sa table pour y participer aux symboles de sa chair et de son sang , nous sortirons enfin de cette coupable indifférence, nous jetterons loin de nous ce criminel endurcissement ! nous sentirons nos cœurs tressaillir à la vue de tant de charité et de tant de souffrances! nous sentirons que dans toute l'histoire du monde , et dans tous les figes de l'éternité, il n'est pas de scène plus émouvante ni plus sublime que celle qui nous montre sur Golgolha^ crucifié entre deux brigands, le roi du ciel couronné d'épines, Jésus donnant sa vie pour les pécheurs ; nous oublierons tout le reste dans la contemplation de cette grande et sainte victime, nous mêlerons nos larmes au sang qui coule de ses plaies, et nous ne voudrons savoir qu'une seule chose , Christ^ et Christ crucifié I
Toutefois, mes frères, prenons garde que le fruit de la contemplation de Jésus crucifié ne se borne
coDStances que nous, qai a souffert des mêmes épreuves, traversé les mêmes tentations, et tout cela san&l péché; celui qui a revêtu notre nature infirme et pris un corps pareil au nôtre afin de pouvoir nous servir de modèle; celui dont la vie, considérée dans son ensemble, est si parfaite qu'il nous semble impossible de Fimiter, et dont pourtant chaque trait de cette vie, pris en détail , est tel qu'à sa place il nous semble que nous eussions pu faire de même : tant il est vrai que ce modèle, tout parfait qu'il est, est bien un modèle humain , à notre usage, à notre portée, un modèle que tout homme peut imiter , et que Jésus est bien ce que Pilate exprimait à son insu, lorsqu'il le présentait à la multitude après l'avoir fait déchirer par la verge de ses soldats : « voilà l'homme ! » voilà rhomme par excellence, l'homme modèle , l'homme que nous pouvons et que nous devons imiter.
Oui, mes frères , imitons-le, cet homme Jésus que Dieu nous donne pour modèle après nous l'avoir donné pour sauveur! que l'objet constant de nos efforts , que le grand but de notre vie soit de rétablir en nous dans sa pureté primilive cette image divine que le péché a effacée; préparons-nous ainsi, en nous rapprochant toujours plus de Jésus par les dispositions de nos cœurs, à le rejoindre un jour dans « la maison de son père , » et à passer la vie éternelle dans la société bienheureuse de ce céleste ami ! Amen.
Avril 4851 .