‹ Sermons inedits (volume 2)Chapitre 29 sur 35 · PRÊCHÉ A SAINTE-GENEVIÈVE · texte numérisé non relu

PRÊCHÉ A SAINTE-GENEVIÈVE

Omnia ex ipso, per ipsum et in ipso. « Toutes choses sont du Christ , par le Christ et dans le Christ. »

(Ep. aux Rom., n, 36.)

Éminence (2) , Mes Frères ,

C'était là une parole bien neuve pour les lecteurs auxquels s'adressait saint Paul. Ces hommes , sortis du judaïsme et de la gentilité, devaient trouver étrange cette hardiesse de langage inouïe jusqu'alors. Résumer en trois mots aussi simples que profonds toute la doctrine du christianisme leur paraissait une audace qu'expliquait seul le génie de l'Apôtre, soutenu et grandi par l'inspiration de la foi.

C'est qu'en effet il avait plu à Dieu d'étourdir le sens humain par l'étrangeté de ce langage et d'étaler dans la

(1) Ce sermon a dû être prononcé en i858.

(2) Le cardinal Morlot, archevêque de Paris.

folie de la croix toutes les magnificences de la pensée. Aussi, saint Paul est-il tout entier dans ces trois mots que je viens de prononcer, auxquels il revenait sans cesse et qui sont comme l'abrégé de sa prédication. « Dieu s'est proposé, écrivait-il aux Ephésiens, de tout restaurer dans le Christ, les choses du ciel comme les choses de la terre (i) »; « il a plu à Dieu le Père, écrivait-il aux Colossiens, de renfermer en Jésus-Christ la plénitude de toutes choses (2) ; » tant cet homme sublime tenait à montrer, dans la personne du Verbe incarné, le fondement de cet édifice doctrinal qui va du ciel à la terre, et auprès duquel toutes les conceptions humaines et fous les systèmes de philosophie ne sont que des jeux d'enfants !

A notre tour, Mes Frères, pénétrons-nous de ces profondes pensées de l'Apôtre; et, dans ce moment où le trône de Jésus-Christ s'élève au milieu de nous, étudions, à la suite de saint Paul, « le grand mystère qui s'est montré dans la chair, qui a été justifié par l'Esprit, manifesté aux anges, prêché aux nations, cru dans le monde, élevé dans la gloire (3) ». Toutes choses sont du Christ : c'est de lui que découle notre régénération. Toutes choses sont par le Christ : c'est par lui que s'opère notre transfiguration. Toutes choses sont dans le Christ : c'est en lui que se terminera notre glorification.

Ce plan est trop vaste, Mes Frères, pour que la cérémonie de ce soir, déjà longue par elle-même, me permette de le suivre dans son ensemble, et je m'arrêterai de pré-

(1) Ép. aux Éphés., i, 9, 10.

(2) Ép. aux Coloss., 1, 19.

(3) ire Ép. à Timothée, m, 16.

férence à la troisième idée : la glorification de l'humanité en Jésus-Christ.

Eminenge ,

C'est avec bonheur que nous saluons votre présence dans ce temple. Issus de la pensée de votre vénérable prédécesseur, nous avons été une des œuvres de sa vie si féconde pour le bien de l'Eglise ; et Dieu a même voulu que le souvenir de sa triste mort se rattachât par quelque endroit à ce culte de sainte Geneviève qu'il avait confié à notre jeunesse sacerdotale. En perdant son fondateur, cette institution a retrouvé un père dont la tendre sollicitude protégera son essor naissant. Si j'osais me faire ici l'interprète du sentiment général, je me mettrais à l'ombre d'un grand nom et d'une grande parole, pour répéter ce que Bossuet disait d'un prince de l'Église de son temps : que la pourpre romaine elle-même n'avait rien ajouté à sa dignité. Mais il ne m'appartient pas d'exprimer ce qui est au fond de tous les cœurs, dans un moment où ma bouche ne doit s'ouvrir que pour célébrer les bienfaits de Jésus-Christ, notre Sauveur et notre Maître commun. Ave Maria.

La plus haute vérité que la philosophie ancienne ait mise en lumière, c'est que l'homme est un mélange surprenant de petitesse et de grandeur. Tout semble petit dans l'homme, lorsqu'on l'envisage du côté qui regarde la terre ; tout paraît grand en lui, quand on le considère du côté qui regarde le ciel. Être d'un jour, sa naissance est une douleur, son premier cri un gémissement, son enfance une lutte entre une énergie qui croît et une santé

qui défaille, sa vie entière un tissu de peines et d'épreuves ; et la mort, enfin, brisant cette fragile enveloppe, l'enlève de dessus la terre pour le porter au fond d'une tombe, tout sanglant et meurtri.

Assurément, rien n'est plus petit, rien n'est plus faible, rien n'est plus misérable; mais, au sein de cette petitesse, s'agite un esprit qui pense, qui sent, qui veut ; qui, dans son vol hardi, parcourt d'une extrémité à l'autre toute l'échelle des êtres ; qui plonge dans les profondeurs de la création ou s'élève à son sommet ; pour qui l'Univers n'est qu'un atome, l'espace qu'un point, la durée qu'un moment; qui, secouant ce funèbre linceul où la mort cherche à le retenir, s'échappe vers le ciel pour y porter sa liberté intacte et sa force victorieuse.

Voilà l'homme envisagé du côté de l'esprit. Et, quand je suis cette intelligence humaine dans sa marche à travers les siècles ; quand je passe successivement en revue ses luttes et ses triomphes, les éléments qu'elle a domptés, les forces qu'elle a maîtrisées ou combinées, les matériaux qu'elle a assouplis , taillés , façonnés ; quand je contemple les merveilles de l'art, les conquêtes de la science, les découvertes de l'industrie, cet épanouissement splendide du génie de l'homme, et que je le vois promener librement sous le ciel le sceptre de sa souveraineté, je me dis : Oui, l'esprit humain est une grande chose et l'humanité est une race glorieuse !

C'est ce que la raison affirme et proclame. Mais que l'homme me paraît plus noble et l'humanité plus belle quand j'écoute la foi ! Arrière, raison humaine ! Lorsque tu me parles des grandeurs et des gloires de l'humanité , tu ne fais que bégayer. Écoutons saint Paul. La solennité

de son langage nous promet quelque chose de bien plus magnifique. Flecto genua, « je fléchis les genoux devant le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de qui toute paternité découle dans le ciel et sur la terre, afin que vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur (i) » du mystère divin. Quel est donc ce mystère? Semetipsum exinanivit, « le Christ s'est anéanti lui-même ». Lui, qui avait la nature divine, il a pris la nature humaine, il s'est fait semblable à nous, « il a été trouvé comme un homme », habitu inventus ut homo (2) ! Voilà le mystère de notre glorification en Jésus-Christ.

Oui, cette nature humaine, Dieu s'est rapproché d'elle, il l'a tirée des bassesses de son origine , il lui a fait franchir toute l'échelle de la création, il lui a fait traverser le monde matériel et le monde angélique, il l'a exaltée au-dessus de tout ce qu'il y a dans le ciel et sur la terre et il l'a élevée jusqu'à lui? Que dis-je, il l'a élevée jusqu'à lui ? Il s'est uni à elle de la manière la plus étroite et la plus intime qui se puisse imaginer, par le lien de la personnalité. Il l'a pénétrée de sa vie propre, il l'a associée à ses opérations, il lui a donné de participer à sa divinité. Et cela, non pas pour un moment, ni pour un jour, ni pour un siècle, mais pour les siècles des siècles. Par delà le temps et l'espace, il lui a construit un trône qui n'est autre que le trône de Dieu même. C'est là que saint Jean l'a vue dans son extase prophétique : Ecce in medio troni Agnum

(1) Ép. aux Éphés., m, 14, i5, 18.

(2) Ep. aux Philip., 11, 7.

stantem (i), « j'ai vu l'Agneau debout au milieu du trône »; l'Agneau, c'est-à-dire la nature humaine unie à la nature divine dans la personne du Fils de Dieu : gloire ineffable, dont le ciel seul peut contenir l'éclat et l'éternité seule mesurer la durée !

Il ne suffisait pas, Mes Frères, que la nature humaine fût glorifiée en Jésus-Christ, par son union avec la nature divine. Il fallait de plus que chacun de nous, que l'humanité tout entière pût participer à cette glorification. Omnia vestra sunt, dit saint Paul, vos autem Christi, Christus autem Dei (2), « tout est à vous; pour vous, vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu ». Voilà cet enchaînement merveilleux qui ramène à Dieu toute la création restaurée dans le Christ. « Tout est à vous », c'est-à-dire l'Univers vous appartient, vous êtes les anges de la terre et l'abrégé du monde. L'homme, en effet, dit saint Augustin, résume en lui tous les modes de l'existence créée : il subsiste comme la pierre, il croît comme la plante, il vit comme l'animal, il pense comme l'ange; il est là, entre le ciel et la terre, pour rattacher le monde inférieur à celui des esprits. Mais, au sommet du monde des esprits, se trouve le Christ : comme l'Univers est à l'homme, l'humanité est au Christ, vos autem Christi. Homme et Dieu tout ensemble, médiateur universel, il nous élève jusqu'à lui et nous porte dans le sein de Dieu pour nous faire trouver la gloire dans la béatitude.

Comment cela, chrétiens? Par quoi s'opère le mystère de notre glorification? Saint Paul va nous l'ap-

(1) Apoc, v, 6.

(2) ire Ep. aux Corinth., ni, 22, 23.

D^ADORATION PERPÉTUELLE 33o.

prendre. C'est par l'union intime que nous contractons avec Jésus-Christ. Pour avoir part à ses destinées glorieuses, il faut que nous participions à sa vie ; ou, comme Ta dit saint Pierre, dans ce mot d'une intraduisible énergie, il faut que nous participions à la nature divine, divinœ consortes naturœ (i). Christum induistis (2) « vous avez revêtu le Christ » ; sa grâce est comme un vêtement d'honneur qui donne à votre âme sa forme et sa beauté. Ce n'est pas dire assez, car le vêtement ne fait qu'envelopper le corps sans y entrer : Jésus-Christ, au contraire, ne reste pas extérieur à l'âme. Radicati estis in Christo, complantati (3), « vous avez pris racine en Jésus-Christ, vous avez été greffés sur lui » ; il vous a inoculé le principe d'une vie nouvelle ; c'est de lui que vous tirez le suc qui vous pénètre, la sève qui vous retrempe et vous féconde; et, de même que la branche entée sur l'arbre s'assimile à lui au point de s'identifier avec le tronc principal, ainsi est-il vrai de dire que vous ne faites plus qu'un avec Jésus-Christ. Cette image est trop faible encore. Mais, ô grand Apôtre, où vous entraîne l'élan de votre foi? Est-ce que vous ne craignez pas de confondre l'esprit humain par l'étrangeté de ce langage? Ah ! s'écrie saint Paul, « ignorez-vous donc que vos corps sont les membres mêmes de Jésus-Christ? » nescitis quoniam corpora vestra membra sunt Christi (4) ? « que vous êtes formés de sa chair et de ses os » , de carne

(1) 2e Ep. de S. Pierre, 1, l\.

(2) Ep. aux Galates, m, 27.

(3) Ep. aux Coloss., n, 7 ; aux Rom., vi, 5.

(4) ire Ep. aux Corinth., vi, i5.

34o SERMON

ejus et de ossibus ejus (i) ? 0, mes bien chers Frères, si la foi était vivante dans notre âme; si ces paroles, qui tombaient au milieu de Gorinthe et d'Éphèse comme un écho de la voix de Dieu, trouvaient du retentissement au fond de nous-mêmes, quelle vie deviendrait la nôtre! A ces moments surtout, à ces heures de lutte et de défaillance, où l'orgueil nous trouble, où l'ambition nous agite, où les sens nous entraînent, où le monde déploie contre nous tout l'artifice de sa fascination, quelle force, quelle énergie ne puiserions-nous pas dans ces grandes pensées de la foi? Avec quelle noble fierté nous repousserions la terre d'un pied libre, pour nous élever au-dessus de nousmêmes et nous écrier avec l'Apôtre : Loin de moi la servitude des sens, les ignominies de la chair, les molles délicatesses, les enivrements du plaisir ; car « ce n'est pas moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi » , vivo autem, jam non ego, vivit vero in me Christus (2).

Et maintenant, vous comprenez, Mes Frères, qu'étant unis à Jésus-Christ par des liens aussi étroits, qu'étant incorporés au Fils de Dieu, au point de ne plus faire qu'un avec lui, nous dussions participer à ses immortelles destinées. En nous communiquant sa vie propre, Jésus- Christ nous transmet le principe de notre exaltation. Je vous disais tout à l'heure que toute gloire humaine finit au tombeau, que la mort est le dénouement fatal des plus brillantes fortunes. Mais non, détrompons-nous. Par delà ces régions souterraines où l'œil de la raison n'atteint pas, la foi nous découvre un horizon nouveau. Grâce à

(1) Ép. aux Éphés., v, 3o.

(2) Ep. aux Galates, 11, 20.

D'ADORATION PERPETUELLE 34i

notre union avec Jésus-Christ, nous emporterons avec nous dans le sépulcre la semence de la gloire. Fils du premier homme formé de la terre, de terra terrenus , nous rejoindrons la terre comme lui ; frères du deuxième homme venu du ciel, de cœlo cœlestis (i), nous retournerons au ciel avec lui. Ce corps, membre vivant de Jésus-Christ, « il sera semé dans la faiblesse, mais il se relèvera dans la force », seminatur in injirmitate, surget in virtute ; « il sera semé dans l'ignominie, mais il germera pour la gloire » , seminatur in ignobilitate , surget in gloria ; « il sera semé dans la corruption, mais il ressuscitera incorruptible », seminatur in corruptione, surget in incorruptione ; « il sera semé dans la terre comme un corps animal, mais il sortira de la tombe, corps spirituel », seminatur corpus animale, surget corpus spiritale (2). Voilà ce qu'opérera cette semence de vie divine que la grâce de Jésus-Christ aura déposée dans notre être : elle fera sortir la force de la faiblesse, la gloire de l'ignominie ; elle fera germer la vie au sein de la mort et rendra féconde jusqu'à la stérilité du tombeau ; et un jour, après cette germination de la gloire, debout sur ces milliers de tombes que l'enfer lui a creusées , l'humanité glorifiée en Jésus-Christ pourra jeter à la mort cet éclatant défi : « 0 mort, où est désormais ta victoire ; ô mort, où est ton aiguillon ? » Toute ta puissance s'est brisée et a a été ensevelie dans la victoire », absorpta est mors in Victoria (3).

(1) ire Ép. aux Corinth., xv, 47*

(2) ire Ép. aux Corinth., xv, 42-45.

(3) Ibid., 54.

Après la victoire, le triomphe; car, pour achever la glorification de l'humanité, Jésus-Christ l'associe à ses honneurs suprêmes. C'est ce que saint Paul écrivait aux Éphésiens : « Alors que nous étions morts par le péché, Dieu nous a rendu la vie ; il nous a ressuscites avec Jésus- Christ ; il nous fait asseoir à sa droite au plus haut des cieux », conresuscitavit et consedere fecit in cœlestibus in Christo Jesu (i). Oui, il me semble voir cette masse d'esprits que nous sommes , cette humanité régénérée en Jésus-Christ et parvenue au terme de sa carrière. Elle a achevé sa course, elle a parcouru ce globe qu'elle a transformé sous sa main, laissant à chaque pas l'empreinte de son génie. Pas une motte de terre qu'elle n'ait remuée, qu'elle n'ait arrosée de ses sueurs, de ses larmes, de son sang. Durant ce long pèlerinage accompli à la face du ciel, elle a eu, comme le patriarche, ses bons et ses mauvais jours, ses heures d'allégresse ou d'angoisses; elle a connu de brillantes époques et des siècles d'ignominie. Enfin, la voilà qui s'avance avec la majestueuse lignée de ses peuples, de ses races, de ses empires, vers le grand Dieu qui l'avait disséminée sur la terre et qui maintenant l'attend au ciel. Alors, comme un guerrier fatigué de combattre et de vaincre, elle s'enveloppe du linceul de sa gloire, elle se couche dans la poussière de son néant, pour accomplir l'oracle écrit sur son berceau : Pulvis es, et in pulverem reverteris (2) , « tu n'es que poussière, et tu retourneras en poussière ».

(1) Ép. aux Éphés., 11, 5, 6.

(2) Genèse, m, 19.

Mais la voilà qui se relève en un clin d'œil, toute frémissante de vie. En entrant dans la tombe, elle emportait la semence d'immortalité que le Christ avait mise en elle. Cette semence a germé, elle a fleuri, elle va fructifier. Comme jadis à Béthanie, une voix s'est fait entendre : Lazare, veni foras (i) ; quitte ce suaire qui enveloppe ta face, secoue ce funèbre linceul, retourne à la lumière ; le grand jour de Dieu a lui, le jour des clartés éternelles ! La vision d'Ezéchiel s'est réalisée : Ossa arida, audite verbum Domini(2) ; les ossements arides ont entendu la voix de Dieu, le tressaillement de la vie les agite, l'heure du triomphe a sonné. Car ce n'est pas le Christ seulement qui fera vers le ciel son ascension radieuse : premier-né d'entre les morts, il entraîne à sa suite toute l'humanité régénérée et transfigurée par lui, ascendens in altum captivam duxit captivitatem (3). Les captifs de la mort ont rejoint leur Libérateur. Enchaînée à son char de triomphe, suspendue à sa personne, l'humanité s'élève avec Lui : il la porte dans le sein de Dieu, il la plonge dans les profondeurs de l'essence divine, il la place face à face devant l'auguste Trinité, il la fait participer à la vie intime du Père, du Fils, de l'Esprit-Saint ; et, l'associant ainsi à la suprême béatitude d'une vision sans ombres et sans nuages, d'une possession sans réserve et sans limites, il l'enveloppe de sa lumière et la couronne de sa gloire. Voilà, Mes Frères, le terme de notre glorification en Jésus-Christ. Or, c'est par l'Eucharistie que la vie divine

(i) S. Jean, xi, 43.

(2) Ezéch., xxxvii, 4.

(3) Ép. aux Ephés., iv, 8.

se communique à l'âme ; c'est par l'Eucharistie que le Fils de Dieu s'incorpore à nous ; c'est par l'Eucharistie que nous devenons les membres vivants de son corps ; c'est par l'Eucharistie que nous recevons la semence de l'immortalité ; c'est dans l'Eucharistie que nous possédons le gage et l'avant-goût de la félicité. Et c'est ce que vous avez compris, M. T. G. F., vous qui êtes venus ce matin, si recueillis et si nombreux, puiser à la table sainte un accroissement de vie divine. Vous saviez que rien n'est plus glorieux pour l'homme que cette union intime avec la divinité, comme aussi rien n'égale le bonheur qui en découle.

Et vous qui restez encore étrangers à ces pures jouissances de la foi , vous que le tourbillon du monde entraîne, loin des sources fécondes de la grâce, au milieu des affaires, des plaisirs, des mille préoccupations de la vie matérielle ; vous , Mes Frères , qu'à l'exemple de notre divin Maître, nous portons dans notre cœur : oh ! puissiez-vous comprendre aussi le sérieux de la vie chrétienne, la grandeur de votre vocation, la sublimité de vos destinées ! Déjà votre présence dans le temple, cette attitude du recueillement qui dénote vos dispositions intimes, ce sentiment de la divinité qui vous tient immobiles dans le saisissement du respect, ce frémissement de la prière qui parcourt vos lèvres et arrive jusqu'à moi, cette force enfin, cette force invisible et souveraine qui, planant audessus de vous, fait incliner vos têtes et courber vos fronts : tout cela me dit bien que la foi n'a pas perdu son empire sur vos âmes, que Jésus-Christ ne frappera pas en vain à la porte de votre cœur, et qu'après avoir fléchi le genou devant la majesté de Dieu qui passe, vous vous

relèverez plus forts, plus purs, plus contents de vousmêmes, avec plus de confiance dans votre passé et plus de lumières pour l'avenir.

Et vous, divin Sauveur, qui êtes notre vie, notre espérance et notre gloire, daignez bénir cette grande assemblée où vous comptez de si pieux et si fidèles adorateurs ; bénissez, du haut de la montagne de Sainte-Geneviève, cette capitale du monde où s'agitent côte à côte toutes les énergies du mal et toutes les puissances du bien ; bénissez ce beau diocèse d'où le feu de la charité rayonne sur l'Univers entier ; bénissez-nous tous pour le temps et pour l'éternité ! Ainsi soit-il.

Page 1