ASSOCIÉES DU ROSAIRE
Mesdames,
Il y a un mois environ, je me trouvais à Bologne, en Italie. J'étais allé dans cette ville célèbre pour y accomplir mon pèlerinage auprès du tombeau de saint Dominique, Thomme de Dieu auquel il a été donné d'enseigner au monde la dévotion du saint Rosaire. Et là, prosterné devant ce monument qui renferme des restes si précieux et que les hommes ont environné de toutes les richesses de la nature, de toutes les magnificences de Fart, je me reportais du cœur et de la pensée vers le Rosaire de Sainte-Geneviève, et je priais Dieu, par l'intercession de saint Dominique, de bénir une œuvre qui a pour but de
(i) Prononcée en 1869.
glorifier la Reine du ciel, en associant entre elles des âmes unies par la prière et les liens d'une piété commune.
Quand saint Dominique fut suscité de Dieu pour mettre entre les mains des chrétiens cette arme puissante de la foi, je veux dire le saint Rosaire, l'Église se trouvait dans des circonstances difficiles. Une hérésie dangereuse, celle des Albigeois, désolait une partie de l'Europe. Des doctrines perverses s'étaient répandues en divers lieux, particulièrement en France. On était à la veille d'un concile général, le IVe de Latran, que le pape Innocent III venait de convoquer pour remédier aux maux de la chrétienté. C'est au milieu d'une telle situation que saint Dominique conçut l'idée d'opposer aux progrès de l'erreur et du mal une formule de prières, qui pût se placer sur les lèvres de tous les chrétiens et se répéter d'écho en écho dans toutes les contrées du monde.
En apparence, c'était peu de chose que cette pratique de piété dont l'apôtre du Midi venait de prendre l'initiative.
Mais quand on l'envisage des yeux de la foi, il y avait là une institution féconde, dont l'Univers chrétien allait ressentir les effets salutaires. C'était comme une chaîne de prières dont les anneaux, se déroulant d'une âme à l'autre, enlaçaient l'Église entière dans leur harmonieuse unité ; un faisceau d'armes spirituelles , qu'aucune force humaine ne parvenait à rompre. Pendant que les Pères du concile de Latran délibéraient entre eux sur les grands intérêts de la chrétienté, les fidèles répétaient lentement ces Ave Maria dans lesquels se traduisait avec une douce énergie la foi de leur âme ; et de cette action combinée de