‹ Sermons inedits (volume 2)Chapitre 9 sur 35 · LE SALUT · texte numérisé non relu

LE SALUT

Quid prodest homini si mundum universum lucretur , animœ vero suce detrimentum patiatur.

« Que sert-il à l'homme de gagner le monde entier, s'il vient à perdre son âme? »

(S. Matth., xvi, 26.)

Mes Frères,

Il est une époque déterminée où l'Eglise catholique, cette puissance spirituelle, divinement établie pour gouverner les consciences, invite chacun de ses enfants à rentrer en lui-même et à s'examiner devant Dieu. Sachant que Thomme, absorbé pendant le reste de Tannée par les intérêts temporels et les nécessités de la vie, néglige trop souvent et perd de vue la grande affaire du salut et que, d'ailleurs, malgré tous ses soins et ses efforts, il ne laisse pas de ramasser la poussière du monde sur la route où il chemine vers l'éternité, instruite, dis-je, de tant de

(1) Ce sermon a été prêché à Paris, pendant une retraite préparatoire à la communion pascale.

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souillures et de tant de défaillances , l'Eglise , cette mère tendre et aimante, choisit une époque où elle invite le chrétien à se recueillir, à se purifier jusqu'au fond de la conscience, à chercher des remèdes contre le passé et des forces pour l'avenir. Alors, pendant ce temps des grandes faveurs, en ces jours de grâces, elle ouvre ses tribunaux de la réconciliation, elle étend sur l'humanité ses mains pleines de pardon, elle fait retentir dans ses chaires la parole de vérité et, s'armant de tout ce qu'elle a reçu de Jésus- Christ d'autorité divine, de tout ce qu'elle trouve d'amour dans son cœur maternel, elle exhorte, elle presse, elle sollicite, elle conjure, jusqu'à ce qu'elle ait réuni tous ses enfants joyeux et purs autour de la même table, sous les yeux du Père de famille qui les bénit en les rassasiant. Or, pour cette purification générale des consciences, pour ces actes solennels de la vie chrétienne, pour ces grandes choses de l'âme et du salut, l'Église choisit l'époque où l'humanité attentive repasse dans le silence de la méditation l'auguste événement qui changea, il y a dix-huit siècles, la face du monde, où le souvenir du mystère de la Rédemption, présent à tous les esprits, fait tressaillir les cœurs ; où Jésus-Christ, du haut de sa croix, invite tous les hommes à se presser autour de lui pour recueillir de ses lèvres sacrées la parole de l'espérance et la grâce du pardon.

Or, Mes Frères, ce temps de miséricorde, le voici qui s'ouvre devant nous. Nous touchons à ces jours solennels de l'année chrétienne, où nous devrons, sous les yeux de Dieu qui nous contemple, remplir les devoirs les plus importants de la religion. C'est pourquoi nous sommes ici réunis pour nous préparer par la prière et par la médi-

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lation à l'accomplissement de ces grands actes. Or, le premier point sur lequel il convient de porter nos réflexions, c'est la question même du salut. Quelle place doit-elle occuper dans notre vie? Voilà ce qu'il importe avant tout de déterminer d'une manière nette et précise ; car c'est de là que dépend toute la direction qu'il nous faut imprimer à notre intelligence et à notre volonté.

Mes Frères, pour quiconque a tant soit peu sondé les plaies morales de notre époque, il en est une que les siècles précédents avaient à peine soupçonnée. Ils connaissaient l'incrédulité , ils connaissaient la corruption des mœurs : ces grandes misères intellectuelles et morales sont de tous les temps et de tous les lieux. Mais ce qu'ils ignoraient, c'est l'insouciance de l'esprit, c'est l'indifférence du cœur sur une question dont dépend l'avenir de l'homme, son malheur ou sa félicité, la question du salut.

Or, je dis que c'est là un terrible et effrayant symptôme. Oui, je comprends que l'homme, esclave des sens, ne sache pas toujours maîtriser ses passions, qu'il y ait dans sa vie des heures de faiblesse et de découragement, qu'il oublie par intervalle que la vertu seule procure la joie, la paix, le bonheur véritable. Je comprends même que sa raison, toujours faible et courte par quelque endroit, vienne se heurter contre les mystères de la religion et qu'elle puisse y trouver une pierre d'achoppement : si déraisonnable, si insensée même que soit une telle conduite, je la conçois ; l'histoire de l'humanité est pleine de ces égarements et de ces chutes. Mais ce que je ne saurais admettre, ce qui me dépasse, ce qui m'effraie, c'est une insouciance qui brave l'avenir, un délire de sang-

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froid qui se jette les yeux fermés dans le précipice, une indifférence glaciale qui répond aux arguments, aux prières, aux menaces par ce mot : Qu'importe ?

Je le sais, Mes Frères, et j'en remercie Dieu qui ne permet jamais au mal de franchir certaines limites, cette indifférence complète sur la question du salut n'est que le partage d'un petit nombre. Mais, si l'on en trouve peu qui arrivent à ce point d'insensibilité religieuse, il en est beaucoup qui ne donnent pas à cette grave affaire la place qu'elle mérite dans leur esprit et dans leur vie. On est né de parents chrétiens, on a reçu au foyer domestique les principes d'une saine éducation. Grâce à Dieu, cette lumière du matin ne s'éteint jamais ; mais elle s'affaiblit peu à peu, elle s'efface par degrés, à mesure qu'on est absorbé par l'attrait des plaisirs, par les soucis d'une position, par le maniement des affaires. Alors on se jette tête baissée dans le tourbillon du monde qui entraîne ceux qui s'y livrent. Ce n'est pas précisément qu'on ait passé de l'amour à la haine. Haïr qui et haïr quoi ? Haïr la Religion ? Mais elle ne désire qu'une chose, c'est que l'homme soit heureux. Haïr les prêtres ? Et pourquoi ? Nous qui vivons au milieu de vous, qui sommes vos frères, quel intérêt aurions-nous à venir troubler vos consciences, si votre âme ne nous était pas chère, si nous ne voulions pas assurer votre bonheur ? On ne hait donc guère la religion : j'aime à pouvoir le dire. Je n'ignore pas que, dans les bas-fonds de la société, s'agitent des passions irréligieuses mêlées avec d'autres passions qui les nourrissent et qui les flattent. Je ne m'adresse pas à cette classe d'hommes : ils ne sont point ici; il leur faut d'autres temples et d'autres chaires.

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Mais, si Ton ne hait pas la religion dans le milieu dont je parle, dans ce milieu d'honnêtes gens et de bons travailleurs, si même on affecte de l'honorer, il n'en est pas moins vrai qu'on déserte peu à peu son enseignement, ses devoirs, ses pratiques, et que l'on arrive à un état d'indifférence coupable et funeste.

Que vous semble, Mes Frères? N'est-ce point là ce dont vous êtes témoins tous les jours ? Cette indifférence sur la question du salut, que je cherche à combattre, elle est au milieu de vous, elle est à côté de vous, elle est dans vos familles. Vous la constatez, en gémissant, dans la personne d'un époux ou d'un père que vous aimez. Je vois d'ici tel homme que j'apprécie et que j'estime : bon époux, bon père de famille, ami dévoué, homme de cœur, caractère loyal. Que lui manque-t-il ? Ce qui lui manque, c'est de s'être posé à lui-même sérieusement, une fois pour toutes, la question de son avenir et de sa destinée ; c'est d'avoir réfléchi une heure, un quart d'heure, à cette parole de Jésus-Christ : « Que sert-il à l'homme de gagner le monde entier s'il vient à perdre son âme ? »

Car enfin, Mes Frères, tout est là pour l'homme. Auprès de cette question capitale et de cet intérêt suprême, tout autre intérêt pâlit, toute autre question s'efface. Oui, eussiez-vous l'existence la plus brillante et la plus honorée, fussiez-vous parvenu au faîte de la prospérité, au sommet de la gloire, au comble des grandeurs ; eussiezvous tous les titres imaginables, toutes les jouissances de la terre, tous les trésors du monde, toutes les couronnes des empires, si vous ne parvenez pas à sauver votre âme, si vous n'atteignez pas votre fin dernière, tout cela n'est rien et moins que rien. Votre gloire passera en fumée,

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vos titres tomberont dans l'oubli, vos richesses s'échapperont de vos mains, l'âge glacera vos désirs, la mort détruira ce fragile édifice que vous aurez construit et, de toutes ces vanités qui vous avaient occupés, passionnés, absorbés, il ne vous restera que des regrets stériles et une amère déception.

Voilà le sort de l'homme qui ne donne pas à la question du salut la place qu'elle doit occuper dans sa vie. Jésus- Christ l'a dit : « Il n'y a qu'une seule chose qui soit nécessaire, » unum est necessarium (i). Non, il n'est pas absolument nécessaire que vous soyez riche plutôt que pauvre, connu et distingué dans le monde plutôt qu'obscur et ignoré. Il n'est pas nécessaire que vous occupiez tel emploi, que vous obteniez tel honneur, que vous réussissiez dans telle entreprise : ce sont là des avantages qui se peuvent compenser. Mais ce qui est absolument indispensable, ce qui ne souffre ni dédommagement, ni réparation, ni remède, ce qui doit être le terme de vos efforts, le but de votre existence, l'affaire de votre jeunesse, de votre âge mûr, de vos vieux jours, c'est que vous sauviez votre âme.

Mes Frères, je viens de parler de la brièveté de la vie. C'est qu'en effet rien n'est plus propre à nous faire toucher du doigt l'importance de la question du salut. Nous sommes ici une réunion de quelques centaines d'hommes. Tous peut-être nous nous flattons de fournir une longue carrière. Eh ! mon Dieu, bien d'autres que nous s'étaient bercés des mêmes espérances, et ils ne sont plus. Que faut-il pour mettre un terme à l'existence humaine ? Une

(i) S. Luc, x, 42.

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fièvre, une goutte d'eau, une veine qui se rompt, un accident, un rien, que sais-je ? Si je vous disais ce que les calculs les plus exacts, ce que les statistiques les plus autorisées assignent comme vie moyenne à une réunion telle que la nôtre, vous seriez effrayés. Mais supposons pour chacun de nous la plus longue durée; toujours est-il qu'il viendra tôt ou tard un moment où, étendus sur un lit de douleurs, au bord de la tombe, au seuil de l'éternité, nous nous demanderons avec anxiété, non pas : Ai-je vécu dans les plaisirs ? non pas : Ai-je amassé une grande fortune? non pas : Ai-je brillé dans le monde? mais : Qu'ai-je fait de mon âme? me suis-je occupé de mon salut? ai-je servi Dieu? ne vais-je point paraître devant lui les mains vides de bonnes œuvres et le cœur souillé de fautes ? Voilà les questions qui se dresseront devant nous, pressantes et formidables. Ah ! Mes Frères, nous le savons, nous, que notre ministère appelle auprès du lit des mourants ; nous savons ce qui les inquiète, ce qui les agite, ce qui les tourmente. C'est alors que le voile tombe, que le bandeau se déchire, que les yeux se dessillent ; c'est alors que l'on comprend ces grandes maximes de l'Ecriture : « Une seule chose est nécessaire. » — « Que sert-il à l'homme de gagner le monde entier, s'il vient à perdre son âme ?» — « Vanité des vanités, tout n'est que vanité (i); » et ce commentaire du livre de l'Imitation : « Rien n'est solide que d'aimer Dieu et de s'attacher à lui seul », vanitas vanitatum et omnia vanitas, prœter amare Deum et illi soli servire. La raison de ces paroles est claire et saisissante. C'est

(i) Eccle., i, 2.

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que la vie présente n'est qu'un passage, une préparation à la vie d'outre-tombe. Nous ne sommes pas créés pour le temps, mais pour l'éternité. Là est notre point d'arrivée ; là, notre fin dernière. Mes Frères, je n'ai pas besoin d'établir devant vous la réalité de la vie future : autant vaudrait me donner la peine inutile de démontrer l'existence de Dieu. La vie future ! Elle est écrite partout ! Elle est écrite dans cet Univers visible où tout meurt pour renaître, où tout se corrompt pour être renouvelé, où tout se dessèche pour reverdir, où tout recommence après avoir cessé. Elle est écrite dans le cœur de l'homme que Dieu lance vers l'avenir par un ressort invincible et caché. Elle est écrite dans notre âme affamée de lumière, de vie, d'un bonheur sans fin. Elle est écrite dans le désordre de la société humaine, où la vertu ne reçoit pas toujours sa récompense, ni le vice son châtiment. Elle est écrite dans la conscience universelle des peuples qui, depuis six mille ans, gravitent et aspirent vers l'infini de toutes leurs espérances et de toutes leurs forces. Elle est écrite à chaque page des révélations divines. Tout l'enseigne : Dieu, l'homme, la raison, le cœur, la conscience, la société. Et s'il est des insensés qui ont feint de se réfugier dans le néant, pour mieux trouver le repos dans le vice, ils n'ont réussi qu'à se tromper eux-mêmes : le ciel et la terre ont étouffé leur voix. Non, non, vous avez beau vous attacher au temps : c'est l'éternité qui s'avance ; vous avez beau invoquer le néant : c'est Dieu seul qui répond.

La vie future, la vie éternelle, voilà donc notre terme. Sans doute , dans l'égarement de nos pensées , dans l'aveuglement de notre raison, dans l'avilissement de

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toutes nos facultés, nous irons jusqu'à méconnaître cette haute destinée : il nous est impossible de la changer. Et si nous étions les maîtres de nous donner une autre fin, pourrions-nous en trouver une qui fût plus digne de nous-mêmes ? Eh quoi ! être immortel, se survivre dans le sein de Dieu, repousser la terre d'un pied libre, renaître de sa propre dépouille comme d'une cendre féconde, être associé pendant toute une éternité à la puissance, à la lumière, à l'amour, à la vie de Dieu ! Quelle perspective illimitée de grandeur et de félicité !

Oui, de félicité. Car le bonheur, j'entends le véritable, celui qui est sans trouble et sans mélange, ne vient pas de la terre. Quoi que nous fassions, notre existence est entrecoupée de peines et de soucis. Les soins de la vie nous inquiètent,, les contrariétés nous agitent, les préoccupations nous assiègent, les souffrances nous tourmentent et nous accablent. Quand nous ne trouvons pas au dedans de nous-mêmes, dans nos désirs et dans nos passions, une source de troubles et d'ennuis, nous rencontrons au dehors ce qui détruit le bonheur, dans les accidents de la vie, dans les revers de fortune, dans les vicissitudes des événements, dans l'injustice et l'ingratitude des hommes. Ici, c'est la maladie qui nous fait sentir l'aiguillon de la douleur ; là, c'est la mort qui vient frapper à nos côtés ce que nous avons de plus cher au monde ; plus loin, c'est un coup imprévu qui détruit en un clin d'œil nos espérances et nos rêves. Partout, l'instabilité dans la possession, la tristesse dans la joie, l'inquiétude et le malaise dans ce qui devrait assurer le bonheur.

La terre n'est donc pas la véritable patrie de l'homme ni son lieu de repos. Aucune de nos puissances n'est

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satisfaite ici-bas. Notre intelligence, avide de connaître, ne saisit la vérité qu'à travers un voile épais ; et notre science se réduit le plus souvent à savoir que nous ignorons presque tout. Notre cœur, fait pour aimer, ne trouve rien dans la création qui réponde à l'infinité de ses désirs : toutes les choses humaines le laissent vide et languissant. Notre volonté, excitée par des mobiles divers, tend vers un terme qu'elle n'atteint jamais. Tout notre être s'épuise sur lui-même : il tourne et se retourne dans un cercle d'agitations stériles, sans pouvoir y trouver le repos ni la clarté. C'est, Mes Frères, que l'infini seul peut contenter l'âme humaine. Nous avons besoin, pour être satisfaits, de nous reposer en Dieu, de le voir face à face, sans ombres et sans nuages, de l'aimer sans que rien puisse nous distraire de cet amour, de le posséder en lui-même, sans réserve et sans limites. Voilà, Mes Frères, ce que l'éternité seule est capable de nous procurer. Donc ou la vie présente n'a pas de sens, ou elle n'est pas autre chose qu'un passage et une introduction à la vie future. Et cette existence de l'au-delà, qui nous attend après la tombe, dans un avenir plus ou moins rapproché, c'est nous-mêmes qui la préparons. Chacun se fait ici-bas son éternité heureuse ou malheureuse. Notre vie tout entière se passe à construire la demeure où nous entrerons un jour : chaque action bonne ou mauvaise est une nouvelle pierre que nous apportons à cet édifice qui s'achève lentement pour nous recevoir dans ses murs. Nous tressons de nos propres mains la couronne qui ornera notre tête, ou bien nous ébauchons trait par trait le signe de l'anathème qui marquera notre front. Nous élevons par degrés

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le trône de gloire auquel Dieu nous appelle, ou bien nous creusons peu à peu l'abîme d'ignominie qui s'ouvrira sous nos pieds. Nous ajoutons de nouveaux rayons à l'éclat de la récompense céleste, ou bien nous allumons de plus en plus le feu vengeur de la colère divine. Nous travaillons chaque jour, à toute heure, à tout instant, nous travaillons, dis-je, à notre bonheur futur ou à notre malheur, à notre réprobation ou à notre glorification, à notre perte ou à notre salut : tel est le but, tel est le sens de la vie.

C'est, Mes Frères, en présence de ces vérités si simples et si élémentaires, de ces axiomes de bon sens, qu'on est saisi d'une profonde tristesse, lorsqu'on voit ce qui se passe dans le monde. Quand je parcours de l'œil et de la pensée cette immense capitale, ces quartiers populeux du commerce et de l'industrie, ces places, ces rues encombrées de gens qui vont, qui viennent, qui se pressent, qui s'agitent, je me trouve en face d'un mouvement prodigieux et inouï. C'est plus que de l'animation, c'est de la fièvre, parfois même du délire. Et tout cela, pour les choses de la terre, pour les biens matériels, pour ce qui leur glissera entre les doigts et leur échappera en un clin d'œil, sans espérance de retour. Quant à la question de leur âme, de leur avenir, de leur salut, question décisive et capitale, qui prime toutes les autres, qui les domine, qui les efface, indifférence complète chez les uns, négligence chez ' les autres, tiédeur chez la plupart. Ah ! c'est là un spectacle désolant ; et pour se l'expliquer, pour s'en consoler un peu, on a besoin de se rappeler que l'aveuglement de l'homme est un effet de sa déchéance et que la miséricorde de Dieu est aussi grande que sa justice.

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