SUR LE SALUT
Je sais, Mes Frères, que j'ai le bonheur de parler devant un auditoire de chrétiens, qui regardent la question du salut comme la première et la plus importante de toutes. Et cependant, nous aussi, ne perdons-nous pas de vue quelquefois ce terme final auquel nous devons aspirer par toutes les puissances de notre être ? Est-ce bien la pensée de notre fin dernière qui domine notre vie, qui règle nos actions, qui inspire et qui dirige notre conduite? Ne sont-ce pas plutôt des intérêts purement terrestres, des préoccupations toutes mondaines? Donnons-nous à Dieu toute la place qui lui revient dans notre existence? Songeons-nous sérieusement à profiter des années qui nous restent, afin d'amasser un trésor de mérites pour l'éternité ? Que de temps perdu en vaines distractions, en amusements frivoles ! Que de moments passés dans l'oisiveté et dans le désœuvrement ! Et, en place de ces journées pleines, fécondes, remplies de bonnes œuvres et qui comptent devant Dieu, que de jours vides et stériles ! Ah ! si la pensée de l'éternité était bien présente à notre esprit, combien notre vie serait différente de ce qu'elle est ? Avec quelle ardeur ne nous appliquerions-nous pas à l'accomplissement de nos devoirs ! Quel soin ne mettrions-nous pas à conserver la pureté de notre âme? Quelle charité ne porterions-nous pas dans nos rapports avec le prochain ! Quelle vigilance dans la direction de nos familles et dans l'éducation de nos enfants ! Car, Mes Frères, il ne s'agit pas de devenir des héros ni de briller par des actions d'éclat, mais de bien faire ce que nous faisons, d'agir en vue de Dieu pour accomplir sa sainte volonté, de rapporter à sa gloire toute l'activité de notre être. C'est ainsi que par la pureté du
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motif, par la sainteté de l'intention, par l'offrande que nous en faisons à Dieu, nos actions les plus communes et les plus ordinaires se transforment, s'ennoblissent, acquièrent un prix et une valeur surnaturelle. C'est un capital de mérites que nous amassons lentement pour l'éternité et qui se grossit de toutes les bonnes œuvres que chaque jour y ajoute. Ce sont autant de semences de notre bonheur futur, qui germeront pour produire la moisson de gloire que nous recueillerons dans le ciel.
Je vous laisse, Mes Frères, avec cette grande pensée de votre salut. Qu'elle se grave dans votre esprit, qu'elle vous accompagne hors de cette enceinte, qu'elle vous suive le long de la vie ! Pénétrez-vous de cette vérité fondamentale pendant votre retraite, méditez-la, approfondissez-la. Rien n'est plus fécond, rien n'est plus puissant pour imprimer à notre vie une direction toute nouvelle : nous y trouverons à la fois un remède contre le passé et une force pour l'avenir. Ainsi soit-il.