‹ SermonsChapitre 4 sur 7 · QUI EST AU-DESSUS DE TOUS LES NOMS · texte numérisé non relu

QUI EST AU-DESSUS DE TOUS LES NOMS

Cest pourquoi aussi Dieu Ta souverainement élevé , et lui a donné un nom qui est au-dessus de tous les noms : afin qu'au nom de Jésus fout genou fléchisse, dans le ciel , sur la terre et sous ia terre, et que toute langue confesse que iésus-Cbrist est le Seigneur, à la gloire de Dieu le père.

(PBa., 11,9-11.)

U nous reste , mes frères, pour terminer la série de méditations que nous avons entreprise sur les onze premiers versets de ce chapitre , à contempler avec vous la gloire de Jésus-Christ , l'élévation souveraine qui a succédé pour lui à cet abaissement si profond. Cest avec joie que dans ce beau jour, anniversaire de la résurrection du sauveur, j'aborde ce nouvel ordre de pensées. Quelque précieuse pour Fàme chrétienne

que soit la considération des souffrances et de rabaissement de son sauveur, la vue de ces souffrances nous laisse pourtant dans le oœur une impression de tristesse et d'abattement , dont on éprouve le besoin de se relever en considérant la gloire qui les a suivies. Venez donc, mes frères, vous qui nous suiviez naguère dans la contemplation de rabaissement du fils de Dieu ; vous qui avez descendu avec nous, sur les pas de Tapôtre, tous les degrés de cette échelle de douleurs qu'il a parcourue volontairement par amour pour les pécheurs et pour leur donner la vie éternelle; vous qui vous êtes approchés avec nous de sa croix sanglante, et qui avez recueilli, au fond de vos âmes émues, ce dernier cri d'angoisse du fils que son père abandonne, venez maintenant avec nous contempler la gloire qui a suivi ces souffrances; ne cherchons plus parmi les morts celui qui est vivant à jamais; laissons ce sépulcre , et ces angoisses, et ces ombres de la mort qui n'ont pu envelopper que pour un moment le prince de la vie ; élevons nos yeux vers le ciel, contemplons Jésus dans cette gloire éternelle qu'il partage de nouveau avec son père, et que son abaissement momentané a rendue plus complète encore et plus éclatante.

C'est encore saint Paul qui va nous servir de guide dans cette contemplation ; et fidèles à la méthode que nous avons suivie jusqu'ici, nous ne ferons autre chose que développer ligne après ligne , avec une

scrupnleaseexacUlude, toutes les paroles deTapôtre* (( Cest pourquoi aussi Dieu Ta souverainenieut élevé. » C'est pourquoi, c'est-à-dire , parce qu'il s'était humilié et abaissé. Sou élévation a pour principe son abaissement, et le degré de cette élévation correspond exactement au degré de cet abaissement. Plus l'abaissement a été profond , plus l'élévation sera glorieuse. Il s'est abaissé jusqu'à la mort de la croix, jusqu'à la plus cruelle et la plus ignominieuse de toutes les conditions : c'est pourquoi aussi Dieu Ta souverainement élevé. Il était descendu jusqu'à la dernière place, c'est pourquoi Dieu l'a élevé à la première. 11 n'était pas possible de descendre plus bas qu'il ne l'a fait dans son humiliation : il n'est pas possible de monter plus haut que cette gloire suprême qu'il a reçue de Dieu y et qui est désormais son partage éternel.

C'est ainsi que toujours, dans le gouvernement de Dieu, (< rhumilité précède la gloire; » il n'est pas d'autre chemin pour arriver à la gloire que la voie étroite de l'humilité. Celui qui s'élève lui-même sera abaissé par le Seigneur, et celui qui s'abaisse luimême sera élevé par le Seigneur. Gela est vrai même dans cette vie et dans nos rapports avec les hommes. Même dans ce monde il n'y a pas de gloire plus belle ni plus vraie que celle qui est relevée par l'humilité. Les hommes se plaisent à humilier les orgueilleux, à les rabaisser, à froisser leur amour-propre, à les remettre à cette place humble et inférieure

us LE NOM QUI EST AU-DESSUS

d'où ils s'efTorçaient de sortir ; tandis qu*on se platt au contraire à relever le mérite qui se cache, et à tirer les humbles de leur obscurité.

Mais cela est vrai surtout dans nos rapports avec Dieu , et pour ce qui concerne la gloire éternelle. Le seul moyen d'entrer dans les demeures de la gloire , de trouver place dans la société des anges, d'obtenir la couronne que rien ne peut flétrir, et de chanter un jour le cantique de triomphe des élus , c'est de nous y préparer ici-bas par l'humiliation; c'est de nous abaisser dans le sentiment profond de notre indignité ; c'est de reconnaître que par nous-mêmes nous ne méritons rien si ce n'est la condamnation éternelle ; c'est de renoncer absolument à notre justice propre, à notre propre sagesse, à notre moi tout entier, d'accepter le salut comme une aumône gratuite de la bonté de Dieu, et de nous laisser conduire en toutes choses par le Seigneur comme un enfant par sa mère, a Quiconque ne recevra pas le royaume des cieux comme un petit enfant, n'y entrera point. » Et le degré de la gloire à venir sera pour chacun dans une proportion exacte avec celui de son humilité dans la vie présente. « Quiconque veut être grand parmi vous, » dit le sauveur à ses disciples, « qu'il soit votre serviteur,et quiconque veut être le premier parmi vous , qu'il soit votre esclave : de môme que le fils de l'homme n'est pas venu pour être servi , mais pour servir ; m ei Jésus aurait pu ajouter : de même aussi que le fils

deThomme^ à la suite de œtte servitude volontaire , de cette oondition la plus humble qui fut jamais , a été élevé à la domina tion souveraine de toutes choses.

Oui, Jésus lui-même a été soumis à cette loi universelle du monde moral, qui veut que Thumilité précède la gloire; et c'est parce qu'il s'est abaissé jusqu'à la mort de la croix , que Dieu l'a souverainement élevé.

Celui qui a été souverainement élevé, c'est celui-là même qui s'était abaissé jusqu'à la mort de la croix : c'est le fils de l'homme , c'est Jésus dans sa nature humaine, dans cette nature semblable à la nôtre en toutes choses y excepté le péché. Quant à sa nature divine, Jésus ne pouvait pas être élevé, il ne pouvait pas acquérir une gloire plus grande que celle qu'il possédait déjà ; il n'a pas cessé un moment d'être « Dieu au-dessus de toutes choses, béni éternellement. )) L'élévation dont il est ici parlé ne peut signifier quelque chose qu'autant qu'elle s'applique à Jésus- Christ homme ; c'est là ce qu^il y à de merveilleux , c'est là ce que l'apôtre proclame comme une chose nouvelle et inouïe, que la nature humaine ait été,, dans la personne de Jésus-Christ , élevée à la participation de la gloire divine et à la domination souveraine. Trop souvent nous semblons borner l'humanité de Jésus-Christ à l'œuvre qu'il a accomplie pendant sa vie mortelle ; il semble que du moment qu'il a quitté cette vie et qu'il est remonté au ciel, il a dépouillé

notre nature^ et nous ne voyons plus en lui que la nature divine. Celte manière d'envisager la condition du sauveur dans le ciel n'est pas conforme à l'Ecriture. Jésus n'a point perdu sa nature humaine après son ascension : c'est Jésus homme qui est monté au oiel pour s'asseoir à la droite de Dieu ; c'est Jésus homme qui a été souverainement élevé, à qui toute puissance a été remise dans le ciel et sur la terre ; c'est Jésus homme qui esta présent même dans les lieux célestes , intercédant pour nous auprès de son père; c'est Jésus homme qui redescendra du ciel pour juger le monde; c'est Jésus homme que nous irons retrouver ua jour, et avec qui nous passerons la vie éternelle. Nous pourrons lui parler bouche à bouche, comme un ami à son ami ; nous pourrons nous rassasier de sa vue , et contempler enfin ce visage que nous avons tous cherché plus d'une fois à nous représenter, ce visage qui est celui d'un homme et qui pourtant est a plus beau que celui d'aucun fils des hommes, » parce qu'il est l'enveloppe visible d'une âme sans péché, parce qu'il reflète une charité sans borne et une vertu sans tache; nous verrons encore, sur son corps glorifié, la trace des plaies qui lui ont été faites pour nos péchés , et nous pourrons ,' comme Thomas , changeant la foi contre la vue, toucher du doigt la marque des clous dans ses mains et sur ses pieds. Cette humanité de notre sauveur, par laquelle il pourra se rapprocher de nous, sympathiser pleinement à tou-

tes DOS émoUona et à toutes nos pensées , et qui nous permettra d'entretenir avec lui des relations intimes^ des relations d'ami et de frère, sera assurément un des traits les plus précieux de la félicité à venir. Mais considérons de plus près cette élévation souveraine, qui est devenue le partage du fils de Tbomme à la suite de son abaissement.

L'apôtre résume toutes les gloires de Télévation du sauveur dans le nom qui lui a été donné : a Dieu lui a donné un nom qui est au-dessus de tous 1^ noms. » L'Ecriture, vous aurez pu le remarquer, attache une grande importance aux noms. Le nom, dans l'Ecriture , est ordinairement le symbole exact de la personne qui le porte, des qualités qu'elle possède, des privilèges qui lui sont accordés. C'est ainsi que Dieu lui-même se donne le nom de a Jéhovab, n c'est-à-dire, « celui qui est; » et ce nom suffit pour nous représenter l'être par excellence , l'être nécessaire, celui qui seul existe par lui-même, et duquel toutes les autres existences ne sont qu'une émanation. Ainsi encore, cet ange qui vint annoncer à Daniel que sa prière était exaucée, et qui, cinq siècles plus tard, redescendit du ciel pour annoncer à Zacharie la naissance d'un fils , cet ange s'appelle Gabriel^ c'està-dire /mmance de Dieu: et quand Zacbarie, ne pou*vant croire d'abord à l'accomplissement d'une telle promesse, dit au messager céleste : « comment connaitrai-je cela? car je suis vieux, et ma femme est

45t LE NOM QUI EST AU-D£S8l]S

avancée enige, » range se eoDleote de lui répondre, sans combattre autrement ses objections : « je suis Gabriel , qui me tiens devant Dieu , et J'ai été envoyé pour te parler, et t'annoncer ces bonnes nouvelles. » Je suis Gabriel : tout est dans ce nom ; ce nom suf&l pour répondre à tous les doutes et ôter toute excuse à rincrédulité. Souvent l'Ecriture confond le nom avec la personne ou avec la chose même qu'il représente : c'est ainsi qu'il est dit du sauveur : « il sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous, » ce quil faut évidemment entendre ainsi : a il sera un Emmanuel. » Considére2 encore cette déclaration si douce de saint Jean : ce voyez quel amour le père nous a témoigné que nous soyons appelés enfants de Dieu. » L'apôtre aurait pu dire simplement, fi que nous soyons enfants de Dieu; » mais la tournure qu'il emploie, fidèle aux habitudes constantes de TEcriture, a je ne sais quoi de plus pénétrant et de plus doux pour le cœur. La récompense que le Seigneur promet à ses disciples fidèles, c'est un nom : « je leur donnerai, dans ma maison et dans mes murailles, une place et un nom meilleur que le nom de fils ou de fille. )) (( A celui qui vaincra, » dit-il encore datfs l'Apocalypse, « je lui donnerai un caillou blanc, et sur ce caillou sera écrit un nouveau nom , que nul ne connaît sinon que celui qui le reçoit K » Qui d'entre

1 Exode, III, 44, 45. Dan., IX, 24. Luc, I, 49. Matth., I, 23. 4 Jean, III , 4. Esaïe, LVI, 5. Âpoc., U, 47.

nous ne sait par expérieDoe quelle est la paissaoce d'im nom ! Il y a tel nom que nous ne pouvons entendre prononcer sans être remués jusqu'au fond de Tâme ; tel nom résume pour nous toutes les idées de vénération et de grandeur; tel autre résume font ce qu*il y a pour le cœur de plus tendre et de plus doux. Chacun de nous a dans son cœur un nom de prédilection qu'il garde avec amour y et qu'il lui suffit de répéter tout bas pour y trouver une source inépuisable de consolation et de joie. Mais il y a un nom qui est au-dessus de tous les aulres: un nom qui est plus grand que tous les noms les plus vénérés, plus doux que tous les noms les plus tendres, plus aimable que tons les noms qui remuent le plus délicieusement nos oœurs : c'est le nom que Dieu a voulu donner à son fils. Déjà l'Ancien-Testament a fait allusion à ce nom du fils de Dieu, entre autres dans ce passage remarquable du livre des Proverbes : a Quel est celui qui est monté aux cieux, et qui en est descendu? quel est celui qui a renfermé le vent dans ses poings, qui a serré les eaux dans son manteau, qui a dressé toutes les bornes de la terre? Quel est son nom , et quel e$t le nom de son fils, si tu le connais ^? » Plus heureux que Salomon, nous pouvons répondre à cette question prophétique : saint Paul y a répondu pour nous dans notre texte. Croiriez'-vous qu'il y a des commentateurs

^ Prov., XXX , 4.

qui y gâtant à plaisir ce beau passage, ont voulu détourner ici le mot nom de son sens naturel et ordinaire, pour lui faire signifier dignité? tant il est vrai que lorsqu'il s'agit des choses divines, la science humaine aveugle parfois les yeux les plus clairvoyants 1 II ne faut pas le chercher bien loin ce nom qui est au-dessus de tous les noms : Tapôtre a pris soin de le prononcer lui-même, et de récrire en toutes lettres au verset suivant. Ce nom qui domine tous les autres, nous n'en pouvons douter un seul moment, c'est le nom de Jésus , le nom qui veut dire sauveur. Qui pourra dire tout ce qu'il y a , dans ce nom de Jésus , de précieux, d'excellent, de saint, de grand , de glorieux, de doux, de consolant, d'aimable, de tendre! Ah ! ne nous lassons pas de le répéter, ce doux et saint nom de Jésus; qu'il résonne au milieu de ce temple dans ce beau jour comme une harmonie céleste , el qu'il verse dans nos cœurs tous ses trésors de grâce, de lumière, d'amour, de joie et de salut! Jésus « la lumière du monde; » Jésus « la sagesse éternelle; » Jésus (( le soleil de justice qui porte la santé dans ses rayons; n Jésus « le chemin, la vérité et la vie; » Jésus « l'image du Dieu invisible » et u la splendeur de la gloire du Père; » Jésus a la parole qui était au commencement, qui était avec Dieu et qui était Dieu; » Jésus « l'ânge de FEternel; » Jésus « le souverain pasteur des âmes; » Jésus « le bon berger qui donne sa vie pour ses brebis; » Jésus « notre souve^

raia sacrificateur; » Jésus « l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde; » Jésus « la victime de propitiation pour nos péchés ; » Jésus « seul médiateur entre Dieu et les hommes ; » Jésus a seul nom qui ait été donné aux hommes pour être sauvés ; » Jésus « le chef et le consommateur de notre foi; » Jésus a le pain de vie, descendu du ciel pour donner la vie au monde; » Jésus qui a été « Emmanuel, cest-à-dire Dieu avec nous ; » Jésus qui a été fait (( semblable à nous en toutes choses , excepté le péché; » Jésus qui a ne prend point à honte de nous appeler ses frères; » Jésus « qui nous a laissé un modèle afin que nous suivions ses traces; » Jésus qui était a doux et humble de cœur , et qui lorsqu'on lui disait des outrages n'en rendait point; » Jésus qui lorsqu'on le clouait sur la croix priait et disait : « mon père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font; » Jésus qui s'appelle « l'admirable, le conseiller, le Dieu fort et puissant, le père d'éternité, le prince de paix; » Jésus l'espoir de l'enfant et la consolation du vieillard; Jésus, dernier nom que voudront bégayer nos lèvres mourantes à notre dernier soupir ; Jé^us, premier nom qui s'échappera des lèvres glorifiées du fidèle ressuscité ^ !

Uean, VIII, 48; XII, 46. Prov., VIÏI, S2. ^ Cor., I, 24. Malachie, IV, 2. Jean, XIV, G. Col., 1, 45. Héb., I, 3. Jean, I, 4, 2. Exode, III, 2. Jug., XIII; 45-48 4 Pierre, V, 4. Jean, X, 44, 44. Héb., III, 4. Jean , I, 29. 4 Jean, II, 2. 4 Tim., II, 5. Actes,

Ce nom de Jésus n'est pas seulement le plus doax. et le plus précieux de tous les noms : il en est en* oore le plus puissant et le plus glorieux^ « Diea a voulu j » nons dit Tapôtre , « qu'au nom de Jésus tout genou se ploie , tant an ciel que sur la terre et sous la terre , et que toute langue confesse que Jésus-Christ est le Seigneur 9 à la gloire de Diea le père. » Quel tableau ! quelle grandeur de pensées , et quelle magnificence d'expressions ! comment suivre Tapôtre dans ces hauteurs sublimes où il s'élève sur les ailes de Tinspiration , et d'oii il contemple celte royauté universelle du sauveur, ce nom de Jésus remplissant tout l'univers de sa puissance et de sa gloire ! Essayons pourtant de le suivre , mes frères y eflbrçons-nous de nous faire du moins une faible idée de ce qu'est cette domination souveraine de Jésus , qui fait tout ployer devant ce nom magnifique y dans le ciel , sur la terre et sous la terre.

Elevons-nous au ciel, parcourons par la pensée ces régions de lumière que l'Ecriture nous dépeint comme favorisées tout spécialement de la présence de Dieu : là nous trouverons partout la domination souveraine de Jésus-Christ, nous verrons prosternés

IV, 12. Jean, VI, i8, 54. Matth., I, «3. Héb., II, 47; IV, 45; H, 44. 4 Pierre, II, 24. Matth., XI, S9. 4 Pierre, H, 29. Luc, XXIII, 34. Esaïe, IX, 5. Matth., XIX, 44, Luo, II . 29. Aclas, Vil, 59. Apoc., V, 6-40.

ra TOUS LES NOUS. 41(7

devant le nom de Jésos tous les anges et tons les saints glorifiés. « 11 a été fait d^antant plus excellent que les anges, » nous dit Tapôtre, <c qu'il a hérité d'un DOffl plus excellent que le leur; aussi est-il dit, quand Dîea introduit dans le monde son fils premier né : que tous les anges de Dieu Tadorent ^ 1 » Oui , adorez-le , prosternez-vous tous devant lui , esprits célestes et purs, anges, archanges, séraphins, « domi* nations , principautés et puissances : » vous dont Far* mée se compte par « mille milliers et par dix mille millions, » et qui entourez le trône de « Tancien des jours ! » vous n'êtes tous à l'égard de Jésus que « des e&priis administrateurs, employés pour servir » à raccomplissement de ses desseins.

Les élus glorifiés fléchissent aussi le genou devant te nom de Jésus. Saint Jean nous les montre , dans ses visions do siècle à venir, jetant leurs couronnes an pied du trône de l'agneau , se prosternant devant lui sur leur face et disant : rc à l'agneau qui a été immolé soient à jamais puissance , richesse , sagesse , force , honneur , gloire et louange ! car tu as été mis à mort , et tu nous as rachetés à Dieu par ton sang , de toute nation, de toute tribu, de toute langue et de tout peuple ! » Tel sera éternellement le cantique de gloire et d'adoration qui retentira autour du trône de Jésus.

^Héb,, I, 4, 6.

458 LEfNQM QUI EST AU-DESSUS

Si du ciel] nous descendons sur la terre , doqs y trouverons encore^ bien que sous une forme différente, cette royauté souveraine du nom de Jésus. Au seul nom de Jésus les temples des foux dieux sont tombés, la civilisation a remplacé la barbarie , les mœurs se sont adoucies et épurées, les arts ont pris un essor inconnu, l'esclavage a été aboli, la charité est entrée dans le monde, et tout a été renouvelé dans les sociétés humaines. Autour du nom de Jésus se rallient une multitude innombrable d'hommes, pris dans toutes les nations et sous tous les climats, qui se réclament de ce nom , qui le prient, qui Tadorent, qui font reposer sur lui toutes leurs espérances. Et cette fête solennelle que nous célébrons aujourd'hui , et ce temple qui nous ouvre ses portes , et cette table sainte dont nous allons nous approcher , que nous prêche tout cela, sinon la royauté de Jésus? Tout ce qui se fait dans ce temple n'est-il pas à la gloire de Jésus ? C'est Jésus qu'on y adore , c'est la parole de Jésus qu'on y annonce , c'est la croix de Jésus qu'on y glorifie , c'est la table de Jésus qu'on y prépare , c'est le nom de Jésus, inscrit sur le front de ce monument, qui en a dressé les colonnes et assemblé toutes les pierres ' !

Il est vrai que cette domination de Jésus sur les

^ Le temple de^MarseilIe porte cette inscription :

AV CHRIST RÉDEMPTEVR.

m TOUS LES NOmS. 459

cœurs n'est pas encore établie partout dans le monde. II y a des hommes qui ne Tadorent pas, qui ne le prient pas ; il en est qui ne le connaissent pas encore, il en est même qui se soulèvent contre lui : mais ceux-là même fléchissent à leur manière le genou devant Jésos ; ils servent à leur insu , ou même malgré eux , à l'accomplissement de ses desseins , au progrès de sa domination. Tous les événements de rhistoire du monde sont autant de, moyens qu'il emploie pour avancer son règne sur la terre ; tous les hommes sans exception sont dans sa main des instruments, volontaires ou forcés, qui travaillent à réaliser ce but suprême, et qui glorifient d'une manière ou d'une autre le nom de Jésus. Si le savant recule les bornes de la science , c'est pour que ces progrès de la science rendent témoignage à la parole de Jésus; si l'industrie agrandit son domaine et multiplie ses merveilles , si les communications entre les peuples deviennent de jour en jour plus faciles et plus rapides, c'est pour que Févangile de Jé.sus se répande plus facilement dans le monde , et que sa croix soit plus rapidement portée sur tous les points du globe. Si quelque révolution s'accomplit dans telle ou telle partie du monde, c'est que ces agitations sociales doivent hâter le développement de la religion de Jésus. Si quelque puissance ennemie de celle religion poursuit et met à mort ceux qui se réclament du nom de Jésus, cette haine et ces persécutions tournent en dé-

ânitive à la gloire de ce saint nom. C'est à la gloire de Jésus que travaillent un Hérode qui le persécute , un Judas qui le trahit , un Pilatequi le livre à ses ennemis ^ et ce sanhédrin qui le condamne, et ces soldats qui le cruci6ent , et ces empereurs romains qui versent le sang de ses disciples , et tous ceux qui dans tous les temps ont voulu s'élever contre Téglise de Jésus-Chi*ist : ils n'ont rien fait diantre , suivant cette admirable déclaration des chrétiens de Jérusalem dans la prière qui nous est rapportée au quatrième chapitre du livre des Actes , ils n'ont rien feit d'autre j en s'assemblant contre Jésus , sinon d'accomplir (c toutes les choses que sa main et son conseil avaient auparavant déterminé devoir être Eaites. »

C'est ainsi que tout, sur la terre, sans exception, sert à glorifier le nom de Jésus : à travors toutes les agitations humaines ce nom se répand de plus en plus , il gagne chaque jour de nouveaux adorateurs ; et tous les événements du monde , et tous les actes, et toutes les paroles , et toutes les pensées de tous les hommes conspirent ensemble pour hâter ce jour de la gloire de Jésus, où la terre entière sera couverte de sa connaissance, et oii s'accomplira le serment qu'il a prononcé lui-même dans sa parole : « je suis vivant^ dit le Seigneur, que tout genou fléchira devant moi, et que toute langue donnera gloire à Dieu ^ »

* Rom., XIV, n.

Iffi TOUS LES NOMS. 461

Mais allons plos loin : desoendoas plus bas quo la ierre, et suivant Fapôlre jusqu'au bout, pénétrons j)ar la pensée dans ces régions de ténèbres que TEcriture nous représente comme étant le domicile de Satan et de ses anges : là encore nous allons retrouver sous une forme nouvelle la domination souveraine de Jésus-Christ. Les esprits de ténèbres sont forcés eux-mêmes de rendre gloire à Jésus et de fléchir le genou devant lui ; les démons eux-mêmes adorent Jésus et le prient à leur manière. Témoin ces esprits malins que la puissance de Christ chassait du corps des possédés , et qui, reconnaissant eux-mêmes sa domination , le conjuraient par le nom de Dieu , tantôt de ne « les point tourmenter , » tantôt (le ne « les point envoyer dans Tabîme. » Témoin encore cet esprit malin dont il est parlé au livre des Actes , qui , refusant de quitter le corps d'un possédé sur la simple parole d'un exorciste , fait cette déclaralion remarquable : je connais Jésus, voulant dire évidemment qu'il était soumis à la puissance de Jésus K Oui, nous n'en pouvons douter, Jésus règne jusque dans l'enfer , et les démons eux-mêmes donnent gloire à son nom. La forme de celte domination diffère sans doute de celle qu'il exerce dans Iq ciel et sur son église : mais elle n'en est pas moins souveraine et absolue , et elle n'en proclame pas moins

^ iMarc, V, 7. Lac, YIII, 31. Actes, XIX, *5.

46S LE NOM QUI £St AU-éÉSSUS

la gloire de son notn. Son règne dans le ciel est la glorification dis son aumut* ; son règne dans Tenfer est la çlorificatîoti de isa justice ; et sur la terre , où les éléments du bieb et du mal se mêlent et se combattent encore , son règne pat'tîcipe de ces deui caractères : mais partout il règne, partout il est gloriiK; et dans le ci^l , sur la terre et sous la teri^e , suivant la parole de Tapôlre^ tout genou fléchit au nom de Jésus.

Voilà , mes frétées , autant que nous avons pu , dans notre faiblesse, parler de ces ehoses qui sont « la hauteur des deux et la profondeur des abîmes,» voilà ce qu'est la domination souveraine de Jésus- Christ. Si haut que vous puissiez remonter par Timagination dans réternité du passé , et si loin que vous puissiez vous élancer dansTéternîté de Tavenir, vous trouverez partout Jésus dominant toutes choses, remplissant tout de sa puissance et de sa gloire. Avant la création du motade vous trouverez Jésus, sous le nom de (( la sagesse » ou de « la parole , » partageant de toute éternité la gloire du père ; et après la destruction du monde actuel vous trouverez encore Jésus , c( Tagnean qui a été initoolé , » objet de l'éternelle adoration des élus et des anges. Tout ce qui est arrivé , tout ce qui arrive , tout ce qui ai^rivera , dans tous les âges de l'éternité , se rapporte à Jésus comme auteur et comme but , comme principe et comme fin de toutes choses : « toutes choses sont par lui et pour

VKS US MK. 1^

€i t mm ItMj l\iM^r«r» • <M lir^ «in

de cet atii>;«r« fMil <M

le podhè, elle e élé réieblie p«r JtbtM

loQS les lieux ei d«n$ tom Itw

is et tous les ètro« (tmvilMt

alèniles, «utoer de m nom tlo ii-

da oMMude moreK

\iy mes firères , il nous relie à fiiire un y et à Qous (ietUAiKbr i)utMb oocepous dans col einpin^ univoiiiol di^ Tous les éires du mondo lo «orvt^nt % Pi tous sans exception don «iiJoU k'ikn^M sons les Ums de ce maître souverain : mMin il y Ai viiun FavcE va , plus d une mauièro do lo Norvir. On ptnil le servir par crainte et à oonlrooœur , à In nmnii^rn de ses eonemis et des démons ; on peut lo Morvir pur ÎDdifréreuce et sans y songer , commo Iqm liommtMi qui ne s'inquiètent pas de leur âme et no vivnnt tpi» pour ce monde ; on peut le servir par amour c^l avnti joie , comme les fidèles et les anges. A Inqunlln dt) ces trois catégories appartient le lervloo (|uo nonn rendons à Jésus^hrist? sous rinfltumca do quoi mobile flécbissoos^aous devant lui ?..•. Quo olmoun s'examine à cet égard , et que sa coosoienco rApondo I Il y va de notre avenir éternel Suivant quo notre

» Col. , 1, 16.

soumission à Jésus-Christ est inspirée par tel mobile on par tel autre , suivant qu'elle a pour principe ou Tamour ou la crainte, celte soumission à Jésus , cet hommage que nous rendons nécessairement à son nom , fera notre bonheur ou notre malheur, notre salut ou notre perdition éternelle, notre ciel ou notre enfer. Jésus servi volontairement, c'est le ciel ; Jésus servi à contre-cœur, c'est l'enfer. La différence entre le ciel et l'enfer ne consiste , à y regarder de près , que dans la différence des dispositions avec lesquelles Jésus est servi , adoré, glorifié dans ces deux séjours.

Etes-vous , par la grâce de Dieu , au nombre de ceux qui servent Jésus par amour, et dont le cœur est volontairement soumis à sa loi ? le désir sincère de votre cœur, le grand but de votre vie est-il de glorifier celui qui vous a rachetés au prix de son sang? Alors bénissez ce Dieu sauveur qui vous a fait une telle grâce à vous pauvres pécheurs, qui vous a révélé tout son amour quand vous étiez ses ennemis , qui est venu vous chercher et vous sauver quand vous étiez perdus; alors venez à la table de Jésus renouveler la promesse de lui être fidèles jusqu'à la mort , venez y puiser dans sa communion les forces dont vous avez besoin pour accomplir cette promesse; goûtez toujours plus combien est doux le joug du Seigneur, et combien son fardeau est léger; soyez-lui toujours plus fidèles; qu'il règne de jour en jour plus

complètemeat sar votre cœor ; que vos œavres et vos paroles le gloriûeDt chaqae jour davantage; et secoo* dés par le Saiat-Esprit , cet auxiliaire tout-puissant qui ne manque jamais à ceux qui l'invoquent , efforcez-vous d'amener toutes vos affections et toutes vos pensées captives à Tobéissance de Jésus-Christ!

Seriez-vous assez malheureux pour compter parmi ceux qui éprouvent à l'égard de Jésus et de sa loi un sentiment opposé à l'amour; qui ne peuvent pas souffrir la doctrine évangélique, qui repoussent avec dédain , peut-être avec une secrète irritation, tout ce qui ressemble à un christianisme vivant, à une vie religieuse conséquente et tranchée, et qui disent, sinon en paroles, du moins en action et en pensée: <( nous Dévouions pas que celui-ci règne sur nous?» Alors nous ne pouvons que vous renvoyer aux avertissements de votre conscience , et aux déclarations de la parole éternelle; nous ne pouvons que vous supplier, par amour pour vos âmes, de quitter cette voie funeste et de donner votre cœur à Jésus-Christ , avant qu'il soit trop tard; nous ne pouvons que vous répéter avec TEcriture : « cherchez l'Eternel pendant qu'il se trouve, invoquez-le tandis qu'il est près! Aujourd'hui^ si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre cœur! Rendez hommage au fils, de peur qu'il ne s irrite, et que vous ne périssiez dans celle voie, quand sa colère s'embrasera tant soit peu. qu'heureux sont tous ceux qui se retirent vers lui ! »

Etes-vous enfin parmi ceux qui n'éprouvent qu'indifférence à l'égard de Jésus et de sa parole, et qui s'avancent insouciants à travers la vie sans se préoccuper du salut de leurs âmes — hélas ! et n'est-ce pas là rhistoire d'un grand nombre d'entre vous, j'allais dire du plus grand nombre? N'en est-il pas beaucoup parmi nos auditeurs de ce jour dont la présence dans ce temple est une chose inusitée , extraordinaire, et qui semblent ne penser à Jésus-Christ qu'une fois ou deux par année, puisqu'on ne les voit paraître dans le temple de Jésus-Christ qu'aux jours de Noël ou de Pâques ? et parmi ceux mêmes qui sont plus assidus au culte divin, n'en est-il pas beaucoup qui n'y viennent guère que pour accomplir une formalité ou pour obéir à une habitude, sans être poussés par un besoin de l'âme, sans un véritable amour pour Jésus-Christ, et le cœur tout rempli de préoccupations mondaines?... En un mot, quelles que puissent être vos habitudes religieuses , êtes-vous de ceux qui vivent pour ce monde au lieu de vivre pour le Seigneur ? Alors nous vous conjurons, au nom de vos intérêts les plus pressants, de ne pas rester plus longtemps dans une telle disposition. Peut-être vous vous tranquillisez par cette pensée que si vous n'êtes pas au nombre des amis de Jésus , vous n'êtes pas non plus parmi ses ennemis : mais prenez-y garde^ cette position intermédiaire et indécise ne peut pas durer : l'état de choses actuel n'est qu'un provisoire;

le temps est cqurl ; bientôt les scènes passagères de ce monde auront fait place pour vous à réternitéj bientôt vous paraîtrez devant le tribunal du fils de ri^Qmme , et là il n'y aura plus que deux alternatives , là il n'y aura plus que deux noanières de servir Jésus : entre les démoqs et les anges, entre les réprouvés et les élus , il n'y aura point de place pour les lièdes et les indifférents ; et quiconque n'aura pas ^Qnné à Jé^us tout son cœur peodaqt cçtte vie, sera rangé à jamais parmi ses ennemis dans l'écopomio à venir.

Mais je rougis de faire valoir auprès de vous un pareil motif. Ce n'est pas à votre intérêt, ni à la crainte du jugeqoent à venir , qu il faut en appeler dans un jour comme celui-ci. Eh quoil ne suffir^-t-il pas, pour triompher de votre indifférence , des souvenirs que cette semaine, que ce jour, que cette heure réveillent dans vos cœurs et font passer sous vQ^ yeux? celte semaine, qui vous rappelle toutes les hi|r miliations et toutes les souffrances auxquelles votre sauveur s'est volontairement soumis pour vous racheter; ce jour, qui vçius le montre sortant du tombeiaq victorieux de la mort et de l'enfer, et scellant, par le plus éclatant des miracles, le salut qu'il vou^ acquit au prix de son saqg ; qelte heure qiii vous réunit dans sa maison, qui vous appelle autour de s^ table, qui vous offre pour aliments s^ chair et son sang , et qui vous montre danssa parole, comme en un miroir splendide, l'univers entier prosterné aux pieds de Jésus I De

tels objets, de tels souvenirs^ uDe telle grandeur, un leF amour vous laisseront-ils indifférents? Abl malheur au cœur qui n'en serait pas touché , à Tâme qui n'en serait pas ébranlée! Pourquoi donc êtes-vous venus dans ce temple en un jour comme celui-ci, si ce n'est pour vous donner à Jésus-Christ, pour lui donner tout votre cœur et toute votre vie, pour vous consacrer à lui sans réserve et sans partage? 11 est temps de sortir de votre indifférence, « voici l'heure de vous réveiller de votre sommeil! » Jésus vous appelle, il vous crie : « réveille-toi, toi qui dors, et le relève d'entre les morts, et Christ t'éclairera! » Après vous avoir appelés naguère du haut de sa croix , iT vous appelle aujourd'hui du haut du ciel, environné de cette gloire magnifique qu'il veut partager avec vous. Il ne vous dit plus seulement : ce venez à moi , vous tous qui êtes travaillés et chargés, et je vous soulagerai; » il vous dit : venez à moi, et je vous ferai part de la gloire qui m'a été donnée par mon père. (( Celui qui vaincra , je le ferai être une colonne dans le temple de mon Dieu, et il n'en sortira plus^ et j'écrirai sur lui le nom de mon Dieu , et mon nouveau nom. Celui qui vaincra sera vêtu de vêtements blancs, et je n'efTaoerai point son nom du livre de vie, mais je confesserai son nom devant mon père et devant ses anges. Celui qui vaincra , je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, ainsi que j'ai vaincu, et je suis assis avec mon père sur son trône. Sois fidèle

josqu'à la morl, et je te donnerai la couronne de vie. » Ouvrez votre cœur à ces magnifiques promesses, accourez à la voix de votre sauveur! venez à la table où il vous appelle, non plus avec celte trisle indifférence que vous y avez apportée tant de fois, mais en ayant faim et soif de sa grâce et de sa gloire ; venez recevoir de ses mains triomphantes cette robe qu'il a blanchie dans son sang, et cetle couronne que vous déposerez un jour, avec tous <( ceux qui sont venus de la grande tribulation , » au pied du trône de Fagneau! Amen.

Avril 4851.

Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous» faites-le vous-mêmes pour eux ; car c'est la loi et les prophètes.

(Matth., VII, 48.)

Il y a une parole de Féaelon qu'on a souvent citée comme une admirable définition de la charité : « je préfère le genre humain à ma patrie, ma patrie à ma famille, ma famille à moi-même. » Ces paroles sont belles en effet : elles élèvent Tâme , elles agrandissent le cœur, et il est impossible de les entendre pour la première fois sans tressaillir d'une sainte admiration. Mais sont-elles aussi vraies qu'elles sont belles ? il est permis d'en douter pour qui les examine de sangfroid. Quant à moi du moins , cette définition de la charité me paraît aller au-delà du vrai, et prêcher une morale qui dépasse la nature humaine. Cette vue simple et grandiose de la charité devait séduire une

imagination poéttqae comme celle de Féoelon ; mais elle D'est pas conforme à la vérité, ni applicable dans la vie pratique. Il n'est ni dans la nature humaine , ni dans les intentions de Dieu, que nous subordonnioDs, dans nos rapports avec les hommes, les relations plus rapprochées et par là même plus intimes, aux relations plus éloignées et plus vagues. Essayez de soumettre la maxime de Fénelon à Fépreuve décigive de la pratique, suivez-la dans la rigueur de ses conséquences, et vous la trouverez inexécutable, du moins dans plusieurs de ses applications. Qu'un . homme se sacrifie lui-même pour sa famille, cela est daosla nature, et se voit tous les jours. Mais quel estrhomme, fût-il le meilleur et le plus dévoué d'en- Ire les hommes, qui dans la pratique de la vie subordonnera, sacrifiera Tamour de sa famille à celui de son pays , et Tamour de son pays à celui du genre humain ? 11 ne le pourrait pas : ce genre de renoncement ne serait pas dans la nature humaine, cl aussi Dieu ne Texige-t-il pas. 11 y a donc quelque chose d'exagéré , et par-là même de faux dans la définition que Fénelon nous donne de la charité. La morale évangéiique se garde bien d'un pareil extrême. Nous avons déjà fait observer , dans une autre occasion, que lévangile se distingue de tous les livres d'homme, non-seulement par l'excellence et la pureté de ses enssigoemenls, mais encore parce qu'il reste toujours exactement dans le vrai , et qu'on n'y trouve jamais

aucuDe exagératiou k Quand il parle des biens de ce monde, il ne nous enseigne pas à les mépriser, puisque ce sonl des bienfaits de Dieu : il se contente de les mettre à leur véritable place, en les subordoo* nanl aux biens éternels; et quand il parle de Tamour des hommes, il ne nous dit pas d'aimer la patrie plus que notre famille, ni même notre prochain plus que nous-mêmes : il se contente de dire : « tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Il ne condamne pas d'une manière absolue, comme Font fait souvent les moralistes humains, cet amour de nous-mêmes qui, restreint dans de justes bornes, est parfaitement légitime, puisqu'il est une condition impérieuse de notre existence, et même des soins que nous prenons pour notre salut. En posant l'amour de nous-mêmes comme la règle de celui que nous devons porter à nos semblables, l'évangile suppose évidemment qu'il nous est permis de nous aimer nous-mêmes. Seulement il ne veut pas que cet amour de nous-mêmes remplisse tout notre cœur, et dégénère en égoïsme; il ne veut pas que, préoccupés exclusivement de nos intérêts personnels, nous perdions de vue ceux de nos frères; il veut que nous ayons pour eux une af* fection aussi sincère, aussi constante , aussi pratique, aussi dévouée que celle que nous avons pour nousmêmes, et il nous dit: « tu aimeras ton prochain

< Voir le discours intitulé : Les avantages de l'argent.

comme loi-méme. » Mais TévaDgile ne se contente pas de ce précepte général et théorique : il ne laisse rien dans le vagae : et de peur que cette théorie de la charité ne soit pas suffisamment claire, de peur que noQS ne soyons parfois embarrassés dans l'application, le Seigneur traduit ce précepte général et abstrait sons une forme pratique et populaire ; il nous explique avec une précision admirable , avec une clarté parfaite ce que c'est que d'aimer notre prochain comme nous-mêmes , en nous disant : (c tout ce que vous voudriez que les hommes fissent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux. » Je désire appeler quelques instants votre attention sur cette maxime , qui résume d'une manière si simple à la fois et si sublime tous les devoirs de la charité ; cette maxime qu'on a nommée à bon droit « la règle d'or » de l'évangile, et qui a forcé l'admiration des païens eux-mêmes. Quand Sévère, empereur romain, l'eut apprise des chrétiens , il la fit graver sur les murs de son palais pour l'avoir toujours sous les yeux , et pour la proposer aussi aux personnes de sa cour; il la fit même écrire sur les étendards de son armée, afin que dans la guerre comme dans la paix cette règle par excellence dirigeât toujours sa conduite. Combien de chrétiens de toutes les conditions contre lesquels cet empereur païen s'élèvera en témoignage au dernier jour, la maxime de Christ à la main !

Sous quelque point de vue que nous envisagions

ce précepte, nous le trouverons admirablement approprié à 8on but, et offrant partout des indices frappants de sa céleste origina Un précepte à la fois si élevé et si simple, si beau et si juste, si puissant sur la conscience et si propre à faire le bonheur de rhumanité, n'a pu qu'être l'œuvre du fils de Dieu. Remarquez d'abord combien cette maxime est simple, populaire, facile à comprendre, à la portée des intelligences les moins cultivées et les plus enfantines. On a écrit bien des volumes sur les devoirs de la morale, et en particulier sur nos devoirs envers les hommes; dans ces livres il y a beaucoup de belles et bonnes choses; mais Timmense majorité des hommes n'en profitera jamais, parce qu'ils ne sont pas en état de les lire ou de les comprendre ; et parmi ceux même qui les lisent et les comprennent il en est bien peu qui puissent les retenir, et les avoir habituellement présentes à l'esprit. Combien n'est-ce pas une chose précieuse de pouvoir toujours porter avec soi son code de morale , condensé en un précepte simple, court, aussi facile à retenir qu'à comprendre, qu'un enfant peut apprendre par cœur, et qu'un enfant aussi saurait appliquer sans difficulté dans toutes les relations compliquées de la vie humaine! Quelle que soit la position où nous puissions nous trouver, et quelles que soient nos relations avec les hommes, combien n'est-il pas facile de nous représenter, dans chaque circonstance donnée, ce que

LA tlEGf.fi D'dR. 47»

nous souhaiterioûè rfaisonnabiement qa'oD ftt pour nous si noos étions à la plate des autres ! et avec quelle merveilleuse facilité cette règle si simple — nous meltfe par la pensée à la place des autres, et mettre les autres à botre place — avec quelle promptitude et quelle clarté cette règle tranche toutes les difficultés , met fin à tous les doutes , résout tous les problèmes de la conscience ! Nous n'avons que faire des casQistes ni de leurs sUbtites distinctions, nous qui possédons celte règle d'or : avec son secours un enfant va résoudre tous les cas -de conscience les plus compliqués, plus aisétnenl que ne pourraient le faire sans elle les docteurs les plus habiles.

Un autre avantage {^rticulier à celte maxime, c'est qu'il est impossible d'en contester la parfaite justice. Elle n'est pas s^isceptible de discussion , comme la plupart des préceptes moraux ; elle ne s'adresse pas à la seule raisob , mais va tout droit à la conscience, et s'impose in^tnédiatement avec une telle autorité qu'il est impossible d'échapper à ses applications quelles qu'elles soient. Quelles que puissent être pour nous les conséquences de ce précepte , à quelques sacrifices quil doive nous etilraîner, nous sommes obli* gés de les accepter d^avance comme rigoureusement justes : car chacun est obligé de convenir que, ce quHI désiré de là part des autres, il est josle qu'il le fasse pool* eux. Tout en nous prêchant la charité, et la charité dans toute son étendue, avec toutes ses

conséquences y avec toutes ses ramiâcations les plus déliées comme noas le verrons bientôt, celte maxime nous présente la charité sous le point de vue de la justice : elle nous montre le bien que nous faisons aux autres 9 les sacrifices que nous nous imposons pour eux , le soin que nous prenons de leurs intérêts , les égards que nous leur témoignons, elle nous montre tout cela non pas comme des faveurs que nous leur accordons, mais comme des choses que nous leur devons en bonne justice : car encore une fois il est juste que nous donnions aux autres ce que nous attendons, ce que nous désirons de leur part

Par cela même que ce précepte exerce une action secrète et immédiate sur la conscience, aussitôt senti que compris , il nous avertit avec une promptitude merveilleuse et une sûreté infaillible du moindre manquement à la loi de la charité. Si nous voulons savoir où nous en sommes pour ce qui regarde nos devoirs envers nos frères, il suffit de nous rappeler cet admirable précepte , et à Tinstant même nous saurons à quoi nous en tenir. Il est impossible de commettre la plus légère infraction aux lois de la charité, ^ans qu'aussitôt nous en soyons avertis par cette pierre de touche infaillible que le sauveur a mise entre nos mains : « est-ce là ce que je voudrais qu'on fit pour moi ? » Aucune illusion n'est possible en présence de la lumière éclatante que cette règle si simple répand sur notre conscience et sur notre vie.

Nous poavoDS aossi juger par là du degré de notre a?anoement dans les voies de Dieu et de la réalité de Dotre foi. La vraie foi est (c agissante par la charité ; » ei la charité n'est pas une théorie abstraite , elle se mesure à cette règle pratique et transparente : « fais pour les autres ce que tu voudrais qu'ils fissent pour toi. » Que chacun donc s'examine lui-même à cette lamière , qu'il se demande jusqu'à quel point il est fidèle à cette maxime, et qu'il juge par là du degré et de la valeur de sa' foi. Connaître l'évangile n'est rien ; suivre régulièrement le cuite évangélique n'est rien; avoir été baptisé et prendre la cène dans une église chrétienne , tout cela n'est rien , si nous ne trouvons pas en nous ce caractère si simple et si beau qui résume « la loi et les prophètes : » faire pour les autres ce que nous voudrions qu'ils fissent pour nous.

Remarquez enfin l'étendue, l'universalité de cette maxime, et comme elle comprend en deux mots tous les devoirs de la charité sans en excepter un seul : depuis les plus apparents jusqu'aux plus cachés, depuis les plus relevés jusqu'aux plus minutieux.

C'est une maxime qui s'adresse à toutes les classes

<rhommes sans distinction : elle s'applique avec une

égale justesse aux grands et aux petits , aux riches et

aux pauvres, aux instruits et aux ignorants, aux

professions les plus relevées comme aux plus hum-

I7t LA RÈGLE D'OR.

bies. Elle porte la lumière dans toutes les relations divei^eset compliquées de la vie sociale, et apprend à chaque homme, saos lui laisser la moindre incertitude ni la moindre obscurité, ce qu'il doit faire, oe qu'il doit dire, et mêiiiece qu'il doit penser à Tégard de ses semblables dans chaque circonstance donoée. Il serait impossible d'imaginer^ dans nos relations avec 1^ boraoïes, quelque chose de bon à faire qui ne soil pas compris dans la maxime de Jésus-Christ. Vous désirez que les autres ne vous fassent aucun tort^ qu'ils s'abstiennent à votre égard de toute injustice , de toute fraude , de tout mensonge ; vous désirez même qu'ils prennent en mains vos intérêts dans l'occasion, qu'ils vous aident à réussir, qu'ils mettent à voire service leurs ressources et leur influence : c'est donc là ce que vous devez faire pour eux. Vous désirez qu'ils ne médisent pas de vous en votre absence, qu'ils prennent même votre défense si vous êtes attaqués, qu'ils fassent ressortir ce qu'il y a de bon dans votre caractère, et laissent les taches dans l'ombre : c'est donc là ce que vous devez faire pour eux. Vous désirez qu'ils aient de vous une opinion favorable , qu'ils s'abstiennent de jugements téméraires, qu'ils croient au bien plutôt qu'au mal, qu'ils supposent toujours à votre conduite le meilleur motif <possible : c'est donc là oe que vous devez faire pour eux. C'est ainsi que ce précepte, véritablement universel , étend sa bienfaisante autorité tout à la fois

LA RËGLB D'OR. 479

sur DOS fictions, sur nos paroles et sur nos pensées les plus secrèies. Et remarquez bien que ce précepte Q embrasse pas seulement ce qu'on pourrait appeler les grands devoirs de la charité : il atteint jusqu'aux moindres détails de nos dispositions et de noire conduite dans le monde; il règle le dehors en même temps que le dedans ; il nous engage , non-seulement à être justes et bons dans le fond du cœur , mais encore à revêtir notre bonté de formes polies et affables , à rechercher , comme le dit Tapôtre, « toutes les choses qui sont aimables y et qui peuvent nous acquérir une bonne réputation. » Nous aimons à être traités avec aflabilité par ceux qui ont affaire avec nous ; nous aimons que les hommes qui sont nos supérieurs par leur position sociale ne prennent pas avec nous des airs de hauteur et de dédain , qu'ils nous accueillent le sourire sur les lèvres y et qu'ils sachent se déranger de leurs occupations pour nous écouter avec bienveillance. Ces désirs de Dotre part nous dictent notre devoir à Tégard des aolres. O qu'il connaissait bien le cœur de Fhomme ^ celui qui a voulu que l'amour de nous-mêmes servit de modèle à l'amour du prochain , et que l'égoïsme devînt la mesure de la charité ! L'égoïsme en sait plus que tous les systèmes de morale , et l'amour de nous-mêmes ne laisse rien à désirer : cet amour-là est toujours tendre , toujours vigilant , toujours actif, toujours empressé , toujours ingé-

nieux , délicat , pleio d^égards et de prévefiances y Il oubliant jamais rien : toutes ces qualités précieuses mais mal appliquées j la maxime de Jésus les prend sur le fait au service de Fégoïsme , et les détourne au profit de la charité.

La meilleure manière de juger la valeur d'une règle de conduite, c'est de l'appliquer par la pensée à tout le genre humain y et de se demander ce que deviendraient les sociétés humaines si cette règle de conduite était mise universellement en pratique dans le monda Essayez de vous représenter , mes frères, ce que serait Tétat du monde, et quel bonheur régnerait dans les sociétés humaines , si la maxime du sauveur étail généralement observée. Je dis essayez : car il nous est impossible, dans Tétat de choses actuel où le mobile universel est Tégoïsme , d'imaginer ce que serait un état de choses où le mobile universel serait la maxime de Jésus-ChrisL Si cette maxime était généralement observée , la terre , heureuse autant qu'on peut l'être dans cette vie, serait une image anticipée du ciel. Alors plus d'injustices, plus de tromperies dans les transactions, plus de fraude dans le commerce, plus de mensonges, plus de vols, plus de meurtres , plus de séductions, plus d'adultères, plus de paroles injurieuses, plus de haines, plus de vengeances, plus de conquêtes injustes de nation à nation , plus de ces luîtes barbares qui après quarante ans de paix ont

reooniiDenoé dOnsaDglaoter notre Europe. La guerre , cette exécrable invention qui fait périr des milliers d'hommes pour satisfaire Tambilion d'un seul , sérail relouée à jamais dans l'enfer d'où elle est sorlie. Alors plus de persécutions religieuses, plus d'atteintes portées à la liberté des cultes : chacun servirait Dieu librement suivant sa conscience, et les difTérentes communions chrétiennes vivraient en paix l'une à côté de l'autre , se respectant et s'aimant comme des sœurs. Alors il n'y aurait plus de misère excessive , comme on en voit aujourd'hui. Sans doute on verrait toujours parmi les hommes cette inégalité de positions et de fortunes qui est dans les vues de Dieu , et qui doit subsister jusqu'à la fin dans ce monde d'imperfection ; mais cette inégalité serait adoucie, et les conséquences les plus funestes qu'elle entraîne seraient prévenues par la charité : les riches , se mettant tous réellement à la place des pauvres , souffriraient de leur souffrance , ils se soulageraient eQx-mèmes en les soulageant ; et si l'on voyait encore des pauvres^ du moins on ne verrait plus, comme aujourd'hui, des pauvres qui meurent de froid et de faim. Alors les hommes respecteraient Tâme de leurs semblables aussi bien que leur vie ou leur propriété; et par là même il n'y aurait plus de littérature immorale, plus de poison littéraire vendu à tant la page et ^ tant la ligne, multiplié à l'infini par la presse, insinué par les livres et les journaux dans toutes les veines

du corps social. Alors plus de ces théâtres si funestes à la morale publique , moins encore par la nature des ouvrages qu'on y représetite , que par riaimoralflé qui est habituellement inhérente à la profession des €X>médiens. Le théâtre , du moins tel qu'il existe aujourd'hui 4 ne pourrait pas subsister en présence de la maxime qui ordonne de foire pour les autres ce que nous voudrions qu'ils fissent pour notis. En etTet^ parmi ceux qui encouragent et qui favorisent le théâtre par leur présence , lequel voudrait changer de place avec ces personnes qui pour l'amuser renoncent à l'estime publique, et qui fournissent à ses plaisirs aux dépens de leur vertu ? quel est le père ou la mère , parmi ceux qui enseignent à leurs enfants le chemin du théâtre , qui voudrait pour son fils ou pour sa fille 9 quel est le frère qui voudrait pour sa sœur de cette profession qu'ils encouragent y qu'ils favorisent , qu'ils applaudissent, qu'ils soutiennent de leur présence et de leur argent ? Est-ce là se mettre à la place des autres ? est-ce là obéir à la maxime de Jésus-Christ? J'adresse en passant ces simples questions à la conscience de ceux qui fréquentent le théâtre, s'il s'en trouve dans cet auditoire. Si cette maxime était mise partout en pratique , on verrait également disparaître de la terre l'esclavage , ce crime social qui pèse encore sur des nations appelées chrétiennes, et qu'on essaie même, chose monstrueuse! de justifier par les intentions de la providence et par

LA RÈGLE lyOR. 413

ia parole de Dîeo. Od a beaucoup parlé , beaucoup écril pour el contre Tesclavage. Si j'avais à discuter la quesUou avec uo de ces propriétaires d'esclaves qui préteocteol an nom de chrétien , je ne lui parle* rais pas des droits de Fâuie humaine ; je ne lui ferais pas le tableau des maux sans nombre , temporels et étemels , qui sont la conséquence do Tesclavage : j em« ploierais une méthode plus courte et plus simple : je me contenterais d'adresser à ce maître qui se dit chrétien une simple question : et si vous étiez noir au lien d'être blanc , trouveriez- vous juste qu'on vous privât de la liberté? si vous étiez à la place de votre esclave, tronveriez-vous bon qu'on vous maintînt dans la servitude? » Il me semble que ce mode d'argumentation mettrait vite un terme au débat ; et je ne vois pas ce qu'un homme qui se dit chrétien pourrait y répondre, à moins toutefois de prétendre que les noirs ne sont pas des hommes : car il faut ^'attendre à voir nier l'évidence même quand l'intérêt est de la partie.

Mais arrêtons-nous : je n'aurais jamais fini si je voulais passer en revue tous les efTets bienfaisants que produirait dans le monde l'application générale de la maxime de Jésus-Christ. D'ailleurs , en insistant sur ces heureux résultats je m'attends à une objection. A quoi bon^ direz- vous, ce tableau séduisant sans doute pour une âme chrétienne, mais qui n'est qu'un vain rêve de l'imagination, et qui n'a pour base qu'une supposition sans réalité? Sans doute il serait

484 LA BÉGLE IVOR.

heureux que tous les hommes missent en pratique 1» maxime de Jésus-Christ , en d'autres termes que tou& les hommes fussent chrétiens. Mais quand la grande majorité des hommes sont encore étrangers à la connaissance de l'évangile ; quand , parmi ceux même» qui le connaissent, eest le petit nombre qui l'ont reçu dans leur cœur et qui le mettent en pratique , il est puéril de s'abandonner à de brillantes chimères qui ne peuvent aboutir à aucune conséquence pratique et utile. Attendez que l'humanité soit convertie de cœur à la religion de Jésus-Christ, pour lui demander l'observation des maximes de Jésus- Christ.

Il est trop vrai , mes frères : les réflexions qui précèdent n'ont pas, quant à présent, d'application possible à la masse de l'humanité ; rien n'est plus en dé-* saccord avec l'état actuel du monde que la maxime de notre texte; et je n'aurais pas besoin d'autre preuve pour démontrer que le monde est a plongé dans le mal, » suivant les déclarations de l'Ecriture. Laissons donc, je le veux bien, le champ des suppositions, et revenons à la réalité actuelle. Laissons cette humanité incrédule et perverse avec laquelle nous n'avons point affaire pour le moment, et parlons de vous, de vous qui m'écoutez dans ce moment, et qui par votre présence dans le temple de Jésus-Christ témoignez assez que vous prétendez au titre, aux privilèges, et aux devoirs des chrétiens. Vous qui

Là RÈGLE D'OR. 481^

VOQS réclamez da nom de Christ , c'est vous que j'appelle aojourd'hai à mettre en pratique ce précepte, lé plus simple, le plus UDiverseliement applicable, le plus évidemment obligatoire de tous ceux qui sont sortis de la bouche de votre maître. Je pose aujourd'hui ce précepte sur vos consciences , et au nom du titre de chrétien que vous portez, je vous somme de le mettre en pratique dans toutes vos positions et dans toutes vos relations diverses. En cela je ne vous demande rien de trop, rien qui dépasse votre profes* sioQ et vos prétentions de christianisme; le chrétien le moins avancé de cet auditoire ne peut pas récuser le devoir que je vous prêche aujourd'hui. Ceux-là mêmes qui n'ont pas encore accepté dans toute son étendue la doctrine chrétienne admettent du moins la morale chrétienne : eh bien t c'est de la morale , c'est la morale la plus simple, la plus élémentaire, la plus pratique, la plus incontestable que je vous prêche aujourd'hui. Votre conscience à tous rend témoignage que je vous demande une chose légitime quand je vous dis : « qui que vous soyez, quelles que soient votre profession et votre position sociale, faites chacun pour les autres ce que vous voudriez qu'ils flssent pour vous. )) Etes-vous négociant? prenez pour règle de conduite dans vos affaires , non pas seulement ce qu'on est convenu d'appeler probité dans le monde^ non pas cette probité relative , admise peut-être dans le commerce, mais qui n'est pas strictement d'accord

486 LA RËfiLE D*(IR.

avec les principes de l'évaDgile; prena pour règle la maxime de Jésos^brist, agissez avec les autres comme vous voudriez qu'ils agissent avec voua«mèmes: et par conséquent ne vous permettez jamais la moindre tromperie, jamais un mensonge dans vos transactions : car vous n'aimeriez pas sans dopte qu'un autre vous trompât dans son iqtérôt et qu'à votre préjudice il vous cachât la vérité, ^tes-vous marchand? mettez-vous à la place de celui qui vous achète, contentez- vous d'un bénéfice légitime , et tel que vous trouveriez bon qu'on le fit sur vous-même. Etes-vous acheteur ? mettez-vous à la place de celui qui vend, et ne profitez jamais de son ignorance ou de son besoin pour payer un objet au-dessous de sa valeur. Etes- vous serviteur ou servante? supposezvous à la place de vos maîtres , supposez que ce qui leur appartient soit à vous, et soignez leurs intérêts comme s'il s'agissait des vôtres. Etes-vous maître? mettez-vous à la place de vos serviteurs ou de vos servantes , représentez-vous ce que leur condition a par elle-même d'assujettissant et de pénible, efforcezvous de la rendre plus douce par vos bons procédés, et usez en avec eux, soit en actions, soit en paroles^ comme vous aimeriez qu'on en usât envers vous. Etesvôus ouvrier? faites votre tâche comme vous voudriez <lu'on la fit pour vous; êtes- vous chef de fabrique? traitez vos ouvriers comme vous aimeriez qu'on vous Iraitât si vous étiez ouvrier vous-même. Parents , fai-

U RÈGLE D'QR. m

(es-vous enfenls par la pensée pour corriger et élever Tos enfants; et vous enfonts essayez , quoique la ^hose soit difficile, de vous mettre à la place de vos parents : essayez de vous représenter leurs fatigues, leurs soucis y leur dévouement, leurs sacrifices, et allégez leur tâche par votre obéissance et votre zèle, comme vous aimeriez qu'on Tallégeât pour vous si vous étiez à leur place. En un mot , appliquez la même règle de conduite à toutes vos relations diverses, à vos relations de mari et de femme, de frères et de sœurs, de riches et de pauvres, d'amis ou de simples connaissances; mais appliquez*la réellement et rigou^ reusement : car cette règle d'or n'est rien si elle n'est pas tout dans la vie, et il est parfaitement inutile de l'admirer si vous ne la pratiquez pas.

Mais quand nous parcourons par la pensée ces applications diverses de la parole de JésusXhrist, un sentiment pénible et humiliant vient oppresser nos cœors ; car il est impossible de méconnaître que ce précepte est violé à chaque instant, même chez ceux qui s'appellent chrétiens. Il n'est point de précepte mieux connu, plus facilement accepté, dont on reconnaisse plus universellement l'excellence et la beauté; niais on s'en tient à Tadmiration, et il n'est pas non plus de précepte qui soit moins observé dans la vie réelle. Ce fait si humiliant et si triste a une cause bien simple : c'est le défaut de cette charité du cœur qui est le principe de tous les dévouements pratiques.

En même temps que le sauveur nous a dit : « fois pour ton prochain ce que tu voudrais qu'il ftt pour toi, » il nous a dit aussi : « tu aimeras ton prochain comme toi-même; net si nous faisons peu pour les autres dans la pratique, c'est que nous les aimons peu dans le fond du cœur. Commençons par aimer et alors nous agirons : alors nous saurons nous oublier pour les autres, soigner leurs intérêts comme nos intérêts propres , et faire pour eux ce que nous voudrions qu'on ftt pour nous.

Mais il faut remonter plus haut encore : et cet amour du prochain , qui est le principe de la charité pratique , a lui-même un principe plus éloigné et plus relevé , qui est Tamour de Dieu. Dans Tordre de la morale évangélique, Tamour du prochain est le second grand commandement : le premier , qui est la base de tous les autres, c'est Tamour de Dieu. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta force et de toute ta pensée : voilà le premier et le plus grand commandement. » C'est toujours à l'amour de Dieu qu'il faut en revenir quand il s'agit d'accomplir un devoir quelconque de la morale chrétienne. Tous les devoirs de l'évangile ont leur racine dans l'amour; on ne peut les accomplir qu'en aimant , et c'est de Dieu qu'il nous faut apprendre à aimer, parce que c'est lui qui nous a aimés le premier. C'est en contemplant l'amour que Dieu nous a témoigné que nous apprendrons à l'aimer à notre tour, et

aussi à aimer les hommes à caase de lui et à son exemple. Cesl eo appréciant ses bienfaits à notre égard que nous apprendrons à faire aussi du bien à DOS frères. Les paroles mêmes de notre texte rendent sensible ce lien étroit , cette filiation sainte entre la conduite de Dieu envers nous et celle que nous devons tenir envers les hommes. Remarquez en effet comment l'exhortation du sauveur se rattache à la promesse qui précède : « demandez et il vous sera donné, cherchez et vous trouverez , frappez et il vous sera ouvert. Si vous qui êtes mauvais savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre père qni est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent! c'est pourquoi , toutes les choses que vous voulez que les hommes fassent pour vous y faites-les vous*mèmes pour eux. » Cest-àdire : « puisque Dieu est bon pour vous, soyez bons à voire tour pour vos frères ; faites-leur du bien à rimage de votre père céleste. Puisqu'il vous donue toutes choses libéralement, puisqu'il répand sur vous des bienfaits sans nombre, donnez aussi à vos frères, donnez-vous à eux vous-mêmes comme Dieu s'est donné lui-même pour vous. »

Allez donc, mes frères, puiser la charité dans l'amour de ce père qui est aux cieux; dans cet amour qui se déploie chaque jour par mille bienfaits, qui pardonne, qui supporte, qui enrichit des enfants coupables; dans cet amour qui a livré le fils de Dieu aux humiliations

490 LA RÈGLE b*OR.

d'une vie mortelle et au sacrifice de la croix. Nous avons beau faire, quelque sujet que nous irailions, quelque devoir que nous prêchions, nous sommes toujours ramenés forcément à la croix de lésus-Ghrist , parce que cette croix est la manifestation la plus éclaianle de Tamottr , et qu'on ne fait rien de bon sans amour. C'est dans la croix que nous voyons réalisé y sous sa forme la plus complète et la plus sublime^ le précepte de faire aux autres ce que nous voudrions qu'on fit pour nous. Si seulement nous pouvions comprendre une fois, si nous .pouvions apprécier à sa valeur cet immense dévouement, cet oubli absolu de l'intérêt propre pour l'intérêt des autres, notre cûeur serait pénétré jusqu'au fond , nous saurions enfin ce que c'est que d'aimer , en présence de Celui qui s'est oublié pour nous nous bous oublierions nous-mêmes pour les autres , et le dévouement deviendrait aussi naturel pour notre cœur régénéré , que légoïsme est naturel pour notre cosfur mauvais.

Apprends-nous donc toi-même, ô notre Dieu sauveur ! à aimer nos frères et à nous oublier pour eux! Pauvres pécheurs accablés Sous le sentiment de notre indignité et de notre impuissance , croyant à ta parole, hélas I sans la mettre en pratique, admirant tes préceptes mais incapables de les observer, nous venons nous prosterner au pied de ta croix ^ et nous te supplions de faire pénétrer dans nos cœurs un rayon de cet amour divin qui t'a fait monter sur la croix I

toi qui nous prêches la charité par ton exemple plus encore que par tes paroles , prêche-nous-la aussi par cet Esprit qui change les* cœurs : que cet Esprit nous transforme à l'image de ta charité , et qu'il grave en caractères ineffaçables , sur la table de nos cœurs , celte exhortation qui résume ta vie et ta mort : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés! » Amen.

Février 4854.

Or la parole de TEternel fut adressée à Jonas fils d*Amittaï , en disant : lève-toi et t*en va à Ninive la grande ville, et tonne coQtre elle; car leur malice est montée jusqu'à moi. Mais Jonas se leva pour s'enfuir à Tarsis de devant la face de rEtemel ; et il descendit à Japho oii il trouva un navire qui allait à Tarsis; et ayant payé son passage , il y entra pour aller avec eux à Tarsis, de devant la face de TEternel. Mais FEternel éleva un grand vent sur la mer, et il y eut une grande tourmente en la mer, de sorte que le navire était en danger de se briser. Et les mariniers eurent peur , et crièrent chacun à sou Dieu, et ils jetèrent dans la mer la charge du navire pour Ten décharger ; mais Jonas était descendu au fond du navire, ou il était couché, et dormait profondément. Alors le maître pilote s'approcha de lui et lui dit : qu'as-tu , dormeur? lève-toi , crie à ton Dieu ; peut-être qu'il pensera à nous et que nous ne périrons point.

Puis ils se dirent l'un à Vautre : venez et jetons le sort , afin

que nous sachions à cause de qui ce mal nous est arrivé. Ils jelè»

ren( donc le sort, el le sort tomba sur Jonas. Alors ils lui dirent : déclare-nous maintenant pourquoi ce mal nous est arrivé, quelle est ta profession et d*où tu viens ; quel est ton pays, et de quel peuple tu es. El il leur dit : je suis hébreu et j'adore rElernel, !• Dieu des cieuz , qui a fait la mer et la terre. Alors ces hommos furent saisis d*une grande crainte et lui dirent : pourquoi as-tu fait cela? car ces hommes avaient appris qu'il s'enfuyait loin de la face de TEtemel, parce qu'il le leur avait déclaré. Et ils lai dirent : que te feroos-Dous afin que la mer se calme, nous laissant en paix? car la mer se tourmentait de plus en plus. El il leur répondit : prenez-moi et me jetez dans la mer, el la mer se calmera vous laissant en paix; car je connais que c'est à cause de moi que cette grande tempête est venue sur vous.

£l ces hommes voguaient pour relâcher à terre; mais ils ne le pouvaient, parce que la mer s'agitait de plus en plus, lis crièrent donc à l'Eternel et dirent : Eternel I nous te prions que nous ne périssions point maintenant à l'occasion de Tâme de cet homme, et ne mets point sur nous le sang innocent;. car tu es rEternel, tu as fait en ceci comme il t'a plu.

Alors ils prirent Jonas et le jetèrent dans la mer, et la tourmente de la mer s'arrêta.

Et ces gens-là craignirent l'Eternel d'une grande crainte , et ils ^ilrirent des sacrïices à l'Eternel , el vouèrent des vœux.

(JOITAS, I.)

De loas les récits oontenus dans les livres saints , {'histoire de Jonas est peut-ôtre celle qui a prêté le plus aui^ objections el aux railleries des incrédules. (i Quoi! un homme jeté dans la mer sans y être noyé , trouve lout*à-ooup et à point nommé un poisson qui Tengloulit sans lui faire de mal, qui le garde vivant dans son corps , et ceU. peadani trois jours l

Que cet homme respire, vive, se nourrisse et prie dans celte sombre et étroite prison vivante, qu'il se promette d'en sortir, se peut-il rien de plus incroya? ble? El pourquoi ce renversement inoui de toutes les lois de la nature? Pour conserver un prophète rebelle, qui ne veut pas marcher où Dieu Tenvoie, et qui s'enfuit loin de sa face. Et pourquoi s'intéresser si particulièrement à la conservation de cet homme? C'est pour l'envoyer ensuite malgré lui à Ninive, comme s'il n'y eût pas eu d'autre prophète en Judée capable de remplir cette mission. Si jamais événement eut les caractères d'une fable, c'est assurément celui-là. »

Ainsi ont parlé dès les premiers temps de l'église, ainsi parlent aujourd'hui encore les ennemis de la parole de Dieu. Pardonne, ô mon Dieu! si nous nous sommes faits pour un moment l'écho de ces tristes blasphèmes ; et assiste-nous dans le projet que nous entreprenons aujourd'hui de justifier ta parole aux yeux de ce peuple ! Âide-nous à leur montrer que celte parole est «souverainement pure,»

comme elle le déclare elle-même; quelle est d'un bout à l'autre une parole de vérité, « un argent affiné au creuset , épuré par sept fois ; » que chacune des pages qu'elle renferme abonde en instructions salutaires ; et que <( la folie » de cette parole est (c plus sage que la sagesse des hommes! »

Le prophète Jona^ise distingue à plusieurs égards

SA DÉSOBÉISSANCE. I9i

entre toas ceux de TaDcien lestaœeDt. 11 est le seul qui sous rancienne alliance ait été envoyé auprès d'an peuple païen ' ; le seul que le sauveur lui-même ait dioisi pour lui servir de type et de prophétie vivante; le seul enân dont la prédication ail eu cette puissance merveilleuse de convertir tout un grand peuple. A ces divers égards , et à d'autres encore , son histoire est bien digne de fixer notre attention. Aussi nous proposons-nous de Texaminer avec quelque développement, et d'y consacrer, si Dieu le permet, plusieurs prédications successives. Nous chercherons à dissiper dans vos esprits les difficultés que soulève cette histoire; mais surtout nous n'oublierons pas que le meilleur moyen de la justifier est d'en tirer les legons pratiques dont elle est remplie , comme tout le reste des déclarations du Saint-Esprit.

« Or la parole de l'Eternel fut adressée à Jonas^ fils d'Âmittaï , en disant : lève-toi et t'en va à Ninive la grande ville, et tonne contre elle : car leur malice est montée jusqu'à moi. »

Jonas est le plus ancien prophète dont les écrits nous aient été conservés. Un passage du second livre des Rois ^ nous apprend qu'il était de la ville de Galhé^

> La mission de Moïse auprès des Egyptiens n'avait pas pou» objet les Egyptiens eux-mêmes , mais bien le peuple d'IsraiSl. 3 S Rois, XIV, S5.

pher en Galilée , qu'il vécut sous le règne de Jéroboam Il , rx)i d'Israël, et qu'il annonça les victoires de ce roi sur les ennemis qui avaient envahi ses froQtîères; c'est tout ce que nous savons du ministère de ce prophète dans le pays d'Israël.

Nous le voyons ici chargé d'un autre ministère qui avait pour objet un peuple païen. Comme nous l'avons déjà fait observer, il fut le seul prophète au* quel Dieu con6a une mission semblable. En cela déjà Jonas était un type du sauveur, qui est venu mettre un terme à l'économie judaïque, et prêcher une reli* gîon destinée à tous les peuples du monde. Les Ninivites représentent ici, sous une forme particulière, toutes les nations païennes, auxquelles Dieu devait plus tard se révéler comme étant leur juge et leur sauveur. Le Dieu d'Israël faisait connaître ainsi à l'avance, par la mission de Jonas, qu'il était aussi le Dieu de tous les peuples, que le salut n'était pas attaché à la loi de Moïse, et que ces païens si méprisés par les Israélites étaient aussi bien que ceux-ci les objets de sa sollicitude.

Ces déclarations menaçantes que Dieu fait adresser par son prophète aux Ninivites coupables étaient évidemment une dispensation de miséricorde à leur^ égard : il avertit avant de frapper, parce qu'il veut laisser aux pécheurs le temps de se repentir; et c'est ainsi que jusque dans ses jugements les plus sévères on voit toujours percer sa bonté. C'est ainsi qu'il

envoya Noé avant le déluge , Loi avant reœbraseoient de Sodome, Moïse avant le châtiœeat des Egyptiens, Osée avant la ruine du royaume dlsraôl , Jérémie avant la caplivité de Babylone, Jésus-Cbrist avant la destruction de Jérusalem. Cest ainsi qu'il nous avertit nous-mêmes avant ce jugement éternel qui est suspendu sur nos têtes, et qu'il nous crie par la voix des Ecritures : a fuyez la colère à venir I Déjà la hache est mise à la racine des arbres : tout arbre qui ne fait point de bon fruit va être coupé et jeté au feu. Cherchez TEternel pendant qu'il se trouve, invoquez-le tandis qu'il est près ! »

La ville de Ninive, auprès de laquelle Jonas fut envoyé, et que TEcriture appelle (( la grande ville, » était alors la première ville du monde. Elle avait de circuit trois journées de chemin , comme nous le voyons au chapitre troi^ème de notre prophète ; et le chapitre suivant nous apprend qu'on y comptait plus de cent vingt mille créatures humaines «qui ne savaient point discerner entre leur main droite et leur main gauche : » en admettant que cette expression désigne les enfants de deux ans et au-dessous , ce chiffre indiquerait une population totale de plus de six cent mille ftmes. * Nous lisons dans les historiens profanes que les murailles de Ninive , hautes de cent pieds , et assez larges pour que trois chars s'y promenassent de front , étaient fortiBées par quinze cents tours qui avaient le double de hauteur. Les Assyriens , dont Ninive était

la capitale, s'étaient d'abord contentés d'étendre leur domination du côté de la grande Asie et dans les pays situés au-delà du Tigre ; mais le second livre des Rois nous apprend qu'ils commencèrent, sous le règne de Ménahem , à envahir la Palestine, et que ce roi d'Israël dut acheter leur retraite en payant au roi d'Assyrie une rançon de mille talents d'argent^ prélevés sur tous les principaux de son peuple >. Ce fut probablement peu de temps après cet événement, qui avait dû exalter l'orgueil des Assyriens et jeter la frayeur parmi les Israélites, que Jonas reçut l'ordre d'aller de la part de Dieu dénoncer ses jugements à cette grande ville, fière de toutes ses conquêtes et plongée dans le luxe et la débauche. Cette mission devait servir tout ensemble d'avertissement aux Ninivites et d'encouragement au peuple de Dieu.

(( Mais Jonas se leva pour s'enfuir à Tarsis loin de la face de l'Eternel; et il descendit à Japho, on il trouva un navire qui allait à Tarsis ; et ayant payé son passage il y entra pour aller avec eux à Tarsis, loin de la face de TElernel. »

La candeur avec laquelle Jonas nous raconte luimême la désobéissance dont il se rendit coupable est un de ces traits caractéristiques qui ne se rencontrent que dans les livres saints, et qu'on a mis avec raison au nombre des preuves les plus frappantes de

* 2 Rois, XV, 49, M.

SA DÉSOBÉISSANCE. I9t

leur divinité. La bible ne cherche jamais à déguiser ni à pallier les péchés des serviteurs de Dieu : elle raconte sans détour les timides mensonges d'A* braham , la honteuse supercherie de Jacob, Tincrédulité et rimpatience de Moïse, Todieux adultère de David , le lâche reniement de saint Pierre; et ce trait seul suffirait pour prouver que la bible est le livre de Dieu. Il y a dans une pareille candeur quelque chose qui n'est pas de Thomme.

L'Ecriture ne nous dit pas expressément quel fut le motif de la désobéissance de Jonas; et nous en sommes réduits à cet égard aux conjeclures. Peut* être le prophète craignil-il d aller se présenter seul et çans défense devant le superbe monarque d'Assyrie ^ pour s'acquitter d'une aussi redoutable mission : crainte assurément bien naturelle en pareille circon* staoce. Peut-être lamour-propre entrait-il pour quelque chose dans les motifs de son refus : il parait^ d'après la suite du récit , qu'il craignit de passer pour UD faux prophète en dénonçant a Ninive un châtiment qui ne devait pas s'accomplir. Mais surtout il' est probable que Jonas fut arrêté en présence de sa mission par ses préjugés judaïques, et par la nouveauté même de cette mission. On sait à quel point les Juifs étaient imbus de Tidce que Dieu était exclusivement le Dieu d'Israël, et que les païens devaient rester à jamais étrangers à ses révélations; il leur semblait que c'était renoncer à la faveur de Dieu que

de la partager avec les païens. Quand nous voyons les apôtres eux-mêmes, sept cents ans plus tard, après la résurrection de Jésus-Christ et refTusion du Saint-Esprit, avoir besoin d'une révélation toute spéciale pour Jes décider à s'adresser aux païens, comment nous étonner qu'un prophète de l'ancienne aN. liance ait reculé devant une mission pareille , et qu'il ait tenté de s'y soustraire ?

(( Jonas donc se leva, nous est-il dit, pour s'enfuir à Tarsis. » Ce nom désignait un endroit situé sur la côte d'Espagne, et avec lequel les Phéniciens entretenaient des relations commerciales '. Tout ce que voulait le prophète, c'était de franchir une vasie étendue de mer, de séloigner le plus possible de l'orient, où rappelait la voix de l'Eternel ; et il se jette dans le premier navire qu'il rencontre, pourvu qu'il se rende à une deslination éloignée dn côté de l'occident.

Et quel était ton but, imprudent Jonas, en fuyant dans cette contrée lointaine? Tu voulais, nous dis-tu toi-même, a t'enfuir loin de la face de l'Eternel. » Tu voulais le soustraire à cette mission divine et redoutable qui le brftiait « comme un feu renfermé dans tes os 2; » tu voulais étouffer cette voix intérieure et puissante qui te criait de la part de l'Eter-

< Cesi le Tartessus des écrivains profanes. Le port de Japho est le même qui est appelé Joppe dans le Nouveau-Testament. ^ Jér. , XX , 9.

nel : « lève-toi et l'en va tonner contre Nînive. » Il te semblait que loin de la terre d'Israël tu n'étais plus prophète, et que Dieu n'irait pas te chercher aux extrémités du monde. Aveugle et insensé ! as-tu oublié que l'Eternel « remplit les cieux et la terre? » « Où irais- tu loin de son Esprit? où fuirais-tu loin de sa face? Si tu montes aux cieux, il y est; si tu te couches au sépulcre, l'y voilà. Si tu prends les ailes de l'aobe du jour, et que tu te réfugies au bout de la mer, là même sa main te conduira, et sa droite t'y saisira. » Plutôt que la parole sortie de sa bouche reste sans eflet , il remuera pour la faire exécuter le ciel et la terre; il fera « des vents ses anges et du feu brûlant ses serviteurs, » pour t'adresser une nouvelle vocation plus impérieuse que la première et plus redoutable; la mer, soulevée à sa voix souveraine, refusera de le porter sur son sein ; la tempête, accourue au signe de sa main , ira te choisir au milieu des compagnons païens que tu t'es donnés, el te marquer d'uQ sceau de colère comme le coupable qu'il réclame.

C'est ainsi que plus lard Jérémie, chargé d'une mission non moins dangereuse que celle de Jonas , essaie un moment comme lui de résister à la vocation divine ; mais bientôt vaincu dans cette lutte inégale de l'homme contre Dieu, il cède en frémissant, et • s'écrie : « ô Eternel ! tu m'as sollicité el j'ai été attiré, tu as été plus fort que moi et lu as eu le dessus.

90% JœiAS.

Depuis que je parle en ton nom je n'ai fait que jeter des cris ; j'annoDce la violence et la désolation ; mais la parole de TEternel m'est tournée en opprobre et en moquerie tout Je jour. Cest pourquoi j'ai dit : je ne ferai plus mention de lui et je ne parlerai plus en son nom ; mais il y a eu dans mon cœur comme un feu ardent renfermé dans mes os : je suis las de le porter, je n'en puis plus M » Et c'est ainsi que nous accomplissons toujours inévitablement la volonté de l'Eternel, que nous le voulions ou que nous ne le voulions pas. Il dépend de nous de l'accomplir librement ou par contrainte , pour notre bonheur ou pour notre malheur; mais il ne dépend pas de nous de nous soustraire à cette volonté. Les enfants de Dieu l'accomplissent avec joie et par amour; les ennemis de Dieu l'accomplissent malgré eux et par leur rébellion même. Les anges et les élus l'accomplissent dans le ciel ; les réprouvés et les démons l'accomplissent dans l'enfer. Depuis les anges jusqu'aux hommes, et depuis les hommes jusqu'aux démons, « dans le ciel , sur la terre et sous la terre » toutes les créatures 9 sans en excepter une seule , « fléchissent également le genou, » suivant la parole d'un apôtre, devant la volonté du Dieu souverain, u Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende, » et puissionsnous tous, pendant qu'il est temps de faire ce choix,

. * Jér. , XX , 7-9.

apprendre à servir Diea par amour ^ pour ne pas le servir par contraiote !

Dans un sens pourtant Jouas pouvait réussir , et il ne réassit que trop bien à s'enfuir loin de la face de l'Eternel. II a pu fuir la contrée des adorateurs de l'Eternel , le lieu que l'Eternel avait choisi sur toute la terre pour en faire plus particulièrement le siège de son culte et le théâtre de ses révélations ; il n'a plus autour de lui que de pauvres idolâtres , qui dans le danger ne savent que crier chacun à son dieu : dieux impuissants et sourds , dieux de pierre et de métal y a qui ont une bouche et ne parlent point, des yeux et ne voient point , des oreilles et n'entendent point. » Il a pu fuir aussi la communion de l'Eternel, le sentiment de sa présence et de sa faveur ; il s'est fermé lui-même la source de la grâce divine; et le sommeil perGde qu'il goûte au fond du navire, au milieu de la tempête, est la triste image du sommeil, bien autrement dangereux , qui endort sa conscience abandonnée par l'Esprit de Dieu.

(( L'Eternel éleva un grand vent sur la mer , et il y eut une grande tourmente en la mer , de sorte que le navire était en danger de se briser. Et les mari-> niers eurent peur, et crièrent chacun à son Dieu ; et ils jetèrent dans la mer la charge du navire pour l'en alléger ; mais Jonas était descendu au fond du navire, où il était couché; et il dormait profondé-* ment. )>

Tu dors y Jonas : mais le réveil va venir y et ce double réveil sera terrible. Pour le corps, ce sera la mort imminente , inévitable , et sous sa forme la plus affreuse; pour Tâme, ce sera le sentiment poignant de son péché, et la terreur des jugements de Dieu.

« Alors le maître pilote s'approcha de lui et lui dit : qu'as-tu, dormeur? lève-toi, crie à ton Dieu; peut-être qu'il pensera à nous et que nous ne périrons point. »

Mais tout est inutile : FEternel repousse la prière de son prophète, celte prière que jusqu'alors il se plaisait à exaucer; il y a de Finterdit sur le navire, et il faut que cet interdit soit éloigné; la tempête redouble ses fureurs, et les matelots, guidés par leurs idées superstitieuses , conduits aussi à leur insu par Dieu lui-même, qui fait servir même les erreurs et les préjugés des hommes à Texécution de ses desseins , les matelots ont recours au sort pour découvrir quel est le coupable que réclame la vengeance divine.

(( Us se dirent Tun à l'autre : venez et jetons le sort, afin que nous sachions à cause de qui oe mal nous est arrivé. Us jetèrent donc le sort, et le sort tomba sur Jonas. »

11 est superflu de faire observer que cette manière d*agir ne saurait servir d'exemple dans des circonstances pareilles : tout est miraculeux dans ce récit 9 et sort des règles ordinaires qui doivent diriger notre

SA DÉSOBÉISSANCE. !r05

conduite; évidemmeot ces matelots [Mens obéirent à leurs habitudes saperstitieuses , soit en supposant que la tempête dont ils étaient victimes indiqunit la présence d^un coupable au milieu d eux , soit en consultant le sort pour connaître ce coupable : mais Dieu à leur insu était là , dirigeant toutes choses dans les vues de sa sagesse éternelle. Dans les circonstances ordinaires , il serait dangereux et contraire à Tesprit de Tévangile de recourir au sort pour nous diriger. Dieu Boos a donné pour nous servir de guide le double flambeau de la raison et de sa parole ; et ce serait le tenter que de négliger ces lumières divines pour consulter cet être fantastique que les hommes appellent le sort ou le hasard >. Mais dans Thistoire de Jonas , je le répète, tout est miraculeux et exceptionnel. Dieu permit que le sort fût dans celte occasion la manifestation de sa volonté, et qu'il indiquai aux tDatelots le prophète rebelle comme étant le coupable qu'ils cherchaient.

(( Alors ils lui dirent : déclare-nous maintenant pourquoi ce mal nous est arrivé, quelle est ta profession , et d où tu viens ; quel est ton pays , et de quel peuple tu es. El il leur dit : je suis Hébreu et j'adore rEternel , le Dieu des cieux , qui a fait la mer et la terre. Alors ces hommes furent saisis d'une

' Nous avons trailé cette question du sort dans le discours intitulé Les directions de Dieu.

106 iONÂS.

grande crainte, et lai dirent : pourquoi as-ta fait cela ? car ces hommes avaient appris qu'il s'enfuyait loin de la face de rElernel, parce qu'il le leur avait déclaré. »

Ces dernières paroles nous apprennent que Jonas, rentrant en lui-même et s'humiiiant sous la main de Dieu , confessa franchement devant ses compagnons de voyage, non-seulement sa foi mais son péché ^ malgré tout ce qu'il dut lui en coûter de s'accuser ainsi devant des païens qu'il avait peut-être méprisés jusqu'alors , et auxquels il s'était cru bien supérieur. Le voilà maintenant réduit à s'humilier devant eux^ et dans la position d'un accusé devant ses juges. C'est ainsi qu'il arrive souvent dans le royaume de Dieu : « les premiers sont les derniers , et les derniers sont les premiers. »

La confession du péché est toujours le premier fruit du réveirde la conscience, et c'est l'unique moyen d'arriver à la paix de l'âme. « Quand je me suis lu, » disait David, « mes os se sont consumés; je n'ai fait que crier tout le jour. Parce que jour et nuit (a main s'appesantissait sur moi , ma vigueur était changée en une sécheresse d'été. Je t'ai fait connaître mon péché, et je n'ai point caché mon iniquité. J'ai dit : je confesserai mes transgressions à l'Eternel , et tu as ôté la peine de mon péché ^ » Plus cette confession

^ P8. XXXIL

SA DÉSOBÉISSANCE. t07

dut coûter à Jooas dans la position où il se IroQvaîl, plus elle dat contribuer à le soulager une fois qu'elle fiil sortie de son cœur. Désormais il peut bien avoir à souffrir dans son corps, et il a toujours devant les yeux une mort cruelle : mais il a retrouvé la paix de son âme en confessant son péché ; il jouit de nou* veau du sentiment de la présence et de la faveur de 8on Dieu ; il peut de nouveau lever les yeux avec con6ance vers ce Dieu de miséricorde , qui se platt à pardonner au pécheur repentant.

Aux paroles du prophète, à cette confession du Dieu vivant qui jusqu'alors avait été pour eux (( un Dieu inconnu , » les matelots sont saisis de crainte : ils ne peuvent entendre sans frayeur le nom de Jchovah , ce Dieu d'Israël dont ils viennent d'éprouver la puissance ; ils sentent que c'est bien là réellement le seul vrai Dieu , le Dieu des cieux qui a fait la terre et la mer; et redoutant également, soit de porter une main violente sur son prophète, soit d'attirer sa colère en conservant un coupable sur leur navire, ils disent à Jonas dans leur perplexité : « que te ferons-nous, afin que la mer se calme, nous laissant en paix? car la mer se tourmentait de plus en plus» Et il leur répondit : prenez-moi et me jetez dans la mer , et la mer se calmera , vous laissant en paix : car je connais que c'est à cause de moi que cette grande tempête est venue sur vous. » Ici encore il faut se rappeler que tous les événements de ce récit

sont miraculeux , et qu'on ne saurait les juger d'après les règles ordinaires. Dieu avait révélé à Jonas qu'il voulait que sa vie fût sacrifice pour le châtiment de son péché ; et ce sacrifice n'a rien de plus incompréhensible que lant d'autres châtiments semblables qui sont mentionnés dans l'Ecriture : celui d'Hacan, par exemple, qui fut puni de mort pour avoir dérobé de l'interdit. C'est d'ailleurs une circonstance digue d'attention que Jonas ne se précipite pas lui-même dans la mer^ ce qui eût été un suicide : il attend que les hommes désignés pour cela par TEterael se fassent les exécuteurs de la justice divine.

Mais ces hommes^ dont le cœur était touché par l'esprit de Dieu, comme nous le montre la suite du récit , firent une dernière tentative pour sauver le prophète. « Ils voguaient^ » nous est-il dit^ « pour relâcher à terre : mais ils ne le pouvaient, parce que la mer s'agitait de plus en plus. » Alors enfin , voyant que la volonté de Dieu se déclarait, ils cèdent à regret à la dure nécessité qui les presse; mais auparavant ils adressent une prière à ce Dieu qu'ils viennent d'apprendre à connaître; et dans cette prière on sent respirer tout à la fois la charité la plus évangélique et la crainte la plus pure du Seigneur. « Us crièrent donc à TEternel et dirent : Eternel ! nous te prions que nous ne périssions point maintenant à cause de l'âme de cet homme^ et ne mets point sur nous le sang innocent ; car tu es l'Eterneli tu as fait eu ceci

SA DËSraÉiSSANCE. lOt

comme il t'a pin. Ak>r8 ils prireot Jouas et le jetèrent dans la mer ; et h kMrineBte de la mer s'arréla. Bl ces geos-là oraignireiit l'Eternel d'one grande crainte, et ils offrirent des sacrifices à t'Eternel et vouèrent des vœnx ; » ce qui veut dire probablement , non pas qa'ils immolèrent des victîmes sor le vaisseau même, maïs qa'ils vouèrent à Dieu des sacrifices qu'ils devaient accomplir plus tard dans la terre d'IsrML Cest ainsi que , par une dispensation admirable de cette providence qui tire le bien du mai , la déso* béissance do prophète ist le moyen dont Dieu se servit pour amener la conversion et le salut de ces pauvres idolâtres : tant il est vrai que « foutes choses servent l'Eternd , » suivant la parole du psalmisie , et qu'il n'est pas «m seul év^ement au monde qpri n'ait pour but et pour effet la conversion des Ames , l'avancement do règne de Dieu I

Nous avons d^ fiait observer que lonas est un type du sauveur; et nous avons signalé le premier trait de ce type, qiri ^est ta mission dont il fut chargé auprès des païens. Â mesure que nous avancerons dans son faisloire , nons verrons ce type se développer de plus en plus, s'enridiir de nouveaux détails et devenir toujours plus Irappant. Ainsi le récit du voyage de Jouas offre avec l'oeuvre du sauveur miB analogie Irop évidente pour que vous ne l'ayez ipàs

aperçue vous-mèmesJ En voyant la perte du pro^

tf0 JONÂS.

pbète devenir le salut de ses compagnons, comment ne pas penser à un plus grand salut acheté par un sacrifice d'un plus grand prix? Il est un autre navire, voguant sur une autre mer et battu d'une autre tempête. Ce navire 9 c'est le globe qui nous porte ; cette mer, c'est la vie présente; cette tempête, ce sont le» orages des passions , ce sont les deuils et les maladies , c'est tout ce triste cortège de douleurs qui a fait invasion à la suite du péché sur une terre frappée de malédiction. Les matelots que porte le navire , ce sont les pauvres et coupables enfants d'Adam; et le naufrage qui les menace n'est rien de moins que la condamnation éternelle. La justice du Dieu qui a (c les yeux trop purs pour voir le mal » réclame impérieusement cette condamnation ; et à moins qu'une victime ne s'offre en sacrifice d'expiation pour la satisfaire, le malheureux navire doit périr. Cette victime quelle sera-t-elle? qui est-ce qui se dévouera pour le salut de ses compagnons ? quel sera cet autre Jouas qui se précipitera dans le gouffre à notre place , qui offrira sa tête aux coups de la justice divine pour les détourner de dessus la nôtre?.... A cette question presante, qui s'élève du sein de la terre en péril, la terre elle-même reste sans réponse : l'homme pécheur ne peut pas sauver l'homme pécheur ; a personne ne saurait racheter son frère ni payer à Dieu sa rançon.» Mais ce cri d'angoisse resté sans réponse sur la terre <a trouvé un écho dans le ciel. L'Eternel lui-même s'est

SA raSOBÉISSANCE. SI 4

chargé d'accomplir ce que lliomine ne poavail faire : «il a pris pitié de lai et il a dit : garantis-le, afin qu'il ne descende pas dans la fosse : j'ai trouvé la propitiation. » Et à cet appel du père la voix du fils a répondu : a tu n'as point pris plaisir aux holocaustes ni aux oUations pour le péché , mais tu m'as formé un corps » pour que je pusse m'offrir moi-même en sacrifice : « me vcid , je viens, selon qu'il est écrit de moi dans le livre, afin de Caire, ô Dieu, ta volonté \ » Le voDà , ce Jouas de l'évangile qui s'est dévoué pour le salut de ses compagnons : victime volontaire et sans tadie, et bien différent en cela du premier Jonas^ a il est mort lui juste pour nous injustes, afin de D0Q8 ramener à Dieu » et au bonheur. Le sacrifice du premier Jouas fut commandé par la justice de Di^i : le sacrifice du second Jouas ne prêche pas avec moins de force cette justice, mais il nous parle surtout de son amour. « Dieu a tant aimé le monde qu'il a livré son fils unique , afin que quiconque croit en lui ne périsse point , mais qu'il ait la vie étemelle. Personne n'a un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis; mais Dieu a (ait éclater son amour envers nous en ce que, lorsque nous étions ses ennemis. Christ est mort pour nous; car Dieu est amour ! » Divines et précieuses paroles , doux accents de l'évangile de grâce ^ que nos cœurs s'ouvrent au-

1 Job, XXXm, U. Héb., X, 6, 7.

242 JONÂS.

jonhii'hui à votre délé^e hatWolniè '^knteè si nous voas ëûlettdiéhs pè^ir la prëiMère fois! Dépendez ftujbûVd'ba! eoroàii'e bnë rtisêe âû ciel sur des ^cMiÈurs altérés de p&âtii ^ de |^â1i ! ÀWtlbs ÉotÉs fé mêèau de nds pékhës et de ^ti^ ccrntdâibfaâttoh ^ '^ns bôdè fêfojgiiôhs au pfëd "de cétt^ crôtï <àià Va^aù de Dieu à pris sûr lui fes péHïéà dn moâifë! Pèlerins baflôttéè hHir Tocéàu dô la Vie ël ineDàéé^ d'ùti kiaufrdge 'éternel , 'ndus Venons , domine les lïtaléflots âé TàrÉh, chétÂùv le i^àlut dans le sacrifiée de notre Joritts , dé 'ncAre Jësfà's ! iSoinJine eux aufss/i , radtelës à un sS fertWd ffrix, nous vdùlbhs ainîer% nôtre tour "cefui qui tfous'a àîàiés 1è premier, crucifier ces péchés qui ont (tucîfié ndlre a^tfvèut- , «» le ^^cfrîSer dé^i^itièfis danB des cdrps et dès ân^t^ qui Tôfi àppartiénntënt ! » Amén.

Octobre 4S45.

SA PRI^RB.

Or PEternel avait préparé un grand poisson pour engloutir Jooas ; ^t Jona^ demevira dans le ventre d\k poisson trois jo^r» et trois nuits.

Et Jonas fit sa prière à FEtemel son Dieu dans le ventre du poisson, et il dit : j'ai crié à l'Eternel à cause de ma détresse, et m'a exaucé; je me suis éerié du ventre du 6épul(»«, et tu as entendu m% ^oixl Tu m'98 jeté qu fqnd, au cœurdelafner, et le courant m'a eftyifonpé; tçqç tes flots et toutes tes vagues ont passé sur moi, et j'ai dit : je suis rejeté de devant tes yeux I mais néanmoins je verrai encore le temple de ta sainteté. Les eaux m'ont environné ju^u'à VAme , Tabime m'a environné de toutes parts, Ifts rp^^px rp'ont entouré h tô(e. J(9 suis de^ujin jusqu'aux peines {^iSfi mpntapfpes, Is terre avec ses bornes éti|it autour de moi pour jamais; mais tu as fait remonter ma vie hors de la fosse, ô Eternel mon Dieul Quand mon Ame se pAmait en moi, je me suis souvenu de l*Etemel , et ma prière est parvenue

ta JONÂS.

à toi jusqu'au palais de ta sainteté. Ceux qui s^adonnent aux vanités trompeuses abandonnent leur grâce. Mais moi , je te sacrifierai avec une voix de louange , je rendrai ce que j'ai voué ; car le salut vient de FEtemel.

Alors FEternel fit commandement au poisson , et il vomit Jonas sur le sec.

(JOHAS, II.)

Dans un précédent exercice , nous vous avons présenté quelques réflexions sur la désobéissance de Jonas aux ordres de TEternel, et sur le châtiment dont cette désobéissance fut suivie. Cette première partie de Thistoire du prophète est la glorification de la justice de Dieu. II fallait que Jonas fût précipité dans la mer^ pour que la justice de Dieu fût glorifiée aux yeux des matelots et aux yeux du prophète luioEiéme. Il fallait qu'il offrît en sa personne un vivant exemple de la vérité de cette déclaration : (( le salaire du péché c'est la mort. » Jonas était bien mort en effet dans la pensée de ses compagnons de voyage, et lui-même dut nécessairement croire qu'il touchait à sa dernière heure. Il éprouva toutes les angoisses de la mort 9 il en savoura toute Tamertume, et rien ne manqua au châtiment de son péché. Dieu se révélait ainsi comme le saint des saints ^ qui a a les yeux trop purs pour voir le mal^ » qui « ne tient point le coupable pour innocent, )) et dont les ordres ne sauraient être impunément violés.

Mais en avançant dans ce récit nous allons voir se

SA PRrittE. 115

dévoiler la seconde fiioe do caractère de Dieo, je veox dire la miséricorde. Jouas y comme nous. Tavons va y s'était humilié et repenti de son péché : c'en est assez pour que ce Dieu^ dont la bonté égale sa justice, mette le pardon à côté du châtiment y et la délivrance à côté de la mort. Cette délivrance était déjà toute prête au moment oh Jonas tomba dans la mer : a TEternel avait préparé un grand poisson pour engloatir Jonas; et Jonas demeura dans le ventre du poisson trois jours et trois nuits. » Cest ainsi que Dieu prépare à lavance tous les événements de notre vie ; et cette pensée est bien propre à nous faire attendre en paix ces événements. « Qui est-ce qui dira que cela est arrivé, et que l'Eternel ne Ta point commandé? ))

Par une dispensalion admirable et merveilleuse. Dieu fit sortir la délivrance du prophète de cela même qui devait lui sembler la plus cruelle des morts. Ce que Jonas dut redouter le plus dans cet affreux moment où il tomba dans la mer, c'était assurément de devenir la proie de quelque monstre marin; et sans doute il crut mourir deux fois quand il vit s'ouvrir cette gueule énorme , toute hérissée de dents aiguës , dans laquelle il disparut comme dans une sombre caverne. £h bien ! cette seconde mort était en réalité une délivrance. Ce monstre marin était un messager de l'Eternel , chargé de conserver la vie du prophète au moment oii il avait dit adieu à toute espérance, où

ti6u jcaus.

nulle puissance humaine ne pouTait rien pour le 8aii« ver. C'est ainsi que Dieo en a^t qudquefois avec ses enfouis , pour exercer leur foi et pour mieux faire éclater sa puissance. II attend pour les délivrer qu'ils soient réduits à la dernière extrémité , et il les déli* vre alors par les moyens les plus inattendus^ les plus merveilleux, il fait sortir leur salut de cela même qui semblait' devoir consommer leur perte Tant il est vrai, pour le redire encore, que « toutes choses servent I éternel, » et que tous les êtres de la nature sont dans sa main des instruments dodies pour l'exécution de ses volontés ! A sa voix la férocité se change en douceur, la pierre en pain, et la vie émane du sein de la mort. Â sa voix l'eau vive jaillit du rocher aride pour apaiser la soif de son peuple, les oiseaux du ciel apportent dans le désert le repas d'Eiie, les lions affomés se couchent inoffensifs aux pieds de Daniel , la fournaise ardente respecte ses trcMs compagnons tout en consumant leurs bourreaux, et le monstre qui promène la terreur au sein des mers y transformé en asile vivant , reçoit à l'abri des dangers le corps de Jonas, pour le rendre au temps marqué comme un inviolable c^pôt.

Mais ces événements, si admirables au point de vue de la foi , ont de tout temps soulevé les objections et les railleries de l'incrédulité ; et nul mincie ne fut plus en butte à ses sarcasmes que celui de Jonas. On voit même des personnes sérieuses d'ailleurs et fai-

SA NOiMB. sn

saDt profession de croire à la parole de Diea , qai sont arrêtées et scandalisées par ce récit : elles y trouvent je ne srâ qnoi de plus incompréhensible , de pins invraisemblable qne dans les antres miraclés, et croient y apercevoir les caractères d'une fable.

Ce qui me frappe tout d'abord dans ces objections spéciales qo'on élève contre l'histoire de Jonas, c'est, je ne dirai pas leur peu de valeur philosophique y le terme serait trop bible , mais bien leur déraison , leur absurdité. Je n'ai jamais pu concevoir com* ment on pouvait faire plus de difficulté d*admettre tel miracle qne tel autre , du moment que l'un et Tau* tre sont attestés par l'Ecriture, et que ni I'ud ni Tan* tre n'a rien de contradictoire eo soi. A moins de se mettre en opposition avec les plus simples règles da bon sens, il feu t évidemment, ou rejeter sans exception tous les miracles, ou les admettre tous sans difSculté du moment quils sont racontés dans l'Ecriture : point de milieu raisonnable entre ces deux partis. Pourquoi la conservation d'un Jonas pendant trois jours dans le corps d'un poisson , serait-elle plus difficile à la toute-puissance que la résurrection d'un Lazare enseveli depuis quatre jours? ou même que la guérison d'an homme perdus depuis sa naissance? Bien plus, pourquoi le miracle de Jonas serait-il plus difficile que la formation d'un nouvel homme dans le sein de sa mère? pourquoi serait-il plus difficile de conscr-

nia Jc»fAS.

ver le corps d'un hoinme que de le créer? ou de créer un homme qu'un brio d'herbe? Toutes ces difficultés s'évanouissent et se dissipent en fumée du moment qu'on admet la toute-puissance de Dieu. La volonté souveraine qui a fixé les lois de la nature peut évidemment les interrompre momentanément si elle le juge à propos.

Il est une observation qui s'offre d'elle-même- à l'esprit au sujet du miracle de Jonas, et qu'on pourrait faire à l'occasion de tous les autres faits miraculeux ou seulement extraordinaires mentionnés dans FEcrilure : je veux parler de la brièveté, de la simplicité avec laquelle le fait nous est raconté. « L'Eternel avait préparé un grand poisson pour engloutir Jonas ; et Jonas demeura dans le ventre du poisson trois jours et tfois nuits. » Cest tout : nous n'avons que la mention pure et simple du foit : point de réflexions sur ce qu'il a de merveilleux ; nul développement sur la manière dont il a pu s'accomplir ; rien pour satisfaire la curiosité du lecteur, si naturellement et si vivement excitée. Ce n'est pas ainsi que les livres d'homme racontent de pareils faits ; et dans cette simplicité merveilleuse avec laquelle la bible rapporte les événements les plus extraordinaires , il est impossible de méconnaître un caractère de divinité. Le récit de la création, celui du déluge , le miracle de Josué arrêtant le soleil , celui de l'ombre qui recule de dix degrés sur le cadran solaire d'Acbaz^

SA PKttKE. S49

et tant d'aatres feits de Tordre le plus extraordinaire, offrent la m^me sobriété de détails , la même absence de développements purement curieux; l'Ecriture ne* dit jamais que ce qui peut aller à son but, et ee but est toujours l'édification , le salut des âmes , Tavancement du règne de Dieu. Les bommes n'ont pas manqué , dans ces occasions, de suppléer par leurs conjectures au silence des livres saints ; et leurs rêveries insensées offrent le plus éclatant contraste avec la sage simplicité de la parole divine. L'imagination des docteurs juifs s'est donné carrière en particulier au sujet du miracle de Jonas; et leurs développements à ce sujet sont d'une telle nature , qu'il ne serait pas même possible de les indiquer dans cette chaire. Quelle preuve puissante ne résulte-t<il pas d'un pareil contraste en feveur de la divinité des Ecritures ! Nous devrions peut-être, mes frères, imiter en tout cette sobriété de la parole sainte, et nous borner à la simple mention du miracle sans ajouter aucune réflexion justificative. Néanmoins, comme ce fait a été quelquefois une pierre d'achoppement pour les fidèles eux-mêmes et leur a paru dépasser les limites possibles delà foi, nous croyons devoir présenter ici quelques réflexions, que nous adressons moins à l'incrédule qu'au croyant dont la foi est encore mal affermie. Il nous sera facile de le convaincre que le miracle de Jonas n'a réellement rien de plus incompréhensible, de plus invraisemblable que tout autre miracle, et

que dans oelui-d , oo»i9e<}w8 )e& mViw > now troavoa» iDoins wioore qo renver^enfi^ei^t ^ loisi de la nature qu^aoe e:(teQ$icKi , uo. dév^çlappenieat extmordioaipe de cea loia.

Ea effet , qineHe est la cirçoD$i^ai«ei q^i voua paratt si iacrayal>le dana le miracle d^ Jooaa?

Eat-oe peot*étre oette çircoftalaao^» qu'un pqiasoa ait. pu engloutir 1^ corps du prophète en entier, sans le déchirer ni le froisaer? Maia rbistoûre naturelle a constaté dès longtempa qa'il y a daas la mer des poissons assez grands pour opérer ce phénomèiia On a trouvé plus d'une fois des hommes entiers dans l'estomac du requin ; un auteur assure qu\)n en prit ua à jMarseille au seiaième siècle, dans lequel se trouvait le corps d'un soldat couvert d'une armure ^. Celte partie du miracle n'a donc rien d'invraisemblable \

Ou bien ce qui vous répugne à croire, est-ce peutêtre que le corps de Jonas ait résisté à l'action dis» solvanle de l'agent digestif renfermé dans l'estomac du poisson? Mais on sait que cet agent, qui exerce

< Voir le dîQtionoaire 4e Eo|idçle(. C^ poison monstrueux , appelé aussi lamie, squale, ou chien de mer, se trouve, en effet , dans la Méditerranée.

3 Cest par erreur que quelques versions du nouveau testament (Matth. , Kll , 40) appellent balein$ le poisson qui engloutit Jonas. Lq terme de rong^oal ç'emplpie en générel pour désigner toute espépç de gros poisson. La baleine n'a pas le gpsier assez large pour que le corps d*un homme puisse y passer , du moins dans

les ciroonstanœs ordinaires.

SA MflàRE. 114

une action si éAergiqM el si rapide sâr la fibre norte, est ^ns potesanoe, ou dte moios n'exerce qu'nne actietti presque iùseosible sur la fibre vivante; c'est pour cela que, par une dispensatien iadtnirabie du créateur , tout en éissolvant avec lent de rapidité les alimefnts tèç/êè idàas l^eslotnâc, il respecte Torgane même qui le aMkiént , quoiqu'il ne \ttAe pas à percer ce métoe organe dès que Titadividu a cessé de vivra Par cela seul que Jûoiàs étàft plein de vie dans l'estomac du pcrisson , il a dû 'être naturellemeêt A l'abri de cetle M^kia dissolvante.

€e iiiA vous palrsitt înadonissible >dâfiiB ce récii> serait-ce que le prophète ait pu conserver la vie pendant trois jours dans des circonstances où il ne pouvait ni se nourrir, tti même respirer, à ce qu'il semble du moins : car nous raisonnons ici dans le va^e des oonjectores ? Mais dest là encore ^vn fafît qui n^st pas sans ansftogie dans ia nature. Chacun sait qu'il y a des anîtnanx <qui demeurent piusieufrs mois sous la terre ùo teu fond des eaux isans ^naniger ni respirer , au moins ^evi <appaf>eace; dans un éiat d'engourdissement qM ôte à leer samg une grande partie de son activité saits loutefois le glaèer entièrement, puisqu'il reprend 'itfû coui^ lorsque l'hiver^ fini le sien , et que le soleil viei»t kIc neuVeaa téchaolffer te terre. D\uï autre côté, on >a vu 'des hommes revenir à l'a vie après avoir passé sous l'eau un temps plus que suffisant pour arrêter la respiration, et Hitistoire nous parle de

tn JONAS.

ploogeors qui avaient acqais la faculté d'y demeurer plusieurs heures \ Etendez quelque peu les limites de ce phénomène naturel, au lieu de trois heures mettez trois jours , et vous avez le mirade de Jonas* Bien plus : ne connaît-on pas un grand nombre de cas de léthargie , où toutes les fonctions de la vie , la nutrition, la respiration, la circulation du sang cessent pendant plusieurs jours quoique pourtant la vie soit toujours là? Si ce fait n'était pas connu , et que la bible nous parlât d'un homme qui fût revenu à la vie après que la respiration avait cessé depuis plusieurs jours , ne se récrierait-on pas sur Timpossibilité d'un pareil fait? et pourtant ce ne serait pas même uiï miracle. A cet égard encore , je ne vois rien de si invraisemblable , rien de si incroyable dans le miracle de Jonas.

Enfin ce qui vous arrête dans ce récit et vous paraît inadmissible, est-ce cette circonstance, que Jonas, dans de pareilles conditions , ait pu conserver la con* science de lui-même et élever son cœur à Dieu par la prière? Mais ici encore je pourrais en appeler à ces cas de léthargie , ou de catalepsie , oh le malade conserve la conscience distincte de ce qui se passe autour de lui. D'ailleurs, oti serait le miracle, si tout s'expliquait sans difficulté par les lois ordinaires de la nature ? 11 faut bien qu'il reste quelque chose d'inex*

^ Voir le Mutée des famiUes , III« année , page 30.

SA PRIÈRE. n$

plicable puisque l'Ecritare noas présente le fait comme miracnleax. II safBsail de montrer qa'il n'a rien dlmpossible en soi , rien de pins incroyable que tous les autres miracles; qu'il n'est réellement , comme ceux-ci^ qu'une extension , un développement extraordinaire des lois de la nature ; et c'est ce que nous pensons avoir fait aux yeux de tout homme non prévenu.

Mais peut-être, tout en admettant désormais la possibilité du miracle de Jonas , on prétendra qu'il n'est pas également facile d'en démontrer l'utilité. A quoi bon , dira-t-on y un pareil prodige ? quelle en était la nécessité? et quel but digne de sa sagesse Dieu pouvait-il s'y proposer? Ici encore nous ne manquons pas de réponses.

Remarquons d'abord que ce miracle était réellement le moyen le plus simple, je dirais presque Vunique moyen de conserver la vie du prophète , dans les circonstances où il se trouvait. Essayez d'imaginer quel autre moyen Dieu aurait pu employer pour con* server la vie d'un homme ainsi abandonné au milieu de la mer , et vous n'en trouverez point , à moins d'inventer je ne sais quel miracle plus étrange encore, plus compliqué , plus éloigné de la nature , plus incroyable que celui du poisson.

En second lieu , comme nous l'avons déjà fait observer, en sauvant le prophète d'une manière si inespé^ rée , Dieu se révélait à lui comme un Dieu de miséricorde , après lui avoir fait sentir les rigueurs de sa

»4 'imAS«

jo8tioe; cette doaUe leQoa vivacte^ donnée dans de telles circoûalliDOds » ne Ait paâ perdue saoâ doute pour Jonaa ; elle dot s'écrira et traite de feu daas son Ame; et qael oe devait pas être le dévouement , pour le service de son oiattre y d'un prophète sauvé d'une telle mort , et par une telle délivrance !

Si ce miracle ét«it utile relrtivement à Jonas luimême, il ne Tétait pas moins relativement à ceux auxquels devait s'adresser son ministère; et quelle puissance ne devait pas accompagoek* désormais la prédication d'un missionnaire qui avait passé par une Idie expérience de 4a juAîoe et de la bonté du Seigneur; qui offrait en sa personne un monument vivant de cette justice et de cette bonté; qiii pouvait dire à seé auditeurs y sans exagéràtioÉ et sans figure : « l'Eternel m'a fait descendre dans le sépulcre et m'en a &k remonter! d Aussi l'faisloire ne fait-elle mention d'aucun ministre du ^gneur dont la prédication ait eu autant de puissance que celle de Jonas.

Enfin ce miracle était nécessaire îpour qu'à cet égard encore Jonas pèt être un type du sauveur ; pour que Jésus {lèt dire à ses auditeurs , huit siècles plus tard : « cette nation méchante et adultère demande un miracle ; mais il ne toi en sera point donné d'autre que cetui da prophète Jonas : car comme Jonas fut un signe ipoar ceux de Ittsive^ le fils de l'homme en sera un (pfmr leétte jjénératien. Comme lonas fut dans le ventre d'un grand poisaon trois

sAPRiteE. m

jours et trois nuits , ainsi le fils de Thomme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. » Nous ferons observer à cette oocasion que les Juifs appelaient /otir et nuit ce que nous appelons jour ; en sorte qae cette expression ne désigne pas toujours dans l'Ecriture un espace de vingt-quatre heures , mais quelquefois un espace de douze heures seulement; ou moins encore. C'est ainsi que Jésus , dont il est dit qu'il passa dans le tombeau trois jours et trois nuits , n'y demeara en réalité que le soir du premier jour fie second en entier, et le matin du troisième ^ Peut-être Jonas ne resta-t-il pas plus longtemps dans le corps du poisson , ce]qui simplifierait encore le miracle ^.

< Matth. , XII , 40. Comparez Gen., VII , 4. 4 Sam. , XXX, 4 S. Job , II,, 4 3. En joignant la nuit au jour, les Juife voulaient désigner UQ espace de temps non interrompu. Quant à ce que la fin du premier jour et le commencement du troisième sont comptés comme jours entiers , cela est conforme aux usages judiciaires. Lorsqu'un homme est condamné à tant de jours de prison , on compte dans le nombre des jours celui où il entre en prison el celai où il en sort. — Ajoutons toutefois que cette explication du temps passé par Jésus dans le tombeau n'a point paru satisfaisante à tous les commentateurs. M. H. Lutteroth a publié à ce sujet une brochure remarquable (Le jour di la préparation , ou iBTTRB SUR LA caRONOLOGiB PASCALE) , OÙ il prétend démontrer que la tradition s'est trompée sur ce pçint, et que lé Seigneur a éié mis en croix, non le vendredi comme on le pense généralement, mais bien le mercredi , ce qui fournirait le compte exact des trois jour? et df^ trpi3 Di)it^..

' On retrouve dans la mythologie païenne des traces de Thisr

tH JONÀS. '

Mais il Doas tarde, mes frères, d'aborder un ordre de réflexions plus pratiques, en méditant avec voa& la prière du prophète.

« Jonas fit sa prière à l'Eternel son Dieu dans le ventre du poisson. »

Jamais, sans doute, prière ne fut adressée au Seigneur dans des circonstances plus étranges et plus désespérées. Mais quel est le lieu si reculé et si ténébreux , quelle est la prison si étroite et si horrible , d'où ne parvienne à l'Eternel le cri de la foi ! Comme le prophète rebelle , arraché du fond de ce navire où il dormait du sommeil de l'indifférence, avait éprouvé qu'il n'est (c aucune retraite où les ouvriers d'iniquité se puissent cacher aux yeux du Seigneur , » le prophète repentant fit l'expérience plus douce, qu'il n'est lieu si triste et si obscur, où le Seigneur ne découvre et n'entende ceux qui confessent leurs péchés , qui implorent son pardon et son secours. Que ce soit d'un abîme, d'un cachot, d'un lieu d'exil, d'un lit de douleur ou de mort , d'une demeure habitée par le deuil , d'un cœur serré par la tristesse comme l'était Jonas

toire de Jonas. Nous y lisons que Neptune ayant envoyé un monstre marin pour dévorer Hercule, ce héros sauta dans sa gueule tout armé , séjourna dans son ventre trois jours et trois nuits, et n'en sortit qu'après avoir déchiré les entrailles du monstre. Evidemment le miracle de Jonas est le fond historique qui à donné lieu à cette fable.

SAMiteE. tk7

dans le son do poiason, la prière monte vers TEtèrnsL n n*e8i qu'on seul lieo dans le monde où Ton ne poisse pas prier : c'est Tenfer; et c'est cette impossibilité de prier qui rend étemel le chfttiment des démons ^ des damnés. Si jamais an damné pouvait élever son cœor à Diea par anç prière faite avec foi , il cesserait dès ce moment d'appartenir à Tenfer. Dieu s'est lié loi-môme les mains à Tégard de la prière ; il ne peut pas ne pas l'exaucer ; et aussi longtemps que nous pouvons prier , le salut est à notre disposition , tous les trésors de la vie éternelle sont entre nos mains. Bénissons Dieu , mes frères , de ce que nous sommes encore dans le lieu où l'on prie ; et usons , pendant qu'il en est temps encore, de cette arme toute-puissante que le Seigneur nous a donnée pour conquérir la vie éternelle. Souvenons-nous que a le royaume des cieux doit être forcé, » forcé par la prière, comme Jouas força par la prière la prison vivante qui l'enveloppait. Nul doute que s'il n'eût pas prié, il n'eût pas été délivré.

u Et il dit : j'ai crié à l'Eternel à cause de ma détresse, et il m'a exaucé ; je me suis écrié du ventre du sépulcre, et tu as entendu ma voix. »

Sans doute, Jonas ne prononça pas de paroles dans le sein du poisson : il se contenta d'élever son cœur à Dieu par des prières mentales ; et ce fût plus tard , après sa délivrance, qu'il formula en paroles les sentiments d'humiliation et de gratitude qui avaient rem-

n» iÔNAS.

pli 60D oœar. Sans doute aussi , nom n'avons id qn'un abrégé et comme un extrait des prières quil dat adresser intérieurement an Seigneur dans ces affreux momente.

La prière de Jonas contient plusieurs allusions à divers psaumes ; et cette circonstance est un caractère de vérité : car rien ne serak plus invraisemblable qu'une prière à la fois poétique et originale dans une semblable mtuation. Le prophète se souvient des cria d^ngoisse du psalmiste , il les comprend comme il ne Savait jamais feît jusqu^Iors , et ces souvenirs le fortifient et le consolent. Quel est le dirétien qui n'ait pas éprouvé la consolation qu'apporte dans la d^resse une parole de l'Ecriture ^ une parole qui semble avmr été écrite pour nous^ et qui nous revient à la mémoire à point nommé comme si Dieu lui-même nous l'adressait du haut du ciel ! Quel est celai qui ne sache par expérience qu'il y a dans l'Ecriture , et dans les psaumes en particulier , des paroles pour toutes les situations de la vie et pour tous les besoins de nos cœurs ! Sonmes-nous 4xbattus par l'affliction et couverts des vêtements du deuil ? <( il m'est bon d'avoir été affligé 9 » dira le psalmiste , « afin que j'apprenne tes statuts. » L'affection des personnes sur lesquelles nous pensions pouvoir compter nousmanque^t-elle au jour •de la tristesse ou du besoin? « quand mon père on ma mère m'auraient abandonné^ toutefois l'Etemef me recueillera. » Sommes-nous éprouvés par la pri-

SA PUtRE. tt9

vatîoa da colle divin? « oomne le cerf altéré brame après les eaux cooreates, ainsi mon âme soupire ardemment après UÂy A Dieul.dil quand entrerai-je et me présenlerai-je devant la Ak» de Dieu ! » Avons- Boos besoin de lumières et de directions dans quelque circonstance .difficOe? « je t'enseignerai le che» mia par lequel tu dois marcher , et mon œil te guidera. » Avons-nous recu'des témoignages particuliers de la bonté de notre père céleste ? a que rendrai-je à l'Etemel ? tous ses Inenfidts sont sur moi ! je prendrai la coupe des délivrances , et j'invoquerai le nom de l'Eternel. » 11 n'est pas jusqu'à un Jonas , perdu au fond de la mer^ qui ne trouve dans les psaumes une parole qui semble écrite exprès pour loi, et qui ne puisse dire au propre ce que David avait dit au &•• goré : (( toutes tes vagues et tes flots ont passé sor moi. »

Si le prophète s'appUque le langage du psalmiste poor décrire sa détresse et ses angoisses , il l'adopte aussi pour célébrer sa délivrance ; et c'est à un psaume qu'il empronte cet élan d'espérance et d^actions de grâces par lequel il commence sa prière : « j'ai crié à l'Eternel à cause de ma détresse , et il m'a exaucé; je me suis écrié du ventre du sépulcre, et tu as aitendo ma voix. » Ce commencement de prière, dans une tstte «luation , est assurément bien remarquable , et lémoigae d'une foi bien vive dmis le cœur de Jbnas. ¥tat-èlM avait4l eon^pris^ à la dispensatiou; miracn-

830 lONAS.

lease dont il était l'objet, que Fintention de Dieu était de le délivrer ; peut-être aussi avait-il reçix à cet égard une révélatioo spéciale. Quoi qu'il en soit 9 quelque désespérée que soit sa situatioa suivant les vues humaines , sa délivrance est à ses yeux tellement assurée , qu'il la célèbre à l'avance comme si déjà elle était accomplie. Il y a quelque chose de sublime dans ce cantique de délivrance qui s'élève ainsi du sein de la mort, « du ventre du sépulcre, » suivant l'énergique expression du prophète.

Mes frères , ayons la foi de Jonas , et comme lui nous pourrons du sein de Tépreuve entonner l'hymne de la délivrance. Nous éprouverons comme lui la vérité de cette promesse : « ils n'auront pas encore fini de prier que déjà je les aurai exaucés. » En imploranjt. la délivrance nous la sentirons déjà et nous pourrons/ comime Jouas , comme David , unir et confondre la plainte avec les actions de grâces. « Seigneur, augmente-nous la foi 1 ))

Dans les versets qui suivent, le prophète décrit d'une manière vive et poétique l'angoisse inexprimable où il s'était trouvé. « Tu m'as jeté au fond , au cœur de la mer ; tous tes flots et toutes tes vagues ont passé sur moi , et j'ai dit : je suis rejeté de devant tes yeux! Les eaux m'ont environné jusqu'à l'âme; l'abîme m'a enveloppé de toutes parts ; les roseaux m'ont aitouré la tète. Je suis descendu jusqu'aux racines des..

Page 1