SUR LA FETE DE SAINT PIERRE
produit au dehors ; non pas une foi retenue captive par des lèvres timides, mais une foi qui s'échappe de la poitrine en paroles de feu ; une foi qui n'hésite pas, qui ne doute pas, qui brave le respect humain, qui affronte les dangers, qui se rit de la mort ; une foi qui se dévoue, qui se sacrifie, qui s'immole, qui devient un amour constant et généreux. Voyez-vous cet homme qui, sur un signe de son Maître, se jette dans la mer pour venir à Jésus- Christ? L'entendez-vous s'écrier : « Quand il me faudrait mourir avec toi, Maître, je ne te renoncerai point (i)? » Je le sais, l'événement a trahi son ardeur ; mais, de lui aussi il a été dit : « Beaucoup lui sera pardonné, parce qu'il a beaucoup aimé (2). » S'il tombe, c'est pour se relever aussitôt, et cette chute d'un moment n'empêchera pas Jésus-Christ de lui dire : « Simon-Pierre, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » ni l'apôtre de répondre : « Seigneur, vous savez que je vous aime (3). » Admirable élan d'un cœur qui vole au-devant du sacrifice, l'accepte avec joie et le consomme avec bonheur ; d'un cœur qui ne se lasse pas, qui ne se repose jamais, jusqu'à ce qu'il ait répandu autour de lui le feu sacré qui le consume. Que ne puis-je, M. T. C. F., suivre ce grand serviteur de Jésus-Christ dans sa carrière de travaux et de combats, de Jérusalem à Antioche et d'Antioche à Rome , où rien n'a pu ralentir son zèle ni refroidir son ardeur? Il court, il s'élance pour étendre le règne de Jésus-Christ : rien ne l'arrête, tout cède à ses efforts, aucun obstacle n'effraie
(1) S. Matth., xxvi, 35.
(2) S. Luc, vu, 47.
(3) S. Jean, xxi, i5.
256 PETITE HOMELIE
son courage : c'est une flamme céleste qui se développe, qui gagne de proche en proche et finit par embraser la terre. Ah ! généreux Pierre, je comprends que l'humanité ait entouré votre nom de son respect et de sa vénération, je comprends que les siècles chrétiens se soient prosternés devant la tombe qui recouvre votre cendre bénie; que les rois y aient déposé leurs couronnes, que les peuples y aient retrempé leur religion , que les pécheurs y aient pleuré leurs égarements, que toute l'Europe, enfin, ait secoué la poussière du pèlerin sur le marbre de votre tombeau ; car vous avez été grand par la foi, grand par l'amour, grand par la pénitence, grand par le martyre ; vous avez été, devant Dieu et devant les hommes, un grand cœur et un grand caractère.
Voilà, M. T. G. F., le glorieux exemple que notre ministère nous oblige à vous proposer en ce jour ; car ce qui éclate davantage dans le chef du collège apostolique, c'est précisément ce qui manque le plus aux hommes de notre temps. Simon-Pierre a brillé par le cœur et par le caractère ; sa foi était ardente, son amour généreux : eh bien, ce qui nous fait défaut, c'est la noblesse du cœur et la virilité du caractère, l'ardeur de la foi et la générosité de l'amour. L'esprit a grandi, la science s'est fortifiée, je le veux bien ; mais, je le dis avec douleur, le cœur a baissé et le caractère a faibli ; et pourtant, si c'est la tête que l'on couronne ici-bas, au ciel on ne couronne que le cœur. Dieu me garde de calomnier ce siècle, fameux par ses inventions et ses découvertes de tout genre, par Ir progrès des sciences , par le développement des arts : mais, permettez-moi de vous l'avouer, nous sommes petits par le cœur, nous sommes petits par le caractère ;