‹ Sermons inedits (volume 2)Chapitre 15 sur 35 · QUATRIÈME PAROLE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PAROLE

La vue de sa sainte mère souffrante et désolée avait brisé le cœur de Jésus-Christ. Cette nouvelle douleur, s'ajoutant à ses propres tourments, aggravait encore Thorreur de son supplice. Les larmes de Marie firent déborder le calice d'amertume qu'il avait accepté des mains de son Père dans le jardin de l'agonie ; ses angoisses, concentrées jusqu'alors dans son cœur adorable, éclatèrent soudain à travers son humanité sainte et, ne trouvant plus du côté des hommes qu'abandon et cruauté, du côté de Dieu qu'une inexorable justice ; à l'exemple du Roi-Prophète qui, persécuté par son propre fils, ne rencontre plus sur son chemin que la trahison de ses serviteurs et les malédictions de Séméi, comme David, il jeta vers le ciel un grand cri de douleur : Deus, Deus meus, ut quid dereliquisti me ? (i) « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? »

Qu'est-ce à dire, chrétiens? Dieu abandonne son propre Fils? Ce Fils, l'objet de ses complaisances, l'image de sa beauté, la figure de sa substance, la splendeur de sa gloire ; ce Fils, le Verbe de sa puissance, la lumière de sa sagesse,

(i) S. Math., xxvii, 46.

DE NOTRE-SEIGNEUR EN CROIX i73

le fruit de son amour ; ce Fils qu'il a engendré dans le silence de réternité, qu'il a tiré des profondeurs de son être, qu'il aime d'un amour éternel et infini, Dieu le délaisse en ce moment, il l'abandonne, sans secours et sans défense, à la rage de quelques misérables, et, comme disait Bossuet, aux coups d'une vile canaille? Ah! je comprends que tant de faiblesse, tant d'ignominie aient été pour les Juifs un objet de scandale, pour les Grecs et les Romains une dérision, une folie; je comprends que les Celse, les Porphyre, les Julien, blessés dans leur orgueil, se soient unis aux Scribes et aux Pharisiens pour dire à ce Dieu délaissé et abandonné : Si Filius Dei es, descende de crucel (i) « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! » Dieu abandonne son propre Fils? quel abîme ! quel mystère ! Et pourquoi donc votre Père vous a-t-il abandonné, ô divin Sauveur ? D'où vient que votre voix n'arrive plus jusqu'à Dieu, que son cœur est devenu sourd à vos cris et à vos gémissements ? D'où vient que la justice divine frappe à coups redoublés, que la foudre du ciel se décharge sans relâche sur cet arbre isolé au sommet du Calvaire? Quid fecisti, o amantissime Salvator? « qu'avez- vous fait, s'écrie saint Bernard, ô très aimable Sauveur? » qu'avez- vous fait pour mériter de telles rigueurs et un pareil abandon ? Est-ce pour avoir réveillé l'humanité de son sommeil de mort ? Est-ce pour avoir porté la lumière à ceux qui étaient dans les ténèbres ? Est-ce pour avoir guéri les malades, instruit les petits et les ignorants, évangélisé les pauvres ? Est-ce pour avoir fait du bien à ceux qui conspiraient votre perte, pour avoir béni ceux

(i) S. Math., xxvii, 4o.

i74 LES SEPT PAROLES

qui vous maudissaient et qui vous blasphémaient ? Est-ce pour avoir accueilli les pécheurs, pour les avoir serrés dans vos bras et réchauffés sur votre sein ? Est-ce pour avoir annoncé aux captifs la délivrance, aux coupables le pardon, aux malheureux les joies de la paix? Est-ce enfin pour avoir répondu à l'insulte par le silence, à la violence par la douceur, à la mort par la vie ? Quid fecisti> o amantissîme Salvator? « qu'avez-vous fait, ô mon très aimable Sauveur », pour être ainsi abandonné de Dieu et des hommes? Ah ! chrétiens, il faut bien qu'il y ait dans cet innocent quelque chose qui ne soit pas de lui et qui attire néanmoins sur sa tête la vengeance du ciel. Il faut bien qu'il y ait sur ce front rayonnant de lumière et de sainteté, sur cette face auguste et pure, quelque anathème, quelque signe de malédiction qui provoque la justice en faisant taire l'amour. Il faut que ces épaules divines se soient chargées d'un poids très accablant, pour qu'elles ploient ainsi sous une main qui pèse, qui frappe, qui châtie. Qui expliquera ce mystère? Quel est ce fardeau? Entendez l'apôtre saint Paul : Christus factus pro nobis maledictum (i), « le Christ s'est fait anathème pour nous », pour moi qui vous parle, pour vous qui m'écoutez, pour le genre humain tout entier ; ce sont mes péchés, les vôtres, les fautes de tous les hommes qui pèsent sur cette sainte victime, qui l'accablent, qui la défigurent, qui l'exposent aux coups impitoyables de son Père ; c'est tout ce qui s'est fait ici-bas de criminel chez les juifs, les gentils, les chrétiens, qui s'attache à ces flancs sacrés, qui déchire cette chair virginale, qui perce ces mains et ces

(i) Ép. aux Galates, m, i3.

DE NOTRE-SEIGNEUR EN CROIX i75

pieds, qui ensanglante ce côté, qui poursuit dans ces veines la dernière goutte de sang et le dernier souffle de la vie. Voilà pourquoi, Mes Frères, la justice divine se déchaîne contre l'innocent qui s'est fait anathème pour l'humanité. Dieu, qui hait le mal d'une horreur infinie, le voit dans son Fils et le frappe de toute la puissance de sa colère. La victime chancelle sous ces coups multipliés, sa divinité se voile et s'efface , son humanité se trouble et s'effraie ; elle se sent isolée ; cet isolement l'épouvante et, de cette bouche qui exprime les angoisses 'de l'âme s'échappe vers Dieu un cri lamentable : Deus, Deus meus, ut quid dereliquisti me? « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avezvous abandonné? »

Qu'est-ce donc que le péché, M. T. G. F., pour que « Dieu n'ait point épargné son propre Fils », proprio Filio suo non pepercit (i), du moment que ce Fils s'est librement chargé de ce terrible fardeau ? Qu'est-ce que le péché? qu'est-ce qui nous en donnera une notion exacte et complète? Souvent, pour vous en inspirer l'horreur, nous vous disons avec cette sainte liberté que nous permettent la conscience de nos devoirs et la dignité de cette chaire : le péché, c'est le désordre et la révolte, c'est la loi violée et foulée aux pieds, c'est Dieu insulté dans sa puissance, bafoué dans son amour. Le péché, jugez-le à ses fruits de mort, à ses œuvres délétères. Voyez ce cortège de souffrances et de maux qui accompagne l'humanité dans sa marche à travers les siècles : six mille ans de sueurs, de larmes, de sang, voilà le péché ! Il a suffi d'une seule faute pour faire tout ce que je viens de dire. Vous

(i) Ép. aux Rom., vm, 32.

ne comprenez pas encore ce que c'est que le péché ? Eh bien, quittez la terre, regardez au-dessous de vous : voyezvous cette âme qu'une seule offense peut-être retient éternellement loin de Dieu, loin de la lumière, loin du bonheur, dans les ténèbres et l'horreur du supplice, sans consolation, sans espérance ni salut? C'est l'œuvre du péché. Il est impossible qu'il n'y ait pas là quelque chose d'étrangement criminel ; il faut que cette lèpre, qu'on nomme le péché, soit le plus hideux des fléaux, pour ne laisser ainsi sur son passage que la désolation, le deuil et la mort. Voilà ce que nous vous disons ; et ce sont là sans doute des preuves frappantes de ce qu'il y a dans le péché de souverainement odieux, d'infiniment coupable. Je me trompe, chrétiens, ce n'est rien que tout cela, ou du moins c'est peu de chose. Entendez-vous ce cri qui monte du Calvaire: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avezvous abandonné? » C'est le cri d'un Dieu ; mais tout Dieu qu'il est, c'est un Dieu délaissé, un Dieu abandonné. Pourquoi délaissé et abandonné ? Ah ! c'est qu'il est couvert de nos péchés, c'est qu'il a pris sur lui les crimes du genre humain ; et, sous cette formidable enveloppe, sous ce vêtement d'iniquités, sa sainteté disparaît, sa divinité s'efface. Que parlez-vous de la majesté du Verbe ? Le ciel ne voit plus qu'un maudit, maledictum. A cette vue, l'amour se tait, la justice éclate, elle frappe d'une peine infinie ce péché infini comme Dieu qu'il outrage, infini comme Dieu qui l'expie. Eh quoi ! répondait Origène aux sophistes qui insultaient à ce Dieu abandonné : vous lui dites de descendre de la croix, et c'est vous qui l'y retenez, ce sont vos blasphèmes et votre incrédulité qui l'attachent au bois infâme ; à ce délaisse-

ment, mesurez la profondeur de votre chute et l'énormité de vos crimes. Et maintenant, ne demandez plus ce que c'est que le péché : vous l'avez entendu de la bouche de Jésus-Christ abandonné sur la croix. Si, après avoir écouté ce cri de désolation, nous ne comprenions pas encore l'énormité du mal; si, malgré cette révélation effrayante, nous continuions néanmoins à avaler l'iniquité comme l'eau, à commettre le péché si facilement, tous les jours, comme par jeu et sans remords : ô Mes bienaimés Frères, pareille aberration ne serait plus de la terre; ce serait le vertige et l'étourdissement de l'ange qui, n'ignorant rien de la gravité du mal; veut ajouter à sa faute tout le poids d'un orgueil qui sait ce qu'il outrage. Deus, Deus meus ut quid dereliquisti me ? « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? » Vous demandez, ô divin Sauveur, pourquoi Dieu vous a délaissé ? Mais n'est-ce pas vous-même, qui, par amour pour nous, vous êtes condamné à cet affreux isolement? N'avez-vous pas tenu ce langage à votre Père dès votre entrée dans le monde : « Père, vous n'avez point agréé les victimes, les oblations, les holocaustes et les sacrifices pour le péché, mais vous m'avez formé un corps, et alors j'ai dit : Me voici! je viens, mon Dieu, pour faire votre volonté (1)? » N'avez-vous pas librement accepté cet anathème qui couronne votre front ? Achevez donc votre œuvre de clémence et de miséricorde ; souffrez que ce calice des douleurs passe et repasse sous vos lèvres jusqu'à ce que vous en ayez épuisé toute la lie. Oubliez vos tortures, songez qu'en souffrant ainsi vous allez rendre à cette

(1) Ep. aux Hébreux, x, 5-7.

pauvre humanité l'innocence de ses premiers jours, les joies qu'elle a perdues sur les chemins du vice. La voyez-vous qui, déjà, se redresse sur son lit de douleurs ? Un rayon d'espérance est arrivé jusqu'à elle ; elle a tressailli à la promesse du pardon ; déjà, elle a entendu le premier écho de cette ineffable parole : « Venez à moi, vous tous qui êtes dans la peine et qui souffrez, et je vous soulagerai (i). » Bientôt des torrents de grâce et de lumière vont s'épancher sur elle de cette croix d'ignominie. Ne vous lassez donc pas, divin crucifié, souffrez, souffrez ! Puis, laissez-moi vous le dire, oh non ! Dieu ne vous a pas abandonné. Encore quelques instants, et l'heure du triomphe aura sonné. Déjà d'une parole vous avez opéré le plus grand des prodiges, d'un regard vous avez amolli un cœur dur comme un rocher ; et maintenant la nature entière prendra le deuil, le soleil va s'obscurcir, la terre trembler, les pierres se fendre, les tombeaux s'entr'ouvrir. Vous-même, triomphant et glorieux, vous sortirez du sépulcre, vainqueur du monde, de la mort et de l'enfer : votre nom retentira, auguste et vénéré, jusqu'aux extrémités de la terre; ce nom, tout genou fléchira devant lui, toute langue le répétera, tout cœur le bénira ; cette croix, l'instrument de votre supplice, le signe de vos opprobres, elle deviendra le trône de votre gloire, elle brillera sur le faîte des temples, sur le diadème des rois, sur la poitrine des braves ; cette couronne d'épines, qui pèse sur votre front, deviendra l'immortel insigne de votre royauté ; ce roseau dérisoire, que tenaient vos mains ensanglantées, se changera

(i) S. Matth., xi, 28.

DE NOTRE-SEIGNEUR EN CROIX i79

en un sceptre de justice qui gouvernera les nations ; cette pourpre ridicule, qui chargeait vos épaules, sera le manteau de gloire qui abritera les peuples ; quelques misérables ont vomi sur votre sainte face d'ignobles crachats, des générations entières viendront déposer sur vos pieds et sur vos mains le baiser de l'amour. Ah! vous serez aimé comme nul n'a aimé ni un frère, ni un père, ni une mère ; vous serez aimé constamment et passionnément. Pour vous, des millions d'hommes donneront leur jeunesse, leurs veilles, leur parole, leur vie, leur sang ! On vous sacrifiera ce qu'on n'immole à personne, la souveraineté de l'esprit, les plaisirs des sens, les passions du cœur. Là, près de ce sépulcre qui vous attend, on verra, le front dans la poussière, l'élite de nos armées, les preux de nos milices, baiser avec larmes la trace de vos pas; on verra les Ferdinand, les Louis, les Henri abaisser à vos pieds la majesté royale; on verra les filles de nos rois quitter leurs ornements et se dépouiller de leurs parures, pour vous servir dans vos pauvres, vous leur Maître, vous leur Sauveur, vous leur Dieu ! Oh non, divin crucifié, Dieu ne vous a pas abandonné ; s'il vous délaisse un moment sur le Calvaire de l'ignominie, c'est pour vous permettre d'opérer le salut du monde, c'est pour transfigurer plus tard votre nom, vos œuvres, votre humanité sainte sur le Thabor de la gloire et du triomphe, sur le Thabor des siècles et de l'éternité.

Deus, Deus meus, ut quid dereliquisti me ? « mon Dieu, ton Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? » Ce crilà, Mes Frères, ce cri de la désolation n'a-t-il retenti [u'une seule fois dans le monde, sur le sommet du rolgotha, du haut de la croix d'un Dieu mourant? Non,

ce cri est de tous les lieux et de tous les temps. Partout où rhumanité voyageuse a planté sa tente mobile, sous toutes les zones, sous toutes les latitudes, il y a eu des cœurs souffrants, des poitrines oppressées qui ont poussé vers le ciel ce gémissement suprême. C'est que la douleur est un glaive dont la poignée demeure invisible à tous, mais dont la pointe se fait sentir partout et toujours. Vous, les hommes de ce temps, vous ne croyiez plus à beaucoup de vieux dogmes : les sophistes du dernier siècle vous avaient désabusés de la religion, du devoir, de la vertu ; vous vous étiez même flattés, un moment, de pouvoir effacer la douleur du symbole de vos croyances ; mais celle-là du moins a résisté à tous vos efforts, elle se dresse plus forte, plus poignante que jamais, autour de vous, au milieu de vous, en vous; chaque année semble l'accroître, chaque catastrophe lui fournit des victimes ; le Calvaire se prolonge, s'étend, se multiplie ; la souffrance monte sans cesse et déborde en torrents sur la société ; et, à la vue de ce flot qui menace de tout envahir, en présence de ces angoisses désespérées, de ces douleurs inconsolables, n'êtes-vous pas tentés, vous aussi, de jeter vers le ciel ce cri de détresse : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi nous avez-vous abandonnés ? Eh non, Mes Frères, Dieu ne vous a pas abandonnés ; s'il fait paraître et reparaître à vos yeux l'image de la douleur, plus vive, plus saisissante que jamais ; s'il frappe à coups redoublés sur cette société qui chancelle, c'est pour vous ramener à lui, à son Evangile, à son Eglise ; c'est afin que vous méritiez par des prodiges de charité, de dévouement, de sacrifice, de recouvrer cette foi de vos pères que vous avez perdue ; c'est pour vous

faire sentir, à vous qui ne compreniez plus ces nobles sentiments, que la terre n'est pas le ciel de l'homme ; qu'en dépit de votre science, de vos arts, de votre industrie, elle reste aujourd'hui ce qu'elle était dans tous les temps, un immense Calvaire, une vallée de larmes et de misères , un lieu de souffrances et d'expiation. Voilà pourquoi, au milieu de votre brillante civilisation, Dieu permet que le gémissement du peuple s'élève plus formidable et plus déchirant, de la capitale et des provinces, des villes et des campagnes, afin que vous tous qui souffrez ou qui voyez souffrir, vous tourniez vos espérances vers une vie meilleure et que vous vous jetiez résignés et confiants dans les bras de Celui qui châtie ceux qu'il aime et qui couronne ceux qu'il châtie.

Mais, s'il est des siècles où retentit plus fortement que dans d'autres le cri de la détresse et de la désolation, il est aussi de pauvres âmes, qui semblent ne vivre ici-bas que pour concentrer en elles-mêmes tout ce qu'il y a de plus dur dans la condition humaine ; il est des maisons où le malheur, cet hôte mystérieux de la Providence, s'assied comme au foyer de ces anciennes familles dans lesquelles l'antiquité païenne saluait avec respect une longue chaîne d'infortunes et des larmes héréditaires. Il est de ces victimes qui paraissent associées d'une manière plus étroite à la grande victime du Calvaire : la croix naît avec elles, elle les accompagne, les précède et les suit. Sans consolation au dehors , sans lumière au dedans , elles s'avancent sur le chemin de la vie, comme ces voyageurs qui traversent les déserts de l'Orient, haletants et affamés : nulle source rafraîchissante, point d'oasis ni de verdure ; encore la fatigue, encore l'aridité et la sécheresse ; parfois

i82 LES SEPT PAROLES

quelque illusion, un mirage trompeur ; toujours la déception ; le charme se dissipe, le rêve s'évanouit et, alors, quand la mesure est comble, lorsqu'après s'être tournée et retournée sur cette croix de la souffrance, la victime sent le glaive de la douleur « qui atteint jusqu'à la division de l'âme et du corps (i) », sa tristesse silencieuse et solitaire éclate enfin dans ce cri de défaillance : « Mon Dieu, mon Dieu! pourquoi m'avez-vous abandonnée? » Ah ! s'écriait l'apôtre saint Paul, au milieu de ses chaînes et de ses tribulations, c'est peu de chose que tout cela, momentaneum et levé (2) ; ces afflictions « si courtes et si légères » de la vie présente produiront pour nous le poids éternel d'une sublime et incomparable gloire : c'est pourquoi « nous ne perdons pas courage », non dejicimus ; par là, il est vrai, « l'homme extérieur se détruit », licet is quiforis est homo noster corrumpatur (3), mais l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Nos souffrances sont passagères ; mais notre âme immortelle, purifiée par les afflictions de la vie, s'envole plus radieuse et plus belle, pour se reposer à jamais dans le sein de ce Dieu qui, lui aussi, triomphe parce qu'il a souffert, et qui a mérité à tous ceux qui souffrent comme lui de triompher comme lui et avec lui.

(1) Ép. aux Hébreux, iv, 12.

(2) 2e Ép. aux Corinth., iv, 17.

(3) Ibid., 16.

DE NOTRE-SEIGNEUR EN CROIX i83

Page 1