‹ Sermons inedits (volume 2)Chapitre 26 sur 35 · LA PRÉSENCE RÉELLE · texte numérisé non relu

LA PRÉSENCE RÉELLE

Adorabunt de ipso semper.

« On l'adorera d'une adoration perpétuelle. »

(Psaume lxxi, i5.)

C'est assurément un beau spectacle, Mes Frères, que celui que vous offrez tous les soirs dans cette ville de Paris. Rien n'est moins indigne d'attirer à la fois les regards des anges et des hommes. Tandis qu'autour de vous, au milieu de cette grande cité, le monde cherche à perpétuer ses réunions, ses fêtes, ses plaisirs, vous, chrétiens, vous n'avez pas voulu que Dieu fût moins bien partagé que les hommes, et voilà pourquoi vous venez lui offrir quelque chose de perpétuel aussi, l'hommage incessant de l'adoration. Grâce à vous, le trône de Jésus- Christ n'est jamais abandonné, ni son temple solitaire ; nuit et jour, il y a dans son temple et autour de son

(i) Prêché à Paris, en i854«

trône des langues qui le bénissent et des âmes qui l'adorent. Sitôt que l'adoration expire sur quelques lèvres, elle renaît sur d'autres ; et ainsi, volant de bouche en bouche, elle se prolonge à travers les sanctuaires de cette capitale comme une chaîne immortelle qui enlace tous les cœurs. 0 sainte phalange des adorateurs de mon Dieu, âmes d'élite que le Seigneur s'est réservées au milieu de cette Babylone des temps modernes, soyez bénies ! Tandis qu'à côté de vous des frères égarés fléchissent le genou devant Baal, préfèrent au culte du vrai Dieu celui de la matière, de l'or et de la volupté, vous venez le long du jour adorer Jésus-Christ dans son temple, et faire brûler sur son autel l'encens perpétuel de la prière. Que dis-je , mes bien chers Frères? La nuit même n'est pas capable d'éteindre parmi vous le feu sacré de l'amour. Jadis, pour se préparer à revêtir les livrées de l'honneur, les chevaliers du moyen âge passaient leur nuit en prières, et c'est ce qu'ils appelaient leur veille d'armes : eh bien ! vous avez imaginé une veillée plus sublime encore que celle-là , la veillée eucharistique , à laquelle plusieurs d'entre vous consacrent avec joie le temps du sommeil. Et c'est ainsi que, vous relevant les uns les autres à toute heure du jour et de la nuit, comme autrefois les tribus d'Israël dans le temple de Jérusalem, vous accomplissez ce que le prophète David prédisait il y a trois mille ans : Adorabunt de ipso semper , « on l'aclorçra d'une adoration perpétuelle ».

Mais, Mes Frères, si c'est là une œuvre sublime, il faut bien que son fondement réponde à sa grandeur et à sa beauté. Or, quel est le fondement de cette œuvre de l'adoration, si ce n'est la croyance à la présence réelle de

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